vendredi 15 décembre 2017

L'ami retrouvé - Fred Uhlman

En résumé.

Nous sommes en 1932 dans un lycée de Stuttgart. Hans, fils d'un médecin juif, est du genre discret à l'école, à tel point qu'il n'a pas d'ami et rêve dans son coin de celui qui pourrait lui offrir cette amitié qu'il idéalise, à la façon d'un poète romantique. Un beau jour, Conrad, un nouvel élève, fait son entrée dans la classe. Il est le descendant d'une famille allemande prestigieuse, de confession protestante. Immédiatement, Hans déploie des trésors d'imagination pour séduire cet ami potentiel. Ses efforts s'avèrent payant puisqu'une belle complicité naît rapidement entre ces deux jeunes hommes passionnés par les mêmes choses et aimant philosopher pendant de longues heures. Mais c'est aussi à cette période qu'Hitler gagne en popularité et insiste de plus en plus sur la nécessité de chasser les juifs hors du pays. Je vous laisse deviner la suite.

Mon avis.

Je l'ai enfin ma lettre U pour le challenge ABC! Je peux vous assurer que ça n'a pas été facile de trouver un roman dont le nom de l'auteur commence par un U, qui me plaise et qui ne soit pas trop long. Finalement, le hasard a bien fait les choses car il m'a permis de découvrir ce classique très très court et plutôt intéressant. Comme quoi, les challenges peuvent être une contrainte mais ils sont aussi l'occasion de mettre un pied hors de sa zone de confort et de rechercher des livres vers lesquels on ne se serait probablement jamais tourné.

Ce livre n'est pas autobiographique mais l'auteur s'est vraiment inspiré de sa propre vie pour mettre en scène le personnage de Hans. Il s'agit d'un jeune homme touchant et mature, à la philosophie remarquable. Je me suis reconnue dans plusieurs passages, lorsqu'il décrit (le texte est à la première personne) sa conception de l'amitié, à savoir une relation sans condition et exclusive, où l'on est prêt à tout offrir à l'autre. J'ai fait la connexion avec Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig dans laquelle l'auteur de la lettre fait part de son amour absolu et passionnel au destinataire qu'elle n'a croisé qu'à très peu de reprises. J'ai évolué sur ce terrain mais c'est toujours agréable de trouver des personnages de la littérature qui pense comme soi et qui mettent des mots sur nos propres ressentis. Hans finit par atteindre cette amitié au-delà des croyances religieuses et des positions sociales. Le ciment de leur relation est l'appétit inextinguible pour le savoir. Nous sommes donc dans quelque chose de très pur, de complètement idéalisé et intellectualisé. Cela prend une dimension supplémentaire lorsque l'idéologie nazie se fait ressentir jusque dans le lycée. Les émotions de Hans sont calqués sur ceux de son auteur, ce qui rend le récit encore plus réel.

Thèmes pertinents, identification facile aux personnages, suspense, contexte intéressant, tous les composants y sont pour qu'on ait envie de suivre l'histoire de Hans. C'est juste dommage que le livre soit si court. C'est comme un Paris-Lyon en avion: pas le temps de décoller qu'on a déjà atterri. Il ne m'a fallu que que deux ou trois heures pour lire ces quelques pages, ce qui ne m'a pas laissé le temps de m'approprier l'histoire et de m'y investir. Une fois la dernière page tournée, je ne me souvenais déjà plus des prénoms des protagonistes. Ce thème de l'amitié en temps de guerre aurait pu être développé plus longuement (et à mon avis, il y avait matière à), ce qui aurait donné une autre profondeur à l'intrigue. J'ai donc été déçue, me glissant dans la peau d'un petit enfant à qui on aurait promis un gros oeuf Kinder pour Pâques et qui se retrouve avec des petits oeufs en sucre pas bons.

Pour conclure, l'intérêt historique est là, tous les ingrédients pour faire une jolie histoire sont là mais le gâteau ne gonfle pas. Et on finit par se rabattre sur nos oeufs en sucre!

D'un coup d'oeil, les plus, les moins.

+ L'intérêt historique.
+ Le thème central: l'amitié en temps de guerre alors que les deux amis se positionnent dans des clans adverses.
+ Les deux personnages principaux sont touchants et leur définition de l'amitié est intéressante.

- La rapidité du livre qui ne laisse pas le temps de se projeter dans l'histoire.
- Et le manque de profondeur qui en découle.
- La profusion de termes allemands (noms, citations, etc) qui parfois nous perdent.

Dernières infos.

L'ami retrouvé a été publié en 1971 pour la version originale. Il compte un peu d'une centaine de pages. Il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1989.

Ma note.
Challenges.


ABC 2017 - Lettre U (23/26)

samedi 9 décembre 2017

La servante écarlate - Margaret Atwood

En résumé.

La narratrice, dépourvue d'identité, si ce n'est qu'on apprend plus tard qu'elle se prénomme Defred, occupe le poste de servante au sein d'une maisonnée contrôlée par le Commandant et sa femme. La jeune ou peut-être vieille femme, puisqu'on ne sait rien de son âge, est tout de rouge vêtue, portant une longue robe et un masque sur le visage pour ne pas susciter le désir des hommes qu'elle croise. Pourtant, les occasions de croiser l'autre sexe se font rares : Defred, systématiquement accompagnée par une homologue d'une autre maison, ne sort que pour aller faire les courses. Sinon, elle attend toute la journée, enfermée dans sa chambre sans livre, sans objet car tous ont été supprimés pour ne pas leur offrir un moyen de mettre fin à leurs jours. Elle attend le soir pour remplir la fonction qui l'a amenée ici, celle de reproductrice. Les produits chimiques, les déchets radioactifs des bombes atomiques et autres cochonneries ont privé la plupart des femmes de leur fertilité. Seules quelques unes, qui se situent pourtant au bas de l'échelle sociale sont aptes à se reproduire avec le Commandant pour que l'épouse stérile s'occupe ensuite du bébé - seul espoir de vie dans ce monde déshumanisé. Oui, c'est horrible. Bienvenue dans le monde de la servante écarlate...

Mon avis.

La servante écarlate, publié en 1985, est le livre à la mode. Une série, que je n'ai pas vue, vient de reprendre cette dystopie, ressortant ainsi le livre des vieux tiroirs. Les critiques sont ici et là dithyrambiques, insistant sur le caractère prophétique de l'oeuvre. Face à cette vague d'enthousiasme mêlée d'angoisse, j'ai eu envie de me faire mon propre avis. Ça tombait bien, j'avais besoin d'un auteur en A pour poursuivre le challenge ABC dans lequel je me suis lancée en début d'année.

Tout comme certains autres lecteurs et lectrices, j'ai été déçue. A l'image du résumé que je vous sers plus haut, j'ai trouvé que l'histoire était beaucoup trop énigmatique. Les indices nous permettant de deviner les contours du régime dictatorial et liberticide sous lequel vit la narratrice sont distillés au compte-goutte. Au tout début, je me suis prise au jeu, j'avais envie de connaître la suite, alors je tournais les pages avec empressement. Arrivée à mi-lecture, j'ai commencé à me décourager. Bien sûr, les informations qu'elle nous donne au fur et à mesure font sens petit à petit mais il faut attendre la toute fin pour rassembler toutes les pièces du puzzle. Ce manque de précisions sur le contexte empêche de donner à cette dystopie toute la force qu'elle aurait mérité. Si j'avais eu plus d'analyse sur la dictature mise en place, sur le processus qui l'avait installée et sur le rôle des Yeux, j'aurais très certainement davantage accroché. J'ai donc trouvé que le tout est émaillé de quelques longueurs et répétitions. Heureusement, l'atmosphère dans laquelle on plonge dès les premières pages est efficace. On s'imagine sans mal un monde sombre, dont les seules touches de couleurs viennent des vêtements rouges des servantes, verts des Marthas et bleus des épouses. On se sent oppressé, parfois angoissé par la tournure des événements.

L'édition du livre que j'ai acheté a incorporé une postface de l'auteur particulièrement intéressante. Elle y explique pourquoi elle a choisi ce thème pour son roman, quelles ont été ses sources d'inspirations et quel sens elle a voulu donner à ce monde noir. Car évidemment, la force de ce livre, comme dans toute dystopie, est le message qui se cache derrière l'histoire de Defred. L'hypothèse de ce futur un peu effrayant est plus que jamais d'actualité. On parle de plus en plus de la responsabilité des perturbateurs endocriniens mais aussi des produits phytosanitaires dans les difficultés rencontrées par les couples pour avoir des enfants. Tout comme dans le cas de pénuries alimentaires, est-ce que nous irons nous battre pour le contrôle des ressources vitales ? Par ailleurs, et comme le dit très justement Margaret Atwood, tous les éléments de contrôle des libertés énoncés dans le livre ont déjà été employés à un moment donné de l'Histoire. Il ne faut pas oublier non plus, et j'ai failli le faire dans cette chronique, que le régime nouvellement installé, qui correspond au territoire américain, est contrôlé par des fanatiques. C'est le fondamentalisme religieux qui est à l'origine du coup d'Etat qui a mis fin à la démocratie occidentale telle qu'on la conçoit actuellement pour mettre en place cette dictature qui ne résume la femme qu'à sa fonction de reproductrice. Même si la dystopie appartient à la science-fiction, des pans voire l'histoire entière de Defred pourrait devenir réels. Au-delà de l'adaptation à l'écran, c'est très certainement parce que le risque est présent que le livre est victime de l'engouement actuel.

Si vous êtes intéressés par ces livres qui imaginent l'incarnation des dérives de nos régimes occidentaux actuels, alors je vous conseille celui-ci. Cependant, attendez-vous quand même à ne pas y trouver la force et la puissance espérées. 

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ Le caractère prophétique de l'oeuvre. 
+ L'analyse de notre régime effectuée par Margaret Atwood pour proposer cette lecture des dérives possibles.

- Le manque de détails qui nous empêche de nous projeter complètement dans l'histoire jusqu'à sa fin.
- Manque de rythme, quelques longueurs et répétitions.
- La cruauté de ce futur ne se retrouve pas à la lecture. Le tout manque de force et de puissance.

Dernières infos.

La servante écarlate a été publié en 1985 et compte 483 pages. Elle a fait l'objet d'un film en 1990 et d'une adaptation en série en 2017.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2017 - Consigne 28: une dystopie. (38/80)
ABC 2017 - Lettre A (22/26)

mercredi 6 décembre 2017

Throwback Thursday - Un livre jeunesse

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Un livre jeunesse.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

Écoute mes lèvres
Jana Novotny Hunter
Je lis peu de littérature de jeunesse, ce qui est plutôt dommage car je tombe souvent amoureuse des jolies couvertures ou illustrations d'albums. Ces derniers temps, je tente quand même de sortir de ma zone de confort et de découvrir de nouvelles contrées en essayant de me convaincre que non, les livres jeunesse ne sont pas uniquement destinés aux enfants et que les adultes aussi peuvent y trouver leur compte. J'ai découvert Écoute mes lèvres avec une de mes élèves. C'est un livre intéressant et pertinent, qui conviendrait plutôt à un public adolescent et qui a des vertus pédagogiques puisque c'est un premier pas intéressant pour qui ne connaît pas la surdité.

Résumé : Cathy est devenue sourde des suites d'une méningite à l'âge de 5 ans. Désormais adolescente, la jeune fille intègre la Cité des Sourds, un établissement scolaire exclusivement réservé aux sourds. Deux clans s'affrontent: celui des oralistes qui ont appris à parler et qui lisent sur les lèvres et les signants qui sont uniquement dans la langue des signes américaine (puisque l'histoire se déroule en Californie). Cathy, qui a pour mode de communication les signes, se sent perdue au milieu de ces affrontements et propose un jour en classe un sujet de débat qui fait mouche: "les sourds doivent s'intégrer dans le monde des entendants". Le débat est lancé et réactive de vieilles querelles. Cathy va devoir faire face au courroux de sa meilleure amie, surtout qu'une idylle avec un garçon pourrait nourrir l’œil du cyclone...

Mon avis : De part mon métier, je suis bien au clair sur toutes les problématiques liées à la surdité et au choix du mode de communication. Pour autant, j'ai pris du plaisir à découvrir l'histoire et l'idéalisme de Cathy. On retrouve tous les codes du roman adolescent mais celui-ci apporte en plus des connaissances sur la surdité et sur les enjeux qui lui sont liés. Je trouve ça plutôt intéressant pour tout lecteur qui n'est pas du tout sensibilisé à ces questions-là. J'avais été un peu déçue par le dénouement que j'ai trouvé un peu rapide mais il ne gâche pas la pertinence du reste du livre.

dimanche 3 décembre 2017

Dans la peau d'un chef de gang - Sudhir Venkatesh

En résumé.

Nous sommes en 1989 et Sudhir entame une première année de sociologie à l'université de Chicago. Particulièrement intéressé par la pauvreté qui sévit dans les ghettos de la ville et convaincu que les statistiques ne révèlent rien de la vie de ces gens-là, il décide d'aller enquêter sur le terrain, d'abord à l'aide d'un questionnaire sur les conditions de vie. Cet outil de sociologue, difficile à exploiter dans de tels quartiers, lui permet tout de même d'entrer en contact avec les habitants et surtout avec le gang qui contrôle la cité. Son chef, J.T, accepte de prendre le jeune chercheur sous son aile et de lui montrer comment on gère l'économie souterraine fondée sur les revenus de la drogue et de la prostitution - une immersion qui se veut totale et qui va durer six ans dans cette micro-société des Robert Taylor Homes, grand ensemble d'immeubles à la périphérie de Chicago à la mauvaise réputation.

Mon avis.

Ce livre fut l'objet d'une relecture pour ma lettre V du challenge ABC. Tout de même, j'étais contente de me replonger dans cette enquête passionnante et tout à fait accessible pour les néophytes en sociologie. Sudhir Venkatesh a écrit une thèse à partir de tout le matériau qu'il a acquis pendant ces six années. Ici, il s'agit juste de la narration de son immersion dans la vie des habitants des Robert Taylor Homes. On se croirait donc dans un roman un peu particulier de par les thèmes abordés mais nous sommes tenus en haleine et nous finissons même par nous attacher aux personnages de l'histoire qui n'a rien d'une fiction. Le livre se lit donc très rapidement et on ne s'ennuie pas une seule seconde devant l'originalité d'une telle enquête. De plus en plus, les sociologues vont sur le terrain à la rencontre des gens qu'ils étudient. Ce n'était pas le cas il y a encore quelques années où on pensait que seuls les matériaux objectifs (statistiques) pouvaient nous aider à comprendre la pauvreté et à mettre en place les politiques publiques adéquates pour résoudre l'équation. D'ailleurs, Sudhir évoque son travail de chercheur et dit bien qu'il se place à contre-courant de la doctrine dominante, peut-être poussée par la peur d'entrer en contact avec des gangs dealers de drogue. D'ailleurs, tout au long du livre, l'auteur s'interrogera sur sa place et sur son rôle. Bien sûr, il lie des liens particuliers avec les gens qu'il rencontre mais surtout avec J.T qui devient presque un ami. Alors que faire quand il sait que ses comparses vont commettre plusieurs meurtres dans une guerre des gangs ? Les dénoncer à la police ? Que faire quand on est témoins du trafic de drogue au quotidien ? Alors que ses collègues tentent de lui faire réaliser la dangerosité de sa position, lui tient à continuer ce travail jusqu'à la destruction de la cité, l'amenant au fil des années à établir une cartographie des liens entre tous les acteurs de cette micro-société.

Car au delà de la réflexion menée sur le travail du sociologue, on en apprend beaucoup sur la vie dans ces ghettos et sur le rôle qu'ont les gangs dans la sécurisation de ce lieu où plus personne ne met les pieds, ni la police ni les ambulances. On voit comment une économie d'un autre type se développe. Alors que la plupart des habitants est au chômage, chacun essaie d'arrondir les fins de mois en vendant de la drogue, en se prostituant, en s'entraidant (garde des enfants, repas, etc.). Le gang est donc là pour structurer cette économie mais aussi pour garder un œil bienveillant et sécuritaire sur tous les habitants, unis par leurs galères. Cette bienveillance est parfois naturelle, parfois corrompue. Mrs Bailey, une représentante des habitants a également ce rôle, une protectrice de la condition des femmes mais qui empoche très souvent des pots-de-vin lorsqu'on souhaite la mettre de son côté. Toutes ces interactions sont très intéressantes à observer car on voit bien à quel point elles peuvent être compliquées et entachées par la drogue ou par la corruption. Une morale d'un autre genre se met en place, avec d'autres types de valeurs.

Je suis fervente de ce partage d'informations avec le grand public. Ce sont des sujets qui éveillent ma curiosité et je suis heureuse lorsque je trouve en librairie ce genre de livres tout à fait clairs et passionnants. Si ces thèmes vous intéressent également, je ne peux que vous encourager à vous mettre à votre tour dans la peau d'un chef de gang.

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ L'originalité du thème du livre.
+ La réflexion qui est menée sur la place du sociologue face à ce genre de situations.
+ La découverte des conditions de vie au sein des Robert Taylor Homes et le rôle des différents acteurs (gang, représentant des habitants, police, etc).

- J'aurais aimé qu'il y a un dernier chapitre qui résume toutes les conclusions auxquelles est arrivé Sudhir pendant ses six années au côté de J.T.

Dernières infos.

Dans la peau d'un chef de gang a été publié en 2014 et compte 316 pages.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
ABC 2017 - Lettre V (21/26)

mercredi 29 novembre 2017

Throwback Thursday - Le livre le plus court de ma bibliothèque

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Le livre le plus court de ma bibliothèque.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

L'ami retrouvé
Fred Ulhman
J'ai découvert L'ami retrouvé tout récemment alors que j'étais à la recherche d'un livre écrit par un auteur dont le nom commence par U (pour le ABC Challenge) et qui serait susceptible de me plaire. Je suis tombée sur celui-ci, visiblement un classique au programme de l'année de 3ème. On comprend aisément pourquoi: une histoire forte qui résume à elle seule une partie des enjeux de la Seconde Guerre Mondiale, le tout servi en une centaine de pages !

Résumé : En 1932, Hans, un lycéen habitant Stuttgart, est le fils d'un médecin juif. Il a noué très peu de relations avec ses pairs et n'a pas la chance d'avoir à ses côtés cet ami véritable dont il rêve et qu'il idéalise. La roue tourne puisqu'un jour débarque dans la classe Conrad, descendant d'une lignée allemande à la réputation prestigieuse. Alors que tout semble les séparer, les deux jeunes hommes deviennent amis. C'est aussi à cette période qu'Hitler arrive au pouvoir et que l'idéologie nazie commence à envahir chaque foyer allemand.

Mon avis : La façon dont Fred Ulhman traite le sujet de l'amitié en temps de guerre est intéressante, peut-être parce que sa propre histoire recoupe celle de Hans. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé ce personnage profond et entier, dont certaines réflexions rejoignent les miennes. J'aurais aimé que le livre soit un peu plus long pour prendre le temps de m'imprégner de cette histoire qui se lit extrêmement vite et qui, par conséquent, perd un peu en saveur. Toutefois, je le conseille car ce livre demeure un des incontournables de la littérature, qu'il est accessible et qu'il ne demandera pas plus qu'une heure ou deux !

samedi 25 novembre 2017

La route sombre - Ma Jian

En résumé.

Meili et Kongzi habitent un petit village de la Chine rurale, celle qui n'a pas profité de la croissance spectaculaire qu'a connu le pays ces dernières années. Le couple vient d'avoir une fille, ce qui ne ravit pas le papa. Lui qui se déclare être l'héritier de Confucius souhaite à tout prix avoir un fils pour perpétuer la lignée. Sans trop avoir le choix, Meili tombe de nouveau enceinte. Mais il va bientôt falloir fuir car le planning familial rôde: la politique de l'enfant unique est extrêmement stricte dans son application et aucune dérogation n'est possible, à moins d'en avoir les moyens. Pour échapper aux bourreaux, la famille décide alors de vivre sur le fleuve Yantze, moins contrôlé que la terre ferme. C'est le début d'une longue cavale à travers une Chine très pauvre et ravagée par les contreparties du capitalisme et des nouvelles technologies qui rejettent ses déchets un peu partout sur les berges des fleuves. Meili, en plus de se battre pour survivre, va devoir protéger son ventre des assauts de son mari mais aussi de l'Etat.

Mon avis.

J'ai découvert ce livre il y a près d'un an sur le blog de A l'horizon des mots. J'avais trouvé que le sujet était intéressant et qu'il viendrait m'apporter des connaissances plus précises sur la politique de l'enfant unique en Chine. Farfouillant dans ma Wish-List, mon amoureux avait alors choisi de me l'offrir à Noël et depuis il attendait sagement son heure dans ma P.A.L. Je le ressors donc à l'occasion du Challenge ABC car il fallait vite que je trouve un nom d'auteur en J. Autant vous dire que ça en valait le détour!

Je ne suis pas une fervente adepte de la culture asiatique mais il faut bien dire que j'essaie toujours de comprendre ce qui se cache derrière les comportements parfois extrêmes que certains pays de ce continent adoptent. Je pense à leur rapport au travail ou encore à la sexualité mais aussi à la politique de l'enfant unique, entre autres. Avant de me plonger dans le livre de cet auteur exilé par la force des choses à Londres, mon savoir sur ce thème restait sommaire. J'avais entendu parler des noyades de petites filles car elles n'étaient pas aussi productives que les garçons, des conséquences de cette politique sur la démographie: trop de personnes âgées et pas assez de main d'oeuvre pour prendre le relais... Cependant, j'étais à mille lieues d'imaginer un quart de ce qui est décrit dans ce roman aux allures de documentaire. Si je peux vous donner un conseil avant de vous précipiter vers ce livre, c'est de vérifier si vous avez le coeur bien accroché. Avortements forcés, mutilations qui rendent l'enfant plus rentable pour la mendicité, corruption, viol, intoxication aux produits chimiques, la liste des thèmes abordés est longue. Certaines situations sont absolument atroces, de par leur barbarie  mais aussi parce qu'on prend conscience que des milliers de femmes ont été victimes de cette violence gratuite. A plusieurs reprises, j'ai eu envie de vomir en voyant que des êtres humains sont capabables d'autant de cruauté et de bassesse. Est exploré ici, au travers du périple de cette famille, le revers de la médaille d'une croissance portée à son paroxysme.

L'un des points forts du livre est qu'il se concentre sur Meili, à la fois victime et héroïne face à toute cette misère. Pas sur le père, pas sur la fille mais sur la mère, celle dont le ventre appartient à son mari et à l'Etat, jamais à elle, celle qui ne perd jamais l'espoir d'être indépendante et de devenir une femme d'affaires maquillée avec une jolie jupe et des talons, celle qui se bat pour faire bouillir la marmite alors qu'elle est mutilée de partout. Ce livre est un hommage à toutes les femmes à qui on a retiré le bonheur d'être mère. Certains passages sont poétiques et très doux, contrastant ainsi les autres, beaucoup plus violents.

Seule la fin m'a un peu déçue: on approche une dimension symbolique et fantastique de cette oeuvre de Ma Jian. Je ne vous en dis pas plus, vous verrez de quoi je parle si vous vous lancez dans cette lecture pour le moins éprouvante. J'aurais aimé rester dans ce réalisme cru et sordide de la première page à la toute dernière. Il n'en reste pas moins que je compte bien me tourner rapidement vers un autre livre de l'auteur.

D'un coup d'oeil, les plus et les moins.

+ Les thèmes abordés qui font de ce livre un portrait complet de la Chine, au-delà de la vitrine dorée qu'on nous sert à chaque journal télévisé.
+ Le personnage extraordinaire de Meili, qui rend hommage à toutes les femmes victimes de la barabarie du planning familial.
+ L'engagement de Ma Jian qui a osé enquêter et écrire.

- Le côté fantastique en fin de livre.

Dernières infos.

La route sombre a été publiée en 2014 pour la version française. Il compte 542 pages. Je vous encourage à écouter l'interview qu'a donné Ma Jian à France Inter à l'occasion de la sortie du livre.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 38: un livre endormi (qui est dans votre pal depuis longtemps). (37/80)
ABC 2017 - Lettre J (20/26)

mercredi 22 novembre 2017

Throwback Thursday - Meilleurs amis

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Meilleurs amis.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

No et moi
Delphine de Vigan
J'ai dans ma bibliothèque plusieurs livres qui correspondent à ce thème mais j'ai eu envie de présenter celui-ci, d'une part parce que l'amitié y est atypique, d'autre part parce que ça fait partie des livres qui se lisent en deux secondes mais qui suscitent de vrais questionnements et dont certaines phrases résonnent en nous avec intensité.

Résumé : Lou est une jeune adolescente surdouée en pleine réflexion sur son monde intérieur mais aussi sur son environnement (les relations entre les gens, les injustices, ...). Alors qu'un de ses enseignants lui demande de choisir un sujet d'exposé, la première chose qui lui passe par la tête est la situation des femmes sans abri. Sitôt dit, sitôt fait. La voilà partie à la rencontre de No qui squatte la gare d'Austerlitz. Au fil des jours, une amitié particulière se tisse entre les deux jeunes filles - une amitié dans laquelle il faut faire attention à rester à sa place et ne pas imaginer que les choses peuvent changer si facilement.

Mon avis : Je me souviens avoir été déçue par les premiers chapitres bourrés de clichés. Lou n'est pas seulement surdouée, elle a 160 de QI... Je craignais la suite de ma lecture car c'est typiquement le genre d'écueils qui peut faire basculer une histoire au thème intéressant en quelque chose d'insipide car rempli de lieux communs. Mes peurs se sont progressivement envolées et j'ai été séduite par deux aspects du livre. Le premier est le personnage de Lou qui m'a beaucoup parlé, notamment lorsqu'elle évoque son hypersensibilité. Le deuxième est le dénouement inattendu et qui vient sauver le reste du livre. Le thème de la situation des sans-abri m'a intéressé et il a fini par être pertinent alors que je le trouvais trop facile au tout début. Je vous conseille donc cette lecture qui se lit en un éternuement et qui a plu à de nombreux lecteurs.