mercredi 3 août 2022

Ecoute la pluie tomber - Olivia Ruiz

En résumé.
 
Comme pour rendre un dernier hommage à sa nièce morte en couches, Carmen prend la plume pour retracer le destin de cette famille espagnole arrivée en France en 1939 pour fuir le franquisme. Une famille essentiellement composée de femmes, des femmes qui en veulent, qui ne rechignent jamais à la tâche et qui font tout pour préserver leur identité tout en se faisant une place dans leur terre d'accueil. Carmen, la petite dernière de la fratrie, très vite séparée de ses parents, entame sa jeunesse dans le café de sa sœur Rita et de son beau-frère Alain à Marseillette (du côté de Carcassonne). Profitant de la bienveillance de ses sœurs et des habitués du café, elle désire néanmoins s'en émanciper. Comme si le destin frappait à sa porte, elle a un jour le coup de foudre pour un torero arrivé de Tolède. Voyant dans cet amour soudain l'occasion de prendre son envol, elle le suivra sur son domaine, en Espagne. L'oiseau, fier de quitter le nid, aura pourtant rapidement les ailes coupés.

Mon avis.

Ayant été agréablement surprise par le premier roman d'Olivia RUIZ, La commode aux tiroirs de couleurs, j'avais très envie de me lancer dans son second roman, Écoute la pluie tomber, dont le titre est tiré d'un des personnages du roman, Escota quand ploú et qui trimballe avec lui toute sa poésie.

Avec ce second roman, l'auteur nous embarque une fois de plus sur le chemin de ses origines. L'Espagne, bien sûr, mais aussi Narbonne et surtout Marseillette. Ses grands-parents tenaient l'unique café-bar-restaurant-hôtel du village. La vie qui emplissait ce lieu a souvent été une source d'inspiration au cours de sa carrière. C'est donc tout naturellement que l'action principale de ce second roman se déroule dans ce lieu si cher à son cœur. Olivia RUIZ a également fait le choix de personnages essentiellement féminins, aux caractères bien trempés. On ne peut pas s'y tromper, même si les hommes sont présents, tantôt violents, tantôt charmeurs, il s'agit bien là d'une histoire de femmes. Des femmes espagnoles qui ont connu l'exil, la séparation, et la reconstruction dans un pays qui n'était pas le leur. Une seule solution, l'entraide, et la transmission. L'esprit de famille, la transmission de génération en génération semblent être des thèmes de prédilection pour cette artiste complète. 

Comme lors de ma lecture du premier roman, j'ai été complètement embarquée par l'univers proposé par Olivia RUIZ. Autant je me fabrique toujours des images mentales de ce que je lis, autant j'ajoute rarement des sons à ces images. Ici, c'est tout le contraire. Naturellement, la voix si particulière de l'auteur est venue me raconter cette histoire, j'ai entendu Carmen, Rita, Léonor et leurs voix fortes aux tonalités espagnoles, j'ai capté les bruits du café, les verres qui tintent, les chaises qu'on racle sur le sol, les hommes qui demandent leurs verres et les plateaux qui se renversent. Me reviennent en tête des images baignées de soleil, dans les décors des années 70. 

Le début de ce roman peut être déroutant car on ne comprend pas tout de suite qui est Carmen, Cali ou encore Rita. Alors que c'est Carmen qui s'exprime pendant la totalité du roman, il me semble que certaines premières pages sont aussi rédigées par Cali sans que ce soit annoncé, cela a pour conséquence de semer un peu le trouble dans la tête du lecteur. Puis tout revient dans l'ordre et on comprend que l'on aura affaire à Carmen. Je me suis là aussi laissée totalement embarquer par son parcours. Une vie semée d'embûches qui nous ballade de l'Espagne au sud de la France. Le suspense est toujours ménagée pour apporter un peu de rythme à l'intrigue générale. J'ai beaucoup aimé la fin, très émouvante, le décès de Cali bien sûr, encore plus dur à accepter maintenant que son personnage a été exploité, mais aussi l'histoire d'Escota quand ploú, jeune homme écorché vif. Heureusement que la roue va enfin tourner pour lui.

Voici un second roman réussi, que j'ai pris plaisir à découvrir et que j'ai dévoré en quelques heures. L'occasion de côtoyer la petite et la grande Histoire grâce à une galerie de personnages hauts en couleurs et à des scènes à la fois visuelles et sonores. Un roman à glisser dans son sac de plage !
Dernières infos.

Écoute la pluie tomber a été publié en 2022 et compte 198 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 66 - Livre dont le titre a plus de voyelles que de consonnes.  - 25/100

dimanche 31 juillet 2022

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange - Elif Shafak

En résumé.

Tout juste assassinée, Leila Tequila est jetée dans la benne à ordures, comme un vulgaire déchet. N'est-ce pas ce qui la caractérise aux yeux de la société turque, un déchet ? Elle qui était prostituée dans un quartier défavorisé d'Istanbul. Son corps gît au milieu des immondices, mais son esprit continue à travailler. Selon certaines études scientifiques, notre cerveau continuerait à fonctionner pendant 10 minutes et 38 secondes après notre mort physique, le temps pour la jeune femme de retracer ses souvenirs, depuis l'enfance jusqu'à son présent. Un parcours semé de faits horribles, comme l'arrachement à sa mère biologique, les agressions sexuelles de son oncle ou encore le mariage forcé. Toujours le poids des traditions et des superstitions qui ne l'a jamais quittée. Heureusement, Leila Tequila pourra compter sur l'amitié indéfectible de cinq personnes qu'elle rencontre au fil de sa vie. Ce seront les seuls à vouloir sauver l'honneur de la jeune femme en refusant qu'elle soit enterrée dans le cimetière des Abandonnés - cimetière qui existe réellement et qui regroupe en son sein tous les indésirés de la société.

Mon avis.

Je sais, ce n'est pas très correct, mais dans les transports en commun j'aime bien regarder ce que lisent les gens. C'est comme ça que j'ai découvert ce roman, mes yeux complètement attirés par la jolie couverture dont le camaïeu de bleu, rehaussé par quelques touches dorées, est très réussi. J'ai alors retenu le nom de l'auteur : Elif SHAFAK. Puis je l'ai un peu oublié pour en ré-entendre parler quelques jours plus tard. A cette occasion, j'ai découvert que cet auteur écrivait beaucoup sur la Turquie, son pays d'origine, dont elle dénonce les travers grâce à des œuvres de fiction mais tout de même inspirées de faits réels. C'est d'ailleurs le cas pour 10 minutes et 38 secondes das ce monde étrange. Ayant peu l'habitude de lire sur la Turquie, je me suis dit que ce serait l'occasion de réparer cet impair pour en apprendre davantage sur les mœurs contrastées de ce pays.

Le roman est organisé en deux parties : l'esprit et le corps. Ainsi, de façon assez logique, la partie "esprit" revient sur la vie de Leila telle qu'elle se la remémore alors que son cœur a cessé de battre. Chaque minute raconte une période de sa vie, de son enfance à sa vie de femme. La deuxième partie, "le corps" se situe après la mort de son esprit et est consacrée aux amis de Leila, et à la façon dont ils s'y prennent pour sauver à tout prix son corps afin qu'il ne repose dans ce cimetière des Abandonnés. 
 
J'ai trouvé que la qualité de ces deux parties était un peu inégale. Si la première partie est très intéressante et captivante, la seconde partie m'a parue infiniment longue, même si elle ne manque pas de rebondissements ni d'émotion. En réalité, j'ai lu ce roman pour Leila, pour connaître son parcours et sa vie. Durant toute ma lecture, je ne me suis jamais vraiment attachée à ce personnage mais j'ai apprécié découvrir à travers ses yeux la Turquie contemporaine. C'est un roman qui rend hommage aux femmes, mais aussi aux personnes qui sont jugées comme faibles ou indignes par la société de part de leur condition (prostituée, transexuelle, etc). On voit à quel les traditions volent à ces femmes l'occasion d'exister. Leila n'est jamais crue et aucune de ses décisions ne lui appartient véritablement, elle doit avant tout plaire aux hommes de la famille. Cette première partie est très émouvante, de part l'injustice des faits mais aussi de part la présentation de ses personnages secondaires. Binaz, la mère biologique de Leila, à qui on enlève sa fille, le frère handicapé de Leila, Sinan, son premier ami qui n'a rien de la virilité attendu par une société patriarcale, ses autres amies qui sont venues tenter leur chance dans ce pays, séduits par ce qu'on leur faisait miroiter, mais qui ont fini par se prostituer pour pouvoir continuer à vivre, aucun ne cadre avec le système, en cela ils sont reniés.

Je me suis tellement concentrée sur Leila et sur ces enjeux sociétaux que j'en ai un peu oublié ses amis. Si leurs parcours sont poignants à lire dans la première partie, je me suis un peu mélangée les pinceaux dans la seconde partie, lorsque l'intrigue se concentre sur eux. Ainsi, je pense que je suis passée à côté de leurs personnalités et cela a eu pour conséquence de moins me faire apprécier cette deuxième partie. Malgré les valeurs d'amitié défendues et qui éclairent le côté très sombre de ce roman, sa lecture m'a semblé interminable et un peu glauque, je dois le dire. On imagine la misère ambiante, ces personnages éclectiques qui se débattent avec ce qu'ils ont, la mort qui rôde et ce corps qu'ils déterrent. Ainsi, j'aurais préféré que la première partie empiète davantage sur cette seconde partie qui tient une place un peu disproportionnée par rapport au reste de l'intrigue. 

Voilà un roman poignant, sérieux et parfois ardu à lire de part la noirceur de certains passages. Il nous permet néanmoins de découvrir une partie de la Turquie qui tranche avec ses stations balnéaires à touristes. La beauté de certains personnages secondaires, tout comme les valeurs des amis de Leila viennent apporter quelques touches à un tableau très sombre dans l'ensemble, quelques notes d'espoir dans un monde inhumain.
Dernières infos.

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange a été publié en 2019 pour la version originale et compte 385 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 31 - Livre dans lequel l'amitié tient une grande place.  - 24/100

dimanche 24 juillet 2022

Une vraie mère... ou presque - Didier van Cauwelaert

En résumé.
 
Pierre, écrivain de métier, hérite de la voiture et de l'appartement niçois de sa mère lorsque celle-ci décède. Enchaînant les allers-retours entre son domicile et cet appartement secondaire au volant de la vieille Renault, il multiplie les occasions de retrait de points pour excès de vitesse. Tellement qu'un courrier, adressé à sa défunte mère, l'informe que cette dernière est conviée à un stage de récupération de points puisque la carte grise de la voiture était toujours à son nom. Que faire ? Avouer la vérité auprès des autorités ? Lucie Castagnol, voisine de chambre de la tante de Pierre dans son EHPAD et comédienne à la retraite, lui propose une autre solution : se mettre dans la peau de Simone, la défunte, et se présenter ainsi au stage. Séduit par cette proposition, Pierre accepte, sans imaginer qu'un simple jeu de rôle pourra complètement le dépasser.

Mon avis.

En panne de livres (bon, pas vraiment, mais je n'avais pas envie de piocher dans ma PAL...), j'ai demandé à mon amoureux de me choisir un bouquin au hasard à la médiathèque. Après des recherches intenses, animées par la peur de se tromper, il me tendait fébrilement le dernier van Cauwelaert, Une vraie mère... ou presque. Pour être honnête, je ne me serais pas spontanément dirigée vers ce genre de livre. Ce type d'intrigue n'est pas ce qui m'intéresse en général, mais je reste fidèle à mon credo : rester ouverte à tout type de littérature. C'est donc avec curiosité que je me lançais dans ce roman.

A première vue, ce livre a tout d'une comédie sympathique qui pourrait être tout à fait adaptée en téléfilm à la sauce TF1 ou M6. L'intrigue peut paraître déjantée : une mère qui meurt d'un coup de bière aux obsèques de son cancérologue, un fils qui se retrouve dans le pétrin après avoir "usurpé" l'identité de sa mère pour ne pas perdre de points suite à ses multiples excès de vitesse et une comédienne à la retraite qui parvient à  incarner trait pour trait la défunte... Avouez que ce n'est pas tous les jours que ce scénario se produit ! Ce n'est pas le genre d'humour auquel je suis sensible d'habitude, je trouve que c'est souvent trop en faire que d'extrapoler les situations pour faire rire à tout prix. Je n'ai donc pas été une bonne candidate mais je suis sûre que l'enchaînement de ces situations rocambolesques peut faire sourire, ou rire d'autres lecteurs.

En revanche, j'ai été plus sensible à la toile de fond du roman ainsi qu'aux personnages de Pierre et de Lucie. Il est avant tout question du deuil dans ce roman, comment faire son deuil, comment raconter la personne qui n'est plus, comment raviver les souvenirs. C'est un peu ce que Pierre a du mal à faire, surtout qu'il souhaite écrire un roman sur sa mère mais ne trouve pas les mots pour lui rendre hommage. Lucie, en la faisant revivre, va l'accompagner sur ce chemin, notamment en lui rappelant des souvenirs qu'il a pu vivre avec elle. Seulement, est-ce une bonne façon de faire son deuil, que de se conforter dans l'illusion que le défunt existe toujours ? On sent que Pierre est complètement happé, comme un aimant, vers ce double maternel. Même s'il est convaincu que la situation est malsaine, il n'arrive pas à se libérer de Lucie et de ce qu'elle représente pour lui. En vérité, elle l'empêche de sombrer dans les regrets et le chagrin, premières étapes du deuil pourtant. Il faut dire que Lucie n'est pas très saine non plus dans ce jeu-là. On ne sait finalement pas grand chose sur elle, mis à part le fait qu'elle est extravertie et qu'elle aime être au centre de l'attention. Elle aime tellement ça que ça cache quelque chose, comme si prendre la place d'une autre lui permettait de se guérir. On peut aussi parfois faire l'hypothèse qu'elle a un côté malade, au sens psychiatrique du terme, tellement elle non plus ne peut plus se dégager du personnage de Simone, comme si cela lui permettait de s'imaginer vivre une seconde vie. Ainsi, avec ces deux personnages, on flirte toujours sur la corde sensible, qui se brise à plusieurs reprises, mais qui finit toujours par se renouer tant le jeu permet de masquer des blessures à vif. Si je trouve ces deux personnages intéressants, je n'ai pas été séduite par la compagne de Pierre, même si elle se révèle être quelqu'un de très humain en fin de livre.

Voilà donc un roman aux deux visages, un plutôt superficiel avec ses traits d'humour, et un autre plutôt profond qui interroge le lecteur sur le deuil. Si la trame narrative a quelques côtés intéressants, je pense que ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable, et qu'il aura vite fait de rejoindre les dizaines d'autres que j'ai apprécié découvrir sur le coup mais que j'ai complètement oublié avec le temps. Un dernier mot pour dire que ce roman est le premier que je lis et qui fait mention de la COVID et de la période du confinement. Cela méritait d'être souligné !
 Dernières infos.

Une vraie mère... ou presque a été publié en 2022 et compte 208 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 11 - Titre avec un lien de parenté.  - 23/100

mercredi 20 juillet 2022

Les rois maudits - Maurice Druon

TOME 1 : Le roi de fer
 
En résumé :  Début du XIVème siècle, Philippe le Bel règne d'une main de fer sur le territoire qui composait alors la France. Père de quatre enfants, trois garçons et une fille - cette dernière étant marié au roi d'Angleterre - Philippe IV est certain que ses efforts pour réformer le royaume de France ne seront pas vains et que ses héritiers auront à cœur de poursuivre les luttes engagées pour centraliser le pouvoir. En attendant, le royaume est à sec, les caisses sont vides. Soutenu par ses plus proches conseillers, Philippe le Bel décide de mettre fin à l'organisation des Templiers, détentrice d'une fortune colossale, afin de faire main basse sur leurs biens financiers et immobiliers pour renflouer le Trésor. Après plusieurs années de procès dont l'objectif est de faire tomber un à un les Templiers, les quatre plus hauts dignitaires sont emmenés sur le bûcher. Au milieu d'une foule friande de ces événements, alors que les flammes commencent à s'emparer de lui et afin de se venger de l'injustice de la sanction, Jacques de Molay jette une malédiction sur le royaume de France : dans l'année, mourront le pape Clément, le Garde des Sceaux Guillaume de Nogaret et le roi, Philippe IV. Jacques de Molay appelle également à ce que leur dynastie soit maudite jusqu'à la septième génération.

Dans le même temps, des conflits d'héritage agitent l'Artois. Robert III d'Artois ne digère pas que Philippe le Bel ait confié les terres d'Artois à sa tante Mahaut suite aux décès de son père Philippe d'Artois, puis de son grand-père Robert II d'Artois. Afin de se venger, et de faire en sorte que son dû lui revienne, Robert d'Artois décide de faire tomber Mahaut dont les deux filles et la nièce ont été mariées aux fils de Philippe le Bel. Seulement ces jeunes filles ont des amants, et Robert d'Artois compte bien porter le scandale à la connaissance de tous, aidé par Isabelle, la fille de Philippe le Bel qui n'a jamais porté ses belles-sœurs dans son cœur.

Les petites histoires s'entremêlent, les chemins se croisent, le tout convergeant vers la grande Histoire, marquée par des années de tragédie, selon le souhait de Jacques de Molay.

Mon avis : Qu'il est difficile d'entamer les grands classiques, dont on connaît la renommée. On a toujours peu d'être déçu ou de passer à côté de quelque chose. Autant dire que l'enjeu étant grand lorsque j'ai tourné les premières pages de ce premier tome. Même si je prends plaisir à lire des romans historiques dont les connaissances restent toujours accessibles grâce à leur forme romancée, l'Histoire n'a jamais été ma tasse de thé. A mon plus grand regret, je confonds les dates, les personnages historiques, et les faits historiques ont bien du mal à s'inscrire dans ma mémoire. Ainsi, l'entrée dans cette intrigue fut un peu compliquée, heureusement que mon amoureux l'a lu en même temps que moi pour m'éclairer sur l'époque et les événements historiques qui ont marqué ce siècle de tourments. Comme vous avez pu le constater à la lecture du résumé, les personnages sont très nombreux (et encore, je ne les ai pas tous mentionnés !), tout comme les intrigues. Les coutumes et le système politique de l'époque sont également très différents des nôtres. Ainsi, si l'on n'a pas de connaissances au préalable, je trouve qu'il est difficile d'appréhender tous les tenants et les aboutissants à la simple lecture de ce roman de Maurice DRUON. Néanmoins, une fois que l'on a compris dans les grandes lignes les objectifs de chaque personnage, il est facile de s'immerger dans l'intrigue générale. J'ai apprécié en apprendre davantage sur cette période. L'auteur a fourni un travail important pour restituer de façon la plus fidèle possible les enjeux qui agitent le royaume de France, sans oublier les intérêts et sentiments de chacun des personnages qui ont des répercussions cruciales sur l'avenir de la France. Par définition, cette période de l'histoire de France est passionnante et promet plein de rebondissements. Le côté mystique, avec cette malédiction lancée par Jacques de Molay ne peut que nous interpeler puisqu'elle va se vérifier. Ce début de saga est prometteuse pour la suite. Le style de Maurice DRUON est soutenu, difficile parfois d'avoir accès à tout ce qu'il écrit, mais l'ensemble reste quand même abordable. Je dirais qu'il faut un peu de patience et quelques efforts pour débuter puis ça roule tout seul une fois que la machine est lancée !

Ma note : 3/5

Challenges : 
Défi lecture 2022 : Consigne 20 - Livre où un personnage fait partie d'une guilde, une confrérie, une société secrète.  - 22/100

lundi 18 juillet 2022

Matilda - Roald Dahl

En résumé.

Du haut de ses cinq ans, Matilda est une petite fille curieuse et vive d'esprit, passionnée par les livres. A son âge, elle sait déjà lire, ayant appris toute seule, et a déjà découvert les plus grands classiques de la littérature anglaise. Jolie, intelligente, agréable, elle a tout pour faire la fierté de ses parents. Pour autant, sa famille ne lui accorde aucune attention. La mère de Matilda est une femme vulgaire, ayant pour principale occupation la télévision et les plateaux repas devant la télévision. Le père de Matilda est à la tête d'un garage dont l'activité principale est d'escroquer les clients en leur revendant des voitures d'occasion pourries mais trafiquées au préalable pour qu'elles paraissent neuves. Dans cet environnement délétère, Matilda a dû mal à trouver sa place et ne rêve que d'une chose : aller à l'école. Mais là aussi, les déceptions seront nombreuses. Ses journées seront gâchées par l'horrible Mademoiselle Legourdin, directrice à l'allure militaire, odieuse avec les enfants, et toujours à l'initiative de punitions inhumaines. Heureusement, Matilda pourra compter sur son enseignante, Mademoiselle Candy, jeune femme douce et sensible qui s'aperçoit rapidement de l'intelligence hors-norme de son élève. Ensemble, elles vont prouver que l'intelligence peut vaincre l'idiotie et la cruauté.

Mon avis.

J'ai découvert Matilda lorsque j'étais en 6ème, et je me souviens avoir apprécié ce roman jeunesse malicieux et ingénieux, comme la plupart des romans de Roald DAHL. J'étais curieuse de le relire avec mes yeux d'adulte, c'est désormais chose faite ! 

Comme bien souvent dans les romans jeunesse, il y a deux niveaux de lecture : celui pour les enfants et celui pour les adultes. Parlons d'abord de celui des enfants. Roman conseillé à partir de 9 ans par les éditions Gallimard Jeunesse, Matilda est construit comme un conte. Elle joue le rôle de Cendrillon, petite fille jolie, sensible et vive mais dont le potentiel est gâché par un environnement maltraitant. Sur sa route, elle va avoir affaire à d'autres personnages malfaisants. Néanmoins et comme dans la plupart des contes, elle triomphera et tout se terminera dans l'allégresse. Une trame narrative plutôt banale, des personnages caricaturaux, et pourtant cette histoire a tout pour plaire au jeune public, grâce aux petites notes d'humour dont fait preuve l'auteur. J'ai notamment beaucoup apprécié les coups pendables qu'elle prépare pour se venger du manque de considération de ses parents. Matilda a également tout de l'héroïne parfaite à laquelle chaque enfant aimerait s'identifier.

A présent, passons du côté des adultes. Comme dans tout bon conte qui se respecte, les personnages et l'intrigue sont en réalité au service d'un message de fond, d'une morale, de valeurs portées par l'auteur. Ici, plusieurs thématiques sont abordées : le danger des écrans vus comme un moyen d'abrutir les téléspectateurs, et leur retentissement dans la vie de famille (et dire que ce roman a été publié en 1988...), le machisme et plus généralement la supériorité masculine mais aussi la maltraitance infantile. Afin de bien marquer les lecteurs, Roald DAHL n'y est pas allé par quatre chemins tant les travers dénoncés sont exagérés, impossible de passer à côté. La morale de l'histoire est plutôt claire : ce sont finalement l'intelligence, la sensibilité et la douceur - qualités portées par une petite fille et par une jeune femme - qui finissent par l'emporter sur la cruauté et la bêtise.

J'ai apprécié de relire ce classique de la littérature jeunesse. C'est une lecture agréable, rapide et qui nous fait retomber en enfance. J'avoue que je suis friande des passages de "vengeance" de la part de Matilda, des tours toujours ingénieux que l'on aimerait parfois reproduire dans la réalité pour solutionner des situations qui peuvent nous paraître injustes. Néanmoins, j'ai un peu moins apprécié l'exagération générale du bouquin. Des personnages caricaturaux à l'extrême, ainsi que les talents exagérés de Matilda (qui a le pouvoir de déplacer des objets par la pensée tout de même !) n'ont pas plu à mon regard d'adulte qui aime bien le terre à terre.

Quoiqu'il en soit, une lecture plaisante à glisser dans sa poche, à partager avec les jeunes de son entourage, ou pas ! 
 Dernières infos.

Matilda a été publié en 1988 pour la version originale et compte 257 pages (avec beaucoup d'illustrations).

Ma note.
Challenges.
 

samedi 18 juin 2022

La tresse - Laetitia Colombani

En résumé.

Inde. Smita fait partie des Intouchables, cette partie de la population indienne qui n'a aucun droit, même pas celui d'être regardée. Pour survivre, elle est condamnée aux travaux les plus ingrats. Loin d'être convaincue par l'aspect immuable de sa condition, elle souhaite donner à sa fille un avenir meilleur, en se battant bec et ongles pour l'inscrire à l'école.

Sicile. Giulia travaille dans l'atelier de son père, un atelier consacré à la fabrication de perruques dans la pure tradition sicilienne. Lorsque son père est victime d'un accident, Giulia découvre que son entreprise est criblée de dettes. Dans le même temps, elle rencontre un jeune homme dont elle tombe rapidement amoureuse. Ensemble, ils devront trouver la solution pour redresser leur commerce.

Canada. Sarah est une brillante avocate. Pour en arriver là, elle a tout sacrifié, sa vie de femme, d'épouse et de maman. Alors qu'elle est sur le point de gravir encore des échelons en étant promue à la tête de son cabinet, elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Elle va alors aller de désillusions en désillusions, découvrant le vrai visage de ses collègues.

Ces trois femmes, bien qu'habitant des continents différents, vont être liées par ce qu'elles ont de plus précieux.

Mon avis.

J'ai mis du temps avant de me plonger dans ce phénomène littéraire. Je me méfie toujours un peu des romans qui provoquent l'engouement des lecteurs. On les voit être tellement plébiscités qu'on finit par en attendre beaucoup, et le risque est d'être déçu. En lisant plusieurs chroniques de blogueurs, j'ai vu que La tresse avait eu cet effet : beaucoup d'entre eux avaient des attentes élevées et ont fini par être déçus par l'aspect trop concis de ce roman. Pour ma part, je n'en attendais pas grand chose. J'étais juste à la recherche d'un roman agréable, plutôt rapide mais percutant, à lire dans les transports. Contrat rempli, je suis facilement rentrée dans l'histoire dont je me souviens toujours alors que j'ai reposé le livre il y a déjà plusieurs semaines.

Au-delà de son contenu puissant et émouvant, ce que j'ai préféré dans ce roman est la façon dont il est construit. L'auteur part du particulier, les histoires singulières de ces trois femmes qui n'ont a priori rien en commun, pour progressivement aller vers le général, à savoir ce qui lie les femmes entre elles. Progressivement, Laetitia COLOMBANI se sert de ces trois brins pour bâtir une tresse, telle un artisan de l'écriture qui contribuerait à sa manière à construire des ponts entre des univers bien différents. C'est ce que révèlent ces passages en italique égrainés tout au long du récit, la patience de l'écrivain qui tisse des histoires dans son atelier, en imagine les personnages, les décors puis qui parvient à en extraire la quintessence. Ainsi, j'ai été bluffée par le dénouement auquel je ne m'attendais pas du tout. Pendant toute la première partie du livre, je me suis demandée quel était le lien entre ces trois femmes, et surtout quel était le lien avec le titre, " la tresse ", et puis une fois que tout s'éclaire, cela nous semble évident et terriblement habile de la part de l'auteur. On assiste au tissage du lien entre ces trois femmes auxquelles on s'est attaché, alors qu'elles mêmes ne savent pas en quoi elles deviennent si indispensables les unes pour les autres. C'est émouvant d'assister à la naissance de cette chaîne de solidarité.

Roman résolument féminin, il raconte les combats si différents de ces trois femmes dont le point commun est de trouver sa place et sa liberté au sein d'une société qui ne leur laisse pas toujours l'opportunité de s'exprimer. Bien sûr, nous avons une préférence pour l'un ou l'autre des parcours. Pour ma part, j'ai été emportée par les trois, car chacun est captivant à sa manière. Pour le lecteur occidental, celui de Smita est peut-être le plus poignant car il nous fait découvrir une réalité si éloignée de la nôtre, tant sur le plan géographique que social. Voir cette femme soumise à de si basses besognes se battre pour que sa fille ait le droit d'aller à l'école est évidemment révoltant et injuste. J'ai également été émue par le combat de Sarah. Bien qu'il soit un peu caricatural, je pense qu'il n'est pas très éloigné de ce que certaines femmes vivent dans leur milieu professionnel, ni de la conciliation difficile entre vie privée et vie professionnelle au XXIème siècle en Occident. Même si elle reste porteuse d'enjeux, l'histoire de Giulia apporte un petit vent de fraîcheur sur l'ensemble du roman, grâce à l'histoire d'amour naissante avec cet homme qui va s'avérer crucial pour le reste de sa vie. Bien que ces parcours ne soient pas toujours très roses, j'ai apprécié voyager dans ces trois continents, parcourir autant de kilomètres pour découvrir des lieux de vie et des destins si différents. L'auteur aurait eu matière à développer ces trois intrigues et à faire de ce roman un pavé, mais le style concis m'a plu aussi. Elle va droit au but, l'essentiel est dit et le message est très clair malgré le peu de développements.

La tresse est assurément un roman à découvrir. J'ai été complètement embarquée par les histoires de ces trois femmes qui finissent par se rejoindre pour former un final inattendu et efficace. A mettre cet été dans la valise de tout bon lecteur qui se respecte !
Dernières infos. 

La tresse a été publié en 2017 et compte 222 pages. 

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 8 - Livre d'un auteur inconnu pour vous - 20/100

dimanche 29 mai 2022

La guerre des métaux rares - Guillaume Pitron

En résumé.

On n'en entend peu parler, et pourtant, ils sont partout : les métaux rares. Indium, antimoine, germanium, terres rares, autant de mots qui ne nous évoquent pas grand chose si l'on n'est pas féru de sciences. Et pourtant, nous avons quelques grammes de ces métaux dans nos mains tous les jours, dans nos téléphones et dans nos ordinateurs portables. Ils sont aussi dans nos téléviseurs à écran plat, nos tablettes, nos voitures électriques, nos panneaux solaires, nos éoliennes et plus largement dans nos engins militaires. En fait, ce sont eux qui permettent la grande révolution numérique que nous connaissons actuellement, ils sont aussi indissociables de la fameuse transition énergétique, soit l'abandon du pétrole pour des procédés plus propres. Ainsi, notre avenir, celui d'une planète habitable, repose sur l'emploi de ces métaux rares dans une industrie 2.0. Seulement voilà, l'exploitation de ces métaux posent de sérieux problèmes. Leur rareté, déjà, entre en contradiction avec l'avidité de l'Homme. Leur extraction, ensuite, représente un coût environnemental très important, que l'on délocalise, évidemment. Leur pouvoir géopolitique, enfin, rabat les cartes d'un monde jusqu'alors dominé par la puissance américaine. Celui qui les possède et les exploite devient le roi du monde. Ça, la Chine l'a bien compris.

Mon avis.

Ayant par le passé déjà entendu parler des métaux rares comme étant un des principaux problèmes des voitures électriques, je fus immédiatement attirée par ce bouquin lorsque je parcourais le rayon écologie de ma librairie. Rien qu'à la lecture de la quatrième de couverture, on comprend qu'il est une nécessité de lire à ce sujet, ne serait-ce que parce que les enjeux sont cruciaux pour notre avenir.

Parce que c'est un thème qui m'est cher, j'ai l'habitude de lire sur l'état de notre monde. Réchauffement climatique, modes de consommation outranciers, modèle capitaliste désuet et inadéquat, disparition massive des espèces, pollution chimique, toutes ces problématiques n'ont plus de secret pour moi. Néanmoins, j'avais peu exploré la thématique des métaux rares, et pour cause, personne n'en parle. Alors, les découvertes furent nombreuses mais aussi terrifiantes. Sans être trop long ni trop complexe, cet essai offre un examen approfondi du sujet. Il part d'un état des lieux sur nos besoins en métaux rares qui sont absolument énormes puisqu'on les retrouve partout dans nos nouveaux modes de consommation, en lien avec le numérique, mais aussi avec la transformation verte de nos moyens de produire de l'énergie, ou encore de nous transporter. L'auteur enchaîne ensuite sur le paradoxe entre la rareté de ces métaux et les besoins croissants de l'humanité. A cela s'ajoutent les coûts environnementaux d'extraction qui sont irréels et en complète opposition avec le respect des biens naturels qui devient plus qu'urgent si l'on veut garder une planète à peu près habitable. Ainsi, nous produisons du vert avec des procédés qui polluent encore davantage que l'utilisation du pétrole. Guillaume PITRON finit de nous achever en évoquant les enjeux géopolitiques inhérents à la détention de ces métaux rares. Ainsi, celui qui les possède conserve une longueur d'avance certaine sur les autres pays, quitte à faire pression sur eux en contrôlant l'export de ces matières. Ainsi, la quasi totalité de ces ressources sont aujourd'hui détenues par la Chine, ce qui nous laisse dans un état de dépendance vis-à-vis de ce pays qui ne connaît aucune limite, encore moins environnementale (les métaux sont extraits dans des conditions épouvantables). Cela va même plus loin, puisque grâce à ses stocks impressionnants de métaux rares, elle a pu attirer le savoir-faire étranger en matière de numérique dans ses propres usines pour in fine s'emparer des méthodes de construction et proposer encore mieux à un marché toujours grandissant.

En lisant ce livre documentaire, j'ai évidemment été horrifiée par tout ce qui y est raconté. Mais je crois que ce qui m'a mise le plus en colère est le silence qui est fait autour de l'importance de ces métaux. Tout notre avenir repose sur quelques grammes de ces ressources providentielles et personne n'est au courant, tout le monde se jette à corps perdu dans des solutions qui nous donnent bonne conscience : rouler dans une voiture électrique, envoyer des mails plutôt que des lettres pour faire des économies de papier, télétravailler pour pouvoir jardiner quelques pieds de tomates. Autant d'actes, qui, s'ils donnent l'illusion de bâtir jour après jour un monde meilleur, nous précipitent encore plus vite vers un monde privé de sa biodiversité et quasi-irrespirable. Je suis en colère devant le fait que les décisions soient prises par une poignée d'individus qui ne prennent même pas la peine de présenter les enjeux de ces mêmes décisions. Il faut consommer des voitures électriques, cela nous sauvera, mais sait-on au moins avec quoi et comment ces voitures sont fabriquées ? Nous laisse t-on le choix (éclairé) de nous opposer à ces décisions qui sont enrobées de jolies mots et de pubs obéissant aux règles du green-washing ? Au-delà de cette opacité de l'information et du manque de consultation citoyenne, je suis toujours aussi atterrée devant la capacité de l'Homme à se mentir à lui-même et à s'entêter dans des procédés qui ne sont pas viables, tout ça pour produire toujours plus et s'offrir un confort qui devient inutile. La promesse d'un monde d'après... Peut-être pire que celui du monde d'avant.

Voilà un essai qui demande du courage pour être lu, car ce qu'il dénonce n'a pas de quoi donner du baume au cœur. Pour autant, à l'heure où nos modes de consommation deviennent les thématiques principales du débat public, je pense qu'il est indispensable de lire ce genre de bouquin qui a le mérite de remettre l'église au milieu du village. Quelques pages peuvent paraître un poil techniques, mais l'essentiel est accessible, en tout cas suffisamment pour se faire une idée claire sur le sujet.
Dernières infos. 
 
La guerre des métaux rares a été publié en 2018 et compte 253 pages.
 
Ma note.
Challenges.
 
Défi lecture 2022 : Consigne 65 - Livre dont le titre contient plus de quatre fois la même lettre - 19/100