samedi 21 octobre 2017

Le jour où Anita envoya tout balader - Katarina Bivald

En résumé.

Anita approche la quarantaine. Sa fille, désormais en âge de faire des études, est contrainte de quitter le petit village suédois dans lequel elles ont toutes les deux toujours vécu, sans présence masculine à leur côté. Anita s'était jusqu'alors construit un nid douillet: un travail dans un supermarché en tant que caissière peu épanouissant mais rassurant, des collègues devenues amies toujours là pour lui remonter le moral et surtout la présence de sa fille, son principal point de repère. Maintenant, son quotidien est complètement bouleversé, les soirées et les week-end lui paraissent durer une éternité. Alors elle décide de mettre un peu de piment dans sa vie et de réaliser un vieux rêve de jeunesse, faire de la moto. Mais ce n'est pas tout! Elle s'inscrit aussi dans le comité d'organisation de la Journée de la Ville, manifestation qui tombe un peu en désuétude mais qu'elle va petit à petit redynamiser. Ces différentes activités vont lui redonner le sourire et vont être l'occasion de rencontrer de nouvelles personnes. Qui sait, parmi elles, se cache peut-être l'homme de sa vie?

Mon avis.

J'avais lu il y a deux ans La bibliothèque des cœurs cabossés - une sorte de roman doudou que j'avais bien apprécié. Il était donc temps de réitérer l'expérience Bivald avec ce roman, qui, vous l'aurez compris à la lecture de ce résumé, est dans la même veine que le premier. 

Que ça fait du bien de lire des romans feel-good de temps en temps! Cela faisait un petit moment que je m'étais enfermée dans des lectures haletantes ou qui sollicitaient mon intellect, j'étais donc ravie de retrouver quelque chose de plus terre à terre où il n'y a pas besoin de réfléchir beaucoup et où l'on se se sent entraînée dans la vie de l'héroïne. Car c'est véritablement ce que j'ai ressenti, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde et j'ai pris du plaisir à cheminer aux côtés de ce personnage qui ne se laisse pas abattre par les petits bobos de la vie. C'est une histoire en toute simplicité que nous sert ici Katarina Bivald, pleine de tendresse et de bienveillance. Les doutes que rencontre la protagoniste rejoignent ceux de n'importe quelle femme qui a élevé seule son enfant. Ainsi, il n'est pas difficile de s'identifier et de s'attacher aux personnages, on a même envie d'être une de ses amies, de la prendre par le bras et de lui souffler que tout va bien se passer.

Alors bien sûr, je ne vous cache pas que la fin se laisse deviner depuis le début et qu'on vit dans un monde rempli d'écureuils en tutu rose et de lapins avec des cœurs à la place des yeux. D'habitude, cela me gêne, en général à la moitié du livre, quand ça dégouline vraiment de miel. Ici, bizarrement, ça ne m'a pas fait cet effet, peut-être parce que l'histoire est réaliste. Après tout, les dénouements positifs existent aussi dans la vraie vie, non?! L'écriture est à l'image de l'intrigue, toute en simplicité, sans en faire trop ni pas assez. Le récit est rédigé à la première personne, comme si on avait affaire au journal intime du personnage principal, c'est aussi peut-être pour cette raison qu'on s'attache si vite à elle. On reçoit en direct ses peurs et sa tristesse mais aussi ses petites victoires. 

Il me semble l'avoir préféré au premier tome que j'avais trouvé longuet à certains moments. Celui-ci a un rythme convenable et fait autant de bien qu'une boîte de macarons des meilleurs pâtisseries françaises (et en plus c'est moins cher!)! Si vous êtes à la recherche d'un roman feel-good de bonne qualité, je ne peux que vous le recommandez!

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ La modestie des personnages, de l'intrigue et des sentiments développés qui rendent les personnages attachants.
+ Le genre feel-good qui nous fait beaucoup de bien de temps en temps!
+ Un bon rythme qui permet de ne pas s'ennuyer.

- Pas de grande surprise pour le dénouement.

Dernières infos.

Le jour où Anita envoya tout balader a été publié en 2016 et compte 459 pages.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 26: un feel good book. (33/80)

samedi 14 octobre 2017

La lucidité - José Saramago

En résumé.

Nous nous situons dans un pays sans nom, qui a choisi pour régime politique la démocratie. Le jour des élections municipales est arrivé. Dans la capitale, les hommes politiques des trois partis principaux sont en effervescence, le parti de droite va-t-il de nouveau remporter la mise? Au moment des résultats, il y a comme un hic: les votes blancs sont majoritaires. Alors on décide de refaire les élections. Mais le verdict est le même: la participation est totale et le vote blanc arrive en tête avec 83%. La classe politique n'y croit pas, un tel résultat qui selon eux met en péril le principe même de la démocratie n'a pu être organisé que par un groupe subversif, c'est un complot, venant même de l'international, peut-être. Par peur que le phénomène ne s'étende au reste du pays, le gouvernement se retire de la capitale et proclame l'état de siège: les frontières de la ville sont bouclées, jusqu'à ce qu'on trouve les coupables. Enfin, une lettre va leur parvenir, écrite par un habitant de la capitale qui dénonce une jeune femme qui est la seule à ne pas être devenue aveugle lors de la grande épidémie de cécité survenue quatre plus tôt. Le gouvernement a enfin un coupable sous la main, c'est elle qui sera responsable de ce raz-de-marée de votes blancs. Un commissaire est nommé pour l'arrêter mais ce dernier risque de ne pas tout à fait obéir aux ordres de son supérieur, le ministre de l'Intérieur...

Mon avis.

Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard, en écoutant une émission sur France Inter sur le vote blanc. Le sujet m'intéressant, je suis vite allée emprunter cet essai aux allures de roman à la bibliothèque. J'ai ainsi pu découvrir la plume de José Saramago, écrivain et journaliste, prix Nobel de Littérature.

Le résumé est un peu long, je m'en excuse. A vrai dire, on ne lit pas vraiment La lucidité pour son intrigue mais plutôt pour les réflexions politiques qui structurent le texte. D'ailleurs, on peut être très surpris dans les premières lignes par l'architecture du livre. Celui-ci est divisé en quelques chapitres qui sont en fait des blocs de texte sans autre ponctuation que le point et la virgule; il n'y a donc pas de guillemets, pas de tirets pour les dialogues, pas de points d'exclamation ni d'interrogation. A cela s'ajoute la longueur interminable des phrases. Rien que cela suffit à installer l'atmosphère oppressante très présente dans le livre. Je ne me suis pas sentie gênée par ce style d'écriture. J'ai trouvé le tout compréhensible, même si certaines réflexions peuvent parfois paraître compliquées.

Pour tout vous dire, je trouve l'idée générale du bouquin brillante et savamment exposée. Le fait que ni le pays ni les personnages n'aient pas de nom nous permet d'appliquer l'expérience à notre propre vécu. Toutefois, il n'y a pas trop de doute sur le fait que José Saramago fait référence à nos démocraties occidentales malades, reposant plutôt sur des illusions démocratiques entretenues par le pouvoir en place. De plus en plus, l'abstention et les votes nuls/blancs ne cessent de croître sans qu'on n'y accorde l'importance que ce phénomène mériterait, comme si on refusait d'être lucide sur l'état de défiance des électeurs. Ce déni est ici poussé à l'extrême puisque les hommes politiques au pouvoir ne voient dans le vote blanc qu'une conspiration de la minorité pour mettre à sac la majorité. Jamais, ils n'ont évoqué l'idée que les électeurs n'ont plus foi dans leurs représentants. Ils sont même prêts à user de la force pour trouver des coupables qui n'en sont pas et pour dresser les habitants les uns contre les autres afin de retourner au pouvoir et faire comme si rien ne s'était passé. C'est un sujet de réflexion intéressant, surtout quand on sait que cette situation pourrait se produire dans pas si longtemps en France ou dans d'autres pays européens. Que ferait-on si le vote blanc ou même l'abstention était majoritaire?

Même si je pense avoir bien compris la thèse principale de l'auteur, j'ai eu plus de difficulté à voir où il voulait en venir dans la deuxième partie du livre, lorsque la dame qui n'est pas devenue aveugle quatre ans plus tôt est accusée comme étant la cause du tourment. Certes, elle est victime du refus des dirigeants à voir la vérité en face et incarne le paroxysme de l'injustice dont ils font preuve. Elle est aussi l'exemple de ce que des politiciens se réclamant défenseurs de la démocratie seraient prêts à faire pour se maintenir au pouvoir. Je pense que José Saramago aurait aussi pu faire d'elle l'emblème de la conscience citoyenne éclairée. La cécité aurait été une métaphore de l'aveuglement des citoyens quant aux procédés utilisés par les hommes politiques pour les endormir. Elle, la seule qui a vu clair dans leur jeu a alerté les autres et les a enjoints à voter blanc, elle les a rendus lucides. Est-ce ma propre interprétation ou est-ce que c'est aussi l'interprétation de l'auteur, je ne sais pas trancher...

Pendant la majeur partie de ma lecture, je me suis dit que ce livre était en train de devenir un coup de cœur. Cependant, ne pas comprendre véritablement la place de la bonne femme en fin d'histoire (je déteste ne pas comprendre!) allié à quelques longueurs et digressions inutiles même si les mots choisis sont très justes font je ne vais lui octroyer que 4 fleurs. Même si je pense que ce roman est un chef d'oeuvre, je trouve que sa densité gâche un peu la pureté du message. 

Si vous n'avez pas peur de pour lancer dans un pavé sans respiration et si vous êtes sensible à ce genre de sujets, je ne ne peux que vous le conseiller! Prévoyez tout de même d'y penser du temps!

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ L'intelligence du message et de l'intrigue qui le met en lumière.
+ L'originalité du style narratif.
+ Le sujet traité, à savoir le vote blanc.
+ La justesse de l'écriture.

- La densité du texte.
- Certains points un peu obscurs qui laissent trop de place à l'interprétation.

Dernières infos.

La lucidité a été publié en 2006 pour la version française et compte 355 pages. Voici le lien vers l'émission de France Inter sur le vote blanc dont je vous parle un peu plus haut.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 73: un prix Nobel de littérature. (32/80)

dimanche 8 octobre 2017

C'est le 1er, je balance tout - Septembre 2017

Bonjour à tous!

J'ai longtemps hésité avant d'écrire cet article car sa rédaction me demande beaucoup de temps - et du temps, j'en manque cruellement en ce moment. Finalement, je me suis décidée à me mettre en pause et à le rédiger, voilà pourquoi je ne le publie qu'aujourd'hui et non le 1er.  C'est le 1er, je balance tout! est un rendez-vous qui a été lancé par Lupiot du blog Allez vous faire lire. J'en suis très vite tombée amoureuse car j'en avais un peu assez de mes Bilans du mois qui n'étaient finalement qu'une énumération de mes lectures, sans grand intérêt. Ce rendez-vous vient rythmer les fins de mois et surtout il nous permet de découvrir plein de jolies lectures mais aussi plein de balades sur la toile, avec ou sans lien avec les livres, et ça, j'adore! 

Les règles sont très simples puisqu'il s'agit de retracer le mois écoulé au travers de quatre catégories que voici:

1. Le top et flop du mois dernier
2. Une chronique d'ailleurs
3. Un lien que nous avons adoré le mois dernier (hors chronique littéraire)
4. Une petite fierté 

Sans plus tarder commençons avec le top et flop du mois dernier.

Au début du mois de Septembre, avec la rentrée, j'avais très peur de ne pas avoir le temps de beaucoup lire. Finalement, j'ai su m'accorder quelques moments pour m'évader et ce fut même ma bouée de secours pour tenir dans l'agitation quotidienne. J'en suis donc arrivée à 5 livres, dont deux lectures qui m'ont pris pas mal de temps de part leur nombre de pages. Je suis donc plutôt contente.
Côté top, je mentionnerais ma toute première lecture de Septembre, Le jour où Anita envoya tout balader. Certes, ce n'est pas de la grande littérature mais ce roman feel-good fait du bien et c'est ce dont j'avais besoin à ce moment-là. Sans trop savoir pourquoi, je l'ai préféré au premier livre de l'auteur, La bibliothèque des cœurs cabossés. En tout cas, si vous avez envie d'un moment doudou sans prise de tête, je vous le conseille! Ensuite, j'ai été charmée par Sœurs de miséricorde. J'y ai rencontré Azul, une jeune bolivienne contrainte de s'exiler en Europe pour faire vivre sa famille. C'est aussi l'occasion de se plonger dans les beaux paysages d'Amérique Latine et de côtoyer une culture pleine de couleurs et de chaleur. Enfin, j'ai apprécié mon premier Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, dans lequel on est immergé dans le quotidien d'une entreprise japonaise. Ce mois-ci, grâce à mes lectures, je suis partie aux quatre coins de la Terre!

En revanche et vous l'aurez deviné par élimination, j'ai moins apprécié Les Intéressants que j'ai trouvé assez ennuyeux. On y suit la vie d'un groupe de l'adolescence jusqu'à leur vie d'adulte. Le sujet n'est pas inintéressant mais le tout n'avance pas très vite. Donc 700 pages, ça commence à faire beaucoup! J'ai également été déçue par Zazie dans le métro. J'ai eu cette très désagréable impression d'être passée à côté de quelque chose et ne pas avoir profité au maximum de classique incontournable. Peut-être à relire dans quelques années...

Continuons avec les chroniques vues d'ailleurs

* Je souhaitais tout d'abord vous présenter Café bleu. L'auteur de ce blog s'est lancé un défi de taille: lire toute une liste de classiques, de la période antique à nos jours. Je lui souhaite bien du courage ! Ses chroniques sont très courtes, donc rapides à lire et surtout très drôles ! Le projet est donc très intéressant car on peut enfin avoir accès à de la grande littérature et cerise sur le gâteau, on ne s'ennuie pas. Je vais le suivre dans ses prises de tête littéraires avec assiduité, et peut-être serai-je à mon tour tentée par certains de ces ouvrages...

* Ensuite, je suis tombée sous le charme du blog Bruit de papier, peut-être parce que nous sommes attirées par le même genre de livres. En tout cas, son auteur aime comme moi Mathias Malzieu et Stefan Zweig. J'y suis arrivée grâce à sa chronique sur Les Intéressants. J'aime bien aller fureter les avis des bloggeurs sur ce que j'ai lu. Ce fut une belle découverte et il fera également partie de mes blogs ressources lorsque j'aurai besoin d'idées pour mes futurs voyages littéraires.

Je vous ai présenté la liste des nominées, à vous de déterminer la gagnante, sachant qu'elles peuvent l'être toutes les deux ! Enchaînons désormais avec les liens venus des stratosphères du Web.

* Je tenais ce mois-ci à vous parler d'Exploratology, un site sur lequel on peut trouver plusieurs types de box littéraires: il y en a pour tous les prix et pour tous les goûts! Les colis respectent un thème particulier (par exemple, le thème du mois d'Octobre est Ethno-polar en Guyane) et font découvrir au lecteur des livres surprenants, aux horizons lointains. En fonction du prix, la petite merveille sera accompagnée de thé, d'un marque-page ou d'une jolie carte. Tous ces produits peuvent aussi être achetés séparément. On peut aussi commander d'anciens coffrets à prix cassé. Je n'ai pas encore sauté le pas car je ne me suis toujours pas décidée mais de nombreux articles de blogs ont été consacrés à cette box et j'ai exploré leur site de fond en comble avec la conclusion que ça vaut vraiment le coup!

* Est venu le moment d'un petit point consommation responsable. Il y a quelques mois, une boutique vendant des produits éco-responsables s'est installée près de chez moi. J'y ai découvert les savons de Joya et plus particulièrement, leur shampoing solide qui fait des merveilles. D'abord, il est à base de produits naturels, ce qui évite de polluer nos cheveux avec des matières chimiques dont on tait les effets. Ensuite, il évite de gaspiller des emballages. Il est simplement entourée d'un film plastique biodégradable donc rien à jeter! Enfin, il est très efficace, mousse bien et permet d'espacer les shampoings. La marque vend d'autres cosmétiques que je n'ai pas encore testés mais je sais qu'ils ont beaucoup de succès.

* Ce mois-ci, point de musique mais une recette toute simple et très rapide à faire trouvée sur le blog Par faim d'Arômes. Il s'agit du Blondie, un gâteau à base de beurre de cacahuètes et pépites de chocolat. Alors on est d'accord, ce n'est pas ce qu'il y a de plus diététique mais c'est excellent et on a besoin de se constituer quelques réserves pour affronter l'hiver qui arrive! Outre cette petite douceur, je vous conseille de fouiner le blog de cette passionnée de cuisine car il y a tout plein d'idées recettes qui mettent l'eau à la bouche.



Terminons désormais avec la minute fierté et réhaussement d'un ego en perte de vitesse!

Le mois de Septembre fut particulièrement compliqué car il a été synonyme de reprise d'étude à l'autre bout de la France, très loin de mon amoureux et de mes repères. L'intégration dans une nouvelle classe, la rencontre avec des personnes que je ne connais pas sont toujours des moments stressants pour moi. Je suis donc fière d'avoir tenu le coup pendant tout ce mois qui m'a paru bien long... Je vous laisse avec quelques photos de Savoie, une magnifique région que je prends le temps d'apprécier même s'il est difficile d'être loin de mes racines.


Je vous souhaite un excellent mois d'Octobre!

Le cri de la mouette - Emmanuelle Laborit

En résumé.

Peu de temps après sa naissance, les inquiétudes de Monsieur et Madame Laborit se confirment: leur fille, Emmanuelle est sourde. Commence alors une période de doutes et de questionnements au sujet de cette surdité à laquelle ils ne sont pas préparés. La petite fille souffre du manque de communication et a pris l'habitude de pousser des cris de mouette pour rappeler à ses proches qu'elle existe. Son destin prend une toute autre tournure lorsque son père prend contact avec l'International Visual Theatre, repère des sourds, et les inscrit tous les deux à des cours de langue des signes. Toute la famille va s'y mettre et Emmanuelle, maintenant dotée de sa langue maternelle va pouvoir s'épanouir. Son adolescence est tout de même chahutée, alors qu'elle est tiraillée entre le monde des entendants et le monde des sourds, parfois victime d'incompréhensions et d'un amour qui la pousse dans ses retranchements. A force de ténacité, elle passe finalement son bac et réalise son rêve, devenir comédienne. Elle est la première sourde à obtenir un Molière pour son jeu dans la pièce de théâtre Les enfants du silence. Elle est aujourd'hui la co-directrice de l'IVT et une personnalité connue pour défendre la langue des signes et promouvoir la place des sourds dans la société.

Mon avis.

Cette lecture est directement en lien avec mon métier. J'ai beaucoup entendu parler d'Emmanuelle Laborit sans jamais avoir lu cette autobiographie qui nous offre une plongée dans le monde des sourds. Il est toujours compliqué de chroniquer un témoignage car les mots couchés sur le papier appartiennent à l'auteur et ne sont que l'expiation de leurs ressentis et de leur évolution. Par ailleurs, il est très difficile pour moi d'être totalement objective et de ne faire que des louanges sur le parcours d'Emmanuelle Laborit car je connais trop bien cet univers pour y voir en creux toutes les querelles idéologiques et culturelles qui agitent la communauté sourde et les professionnels qui y touchent de près. La surdité est certes un handicap mais c'est aussi une affaire de culture, dont le fer de lance est la langue des signes. Au fil du temps, je me suis forgée une réflexion sur le sujet et je pense que ce n'est pas le lieu ici de rentrer en accord ou désaccord avec l'auteur. Je vais donc m'en tenir à mes premières impressions.

J'ai été frappée par cette soif de communication dont Emmanuelle Laborit fait preuve. Comme tous les êtres humains, me direz-vous. Certes, mais ce mot revient comme un leitmotiv tout au long du livre et est à l'origine de ses plus violentes crises. La langue des signes vient donc apaiser ce sentiment d'exclusion mais lui permet aussi de rencontrer des gens qui sont comme elle. Ce parcours est partagé par beaucoup de sourds qui sont souvent poussés vers la voie oraliste mais à qui ça ne convient pas et qui finissent par se charger en agressivité, tout simplement parce qu'ils se sentent différents et parce qu'ils ne peuvent pas communiquer. Après de longues heures d'observation et d'analyse, je me suis rendue compte que ces réactions sont bien sûr très prégnantes chez les sourds mais se retrouvent également chez d'autres minorités, elles entendantes mais qui diffèrent de la majorité pour d'autres raisons. Le fait de ne pas être reconnu, de se sentir en marge, de ne pas pouvoir communiquer avec son prochain (la communication n'est pas qu'affaire de langage) est source de frustration qui se transforme souvent en violence.

Pour parler un peu du style du livre, on a bien évidemment affaire à une narration en première personne. L'écriture est fluide et permet une lecture très rapide. Pour autant, l'enchaînement des événements se fait de façon décousue. Je me suis sentie à plusieurs reprises un peu perdue dans le temps. Elle convoque des souvenirs qui viennent perturber le temps du récit. Cela m'a un peu gênée mais rien de dramatique dans la mesure où il s'agit d'une autobiographe et si elles ne sont pas explicites, on parvient tout de même à deviner les étapes phares de l'évolution de l'auteur.

Une lecture que je vous conseille si vous souhaitez en savoir plus sur l'univers des sourds ou si vous avez tout simplement envie de partir à la rencontre d'Emmanuelle Laborit, personnage connu et reconnu.

D'un coup d’œil, les plus, les moins.

+ Entrer dans l'enfance et l'adolescence d'une personnalité aussi connue est intéressant.
+ Connaissances sur le milieu sourd.

- Un enchaînement de faits parfois décousu.

Dernières infos.

Le cri de la mouette a été publié en 1994 et compte 237 pages. Si le théâtre bilingue LSF/Français vous intéresse, je vous renvoie sur le site de l'IVT.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 40: un livre de ma Wish-List. (31/80)
ABC 2017 - Lettre L (16/26)

samedi 30 septembre 2017

Charlie et le grand ascenseur de verre - Roald Dahl

En résumé.

Souvenez-vous, à la toute fin du premier tome, Charlie et sa famille s'envolent à bord du grand ascenseur de verre avec Willy Wonka après que ce dernier ait décidé de lui léguer sa chocolaterie. Cependant, le voyage vers sa nouvelle demeure ne se passe pas comme prévu. Le capitaine, Willy Wonka, toujours à l'affût d'une nouvelle fantaisie et suite à de mauvaises manoeuvres les envoie dans l'espace. Ils se mettent à flotter et surtout menacent d'entrer dans un hôtel spatial mis en orbite par les Américains. Sur Terre et dans la capsule américaine prête à rejoindre l'hôtel, ces derniers s'inquiètent et s'imaginent qu'il s'agit là d'une menace soviétique. Mais un autre type de danger rôde: les Gnoulis, ces vers géants qui habitent sur une autre planète et qui viennent tout simplement défendre leur territoire. Charlie et tout le petit monde doivent donc rejoindre la Terre illico presto, sauvant au passage les astronautes américains. Une fois revenus sur Terre, ce sont encore d'autres aventures qui les attendent...

Mon avis.

Contre toute attente, j'éprouve beaucoup de difficultés à émettre un avis objectif sur ce deuxième tome de la duologie Charlie et la chocolaterie. Je pense que ma lecture a été influencée par les avis plutôt mitigés que j'ai pu lire à droite à gauche et dont je n'ai pas réussi à me départir. C'est vrai que cette suite n'est pas à la hauteur de l'univers fantasque et gourmand à souhait proposé dans le premier opus. Dans l'ensemble, les personnages restent fidèles à ce qu'ils étaient (j'ai juste été surprise par les mauvais caractères des grands-parents (excepté Grand-Papa Joe)). L'incohérence vient plutôt de l'histoire en elle-même. Le passage dans l'espace, pourquoi pas. Si on cherche bien, c'est vrai que ce genre de mésaventure correspond au personnage de Willy Wonka. Le problème vient plutôt de la suite, lorsque toute la bande est revenue sur Terre. La suite n'a strictement aucun rapport avec le début du livre et les nouvelles expérimentations de l'ex-chef de la chocolaterie arrivent comme un cheveu sur la soupe. Les deux histoires en une sont donc traitées de façon séparée, sans qu'il y ait un liant qui aurait par exemple pu reposer sur l'installation de Charlie dans ce nouveau lieu. Le livre se lit donc extrêmement vite mais je ne me suis pas sentie transportée et je pense que j'aurai tout oublié d'ici quelques jours.

En fait et je rejoins l'avis de Petite Plume (dont je salue la chronique très intéressante qu'elle a faite sur cette duologie), je pense que Roal Dahl a voulu, au travers de ce deuxième tome, mettre en avant les agissements un peu ridicules des Américains pendant la Guerre Froide. Le livre a été publié en 1972, alors que les luttes pour la conquête spatiale font rage. On retrouve ici toutes les dérives inhérentes aux ambitions américaines démesurées: le toujours plus loin, le toujours plus grand (l'hôtel en question est immense, une prouesse pour l'époque et tout le monde demande à y séjourner), la peur des espions (on pense automatiquement aux soviétiques ou à la Chine, à la place de Charlie et sa famille) mais aussi la volonté d'empiéter sur un nouveau territoire (les Gnoulis ne peuvent-ils pas symboliser ce principe de "chacun chez soi"). Il s'agit donc ici d'une critique politique mais on retrouve dans la deuxième partie une critique de l'homme, de façon générale. Les grands-parents, attirés par l'élixir de jouvence que leur propose Willy Wonka vont prendre plusieurs pilules, sans s'inquiéter des effets, alors même que l'alchimiste déluré leur avait expliqué le fonctionnement de ce traitement. Les hommes sont guidés par leurs désirs primaires, ils agissent vite, sans même réfléchir sur les conséquences de leurs actes. Nous sommes donc loin des morales enfantines du premier texte, l'auteur nous laisse ici avec des considérations qui seraient plutôt destinées à un public adulte.

Pour conclure, une lecture loin d'être palpitante mais aux messages intéressants si on prend la peine de creuser un peu!

D'un coup d'oeil, les plus, les moins.

+ Les messages véhiculés via le récit des aventures de Charlie.
+ Ça fait toujours plaisir de retrouver ces personnages, auxquels on s'est attaché pendant le premier tome.

- Le manque de cohérence, d'une part avec le premier tome, d'autre part entre les deux parties du livre.
- Des éléments tirés par les cheveux et qui ne trouvent pas leur place dans l'histoire.

Dernières infos.

Cette suite de Charlie et la Chocolaterie a été publiée en 1972 pour la version originale et compte 196 pages.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges: 
Défi lecture 2017 - Consigne 2: un livre qui fait partie d'une duologie. (30/80)
ABC 2017 - Lettre D (15/26)

samedi 23 septembre 2017

Meurtre en Mésopotamie - Agatha Christie

En résumé.

Miss Leatheran, infirmière de son état, est recrutée par le Professeur Leidner, brillant archéologue, pour veiller sur la santé fragile de sa femme durant la durée des fouilles sur le site de Tell Yarimjah en Irak. Mrs Leidner n'est pas au plus haut de sa forme: elle est la cible de courriers anonymes depuis des années, elle est victime d' "hallucinations" selon les membres de l'équipe de fouilles et elle se dit souffrante. Mais finalement, on ne sait pas vraiment ce qui est à l'origine de ces accès de panique. Ou du moins, on fait semblant de rien savoir. L'ambiance tendue qui règne sur le camp atteint son paroxysme lorsque notre protagoniste est tuée. Heureusement, Hercule Poirot, en vacances dans le coin a vite fait de rappliquer et de se retrousser les manches, cette fois-ci accompagné dans ses opérations par la perspicace Miss Leatheran.

Mon avis.

Ayant achevé il y a peu la lecture du Crime de l'Orient-Express, je n'avais pas l'intention de me remettre de sitôt à une autre enquête servie par Agatha Christie. Et puis je suis tombée sur Meurtre en Mésopotamie lors d'un énième fouinage dans une boîte à livres d'un des parcs de ma ville. Et les vacances sont toujours un moment propice pour se plonger aux côtés d'Hercule Poirot, nos méninges doivent être en place et c'est mieux quand on se souvient de chaque fait.

Ce qui m'a frappé durant ma lecture et que je n'avais bêtement pas remarqué auparavant est que l'écriture d'Agatha Christie est toujours et uniquement centrée sur les faits. Ici, nous avons une narratrice un peu particulière puisque c'est Miss Leatheran qui est chargée de conter l'histoire. Au récit des dialogues entre les divers personnages, elle ajoute son point de vue. Pourtant, il n'y a  ici pas vraiment de plus-value à ce style narratif car on a surtout affaire à l'énumération des faits, rien que des faits. Peu de détails sur le travail archéologique en lui-même, peu de descriptions des paysages entourant le camp, peu de détails sur la façon de vivre à Tell Yarimjah, pas de risque de se tromper, on est bien dans une enquête policière. Cela ne me dérange pas dans le sens où on trouve ce qu'on est venu y chercher.

L'intrigue est plutôt bien menée. Finalement, la présence sur place de Miss Leatheran est très courte et pourtant son récit fait deux cent pages. Pages qui sont consacrées aux faits mais aussi aux réflexions de l'enquêteur à moustache. Pour autant, on ne s'ennuie pas, on en vient à suspecter chaque membre de l'équipe et les dernières trente pages sont un délice de suspense, habilement ménagé par Poirot. Encore une fois, notre Agatha a tout prévu et la révélation de l'assassin ou des assassins (moi aussi je ménage le suspense pour vous donner envie d'aller faire un tour en Irak à l'époque où ce n'était pas encore un champ de ruine!) est surprenante. Pour tout vous dire, j'avais de forts soupçons sur lui ou elle ou eux car on finit par connaître les codes mais j'ai quand même été étonnée parce que je refusais d'y croire. Dur dur quand on s'attache à un personnage et qu'on découvre qu'il est tout autre à la fin! En tout cas, c'est un dénouement plausible et réaliste.

Il a quand même fallu que je me perde dans les personnages. Ceux-ci sont décrits en tout début de livre, ainsi que le plan du camp, mais rien à faire, je ne parviens pas à me fabriquer des images mentales qui m'accompagneront tout au long de ma lecture. Je rencontre ce problème de façon régulière. Si ça ne pose pas de problème dans d'autres livres, ça devient embêtant pour un policier. Étant donné que la psychologie et les traits des personnages sont peu développés, il est difficile de dresser leur portrait robot et de le conserver. Dès que j'entame un Agatha Christie, il faudrait que je me munisse d'un crayon et d'un papier pour noter chaque détail en tout début de lecture.

Quoiqu'il en soit, un policier que je vous conseille si vous souhaitez pendant quelques heures jouer à un Cluedo littéraire!

D'un coup d'oeil, les plus, les moins.

+ Une intrigue bien menée et riche en rebondissements.
+ Le suspense est ménagé jusqu'à la fin.

- Dommage qu'il n'y ait pas davantage de détails sur l'expédition archéologique.

Dernières infos.

Meurtre en Mésopotamie appartient à la suite des policiers dans lesquels Hercule Poirot est présent. Il a été publié en 1936 pour la version originale et compte 224 pages. Agatha Christie est une source d'inspiration intarissable pour le cinéma. Cet opus fait l'objet d'une adaptation pour la série britannique Hercule Poirot.

Pour la petite anecdote, c'est en revenant de ce voyage en Irak/Syrie, qu'Hercule Poirot va être amené à résoudre le crime de l'Orient-Express.

Ma note.
Challenges.

Cette lecture me permet d'avancer dans ces challenges:
Défi lecture 2017 - Consigne 23: Un livre dont un des personnages est un docteur. (29/80)

mercredi 20 septembre 2017

Throwback Thursday - Histoire d'amour

Bonjour à tous !

Le Throwback Thursday est un rendez-vous repris par Betty Rose Books sur son blog. Les consignes sont très simples: chaque Jeudi, nous devons proposer un livre en accord avec le thème que Betty Rose Books nous aura concocté. Le but est d'enrichir notre Wish List en découvrant le choix des autres Bloggeuses!

Je tiens à préciser que toutes les images liées au Throwback Thursday proviennent du blog de Betty Rose Books.
Cette semaine, le thème est Histoire d'amour.

Pour l'occasion, voici le livre que j'ai choisi:

Lettre d'une inconnue
Stefan Zweig
Bettie Rose a raison, on n'a jamais assez d'amour! J'ai décidé d'orienter mon choix cette semaine vers un classique qui compte très peu de pages mais qui est vraiment puissant quant aux émotions et sentiments qu'il véhicule. C'est grâce à lui que j'ai découvert la plume pleine de sensibilité de Stephan Zweig, auteur autrichien qu'on ne présente plus. C'est un livre auquel on pense peu quand on parle d'histoire d'amour alors qu'il pose les jalons de l'amour passion et décrit très précisément la souffrance de l'amour à sens unique.

Résumé: Un célèbre écrivain rentre chez lui, après quelques jours de vacances à la montagne. Il n'a même pas le temps de se poser qu'on lui transmet une lettre arrivée pendant son absence. Celle-ci est l'oeuvre d'une femme qui l'a toujours aimé - une femme dont il ne se souvient plus. Nous la lisons avec lui et plongeons dans le tourment de l'auteur de cette missive enflammée et malheureuse.

Mon avis: La force de cette nouvelle n'est pas dans son histoire mais dans les thèmes qu'elle aborde: l'amour inconditionnel, le désir obsessionnel et la passion folie. L'inconnue a dépassé la frontière du raisonnable pour cet homme qui ne l'a jamais quittée dans ses pensées. Ses mots sont forts et décrivent une personnalité à fleur de peau, authentique et entière. L'écriture de Zweig est tellement juste et intelligente que le lecteur ne peut pas rester de marbre face à sa détresse. Je ne peux que vous conseiller cette lecture qui récolte tout de même un 17,5 sur Livraddict! Ce serait dommage de passer à côté alors qu'elle ne demande vraiment pas beaucoup de temps.