samedi 28 mars 2020

Tropique de la violence - Natacha Appanah

En résumé.

Jeune infirmière, Marie tombe amoureuse de Cham. Ensemble, ils rejoignent l'île de Mayotte, cent-unième département français surnommé "l'île aux parfums" et situé au large du continent africain. Très vite, ils désirent un enfant, mais n'y parviennent pas, Cham quitte Marie, celle-ci poursuit sa vie seule, jusqu'à ce fameux soir. Ce soir où elle accueille à l'hôpital une jeune femme clandestine, arrivée plus tôt à bord d'un kwassa-kwassa, ces bateaux synonymes d'espoir pour les Commoriens ou les Malgaches qui fuient la pauvreté pour tenter leur chance en territoire français. La jeunne femme tient dans ses bras son bébé qui ne lui appartient déjà plus. Elle souhaite le donner, se débarasser de cet enfant à l'oeil du djinn, un enfant en fait atteint d'hétérochromie (les deux yeux sont d'une couleur différente), mais qui porterait malheur pour ces populations aux coutumes ancestrales. Marie le recueille, et à peine l'a t-elle serré contre elle qu'il devient son fils, Moïse, arrivé par les mers, un soir de pluie. Le temps passe, tous deux vivent en harmonie jusqu'à cet autre jour, où la vie de Marie bascule une seconde fois. Moïse apprend ses origines et change du tout au tout, reniant le luxe proposé par sa mère adoptive. Il vivra à la dure, il réalisera son destin, celui d'un clandestin. Il enchaîne les mauvaises rencontres mais c'est tout ce qu'il lui reste après la mort de Marie, terrassée par une crise cardiaque. Sa vie, désormais, c'est la lutte, la pauvreté, la drogue, l'alcool, bref, le quotiden dans le bidonville de Kaweni, surnommé Gaza par ses habitants. Oui, c'est une histoire qui parle de choses qui arrivent en France.

Mon avis.

Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard, en me renseignant sur les lauréats du prix de l'Escale - prix littéraire organisé dans la région bordelaise et qui récompense chaque année le roman d'un jeune auteur publié à l'occasion de la rentrée littéraire, parmi cinq titres préalablement choisis. Après la lecture de la quatrième de couverture, je me suis laissée tenter, friande de ce genre d'histoires, difficiles mais qui s'inspirent d'une réalité cruelle. Par ailleurs, même si je connaissais la réputation plutôt noircie de l'île de Mayotte, je n'avais encore rien lu là-dessus. C'était donc l'occasion.

Le titre de ce roman ne pouvait pas être mieux choisi. D'un côté, les tropiques et les premières évocations qui nous viennent en tête : le soleil, des mers à l'eau turquoise, des fleurs aux couleurs et aux parfums enivrants, des marchés qui abondent de saveurs exotiques ; d'un autre côté, la violence et ce deuxième type d'évocations : la mort, la brutalité, la lutte sociale et physique, le sang, la pauvreté. Là est toute l'ambivalence de ce roman, d'un côté la douceur des mots de Marie et des espoirs de cet homme qui vient monter une maison d'aide aux jeunes dans le bidonville de Kaweni, d'un autre côté la cruauté de Bruce, le chef de Kaweni, symbole de ce qui se joue à une autre échelle, à savoir la gestion des ces clandestins qui débarquent tous les jours sur Mayotte, avec l'espoir de prétendre aux droits français mais qui finalement échouent dans des bidonvilles malfamés.

Je crois que c'est la première fois que je rédige un résumé aussi long, peut-être pour décrire une certaine complexité dans ces quelques pages. Tropique de la violence fait définitivement partie de cette catégorie de livres, courts par leur nombre de pages, mais puissants par ce qu'il viennent dire au lecteur. Il se jouent dans ces quelques chapitres des vies, une recherche d'identité primoridiale, celle de Moïse bien sûr, mais aussi celle de Marie en tant que mère, celle de Bruce en tant que chef, celles de ces policiers en tant que défenseurs de la justice, celle de ce jeune homme aux idéaux intacts, en tant qu'humanitaire. Cette course à l'identité, parce qu'elle est profondément ancrée et vitale, est d'une violence inouïe, elle fait mal et essore ces personnages jusqu'à la dernière goutte de sang. Le fait que le récit soit raconté par différentes voix nous noient à chaque fois dans un nouveau type de violence. D'abord, celle de Marie, abandonnée par son mari et meurtrie par cette impossibilité d'avoir un enfant. Puis celle de Moïse, peut-être la plus puissante, celle du rejet par sa mère, du rejet par les habitants de Kaweni et celle de la recherche d'une identité. Enfin, celle de Bruce, ce tyran qui fait régner une espèce de terreur indispensable sur ce bidonville dont il se réclame le chef absolu. Et puis, il y a en encore une autre, plus sourde, qui ne trouve pas de mots mais qui apparaît en filigrane au fil des pages, celle de l'impuissance à arrêter ce système, corrompu jusqu'à la moëlle, gangréné par la pauvreté et la lutte pour les moyens de survie. A travers ses personnages, Natacha APPANAH a réussi l'incroyable tour de force de dire tout ça, sans tomber dans la carictaure, ni dans une forme de pitié larmoyante. Ses mots sont justes, froids et tranchants comme la lame d'un couteau, nous percutant suffisamment pour que cette lecture reste figée en nous.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman très court mais incroyablement puissant qui changera, peut-être, l'image paradisiaque que nous avons habituellement de nos contrées d'outre-mer. Attention cependant aux âmes sensibles, ce roman ne s'embarasse pas de tournures inutiles, les faits rapportés sont francs mais ô combien réels.
Dernières infos.

Tropique de la violence a été publié en 2016 et compte 175 pages. Ce roman a reçu de nombreuses distinctions, dont, entre autres, le prix Femina des lycéens, le prix du roman France Télévisions et le prix de l'Escale. Ce récit a été adapté en BD par Gaël HENRI. Je vous la conseille, elle donne encore un éclairage nouveau sur l'histoire de Moïse.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2020 : Consigne 13 - Livre où il y a plusieurs narrateurs

samedi 7 mars 2020

Bienvenue au motel des pins perdus - Katarina Bivald

En résumé.

Alors qu'elle traverse une route perdue de l'Oregon, proche du motel dans lequel elle travaille depuis son adolescence, Henny, accaparée par ses pensées tournées vers son grand amour, est fauchée par un camionneur et tuée sur le coup. Tandis que son corps amoché gît sur ce bitume qu'elle a foulé à de nombreuses reprises, l'âme d'Henny s'incarne en un fantôme omniscient, bien décidé à hanter ce lieu qui l'a vu grandir et s'épanouir. La jeune femme observe l'agitation qui règne autour de son décés, son amie MacKenzie qui est encore tout pour elle, son père à la vision étriquée, ses amis, partis il y a longtemps mais de retour pour un ultime hommage, cette ville de Pine Creek avec ses habitants aussi chaleureux que pris dans leur logique conservatrice et ce motel, délabré, ruiné mais toujours ouvert à ceux qui en éprouvent le besoin. Comme pour panser le choc de l'accident et son départ brutal, Henny se donne une dernière mission, celle de rassembler tous ces êtres perdus et emmurés dans la solitude.

Mon avis.

Ayant apprécié les deux premiers livres de Katarina BIVALD, La bibliothèque des coeurs cabossés et Le jour où Anita envoya tout balader, j'ai eu envie de me lancer dans ce troisième opus lorsque je l'ai croisé sur les rayons de ma médiathèque bien aimée. Il faut dire que la couverture, une fois de plus très colorée et plein de mignonitude (mot à soumettre à l'Académie française), attire l'oeil !

Ce troisième tome reste fidèle à la patte de Katarina BIVALD, qui choisit toujours des histoires ancrées dans le quotidien et mettant en scène des personnages simples, des anti-héros, des Monsieur et Madame Tout le monde qu'elle aime polir pour n'en faire ressortir que le meilleur. Dans ses romans, tout s'installe lentement, au rythme de ces êtres singuliers et banals qu'elle élève au rang de stars, les sentiments sont aussi longs à venir, enfouis sous des couches de faux-semblant. Les rebondissements se font rares, car elle est une partisane des changements de longue haleine, qui prennent du temps pour s'opérer mais qui sont finalement les plus robustes et les plus efficaces. Seule entorse pour ce troisième écrit, l'apparition surréaliste d'un fantôme, le narrateur qui plus est, mais c'est encore avec ce dessein de donner au lecteur une parole vraie, authentique et remplie d'humanité. Je suis toujours sensible à cette bienveillance qui se dégage des romans de Katarina BIVALD, véritable pause de douceur dans un quotidien âpre et dur. Toutefois, cette fois-ci, je n'ai pas su patienter et accepter la lenteur qui m'était proposé. Je trouve que l'histoire peine à décoller et à nous embarquer. On se sent baladé sur plusieurs terrains, celui du passé, celui du présent, celui des morts, celui des vivants, sans trouver d'ancrage. Je ne savais donc plus où donner de la tête et je n'ai pas su garder le fil rouge qui n'apparaît d'ailleurs pas très clairement. La longueur conséquente du récit, près de 600 pages, nous décourage quand on est au beau milieu de celui-ci et que les choses n'accélèrent pas, on attend, on attend ce nouveau souffle mais il ne vient pas. Alors on persévère, jusqu'à la dernière page. Heureusement que certaines réflexions, pas inintéressantes, nous sont proposées, cela apporte de la mâche à ce dessert déséquilibré car englouti sous la chantilly des bons sentiments.

Selon la plupart des chroniques ou présention du livre que j'ai pu lire à droite à gauche, le coeur de ce récit serait la défense de la communauté LGBT et de toutes les questions qui touchent à l'homosexualité. Bien sûr, ce thème est très présent mais il est loin d'être le seul à mes yeux et je dirais même que la question transgenre est finalement très vite balayée par l'auteur, alors que le thème de l'homosexualité est bien plus approfondi, au travers du personnage phare de MacKenzie mais aussi du combat qu'elle a dû mener avec ses amis pour faire accepter son choix dans une petite ville typique de l'Amérique rurale, très conservatrice et ancrée sur des valeurs guidées par la religion. Je ne sais pas si ce combat est tiré de faits réels mais il est en tout cas très réaliste et reflète à la perfection la situation Outre-Atlantique. En lien avec ce premier thème, il y a aussi bien évidemment la question du devenir de ces petites villes, perdues au milieu de la pampa américaine, sérieusement touchées par le chômage et qui s'enlisent dans des positions conservatrices, comme si seule la foi pourrait les sortir du marasme économique, alors que l'acception de choix différents conduiraient à une déroute certaine. Enfin, un dernier thème, celui du deuil, me paraît être au coeur de cet ouvrage, avec ces questions lancinantes qui se posent à chaque fois que ce thème est traité en littérature :  comment se reconstruire lorsqu'un être cher disparaît ? Comment lui laisser encore une place alors qu'il n'est plus là ? Comment gérer ses émotions, le chagrin bien sûr, mais aussi la frustration de ne pas être allé au bout de ses projets avec lui ou elle ? Quelles sont les différentes manières de vivre le deuil, selon qu'on est parent, ami ou amant de la personne disparue ? Trois problématiques puissantes qui marquent, au travers de ses personnages, l'engagement de Katarina BIVALD pour une société progressiste et profondément humaine.

Le sentiment d'être un peu passée à côté de l'histoire d'Henny et de ses accolytes, malgré toute la bienveillance qui demeure et l'engagement que l'on sent de la part de l'auteur sur des problématiques très actuelles. Pour moi, trop de longueur, trop de répétitions et pas assez de rebondissements. Je vous le conseille toutefois si vous êtes à la recherche d'une histoire où espace et temps s'étirent et vous enveloppent dans un nuage de douceur.
Dernières infos.

Bienvenue au motel des pins perdus a été publié en 2019 et compte 565 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2020 : Consigne 52 - Lire un livre dans lequel il est mentionné une chanson réelle (p. 108 - Tunnel of love de Bruce SPRINGSTEEN)

dimanche 23 février 2020

Entrez dans la danse - Jean Teulé

En résumé.

Strasbourg, 1518. La misère est partout, elle rampe dans les rues, s'insinue dans les modestes habitations strabourgeoises, les épidémies font rage, les désordres climatiques privent les gens de nourriture et l'invasion turque qui se prépare réveille les angoisses. Enneline TROFFEA, la femme du graveur de la rue du Jeu-Des-Enfants vient de noyer son bébé, une bouche à nourrir de plus, c'était trop pour ce couple sans le sou. Frappée par le chagrin, la détresse la plus sérieuse qui soit, son corps est agité de mouvements incompréhensibles à son retour. Vite, elle sort de sa demeure et se met à danser de façon diabolique dans cette rue qui l'avait vue sortir quelques temps auparavant, son bébé contre le coeur. Elle ne s'arrêtera pas de danser, pendant des mois, malgré les douleurs bientôt visibles et une fatigue qui la fera tomber à plusieurs reprises. Elle est très vite rejointe par quantité de voisins qui la suivent dans ces agitations frénétiques du corps. Bientôt, les huiles strabourgeoises s'inquiètent, maire, médecins, clergé, tous tentent de trouver l'origine de cette épidémie dansante, pour la guérir, au plus vite.

Mon avis.

Une lecture qui est tombée par hasard. Le hasard d'une sortie à la bibliothèque, sans intention d'emprunter quoi que ce soit, et finalement mes yeux se sont posés sur ce livre de Jean TEULE, dont j'avais déjà lu Le magasin des suicides. Le sujet, original, et le court format, m'ont séduite. Ni une, ni deux, il était dans mon panier. Lu en seulement deux jours, ce fut une lecture déroutante, instructive et que je n'oublierai pas de si tôt.

Le réel plus de ce livre est qu'il s'ancre dans des faits réels. Si j'en crois ce que j'ai pu lire à droite, à gauche sur Internet, des cas réels d'épidémie dansante ont été relevés à cette époque, sans qu'une cause soit clairement identifiée. Pour Jean TEULE, c'est le désespoir qui conduit les hommes à entrer dans ces mouvements incontrôlables, comme la seule manière qui leur reste de témoigner de leur volonté de vivre, à tout prix. J'ai été frappée par certains passages relatant des faits sordides, qui m'ont donné quelques envies de vomir parfois, mais attestant de la misère sévère qui s'abattait sur ces pauvres gens. Si les premiers couples à répendre, de façon involontaire, l'épidémie au reste de la ville sont des personnages clés de l'histoire, l'auteur s'intéresse également au pouvoir en place à l'époque, avec une critique très appuyée du clergé, qui interprétait ces faits comme résultant de l'action du diable. Ils concentraient toutes les richesses et stockaient toute la nourriture, sans la partager avec les strabourgeois qui mourraient de faim, l'appât du gain dominant toute forme de bienveillance. Le partie pris pour le maire, qui s'oppose au clergé en leur demandant d'ouvrir leur grenier à la population affamée, et cherchant des causes rationnelles à ces comportements irrationnels, notamment en convoquant l'élite médicale, est très net. 

J'ai pu lire des avis complètement contradictoires sur ce livre, certains ayant beaucoup aimé, d'autres ayant détesté. Je ne suis pas suffisamment calée en histoire (c'est un euphémisme) pour tenter de déceler d'éventuelles entorses à la vérité historique. Je prends les faits tels qui sont écrits, ayant une confiance aveugle en l'auteur, même si je me doute qu'il a usé de sa marge de manoeuvre pour romancer le tout afin d'accrocher le lecteur. Quant à son style d'écriture, que beaucoup ont attaqué, je ne l'ai pas trouvé mauvais. Certains passages sont parfois difficiles d'accès, de part leur tournure, mais sinon, le récit se lit facilement, l'essentiel est dit, et les laideurs décrites sont parfois contrebalancées par des anachronismes qui nous arrachent un sourire, ou des tournures inattendues qui rompent avec l'ambiance grave de ce passage historique méconnu. De plus, les courts chapitres, qui alternent avec d'autres, un peu plus longuets, donnent du rythme à l'ensemble et nous maintiennent en éveil. Ainsi, même si ce ne fut pas un coup de coeur, je ressors plutôt satisfaite de ma lecture, j'ai eu le sentiment d'apprendre de nouvelles choses, sans perdre mon temps puisque ce livre est très rapide. Cette lecture me donne envie de me plonger dans un autre Jean TEULE dans quelques temps - auteur qui est visiblement connu pour écrire autour de faits divers historiques, et parfois glauques comme celui-ci.

Je conseille ce livre à tous les lecteurs qui aiment les romans historiques, ou d'une moins les anecdotes s'ancrant dans l'histoire. Voici une lecture rapide, qui vous apprendra néanmoins tout un tas de choses !
Dernières infos.

Entrez dans la danse a été publié en 2018 et compte 155 pages. Pour les amateurs de BD, sachez que ce livre a été adapté en BD par Richard GUERINEAU - BD publiée aux éditions Delcourt.

Ma note.
Challenges.
Défi lecture 2020 : Consigne 76 - Livre tiré d'une histoire vraie ou basée sur des faits réels.

samedi 15 février 2020

Percy Jackson et les dieux grecs - Rick Riordan

En résumé.

Contre un an de pizzas gratuites (qui ne craquerait pas ?!), Percy JACKSON accède à la demande de son éditeur en écrivant ce nouveau livre consacré aux héros grecs. Ainsi, le jeune garçon nous raconte l'histoire, pas toujours heureuse, de douze héros et héroïnes grecs, des stars de la mythologie grecque à ceux qui auraient aimés l'être mais qui ont été arrêtés en plein vol. En voici le sommaire :

1. Persée : le rodéo de la Méduse.
2. Psyché pique un fard aux Enfers.
3. Phaéton se fait recaler au premier char.
4. Otréré, la première Amazone (avec livraison gratuite en 48 heures).
5. Dédale invente tout, n'importe quoi et le reste.
6. Thésée prend le minotaure par les cornes.
7. Atalante et les trois pommes : un combat à mort.
8. Bellérophon plaide non coupable.
9. Cyrène bouffe du lion.
10. Orphée se la joue en solo.
11. Les douze corvées d'Hercule.
12. Jason, ou comment réussir dans la vie grâce à un tapis.

Mon avis.

Cela fait un moment qu'une amie, aux goûts très sûrs, me vante les mérites de Percy Jackson et plus largement, de son auteur, Rick RIORDAN. Au départ rebutée par leurs couvertures enfantines qui en font des caisses (boucliers en bronze, foudre, flammes, monstres en tout genre), j'ai finalement décidée de franchir le pas lorsque je me suis retrouvée face à ce hors-série lors d'une visite à la bibliothèque. Eh bien, au terme de cette lecture qui a duré deux semaines mais qui aurait pu durer deux jours si je ne travaillais pas, je suis conquise !

Si comme moi, vous n'avez jamais fait connaissance avec Percy auparavant, pas de panique, ce hors-série peut tout à fait se lire sans connaître ses aventures ! Evidemment, quelques références sont faites à des tomes passés mais elles sont rares et ne gênent en aucun cas la compréhension des histoires qui sont racontées. Car il faut dire que la vedette de ce livre n'est pas Percy Jackson mais plutôt ces douze héros et héroïnes grecs que l'on connaît tous de nom mais lorsqu'il faut se rappeler de qui ils sont et de ce qu'ils ont fait, c'est de suite plus compliqué ! Ce livre va vous rafraîchir la mémoire ou même vous apprendre de nouvelles choses quand vous serez faces à des personnalités inconnues du gotha grec. Les chapitres sont denses, car il s'en passe des choses dans la mythologie grecque, les personnages qui gravitent autour de nos héros sont très nombreux et n'ont pas toujours des noms très prononçables et les lieux évoqués nous paraissent obscurs, ce qui fait que l'on oublie à mesure que l'on avance dans la vie des différents protagonistes les premiers chapitres, mais ce n'est pas bien grave, il faut prendre ce livre comme une succession d'histoires à la manière d'un livre de conte pour les enfants. Du fait de leur complexité, on ne s'ennuie pas une seule seconde lors de la lecture de ces douze mythes, je les ai dévorés comme un bon vieux roman policier, bien que parfois un peu écoeurée par leurs coutumes sanguinaires. En plus d'apprendre quantité de choses, l'autre atout indéniable de ce livre est l'humour.

Vous pouvez déjà le percevoir à la lecture du sommaire, Percy Jackson et les héros grecs est un condensé de blagues toujours bien placées et qui rendent la lecture encore plus agréable. Et je dois dire que ça détend aussi l'atmosphère parfois ! Anachronismes, gimmik au sujet de la Pythie de Delphes, moqueries, autant de procédés utilisés par l'auteur pour rendre ces douze histoires un peu plus actuelles et nous tenir en haleine. Malgré les 555 pages, je ne me suis pas lassée une seule seconde, toujours enthousiaste à l'idée d'ouvrir ce livre et de rire un bon coup tout en me cultivant. La prochaine étape maintenant est de me lancer dans la lecture de la première saga écrite par l'auteur, en espérant que ces deux éléments, humour et culture grecque, seront toujous présents.

Un coup de coeur qu'il faut lire absolument ! Ne faîtes pas comme moi, ne vous arrêtez pas à la couverture trop tape à l'oeil et la réputation jeunesse de Percy Jackson, foncez, courrez et lisez !
Dernières infos.

Percy Jackson et les héros grecs a été publié en 2015 et compte 555 pages. A noter qu'un autre livre du même genre et du même auteur est disponible : Percy Jackson et les dieux grecs. J'ai hâte de le lire ! Si vous souhaitez en savoir plus sur les héros évoqués dans ces quelques pages, une série intitulée Les grands mythes a été récemment diffusée sur Arte. Elle reprend l'histoire de la plupart des héros précsentés ici. Pour ma part, ces épisodes m'ont permis de mettre des images sur les histoires racontées et de mieux les retenir.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2020 : Consigne 20 - Livre dont la couverture comporte des ailes.

samedi 8 février 2020

La métaphysique des tubes - Amélie Nothomb

En résumé.

Amélie est un bébé inerte jusqu'à ses deux ans, un tube comme elle se décrit, une plante comme la décrivent ses parents. Pas de cris, même pas durant sa première seconde de vie, pas de pleurs, de manifestations de joie ou d'amour. Un simple tube qui ingère, digère et rejette. L'élément qui va l'amener à la vie, un morceau de chocolat blanc, offert par sa grand-mère. Une vague de plaisir aussi soudaine qu'imprévue et intense, qui éveille les papilles et les sens. A partir de ce moment précis, la petite fille se souviendra de tout, de ses chagrins et de ses moments d'extase, de ses premières années passées au Japon, de ses nounous japonaises, l'une sympathique, l'autre détestable, de ce père qui travaille tantôt dans les égouts, tantôt à l'ambassade belge au Japon et de cette tentative de suicide à trois ans.

Mon avis.

Un livre que je ne projetais pas de lire dans l'immédiat mais qui m'a fait un clin d’œil lors d'un passage éclair à la bibliothèque (je pars toujours avec la ferme intention de rien emprunter et je reviens toujours avec les bras chargés de nouvelles lectures que je n'aurai pas le temps de lire). De cet auteur, je ne connaissais que Stupeur et tremblements, lu il y a trois ans, que j'avais apprécié sur le moment mais dont je n'ai quasiment aucun souvenir à l'heure où j'écris ces quelques mots. J'avais déjà entendu parlé de La métaphysique des tubes, un de ses plus connus. Curieuse de voir ce qui se cache derrière ce titre énigmatique, je tourne les premières pages.

Après Stupeur et tremblements qui traite de sa carrière d'interprète dans une grande entreprise japonaise, nous avons ici affaire au commencement, aux premières années de vie d'Amélie NOTHOMB. La métaphysique des tubes est en réalité une autobiographie de l'auteur de 0 à 3 ans. Concept plutôt original, d'autant plus qu'il ne subsiste habituellement aucun souvenir de cette période. Les faits sont vite balayés, le livre se lit avec une rapidité extrême. Il faut dire que 156 pages, ça ne pèse pas bien lourd ! Le défi pour ces livres au nombre de pages très réduit est d'embarquer le lecteur, de lui proposer un véritable nectar, le condensé d'une histoire puissante et intense, de lui faire savourer chaque mot, chaque syllabe, chaque virgule car le plaisir est éphémère. Malheureusement, je n'ai pas eu la sensation de me délecter de ce nectar divin. Les souvenirs s'accumulent, sans qu'une intrigue serve de fil rouge, un peu d'humour est glissé ça et là, quelques réflexions aussi sur ces premiers instants de vie qui nous échappent. Le tout n'est pas inintéressant et se laisse lire mais je crains que mes souvenirs de cette lecture ne s'envolent très vite, tant elle ne m'aura pas marquée dans ma chair de lectrice.

Et puis je reste un peu dubitative quant à ces souvenirs qui nous sont racontés. Comment un bébé peut-il rester aussi calme pendant deux ans, et se réveiller aussi soudainement que cela après avoir ingéré un morceau de chocolat blanc ?! Et pourtant, je ne sous-estime pas le pouvoir de cette sucrerie dont je raffole, pour le plus grand malheur de mes hanches. De même, cette capacité à se souvenir de choses arrivées dans sa prime jeunesse, ou encore l'envie de mettre fin à ses jours à trois ans. J'ai peut-être trop pris les choses au premier degré alors que j'aurais dû être plus subtile, peut-être que certains messages nous sont cachés et à nous de percer les secrets de cette enfance pour le moins originale. Je dois avouer que je n'ai pas non plus tout compris du pont qu'elle dresse entre Dieu et elle. En fait, elle se prend pour Dieu durant ces trois premières années. Je n'y vois pas de la prétention mais plutôt un message implicite que je n'ai pas su décoder. Je l'ai interprété avec mes rares connaissances sur le développement de l'enfant, où ce dernier est carrément auto-centré pendant les premiers mois de vie et complétement dépendant de son environnement. Mais peut-être que je m'égare et que les intentions de l'auteur n'étaient pas du tout celles-là...

Un petit livre trop rapide, mais qu'il serait dommage d'ignorer cependant. Le genre de lecture adéquate lorsqu'on a peu de temps pour se lancer dans un pavé ou lorsqu'on souhaite découvrir ou approfondir sa connaissance de l’œuvre de cette auteur très célèbre.
Dernières infos.

La métaphysique des tubes a été publié en 2000 et compte 156 pages.

Ma note.
Challenges.

* 100 livres à lire en 2020 : 3/100
* Défi lecture 2020 : Consigne 10 - Livre dont la couverture ne contient aucune couleur (noir, blanc, sépia) - 3/100

samedi 1 février 2020

Challenge des 100 romans en 2020

Bonjour à tous !

Je participe pour une deuxième fois à ce Challenge des 100 romans en 2020 organisé par Kyradieuse (son blog ici) sur Livraddict.

Le but est extrêmement simple: lire 100 romans en un an, du 1er Janvier 2020 au 31 Décembre 2020.

En 2017, j'avais atteint le score de 51 romans sur 100. J'espère évidemment faire mieux cette année mais je reste tout de même perplexe. En travaillant, je ne peux pas lire autant que je le voudrais. J'essaierai de me rattraper pendant les vacances ! C'est parti pour une nouvelle année de lecture !

Vous trouverez mon avancée sur cette page.

10/100

1. Les fiancés de l'hiver (La Passe-miroir - tome 1) - Christelle DABOS
2. Le journal de Bridget Jones - Helen FIELDING
3. La métaphysique des tubes - Amélie NOTHOMB
4. Percy Jackson et les héros grecs - Rick RIORDAN
5. Entrez dans la danse - Jean TEULE
6. L'âge de raison (Bridget Jones, tome 2) - Helen FIELDING
7. Bienvenue au motel des pins perdus - Katarina BIVALD
8. La dernière bataille (Les Chroniques de Narnia - tome 8) - C.S LEWIS
9. Agatha Raisin enquête : Panique au manoir - M.C BEATON
10. Tropique de la violence - Natacha Appanah

Bridget Jones - Helen Fielding

Tome 1 : Le journal de Bridget Jones.

En résumé : 1er Janvier, Bonne Année ! Et plein de nouvelles résolutions pour Bridget Jones : perdre du poids, fumer moins, boire moins, évoluer dans sa carrière professionnelle, et, et, le graal, se trouver un petit-ami. Alors jours après jour, pendant un an, Bridget, jeune célibataire londonienne un peu empotée mais attachante, consigne dans son journal intime ses déboires amoureux et ses difficultés à respecter sa prise de résolutions. Une façon pour elle de s'encourager et pour nous de suivre avec beaucoup d'humour la vie de cette héroïne complétement décalée.

Mon avis : On ne présente plus Bridget Jones. Comme pour beaucoup d'autres lecteurs j'imagine, j'ai découvert l'héroïne littéraire bien après avoir vu, revu et rerevu l'adaptation cinématographique sortie en 2001. C'était une appréhension avant de tourner les premières pages que de m'ennuyer alors que je connais cette histoire par coeur. Et puis, je me suis prêtée au jeu, les premières pages sont vraiment drôles et elles nous embarquent, comme si nous rencontrions Bridget pour la première fois. Les visages et les voix de Hugh Grant, Colin Firth et Renée Zellweger m'ont accompagnée durant toute ma lecture mais je dois dire que c'était plutôt agréable. A ma grande surprise, j'ai vraiment été happée par l'histoire et j'avais hâte de me ménager des petits temps de lecture pour pouvoir suivre les aventures de Bridget. Certains épisodes ne sont pas présents dans le film, ou mieux développés dans le livre, l'histoire avec Marc Darcy est d'ailleurs écourtée dans la version papier, à mon grand désarroi. C'est peut-être là le seul bémol que j'émettrais. J'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de lire des romans feel-good tellement enrobés de barbapapa et noyés sous de la guimauve, qui se prétendent être drôles alors que rien n'est comique que pour moi, Bridget Jones est un chef d'oeuvre dans sa catégorie. L'héroïne est attachante, authentique, drôle et humaine. Un livre qui nous fait résolument passer un bon moment et qui sent bon les années 90 (ça fait du bien parfois de  se souvenir du bon vieux temps !). L'âge de raison, le deuxième tome m'attend, j'y cours, j'y vole !

Ma note : 3/5

Challenges :
* 100 livres à lire en 2020 : 2/100
* Défi lecture 2020 : Consigne 97 - Lire un livre publié durant la décennie de votre naissance (livre publié en 1996) - 2/100

Tome 2 : L'âge de raison.

En résumé : Pour Bridget Jones, le célibat, c'est fini ! Depuis qu'elle a trouvé en Mark Darcy l'homme idéal, cette trentenaire farfelue est une femme comblée : nouveau mec, nouveau job, appart' qu'elle aime, copines fidèles, tout lui sourit ! Enfin presque... Les mois défilent et son petit confort se dégrade progressivement : une collègue de Mark, à la chevelure d'or et à la tête bien faite lui fait de l'ombre, son patron est exécrable, son découvert est sans fond et Gary l'artisan entame des travaux qu'il ne finira jamais, tout en partant avec son argent... Elle qui s'était promise de ne plus fumer, de ne plus boire et de suivre les conseils de mille et un guides pratiques fumeux est de nouveau sur le front des déconvenues, bien aidée par quelques cigarettes, quelques verres de vin et quelques chocolats aux vertues consolatrices.

Mon avis : Enthousiasmée par la lecture du premier tome de cette série célébrissime et ayant envie d'un livre qui se lit vite et qui me fera passer un bon moment le matin dans le train avant de débuter ma journée de travail, j'ai décidé avec un certain plaisir de me plonger dans la suite des aventures de cette héroïne pas comme les autres. L'humour est toujours aussi présent et les histoires rocambolesques aussi. Je me suis d'ailleurs plus marrée sur ce tome que sur le premier, même si j'ai trouvé que l'ensemble était moins bon. Déjà, au niveau de la forme : on est plus sur un format roman que sur un format journal intime. Même si ses aventures sont toujours écrites au jour le jour, figurent désormais des chapitres qui ne suivent pas nécessairement le découpage des mois. Cela a un impact important sur le rythme de lecture. Les récits du jour sont beaucoup plus longs et les jours racontés moins nombreux, ce qui donne une impression de longueur. J'avais vraiment apprécié le côté très journal intime du premier tome, où Bridget pouvait écrire quelques mots comme deux pages, cela donnait une impulsion à l'ensemble et on tournait les pages sans s'en rendre compte. Sur ce second tome, j'ai eu l'impression d'un peu plus galérer et certains passages sont pour moi inutiles ou répétitifs. Pour ce qui est du contenu, on est sur des situations un peu téléphonées, comme la séparartion de Mark que je n'ai toujours pas bien comprise d'ailleurs. Heureusement que d'autres situations un peu plus tirées par les cheveux, comme son séjour en Thaïlande, pimentent le récit et le rendent particulièrement drôle. Un second tome que j'ai donc trouvé un peu en-deça du premier mais que j'ai tout de même apprécié, tant le personnage de Bridget est attachant et amusant.

Ma note : 3/5

Challenges :
100 livres à lire en 2020 : 6/100
Défi lecture 2020 : Consigne 11 - Livre mentionnant un film réel (p. 153 : Thelma et Louise) - 6/100

dimanche 26 janvier 2020

La Passe-Miroir - Christelle Dabos

Tome 1 : Les fiancés de l'hiver.

En résumé : Ophélie habite Anima, un bout de terre bien étrange et dont les habitants ont des pouvoirs. Ophélie en a deux : celui de pouvoir traverser les miroirs pour se rendre dans n'importe quel autre lieu de son choix, et celui de lire les objets, c'est-à-dire de retracer leur histoire simplement en les effleurant du bout des doigts. Sa vie est celle d'une jeune fille réservée et secrète, nostalgique aussi et qui gère le musée d'Anima. Alors qu'elle a déjà éconduit plusieurs de ses prétendants, cette fois-ci elle n'y échappera pas : elle épousera Thorn, un jeune garçon à la taille immense, aux yeux glacés et au caractère rigide. Le mariage aura lieu à la Citacielle, ville à la forme d'un cornet de glace, où il fait un froid polaire et très éloigné d'Anima. Ophélie, qui ne connaît rien à son futur chez elle, se met en route en compagnie de sa Tante Roseline, son seul et unique point de repère à l'avenir. Son arrivée dans ces contrées hostiles est rude et elle va bien vite découvrir la raison de ces fiançailles mystérieuses, au péril de sa vie.

Mon avis : Un avis qui comptera parmi les milliers déjà disponibles sur la toile tellement ce roman de science-fiction a eu du succès. Il est passé sous mes yeux, repassé sous mes mains jusqu'au jour où une copine me l'a offert pour mon anniversaire. Il m'a fallu un an pour m'y plonger (le temps de revenir en hiver) et je suis enfin heureuse de rejoindre le club très élargi de tous les fans de cette saga. J'ai pourtant mis du temps à entrer dans l'histoire. Je n'ai pas tout compris au début, il faut dire que les personnages sont nombreux, ainsi que les nouveaux termes à intégrer, et le rythme est plutôt lent. Mais tout s'accélère à partir de la deuxième moitié du tome, Au Clairdelune, et là, je n'ai plus lâché mon livre, tant l'envie d'en savoir plus était forte, tant j'avais envie de connaître l'évolution de la relation pour le moins atypique de Thorn et Ophélie. Bien que l'univers soit complexe à comprendre, l'écriture est accessible, progressive et on ne sent pas perdu dans ce flot d'informations. J'admire l'auteur, déjà pour son imagination et sa créativité, mais aussi pour avoir rendu les choses tellement claires. A la fin du livre, les émotions explosent en feu d'artifice, au rythme des événements qui se succèdent, le suspense est à son comble et j'attends déjà avec impatience le moment où je pourrai me plonger dans le second tome.

Ma note : 4/5

Challenges :
* 100 livres à lire en 2020 : 1/100
* Défi lecture 2020 : Consigne 4 - Un livre ayant une référence à un musée (réel ou fictif) - 1/100

samedi 18 janvier 2020

Des fleurs pour Algernon - Daniel Keyes

En résumé.

Charlie GORDON présente une déficience intellectuelle, comme l'on dirait aujourd'hui, il est arriéré, comme l'on disait à l'époque où cette histoire a été publiée (1972). Il mène une vie simple mais heureuse, séparé de sa famille mais autonome grâce à son boulot d'homme de ménage dans une boulangerie. Pour autant, son entourage et lui, par ricochet, ont toujours rêvé qu'il soit plus mature. Son quotidien bascule lorsque le Docteur STRAUSS et le Professeur NEMUR mettent au point une nouvelle méthode pour augmenter le potentiel intellectuel de personnes déficitaires. D'abord testée sur une souris de laboratoire, Algernon, l'opération est une réussite puisque l'animal devient en quelques semaines surdoué. Charlie est tout désigné pour succéder à Algernon et être le premier cobaye humain à subir ce genre d'intervention. Après plusieurs semaines d'ascension fulgurante, pendant lesquelles le jeune homme évolue à grands pas, les premiers doutes s'installent : et si les bénéfices de cette opération ne duraient pas ?

Mon avis.

Cela fait désormais plusieurs années que l'on m'a conseillé la lecture de ce livre élevé au rang de classique par bien de critiques littéraires. Malgré tout l'intérêt porté au thème de l'histoire, il m'a fallu du temps pour me le procurer et me plonger dans la vie de Charlie. Je suis heureuse d'avoir enfin croisé sa route, petit livre mais ô combien pertinent et puissant.

L'auteur, Daniel KEYES, ne s'est pas trompé dans ses choix narratifs puisque c'est Charlie lui-même qui raconte sa propre histoire au travers de compte-rendus qu'il rédige à la demande du Docteur  STRAUSS et du Professeur NEMUR, avant et après son opération. Cela est particulièrement efficace dans la mesure où le lecteur bénéficie d'un accès direct aux émotions du protagoniste et à la façon dont il évolue. Ainsi on passe des premières pages très mal rédigées (des tonnes de fautes d'orthographe et de syntaxe, un vocabulaire simple pour des idées simples) aux pages du milieu de livre parfaitement rédigées et exprimant une réflexion complexe. Je dois avouer qu'il est difficile d'entrer dans cette histoire à cause de ces premières pages qui nous déroutent et montrent à quel point notre cerveau est conditionné pour une reconnaissance directe et très visuelle des mots. Ceux-ci, lorsqu'ils sont mal écrits nous heurtent la rétine et cela nous demande un effort supplémentaire pour les déchiffrer. Finalement, pendant ce premier temps du récit, les rôles s'inversent, comme si le lecteur était en situation de handicap puisque sa lecture est rendue compliquée, ce qui est plutôt ironique vu que l'on est en train de lire l'écrit d'une personne qui est elle-même mise à mal par l'écrit. Puis Charlie est opéré et cette fois-ci, nous sommes déroutés par l'incroyable évolution qu'il connaît. Bien sûr, cela n'est pas sans conséquence puisque cette nouvelle compréhension de la vie et de sa vie amène un nouvel éclairage sur sa fragilité affective et émotionnelle. Je me suis vraiment attaché à ce personnage pour qui j'ai éprouvé de la peine, que ce soit avant son opération où il est alors un jeune homme mal aimé, moqué, méprisé et renié par sa famille ou après son opération, où il devient une bête de foire qui doit gérer une multitude de nouvelles émotions en peu de temps, sans tuteur pour l'aider sur cette voie.

De part son thème, Des fleurs pour Algernon est un livre qui interroge. Certaines questions qu'il soulève ont eu peut-être plus d'impact à sa sortie, en 1972, qu'à notre époque car la science a connu certains progrès depuis et des questions d'ordre éthique ont été résolues, mais d'autres points restent d'actualité. Pour moi, l'expérience Charlie GORDON, même si elle est purement romancée (n'oublions pas que ce livre est classé en science-fiction !), soulève trois axes importants :
  • Il y a d'abord la question éthique : est-ce que la science pourrait un jour modifier l'intelligence humaine de façon si spectaculaire, et surtout, est-ce qu'elle en a le droit, même avec le consentement des personnes impliquées ? Et en creux, quel type d'intelligence pourrait-elle modifier ? On le voit, Charlie devient plus intelligent dans le sens où ses capacités de mémoire sont accrues, ainsi que ses capacités à apprendre de nouvelles données, mais sur la plan émotionnel, cela demeure très compliqué pour lui et il subsiste une sorte de décalage entre ces deux types d'intelligences.
  • Ensuite, il y a la question du lien entre intelligence et bonheur. Il semblait être plus heureux lorsqu'il n'avait pas accès à une compréhension fine de son entourage. L'augmentation de ses performances cognitives s'accompagne d'une exigence nouvelle vis-à-vis de lui et vis-à-vis des autres qui semble le faire souffrir, bien que cela le comble sur d'autres aspects.
  • Enfin, ce livre pose la question de l'acceptation du handicap mental, de la déficience intellectuelle par la société. Je pense que les mentalités ont heureusement évolué depuis ces quarante dernières années mais c'est intéressant de se rappeler d'où on partait. Charlie était considéré comme un moins que rien, un animal presque, quelqu'un dont on pouvait rire, et plutôt que de s'accommoder de cette différence, et de partir de là pour encourager d'autres performances, la logique était celle de la réparation, qui atteint son apogée avec l'intervention chirurgicale des deux médecins.
Je n'ai pas de réponses à ces divers questionnements et d'ailleurs je pense que ce n'est pas le lieu pour en débattre, mais j'ai apprécié que cette lecture me pousse à réfléchir à ces sujets-là. Ce n'est pas un texte moralisateur, juste une histoire qui nous donne à penser, au-delà du divertissement premier.

Comme on l'a fait pour moi il y a quelques années, je vous conseille à mon tour cette lecture, très intéressante à plusieurs niveaux : thèmes abordés, choix narratif, émotions suscitées. Qui plus est, l'histoire est très vite lue, accessible, et elle est devenue un incontournable de la littérature anglo-saxonne, alors il n'y a vraiment plus d'excuses pour ne pas vite se la procurer !
Dernières infos.

Des fleurs pour Algernon a été publié en 1972 et compte 252 pages. Ce livre a été adapté à plusieurs reprises et a inspiré plusieurs oeuvres. Je vous laisse faire quelques recherches si cela vous intéresse, tout citer ici serait trop long !

Ma note.