dimanche 15 septembre 2019

On la trouvait plutôt jolie - Michel Bussi

En résumé.

Originaire du Mali, mère célibataire de trois enfants, Bamby (21 ans), Alpha (17 ans) et Tidiane (10 ans), Leyli MAAL est femme de ménage dans un Hôtel Ibis de Port-de-Bouc, près de Marseille. Leyli MAAL est une battante, pour elle, pour ses enfants, pour ses parents, elle à qui la vie n'a pas fait de cadeaux, elle qui cache un si grand secret qu'elle ne livre qu'aux plus proches de son entourage. Alors qu'elle se démène dans son quotidien, à sauver les apparences pour mieux protéger son jardin secret, on apprend qu'un crime est commis dans une chambre d'hôtel du Red Corner Hôtel. Un employé de Vogelzug, association qui vient en aide aux migrants est en effet retrouvé mort après que l'assassin ait prélevé sur lui une importante quantité de sang. Petar VELIKA, policier et son subalterne Julo FLORES sont immédiatement dépêchés sur l'affaire. Ce n'est que le début d'une longue enquête, ponctuée par d'autres meurtres similaires commis aux quatre coins du globe. Une longue enquête qui va aussi resserrer les liens autour de ces divers personnages, jusqu'à la découverte du secret de Leyli MAAL.

Mon avis.

Après avoir lu du même auteur Le temps est assassin au cours de l'été 2017, Un avion sans elle l'été dernier, j'ai enchaîné cet été avec On la trouvait plutôt jolie, titre (peut-être même histoire) inspiré par le titre de Pierre PERRET, Lily. Ce livre fut une jolie trouvaille car il provient d'une boîte à livres où je l'ai trouvé intact, comme s'il venait d'être acheté ! Moi qui comptais bien faire une pause avec mes lectures estivales, quasiment toutes orientées vers le continent africain et l'immigration, je fus un peu frustrée quand j'ai découvert qu'il s'agissait dans ce livre aussi d'Afrique puisque la famille MAAL est originaire du Mali et d'immigration. Il y a des thèmes comme ça qui vous poursuivent pendant une certaine pèriode...

Dès les premières pages, je me suis laissée happer par l'histoire de Leyli MAAL. Il faut dire que l'auteur n'attend pas 15 chapitres pour installer du suspense. Non, celui-ci est présent dès le départ avec cette histoire de crime dans une chambre d'hôtel. Les personnages sont ainsi vite introduits, et le lecteur peut commencer à suspecter les uns, les autres. Aussi, le fameux secret de Leyli est amené sur la table très rapidement, et inévitablement, il suscite notre curiosité. Pour mieux entretenir ce suspense et le laisser traîner, le récit de l'enquête est entrecoupé de passages dédiés au passé de cette femme fascinée par les chouettes (d'où la couverture) mais aussi de quelques épisodes consacrés au fantasque directeur de l'hôtel dans lequel travaille Leyli. Je me suis attachée aux personnages, en particulier j'ai éprouvé beaucoup de peine pour la protagoniste qui a eu une vie extrêmement violente, peut-être la porte-parole de centaines de migrants dont le passé doit être à peu prés équivalent au sien. J'ai également bien aimé le directeur de l'Ibis qui devient peu à peu son confident, ses parents qui sont remplis de tendresse et le petit dernier, Tidiane, tout innocent et pourtant enjeu de vengeance, le flic Julio FLORES, un peu innocent et qui a l'air tout miel mais dont l'humanité et la perspicacité ne font pas débat. En revanche, j'ai moins été séduite par le personnage de Bamby, pas en raison des actes dont elle est responsable mais plutôt par ce qu'elle renvoie.

Le scenario est bien mené jusqu'à moitié livre, puis je trouve que le soufflet retombe. Déjà, l'histoire se répète un peu, on s'enlise dans des faits qui ont déjà été mis en avant, exploités et expliqués à plusieurs reprises. J'ai été, comme plusieurs lecteurs (à ce que j'ai pu voir en farfouillant rapidement la toile), frustrée et déçue par le dénouement. Déjà, l'assassin est tout trouvé dés le départ et le twist final (car il y en a bien un) est vite évacué. Du moins, c'est l'impression que j'en ai eu. Ainsi je me suis dit "tout ça pour ça", l'histoire aurait certainement pu être rabottée à 400 pages et ç'aurait été tout aussi bien. De même, j'ai l'impression d'être passée à côté de la problématique des migrants posé par le livre. Je pense que le problème ne vient pas du livre en lui-même mais de ma lecture qui a été en pointillés vers la fin par manque de temps, ou d'énergie après des journées de boulot fatiguantes. Peut-être donc que je n'ai pas bien suivi le déroulement de l'affaire mais je n'ai pas bien compris toutes les malversations de Vogelzug vis-à-vis des migrants. Un sentiment d'inachevé donc, qui me fait dire que la question des migrants, bien qu'elle occupe une place importante dans le récit, n'en est pourtant pas l'épicentre. J'ai davantage placé au coeur de ma lecture l'histoire autour de Leyli MAAL. J'ai fait de la lecture de On la trouvait plutôt jolie une lecture avant tout fictionnelle et non politique. 

Ce compte-rendu touche à sa fin. Bien que déçue par deux trois petites choses, je vous conseille quand même ce livre car il a le mérite de proposer une histoire intéressante, à suspense dès le départ et c'est le genre de lecture toujours agréable lorsqu'on a besoin de se vider la tête et de se laisser entraîner dans un récit entêtant.
Dernières infos.

On la trouvait plutôt jolie a été publié en 2017 et compte 537 pages pour la version poche. Un petit lien vers la chanson de Pierre PERRET : https://www.youtube.com/watch?v=urVfi9Yswaw

Ma note.

samedi 24 août 2019

L'adieu à la femme rouge - Vénus Khoury-Ghata

En résumé.

La femme rouge nous ses cheveux près d'un cours d'eau en Mauritanie. La femme rouge avance dans la vie avec ses deux enfants, Zeit et Zina et son mari qui n'a rien de plus à lui offrir qu'une humble case à l'ombre d'un figuier. Si la femme rouge est une femme mystérieuse qui ne dévoile rien sur qui elle est, elle rêve néanmoins d'être quelqu'un d'autre. C'est donc tout naturellement qu'elle s'échappe, à l'abri des regards, en compagnie d'un photographe venu d'ailleurs. Passé le stade de l'incompréhension, le père et les enfants se lancent à la poursuite de la femme rouge, de l'épouse, de la mère. Ce périple les conduira jusqu'en Espagne où ils la retrouveront sur des affiches plaquardées sur tous les murs de la ville. La femme rouge est passée à autre chose et eux doivent survivre dans cette jeungle qui laisse peu de place aux clandestins.

Mon avis.

Voici un tout petit livre que je me suis procurée dans une sorte de magasin de seconde main. Toujours dans ma période "lectures d'Afrique", autant vous dire que je me suis laissée avoir par la couverture explicite. A la lecture du nom de l'auteur, je pensais que cette dernière était africaine et qu'elle avait écrit sur son pays, la Mauritanie. Or, après quelques recherches, j'appris que Vénus KHOURY-GHATA est née et a grandi au Liban, puis elle a rejoint la France afin de fuir la guerre dans son pays. J'ai également appris qu'elle a reçu le prix de l'Académie Française en 2009 puis le prix Goncourt en 2011 pour ses poèmes. 

Ici, il n'est pas question de poésie. Cette histoire est plutôt une façon originale de parler d'immigration. La femme rouge, dont on ne sait quasiment rien, incarne le rêve de milliers de personnes venues d'Afrique de devenir quelqu'un d'autre, d'être sous les feux des projecteurs, d'attirer l'attention, de façon positive, sur qui ils sont. Justement parce qu'aucun détail n'est donné sur elle, on peut imaginer n'importe qui à sa place. Dans un premier temps, ses rêves de femme libre et adulée sont exaucés, grâce à ces hommes, photographe, écrivain, qui la mettent en valeur, qui voient en elle une beauté incomparable. Puis le rêve tourne au vinaigre, lorsque le réel reprend ses droits, lorsque la femme rouge comprend que rien n'est acquis et que la société de consommation, si mouvante, si instable, balaye à un rythme effréné les modes, le sens même de la beauté, elle n'écoute pas les désirs d'une femme venu d'un petit village à l'autre bout du globe. J'y ai vu un parallèle avec la lutte que mènent les migrants pour atteindre le sol européen, entre le départ vers un eldorado fantasmé, puis l'euphorie de l'arrivée, l'euphorie d'avoir échappé à la mort, puis le retour, cruel, à la réalité, où les lois européennes laissent de côté ceux qui ne sont pas nés au bon endroit. 

J'ai aimé lire ces quelques pages, bien construites, dont toute l'histoire tourne autour de cette femme qui reste pourtant invisible, puisqu'elle ne s'exprime pas, et semble tellement prise dans cette envie d'autre chose qu'elle demeure complétement fermée à son passé. Elle est tellement présente qu'on n'en oublierait presque les personnages secondaires qui sont pourtant eux aussi très présents. L'amour qu'ils portent à cette femme est inconditionnel, du moins il justifie leur périple, l'abandon de leurs terres natales pour des contrées hostiles, où survivre dans la rue est une lutte de chaque instant. Même si la volonté de l'auteur est peut-être d'attirer l'attention sur la mère, j'ai particulièrement aimé le père, qui m'a fait l'effet d'un homme pur, dépassé par le comportement de son épouse mais qui ne renonce jamais à l'espoir de la ramener chez lui. Les deux enfants m'ont moins marquée, en particulier Zina dont je ne comprends pas bien l'évolution au fil du roman. Toutefois, on ne peut éprouver que de la peine pour ces jumeaux jetés et reniés par cette mère toujours aveuglée, mue par le désir de reconnaissance.

Ce roman fut l'objet d'une lecture agréable, rapide et sans fausse note. Pour autant, je pense que je l'aurai oublié d'ici quelques mois. C'est le genre de roman que l'on est content d'avoir lu mais dont on ne garde pas une trace indélébile. Je pense que ce récit doit poursuivre sa route et je le déposerai dès que possible dans une boîte à livres, afin qu'il rejoigne d'autres mains lectrices.
Dernières infos.

L'adieu à la femme rouge a été publié en 2017 et compte 192 pages. En cherchant quelques informations pour cette chronique, je suis tombée sur cette émission de Frane Inter consacrée à ce livre. Je ne l'ai pas encore écoutée mais j'y vais de ce pas !

Ma note.

vendredi 16 août 2019

Il nous faut de nouveaux noms - NoViolet Bulawayo

En résumé.

Chérie est une petite fille de 10 ans qui habite le Zimbabwe. Avec ses nombreux amis, elle aime inventer des jeux et aller voler des goyaves sur les terres des riches propriétaires aux alentours du bidonville où elle vit. Cela pour oublier l'horreur : une maison rasée, un père parti en Afrique du Sud, une mère qui "vend des choses" à la frontière et qui peut s'absenter plusieurs semaines, une grand-mères adepte de coutumes religieuses douteuses, sa copine enceinte à 10 ans, les multiples tensions dans le pays et la misère, toujours la misère. Arrivée à l'adolescence, Chérie parvient à rejoindre sa tante qui habite Détroit aux Etats-Unis. L'arrivée sur ces nouvelles terres représente de nouveaux obstacles à franchir, Chérie va devoir se construire en tant que femme, loin de ses proches, loin de sa terre natale, et l'on ne peut imaginer à quel point ce ne sera pas facile.

Mon avis. 

Je poursuis sur ma lancée, mon envie de découvrir des histoires venues d'Afrique et écrites par des auteurs africains. J'ai croisé la route de ce livre au détour d'une énième visite sur l'excellentissime blog A l'horizon des mots, qui foisonne de lectures fortes et peu connues. J'ai une fois de plus été séduite par le billet de l'hôte de ses bois, toujours aussi précis dans l'écriture et me voilà qui boucle mes valises pour le Zimbabwe, pays à l'histoire tragique.

Ce livre, peu visible sur la blogosphère, a néanmoins été très apprécié par tous les lecteurs qui ont tourné ses pages. Malgré ces belles promesses et le résumé qui donne envie, je dois avouer que je suis restée sur ma fin, sans trop définir pour autant l'origine du couac. Le style d'écriture est fluide, agréable à parcourir, l'histoire est rythmée, avec cette première partie dédiée à la vie de Chérie au Zimbabwe alors que la seconde partie nous amène aux Etats-Unis et toutes nos cordes sensibles sont branchées sur le mode vibreur. Toutefois, gourmande que je suis, j'aurais aimé plus, plus de détails, plus de précision dans les événements narrés et dans la vie des personnages. Les épisodes de la vie de la jeune fille sont trop vite balayés à mon goût, ils relèvent plus de l'anecdote que de la pierre qui participe à la construction du livre. J'aurais surtout aimé en apprendre davantage sur l'histoire politique du pays. On sent bien les querelles entre Noirs et Blancs, le passé colonial qui est toujours là, latent, qui ne quitte pas ces générations traumatisées, on devine aussi les tensions qui agitent les clans qui se disputent désormais le pays mais tout ça reste flou. J'aurais aimé que l'auteur précise les faits, sans trop en dire non plus car nous ne sommes pas dans un roman historique mais suffisemment pour situer l'histoire dans son temps, en gardant à l'esprit tous les éléments de contexte. Ainsi, j'ai dû aller faire quelques recherches pour en savoir plus sur le Zimbabwe, en ressortant de tout cela un peu frustrée, car n'ayant pas le courage de m'enfiler de longs pavés encyclopédiques. Je ne me suis pas non plus attachée aux personnages, que ce soit les personnages secondaires comme les amis de la jeune fille ou les membres de sa famille ou Chérie elle-même que je ne suis pas parvenue à cerner, entre la petite fille qu'elle était et la jeune femme qu'elle est devenue après son arrivée au Etats-Unis. 

Ainsi, je reste sur une impression de lecture superficielle, dont je garderai certains paysages en tête mais dont j'oublierai tout le reste. Peut-être que j'en attendais trop, que j'aurais dû me laisser davantage porter par le récit de Chérie, sans trop me poser de questions, ou peut-être encore que ce n'était pas le bon moment pour cette lecture. Ou peut-être que c'est comme ça, on adhère à certaines lectures et d'autres nous laissent de marbre, on ne peut pas toujours donner une raison à tout. Malgré cette déception teintée d'amertume, je décide d'octroyer à ce livre un trois fleurs car il est à mon avis important que des auteurs, originaires d'Afrique continuent à s'exprimer sur ces thèmes-là, en ces termes parfois crus et violents mais tellement vrais et d'actualité. Même si je ne me laisse pas toujours emportée par les récits proposés, je suis toujours heureuse de tomber sur ce genre de livres qui nous amènent ailleurs, qui nous ouvrent les yeux sur des préoccupations différentes des nôtres et peut-être plus essentielles et qui nous sortent de nos sentiers battus. Pour toutes ces raisons, je vous encourage à vous plonger dans Il nous faut de nouveaux noms, rien que pour la leçon de vie qu'il nous offre.
Dernières infos.

Il nous faut de nouveaux noms a été publié en 2014 pour la version française et compte 285 pages.

Ma note.

samedi 20 juillet 2019

La cité de la joie - Dominique Lapierre

En résumé.

Inde, dans les années 80. Le paysan Hasari Pal, sa femme et ses trois enfants sont contraints de quitter leur campagne du Bengale occidental (Etat au nord-est de l'Inde) suite à la sécheresse qui les prive d'une denrée rare, le riz. Comme des milliers de paysans affamés, de plus en plus dépendants d'un climat capricieux, la famille rejoint l'immense métropole de Calcutta dont on dit qu'elle est l'Eldorado pour gagner quelques roupies qui feront vivre ceux restés au village. Seulement, c'est bien connu, la réalité est souvent très éloigné de la légende. Il faut d'abord trouver un logement, un bout de trottoir dans ce dédales de rues squattées par des hommes et des femmes décharnés, en quête de la moindre roupie qui prolongera de quelques heures leur survie. Puis il faudra trouver un travail au milieu de tous ces hommes qui sont venus chercher la même chose dans cette ville gargantuesque. 

Dans le même temps, Paul Lambert, un missionnaire originaire du Nord de la France arrive à quelques encablures du domicile de fortune des Pal, dans la Cité de la joie, lieu au titre évocateur mais qui n'est rien d'autre qu'un slum, un bidonville où la misère atteint son paroxysme. Le prêtre, venu à la rencontre des habitants de ce champ de ruine, va progressivement devenir un acteur clé de la vie du slum.

Mon avis.

Après Joseph KESSEL et son Kenya enchanteur, je poursuis ce tour du monde littéraire improvisé avec la découverte des faubourgs de Calcutta. J'ai découvert ce livre dans une petite pépite qui vient tout juste de sortir, Bibliothérapie, une compilation littéraire de 500 titres classés dans différentes catégories et dont l'objectif est de nous faire du bien, à travers la lecture. A la fin de l'ouvrage, figurent quelques entretiens avec des célébrités qui proposent des références qui les ont marquées. Parmi ces grands noms, Hélène Darroze, chef cuisinier très médiatisée présente, pour la catégorie "voyage" La cité de la joie comme un livre magistral qui l'a secouée et qui a participé de sa passion pour ce pays aux mille couleurs, l'Inde. Je ne sais pas pourquoi, peut-être la façon dont elle en parle, le thème, les commentaires très enthousiastes, m'ont donné très envie de découvrir ce livre qui fut un best-seller à sa sortie, en 1985.

Cette histoire fait partie de cette catégorie de livres s'inspirant de faits aussi réels que dramatiques qu'il est compliqué de chroniquer. Comment critiquer un livre aussi vrai, qui nous parle de tous ces gens qui survivent dans la misère la plus noire, sans rien demander à ceux qui possèdent tout ? Comment critiquer un auteur qui a enquêté pendant deux ans, qui a vécu dans la Cité de la joie, qui a partagé le quotidien de ses habitants pour nous offrir une tranche d'humanité d'une rare authenticité ? Je vais donc principalement évoquer ici mon ressenti à la lecture de ce livre.

Comme beaucoup de lecteurs, je pense que ce livre est une pépite, peu connue, mais qu'il faudrait mettre dans les mains du plus grand nombre. De ce que j'ai pu lire à droite à gauche, une grande partie du lectorat semble avoir été séduit par l'aspect que l'on pourrait qualifier de religieux du livre, avec la mise en avant du partage, de l'espoir, de la générosité, de la foi qui ne quittent pas les habitants du bidonville, malgré leurs conditions de vie plus que précaires. Bien que cet aspect soit effectivement développé, j'ai davantage été frappée par les paradoxes que l'auteur met en avant. D'un côté, cette foi inébranlable et cette vénération de mille et un dieux, dont j'ai oublié les noms tellement ils sont nombreux, et d'un autre côté, cette accumulation de coups du sort, de misère qui heurtent sans arrêt et de plein fouet les habitants. D'un côté, l'entraide qui existe entre toutes ces personnes et d'un autre côté, ces réseaux d'escrocs qui n'ont aucun scrupule à exploiter les plus faibles en leur volant ce qu'ils ont de plus précieux, leur vie. 

De multiples émotions ont accompagné ma lecture de la Cité de la joie. Il y a eu l'espoir, vain, que tout cela s'arrange un jour, la tristesse lorsque les malheurs se succèdent et touchent des personnages auxquels on s'attache nécessairement, le dégoût lors de certains passages qui donnent juste envie de vomir (âmes sensibles s'abstenir), la haine contre la vie et l'Homme qui laisse faire ça, la rage contre nos comportements occidentaux qui ont des répercussions à l'autre bout de la planète et l'admiration devant un tel travail d'écrivain. En s'intéressant à la vie de personnes qui n'intéressent personne, Dominique LAPIERRE leur rend un vibrant hommage. Malgré leurs maladies, le sentiment de pitié qu'ils inspirent, leurs visages sales et leurs corps maigres, j'ai trouvé beaux et grands tous les hommes et femmes que j'ai croisés dans ces pages. Je me suis même dit que je n'étais rien à côté, moi qui vis dans mon confort et qui mange à ma faim.

Vous l'aurez compris, si vous avez le cœur et les émotions bien accrochés, je ne peux que vous conseiller cette lecture dont vous ne sortirez pas indemne.
Dernières infos.

La cité de la joie compte 623 pages (pour la version poche) et a été publié en 1985. Un film a été réalisé à partir de ce livre, en 1992. Le médecin américain qui fait son apparition en moitié de livre est incarné par Patrick Swayze (petit point gossip).

Ma note.

dimanche 7 juillet 2019

Le lion - Joseph Kessel

En résumé.

Cette histoire nous amène au Kenya, dans la réserve d'Ambolesi où sont protégées des milliers d'espèces sauvages. De passage dans ce lieu magique, le narrateur, voyageur venu d'Europe, fait la connaissance de l'homme qui est à la tête de ce parc, ainsi que de sa famille, dont fait partie Patricia, la petite fille qui a apprivoisé King, l'un des lions qui se posent en maîtres de la savane. Peu à peu, elle entraîne l'étranger sur des terres inconnues et l'initie à la communication avec les bêtes sauvages. Pourtant et malgré le calme qui règne en apparence sur ce territoire dominé par le Kilimandjaro, ni les hommes ni les bêtes ne sont à l'abri du danger...

Mon avis.

Comme je le répète souvent sur ce blog, je pense que le choix d'un livre doit être dicté par ses envies de lecture du moment. Or il se trouve qu'en ce moment, j'ai envie d'histoires se déroulant sur les terres africaines, peut-être à cause de l'été qui est bien là, peut-être à cause de cette chaleur qui me terrasse... Je suis donc partie l'autre jour à la bibliothèque avec une longue liste de bouquins correspondant à mes envies de lecture, élaborée à partir de chroniques lues à droite à gauche. Je suis revenue un peu bredouille mais mes yeux ont été attirés par un livre qui ne figurait pas sur la liste, ce classique, Le lion de Joseph KESSEL. Ni une ni deux, le voilà dans mon panier de lectrice compulsive !

Avant d'être écrivain de renom, membre de l'Académie française à partir de 1962, Joseph KESSEL est reporter. C'est ainsi qu'il prend la route dans les années cinquante pour le Kenya qui est alors secoué par la révolte Mau-Mau, mouvement insurrectionnel qui demande à libérer le pays du joug britannique. C'est de son passage sur ces terres kényanes que l'auteur tire son inspiration pour écrire Le lion, même si ce n'est qu'une infime partie de ce qu'il a pu voir là-bas. Ainsi, le narrateur se confond avec l'auteur lui-même, voyageur ébahi devant la faune et la flore du Parc Royal. C'est très certainement pour cette raison que nous nous sentons particulièrement dépaysés à la lecture de ce petit roman. Moi qui voulais voyager en Afrique à moindres frais, j'ai été plus que servie ! Les paysages sont longuement décrits, l'ambiance de la savane est fidèlement retranscrite et on est complètement immergé dans ces décors peu coutumiers. Un voyage dans l'espace mais aussi dans le temps puisque le Kenya est encore à cette époque une colonie britannique, ce qui se voit nettement au niveau des rapports entre Blancs et Noirs, où ces derniers occupent toujours la place des domestiques. On le voit aussi à la présence encore intacte des espaces sauvages, il n'est pas question de réchauffement climatique ni d'espèces en voie de disparition à cette époque-là ! Au contraire, on a l'impression de territoires luxuriants, que rien ne semble ébranler. Et puis enfin, les tribus (Kikuyu, Masaï) n'ont pas encore été décimées et vivent en harmonie avec leurs voisins les animaux. 

Même si le décor de l'histoire est basé sur des paysages réels, l'histoire en elle-même n'est que pure fiction. Et c'est là où j'ai été un peu moins emballée par ma lecture. Il faut dire qu'il ne se passe pas grand chose dans Le lion... Toute une première partie est juste dédiée à la narration d'une seule journée ! Alors on attend, on attend que les personnages s'animent et prennent vie dans ce décor qui devient un peu pesant. Les événements s'accélèrent quand même dans la deuxième partie, heureusement, et je dois avouer que la fin est très émouvante. Contrairement à de nombreux lecteurs, je ne l'ai pas vu venir et ce fut donc un réel moment d'émotion. Quant aux personnages, ils ne sont pas particulièrement attachants. J'ai vu à plusieurs reprises des lecteurs critiquer le comportement de la petite fille, Patricia, à juste titre je pense. Elle joue le rôle de l'enfant gâtée, un peu pédante mais elle peut également avoir de bons côtés, comme son désir de protéger à tout prix les animaux. Ses parents non plus ne manquent pas de relief dans leurs caractères. Ce sont pas leurs yeux que l'on se rend compte du danger qui rôde dans la savane, ils nous poussent à être inquiets pour les hommes et à se méfier des animaux. Enfin, il y a le peuple Masaï dont certaines coutumes sont décrites longuement, ce qui m'a bien plu d'ailleurs, ayant toujours été attirée par les coutumes d'ailleurs. Cette galerie de personnages est davantage développée que le lion lui-même, dont on parle beaucoup, qui est au centre du livre mais que l'on côtoie peu finalement. 

Ainsi, à mes yeux, Le lion est avant tout un récit de voyage, dans le temps et dans l'espace, une exploration ethnographique de ce territoire d'Afrique orientale. Prenez donc le temps de contempler cette faune sauvage désormais réduite en poussière et de faire connaissance avec ces personnages venus d'une autre époque ! Malgré un nombre de pages réduit, Le lion est une lecture de longue haleine.
Dernières infos.

Le lion compte 230 pages et a été publié en 1958. Je vous conseille une édition augmentée, qui propose un petit dossier permettant de resituer l’œuvre dans son temps, c'est toujours très intéressant ! Aussi, je vous mets un lien vers un petit reportage d'Arte, très sympathique car il explore les lieux dont Joseph KESSEL parle dans son livre. Conseil toutefois, à ne regardez qu'après la lecture du livre ! Je me suis bien spoilée à moitié livre, déjà qu'il ne se passe pas grand chose...

Ma note.

samedi 22 juin 2019

Les contes du chat perché - Marcel Aymé

En résumé.

Delphine et Marinette sont deux petites filles espiègles qui habitent une ferme extraordinaire - une ferme dans laquelle les animaux sont doués de parole. Bien loin des préoccupations scolaires ou des travaux des champs imposés par leurs parents, des fermiers rustres et peu enclins à la tendresse, nos deux héroïnes préfèrent s'amuser et converser avec leurs amis les animaux de la ferme. Dans chacun des dix-sept contes proposés par Marcel Aymé, elles s'allient à eux pour jouer de mauvais tours aux parents.

Mon avis.

Je vous propose une plongée dans le monde de l'enfance avec ce livre déniché dans une boîte à livres située dans un village voisin du mien. Dès que je l'ai aperçu, je me suis jetée dessus, guidée par mes souvenirs d'enfance, lorsque Les contes du chat perché étaient diffusés chaque matin ou chaque après-midi sur France 3. A l'époque, j'étais une véritable fan des aventures de Delphine et Marinette, ainsi que de leurs fidèles animaux. Une vingtaine d'années s'est écoulée depuis (ça y est, je parle comme une vieille personne) mais le plaisir de les retrouver est intact.

Ces contes s'adressent en premier lieu à un public jeunesse mais les adultes peuvent également y trouver leur bonheur. Personnellement, ils m'ont offert une pause dans mes lectures habituelles, un peu plus terre à terre. En grandissant, je me suis peu à peu éloignée de l'univers des contes et j'ai fini par oublier à quel point son format - de petites histoires (une vingtaine de pages) avec une morale à la fin - était appréciable. De ce que j'ai pu lire à droite à gauche, le dessin premier de l'auteur n'était pas de s'attarder sur la morale de chaque histoire. Pour autant, il y en a bien une. Elle est plus ou moins développée en fonction des contes. Parfois, elle m'est apparue clairement, comme dans le tout premier conte, La patte du chat, parfois je n'ai pas su la déceler. Toutefois, ce qui est certain, c'est que les enfants et les animaux, habituellement personnages naïfs et à éduquer, sont ici les éducateurs et les plus raisonnables, comparés au parents qui obéissent à leurs vils instincts et qui ont une vision purement capitaliste de leurs animaux, et même de leurs filles qui doivent absolument réussir à l'école et être utiles dans les travaux des champs. Ainsi, les deux univers s'affrontent, celui des affects, de la tendresse et celui de la logique économique.

Chaque conte peut être lu indépendamment des autres, il n'y a pas vraiment de fil rouge entre les dix-sept contes. Bien évidemment, on retrouve toujours Delphine et Marinette ainsi que les parents, qui ne sont d'ailleurs pas nommés, mais les animaux changent, ainsi que leur personnalité. En fait, chaque conte met en valeur un ou plusieurs animaux (par exemple : Le paon, Les bœufs, ...). Ceux-ci varient d'un conte à un autre. Au début de ma lecture, je les ai lus les uns après les autres puis arrivée en milieu de livre, j'ai éprouvé le besoin d'en lire un de temps et en temps et à côté, j'avais commencé un autre livre avec cette fois-ci, une véritable histoire. Ainsi, même si j'ai beaucoup aimé le format et le contenu de chaque conte, j'ai fini par m'en lasser mais cela ne m'a pas empêchée d'aller jusqu'au bout de ma lecture.

Un petit livre que je vous conseille si vous êtes plutôt d'humeur nostalgique, avec l'envie de retrouver vos souvenirs d'enfance. Ou bien si vous avez envie de lire de petits contes tout innocents et qui vous envelopperont de tendresse.
Dernières infos.

Les contes du chat perché ont été publiés en 1939 et comptent 378 pages. Après avoir cherché pendant de longues minutes sur la toile, peu d'adaptations en dessin animé sont encore disponibles, à mon plus grand regret.

Ma note.

samedi 15 juin 2019

Autobiographie d'une courgette - Gilles Paris

En résumé.

Du haut de ses neuf ans, Icare, mieux connu sous le nom de Courgette, est un enfant gai et joyeux mais que la vie écorche : un papa parti faire le tour du monde avec "sa poule", une maman qui n'a d'intérêt que pour la bière et la télé, pas de frères, pas de sœurs. Alors un jour, pour crever le ciel qui lui apporte tant de malheurs, il tente de percer les nuages à coups de revolver, trouvé dans les affaires de sa mère. Seulement, ce n'est pas le ciel qui va succomber à ces attaques, mais sa mère. Suite à une décision de justice, Courgette est placé en maison d’accueil. Entre les farces avec son copain Simon, les grandes discussions avec les "zéducateurs" et son histoire d'amour avec Camille, Courgette va connaître les meilleurs moments de son enfance.

Mon avis.

Comme bien souvent - crédule consommatrice que je suis - c'est d'abord la couverture qui m'a poussée à m'intéresser à ce livre. Travaillant dans le domaine de l'enfance difficile (même si mon lieu de travail n'a qu'un rapport très lointain avec celui décrit dans le livre), le thème a piqué ma curiosité. J'ai donc reçu ce livre lors d'un swap il y a déjà deux ou trois ans. Finalement, ce n'est qu'il y a quelques semaines que j'ai tourné les premières pages.

Les débuts ont été un peu compliqués pour moi. Il faut dire que passer de Da Vinci Code de Dan BROWN à un livre narré à la première personne par un enfant de neuf ans, c'est rude ! J'ai donc eu des difficultés lors des premiers instants à me plonger dans cette histoire, déroutée par les choix stylistiques de Gilles PARIS. Le passé de Courgette et les événements qui le conduisent à être placé en maison d'accueil sont à mon sens un peu bâclés. Mais je pense que le projet de l'auteur était vraiment d'aborder la nouvelle vie de Courgette, et non de s'attarder sur ses conditions de vie difficiles. Ce livre est un livre résolument optimiste. La vie de Courgette, qui démarre plutôt mal - plus de parents et plus de famille, un meurtre sur la conscience - prend finalement un virage inattendu et, grâce aux rencontres qu'il fait, lui promet un avenir serein. Le fait que l'histoire soit racontée par un enfant ajoute à l'optimisme général et apporte de la légèreté, une certaine naïveté qui dédramatise complètement l'atrocité des événements. Cela évite que les faits soient abordés avec un apitoiement de rigueur et une pitié nécessaire. Là réside à mon sens la force du bouquin et c'est ce qui fait qu'il est apprécié par de nombreux lecteurs. D'ailleurs, le livre s'adresse aux enfants/adolescents comme aux adultes. Les enfants trouveront plutôt leur bonheur dans la deuxième partie du livre, en suivant les histoires d'amitié et d'amour du petit garçon. Les adultes porteront un autre regard sur l'histoire de Courgette, en retraçant son parcours et en se laissant emporter par un autre regard, plus optimiste, sur la situation.

De façon générale, j'ai plutôt été charmée par ma lecture de ce petit roman. J'ai apprécié toute la documentation qu'il y a autour de l'écriture de ce livre. Gilles PARIS a en effet rencontré et observé durant de longues périodes un instituteur, des psychologues, des éducateurs et autres professionnels de terrain travaillant auprès d'enfants placés en maison d'accueil. Même si l'histoire est purement fictive, elle part quand même d'un fond de vérité et de la réalité de terrain. Une réalité qui sert de cadre au déroulement de l'histoire mais l'auteur n'hésite pas non plus à s'en écarter. Certains faits m'ont paru particulièrement romancés. Je pense surtout à l'adoption de Courgette par le gendarme qui semble se faire en un claquement de doigts, alors que le chemin doit être bien long en réalité. L'histoire d'amour entre Camille et Courgette semble aussi trop facile. Je doute que dans les maisons d'accueil, on laisse deux jeunes s'aimer autant à la vue de tout le monde... Bon, quelques petits écarts qui ont vite fait de nous rappeler que nous sommes dans une fiction mais qui ne sont pas dérangeants, ils contribuent à la magie de l'histoire de Courgette !

En résumé, je vous conseille ce livre qui, de part son thème et sa plume, rompt avec des lectures plus ordinaires. Cela fait du bien parfois de changer d'angle de vue et de se replonger dans l'univers enfantin, même s'il n'est pas toujours rose.
Mon avis.

Autobiographie d'une courgette date de 2002 et compte 265 pages. Un film d'animation, réalisé avec des personnages en pâte à modeler, Ma vie de courgette, est sorti en 2016.

Ma note.