dimanche 27 décembre 2020

Wonder - R.J Palacio

En résumé.
 
August Pullman, Auggie pour les intimes, est un jeune garçon né avec une malformation faciale. Malgré les multiples interventions chirurgicales, il continue à effrayer les inconnus. Afin de le protéger du regard des autres, il a suivi depuis son enfance un enseignement à domicile. Le temps a passé et maintenant qu'il est un peu plus sûr de lui, ses parents ont décidé de l'inscrire au collège. Auggie est donc prêt pour le grand saut, à la fois terrorisé et impatient de voir ce que donne une véritable école. Les débuts ne vont pas être évidents, ni pour lui ni pour son entourage proche. Il va devoir se frayer un chemin dans une classe peuplé d'adolescents à la citrique facile et se trouver des alliés va s'avérer compliqué dans ce contexte hostile. Une acceptation de soi et des autres qui va être longue et laborieuse, mais incroyablement riche une fois qu'August aura franchi de douloureux obstacles.

Mon avis. 

Un livre qui était dans ma bibliothèque depuis un moment déjà, reçu lors d'un swap "Livres et thés". Véritable best seller, ce roman jeunesse m'avait fait envie à l'époque, la question du handicap, de l'acceptation de soi et du regard des autres alors qu'on est en pleine adolescence et en pleine construction de soi m'avait attirée. Malheureusement, je n'ai pas été autant séduite que de nombreux lecteurs, trop déçue par l'aspect jeunesse du roman et le côté très américain de l'histoire, avec sortie des mouchoirs dès la troisième page.

Sur le plan de la forme, près de 500 pages qui se lisent extrêmement vite. Des chapitres très courts, format idéal pour des lectures en transport en commun, où l'on peut s'arrêter quand on le désire. Les narrateurs tournent, chacun faisant part à la première personne de leurs propres ressentis quant à la personne d'Auggie et à son arrivée au collège. Ce procédé est intéressant car il permet de donner du réalisme à l'histoire, de faire croire au lectorat que cette histoire n'est pas que de la fiction et qu'elle peut toucher de véritables adolescents. D'autre part, cela permet aussi de montrer qu'une même situation (l'arrivée d'un enfant handicapé dans la famille, l'entrée au collège, etc) peut être appréhendée différemment, selon les points du vue. Même si la façon de raconter change selon les personnages qui prennent la plume, je n'ai, de façon générale, pas du tout été séduite par le style d'écriture. En fait, je crois que c'est le style "roman jeunesse" qui ne me convient plus. Je suis souvent déçue par la pauvreté du lexique et des tournures de phrases. Peut-être que j'aurais été plus emballée il y a quelques années...

Même déception sur le plan du fond. Certes, l'histoire d'Auggie est attendrissante puisqu'il s'agit d'un jeune homme défiguré qui se voit rappeler tous les jours à quel point son visage repousse les autres et à quel point l'apparence peut être importante. Toutefois, j'ai trouvé que la façon de mettre en scène son histoire est trop américaine, des grands sentiments à profusion, l'infamie la plus totale pour finir par le bonheur le plus total, tout a un côté si prévisible. Je me suis ennuyée durant cette lecture, je n'ai pas été transportée ni par les personnages, ni par l'histoire, ni par sa morale qui tombe sous le sens. Je trouve que l'on tombe trop facilement dans la bienpensance et que ce livre manque de nuances et d'analyse. C'est dommage car le thème initial de la différence et du handicap visible est toujours intéressant et nécessaire à traiter. Toutefois, c'est aussi un thème un peu casse-gueule tant on peut basculer dans un côté manichéen et bienpensant. C'est le cas pour moi ici, je sais que mon avis détone par rapport à la majorité des autres lecteurs qui ont beaucoup apprécié ce livre et je peux comprendre pourquoi, surtout durant cette dernière décennie où les valeurs de solidarité, tolérance et acceptation de la différence portées par le livre ne sont pas vraiment d'actualité dans la société.
 
Un roman jeunesse qui manque selon moi d'approfondissement et de nuances, car ce genre de parcours de vie n'est jamais ni blanc ni noir. Le sentiment d'être vraiment passée à côté. Si cela ne tenait qu'à moi, je vous dirai de vous diriger vers d'autres lectures si jamais ce thème vous intéresse. Toutefois, il a vraiment connu un succès retentissant, alors je vous encourage à vous faire votre propre avis, ce serait dommage de passer à côté d'un coup de cœur...
Dernières infos.

Wonder a été publié en 2013 pour la version française et compte 495 pages. Il a été adapté au cinéma en 2017 par Stephen CHBOSKY avec Julia ROBERTS dans le rôle d'Auggie.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2020 : Consigne 57 - Livre ayant pour thème la différence et/ou le handicap - 48/100

Challenge des 100 romans en 2021

 Bonjour à tous !

Je participe pour une troisième année à ce Challenge des 100 romans en 2021 organisé par Kyradieuse (son blog ici) sur Livraddict.

Le but est extrêmement simple: lire 100 romans en un an, du 1er Janvier 2021 au 31 Décembre 2021.

Je termine cette année 2020 avec 52 lectures à mon actif, soit une lecture de plus qu'en 2017, dernière année où j'avais participé au challenge. J'espère évidemment faire mieux en 2021, même si cela risque d'être compliqué...

Vous trouverez mon avancée sur cette page.

12/100

1. Americanah - Chimamanda Ngozi ADICHIE
3. Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel VENET
4. "Arrête avec tes mensonges" - Philippe BESSON
8. Sublime royaume - Yaa GYASI
9. Ce que le jour doit à la nuit - Yasmina KHADRA
11. Les larmes noires sur la terre - Sandrine COLLETTE
12. Le tendre baiser du tyrannosaure - Agnès ABECASSIS

Challenge - En 2021, je voyage...

Bonjour à tous !
 

En cette période où les voyages sont rendus compliqués du fait des conditions sanitaires, je me lance dans ce nouveau challenge dont l'objectif principal est de lire des auteurs d'ailleurs et ainsi de voyager par la lecture, pas dangereux et tout aussi plaisant ! Je compte sur lui pour m'aider aussi à sortir de ma zone de confort et découvrir de nouveaux horizons littéraires.

Ce challenge est organisée par A la page de Suzie  (son blog ici) sur Livraddict.

Voici la liste des pays mis à l'honneur cette année. Ceux-ci rapportent des points bonus mais il faut savoir que chaque autre lecture compte, selon un barème dégressif.
 
205 points

Janvier : Suède.
 
1. Nigeria : Americanah - Chimamanda Ngozi ADICHIE - + 20 points
2. Suède : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas JONASSON - + 25 points
3. France : Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel VENET - + 20 points
4. France : "Arrête avec tes mensonges" - Philippe BESSON - + 15 points
 
Février : Ghana.

1. Angleterre : Folle de lui -Bridget Jones t.3 - Helen FIELDING - + 20 points
2. France : La commode aux tiroirs de couleur - Olivia RUIZ - + 10 points
3. Etats-Unis : Percy Jackson t.3 : Le sort du titan - Rick RIORDAN - + 20 points
4. Ghana : Sublime royaume - Yaa GYASI - + 25 points
5. Algérie : Ce que le jour doit à la nuit - Yasmina KHADRA - + 20 points
 
Mars : France.
 
1. Ecosse : Agatha Raisin enquête t.15 : Bal fatal - M.C BEATON - + 20 points
2. France : Les larmes noires sur la terre - Sandrine COLLETTE - + 10 points

Avril : Canada.
 
 
Mai : Afrique du Sud.
 
 
Juin : Espagne.
 
 
Juillet : États-Unis.
 
 
Août : Italie.
 
 
Septembre : Chine.
 
 
Octobre : Angleterre.
 
 
Novembre : Finlande.

Décembre : Russie.

samedi 19 décembre 2020

De pierre et d'os - Bérengère Cournut

En résumé.

Plongée dans le froid glacial et la nuit polaire des contrées arctiques, Uqsuralik est brusquement séparée de sa famille lorsque la banquise se fracture. De son ancien foyer, elle ne gardera qu'une amulette, une couverture en peau d'ours et un harpon brisé lancé par son père dans l'urgence. La jeune femme est désormais face à elle-même, elle doit aller à la rencontre d'autres hommes pour survivre. Heureusement, elle est douée pour la chasse, un atout de taille pour qui veut se faire intégrer à une nouvelle tribu mais cela peut aussi attirer la jalousie des hommes. Uqsuralik devra donc se frayer un chemin au milieu de ces paysages aussi splendides qu'hostiles, se faire une place auprès de ses congénères, repousser le froid et la faim pour élever correctement ses enfants et se faire bien voir des esprits pour qu'ils restent toujours de son côté, malgré les épreuves imposées par un tel environnement.

Mon avis. 

De pierre et d'os me faisait de l’œil depuis un an déjà, lors de sa sortie à l'occasion de la rentrée littéraire 2019. En lisse pour de nombreux prix, finalement lauréat du Prix roman Fnac 2019, j'avais été séduite par son sujet pour le moins original, la vie d'une jeune femme Inuit dans ces contrées polaires aussi fascinantes que redoutables. Je me suis finalement décidée à le lire, en ce début Décembre frileux, un livre idéal pour les mois d'hiver qui s'annoncent, bien au chaud sous un plaid.

Malgré l'originalité du thème, j'avais peur de m'ennuyer, peur de passages purement contemplatifs, peur que le moindre flocon soit détaillé en long, en large et en travers. Pourtant, s'il est vrai que le rythme est assez lent, s'adaptant forcément au rythme de vie des Inuits et au calme qui règne dans ces paysages immaculés, Bérengère COURNUT a réussi à me tenir éveillée, voire même à me tenir en haleine. Le découpage en chapitres assez courts et qui alternent avec des chants aux allures de poèmes donnent du rythme et du caractère à l'ensemble. Ce fut une lecture idéale pour mes voyages en transports en commun, reposante et me permettant d'arrêter ma lecture à la fin d'un chapitre, sans perdre le fil de l'histoire. La présence d'ellipses narratives participe aussi au dynamisme de l'ensemble. C'est un livre à la longueur idéale, suffisamment long pour avoir le temps de pénétrer dans cet univers hors du monde, et suffisamment court pour ne pas s'ennuyer, avoir le temps d'explorer la vie de cette jeune femme sans s’appesantir sur ses moindres faits et gestes. Le fait que le récit soit raconté à la première personne nous aide aussi à entrer dans le personnage d'Uqsuralik. Même si nos vies n'ont absolument rien de commun, je me suis attachée à elle et j'ai pris plaisir à ressentir les émotions qu'elle aurait pu ressentir face aux aléas d'une vie passée dans un environnement aussi dur.

Lorsqu'on commence la lecture de ce livre, il me semble important de savoir (du moins, ce fut une de mes interrogations) que l'auteur n'a jamais exploré ces contrées arctiques. L'écriture de ce livre s'est faite lors d'une résidence de dix mois à la Bibliothèque centrale du Muséum national d'histoire naturelle (à Paris) pendant laquelle Bérengère COURNUT a pu fouiller dans le fonds documentaire et dans les archives à la recherche d'écrits et de photographies laissés par des explorateurs qui sont eux-mêmes allés sur le terrain à la rencontre de ces peuples. D'ailleurs, certaines photos sont présentes en fin de livre. Ces recherches ont été fructueuses puisqu'elle laisse derrière elle un roman très réaliste. Pour moi qui ai toujours été attirée par l'ethnologie et la découverte de peuples traditionnels, je peux vous dire que j'ai été gâtée durant ces quelques pages. L'impression de faire un bond dans le temps, de revenir à une ère préhistorique, avec ces hommes qui chassent avec des moyens rudimentaires, qui exploitent tout de l'animal chassé, de sa viande à sa peau en passant par sa graisse pour se chauffer, qui invoquent l'esprit de l'animal mort pour le remercier, qui sont en symbiose avec leur environnement alors qu'il peut être très dangereux voire fatal. L'envie d'imaginer par la lecture ce mode de vie si éloigné du nôtre, désencombré d'artifices, de consommation à outrance, dénué de stress (mais pas d'angoisse), le retour à l'essentiel même s'il peut être cruel, une communion avec la nature et les esprits, une exploration mystique, comme si l'ensemble des petits et grands problèmes pouvaient trouver leurs causes et leurs solutions dans les secrets de l'univers. Peut-être.

Alors que l'hiver se profile, je ne peux que vous conseiller cette lecture, véritable pause dans une période anxiogène, qui recentre le lecteur sur l'essentiel et qui nous permet de découvrir le peuple Inuit, son mode de vie ainsi que ses mythes et ses croyances. 
Dernières infos.

De pierre et d'os a été publié en 2019 et compte 220 pages. Il a obtenu le Prix du roman Fnac la même année.

Ma note.

Challenges.

Défi lecture 2020 : Consigne 95 - Lire un nature-writing - 47/100

dimanche 29 novembre 2020

Le mystère Henri Pick - David Foenkinos

En résumé.

Il est une bibliothèque, dans la petite ville bretonne de Crozon, qui recueille en son sein des ouvrages refusés par les maisons d'édition. Inspiré par sa lecture de L'avortement de BRAUTIGAN, Gourvec, bibliothécaire passionné, décide de concrétiser ce projet philanthropique dont le but est de donner une seconde chance à des auteurs qui ont été refusés par les éditeurs. Si le succès d'un tel projet décline au fil des années, en partie à cause du décès de Gourvec, Crozon et sa bibliothèque des livres refusés revient sur le devant de la scène lorsqu'une jeune éditrice, Delphine, accompagné de son conjoint écrivain, tombe sous le charme d'un de ces livres oubliés, écrit par un certain Henri Pick. La jeune femme croit tellement en cette histoire qui raconte les dernières heures d'une relation amoureuse, qu'elle se bat pour la faire publier. L'histoire rocambolesque autour de l'auteur du livre, un pizzaïolo de Crozon qui n'aurait jamais écrit un seul mot de sa vie, contribue très largement au succès littéraire du roman. Mais dès lors, de nombreuses questions se posent et certains vont jusqu'à dire qu'Henri Pick n'est pas le véritable auteur. L'enquête est lancée autour de ce livre qui déchaînera les passions et qui bouleversera bien des vies. 

Mon avis.

Livre commencé lors d'une nuit blanche chez une copine il y a déjà quelques années. Les semaines, puis les mois ont passé, mais j'avais toujours en tête les premiers chapitres qui m'avaient bien plu. L'envie récente de lire un autre FOENKINOS, après La délicatesse et Nos souvenirs, m'a conduite tout naturellement vers Le mystère d'Henri Pick.

Pour commencer, sur le plan de la forme, livre relativement court mais dont la longueur s'adapte à la perfection avec le fond. Moins nous aurait donné l'impression d'un livre bâclé, plus nous aurait donné l'impression d'un livre ennuyant et ennuyeux. Certaines longueurs demeurent déjà dans les premiers chapitres lorsque le roman d'Henri Pick fait grand bruit et que le narrateur revient largement sur son succès et sur la surprise de la famille qui n'aurait jamais soupçonné que leur Henri puisse être capable d'une telle prouesse littéraire. Heureusement, les parties suivantes sont plus dynamiques et le fait de suivre plusieurs personnages en parallèle, tous impactés d'une façon ou d'une autre par cette histoire de livre oublié, amène du rythme à l'ensemble. Ce dynamisme est également rendu possible grâce à des chapitres assez courts et à la présence de dialogues qui rendent l'ensemble vraisemblable. C'est le genre de lecture très appréciable lorsqu'on lit dans les transports en commun, les pages se tournent rapidement, et on peut toujours s'arrêter à la fin d'un chapitre (j'avoue, je suis un peu psychorigide, je n'aime pas interrompre ma lecture en plein milieu d'un chapitre).

Sur le plan du fond à présent, si je sais qu'un certain nombre de lecteurs a pu être déçu par ce roman, il reste une agréable lecture pour ma part, fidèle au style FOENKINOS. Bien sûr, ce n'est pas LA lecture de l'année, mais il fait passer un bon moment, on se prend au jeu et on a à notre tour très envie de connaître la vérité autour du mystère Henri Pick. J'ai aimé suivre l'ensemble des personnages, tous très réalistes, si bien que je me suis plusieurs fois demandé si ce roman n'était pas inspiré de faits réels, d'autant plus que L'avortement, roman qui est en quelque sorte le point de départ du livre, existe réellement. J'ai également apprécié de voir les retentissements d'un tel événement sur les vies des différents personnages, que ce soit pour des questions financières (les fameux droits d'auteur) ou pour des questions plus intimes comme le regard que l'on peut porter sur un être que l'on pensait connaître et les intentions que l'on peut lui prêter une fois qu'il n'est plus là. L'enquête est également intéressante à suivre, et elle promet des rebondissements jusqu'aux ultimes pages du livre. Même si je n'ai pas vraiment été sensible à cela, il faut savoir que l'auteur rend compte aussi de ce qu'est l'édition en France et de la difficulté pour bon nombres d'auteurs d'être retenus par des éditeurs pour promouvoir leurs productions. C'est en cela aussi que le twist final est pertinent et pose de nombreuses questions : qu'est-ce qui fait le succès d'un livre ? Est-ce la forme, le fond, l'abattage médiatique qui a accompagné sa sortie ? Tout cela n'est-il pas une question de chance finalement, croiser la bonne personne au bon moment ? C'est assez ironique puisque Le Mystère Henri Pick a lui-même connu le succès en partie lorsque l'adaptation cinématographique est sortie.

Sans être une prouesse littéraire, ce roman reste une lecture originale et très agréable qui garantit de passer un bon moment. Amateur de livres, je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans cette histoire qui soulève la question de l'édition de ces milliers de livres qui voient le jour chaque année.
Dernières infos.

Le mystère Henri Pick a été publié en 2016 et compte 323 pages. Il a été adapté pour le cinéma en 2019 par Rémi BEZANCON avec Fabrice LUCHINI dans le rôle de Jean-Michel ROUCHE et Camille COTTIN dans le rôle de Joséphine PICK.

Ma note.
Challenges.

100 livres à lire en 2020 : 45/100
Défi lecture 2020 : Consigne 51 - Lire un livre qui a été adapté au cinéma ou à la télévision - 45/100

samedi 21 novembre 2020

Kinshasa jusqu'au cou - Anjan Sundaram

En résumé.

L'auteur, Anjan SUNDARAM, est promis à un bel avenir, du moins ce que notre société occidentale considère comme un bel avenir, des études de mathématiques réussies qui lui ouvrent les portes de Goldman Sachs. Pourtant, ce n'est pas la trajectoire qu'il choisit. Sur un coup de tête, grâce à une rencontre, ou encore par envie d'authenticité, notre homme prend un aller simple pour Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. Accueilli chez l'habitant, des gens très modestes résidant dans un des quartiers sensibles de la métropole qui ne cesse de s'étendre, il décide de troquer ses livres d'algèbre contre du papier et un stylo puisqu'il sera désormais reporter. Les sujets ne manquent pas, la pauvreté, le délabrement général d'une ville empreinte de son passé colonial, le système D, le pillage des ressources, la dictature, l'insécurité quotidienne, la corruption, et pourtant rien de tout ça n'intéresse les journaux occidentaux. Anjan SUNDARAM, sidéré par ce qu'il voit du Congo, souvent étouffé par le mode de vie, va lutter pour faire entendre sa voix et faire reconnaître ses talents de journaliste, jusqu'à écrire aujourd'hui pour des journaux renommés tels que The Guardian, The New York Times ou encore The Washington Post.

Mon avis.

Après Tokyo Vice, Kinshasa jusqu'au cou est le deuxième bouquin des éditions Marchialy dans lequel je me plonge. Cette jeune maison d'éditions réunit tout ce que j'aime en littérature, des histoires vraies tellement originales de part leurs thèmes qu'elles nous amènent fréquemment sur le terrain de la fiction. Pourtant, si sur le papier le projet a tout pour me plaire, c'est une seconde déception que je viens de vivre avec ce livre qui nous emporte jusqu'au cœur de l'Afrique.

Je dois bien le dire, les premières pages m'ont carrément séduites, à tel point que je pensais que ce serait un coup de cœur. Chouette, un livre qui change de l'ordinaire, une parole rapportée d'un pays dont on parle peu, pourtant porteur d'enjeux avec ses ressources naturelles incroyables. Enfin une parole pour raconter les ravages de la colonisation, puis de la décolonisation. Enfin quelqu'un pour me faire voyager à l'autre bout du monde, me faire vivre un quotidien si différent du mien, me rapporter des paysages que je n'aurai très certainement jamais l'occasion de voir de mes propres yeux. Que d'espoir placé dans ces quelques pages ! Et puis la douche froide, la lente descente aux enfers, ce moment où on compte les pages tellement on a hâte d'en voir le bout. Je ne pourrais pas vraiment situer le point de bascule. Je ne sais d'ailleurs pas si la faute est du côté de l'auteur, ou du mien, avec mes lectures fractionnées dans les transports en commun, qui m'empêchent de vivre l'histoire dans sa totalité. En tout cas, j'étais été gênée par une chronologie quasiment absente. On comprend que l'auteur nous livre une partie de sa nouvelle vie de journaliste, qui culmine avec les premières élections démocratiques du pays qui portent au pouvoir Joseph KABILA. Mais je n'ai pas bien compris quel est le point de départ de ce récit, s'il intervient après des années déjà passées au Congo ou si nous n'en sommes encore qu'au début. Qui plus est, très vite, Anjan SUNDARAM oriente son récit vers une suite de détails sur sa nouvelle vie, perdant de ce fait de la consistance. Je crois que ma déception principale vient de là, j'aurais aimé en connaître davantage sur le Congo, plutôt que d'avoir affaire à des détails sordides. Je me suis tellement détachée du personnage principal que j'ai fini par m'ennuyer, attendant inexorablement quelque chose qui ne venait pas, quelque chose de plus consistant, qui nous amène véritablement à la rencontre d'un pays et de sa population. D'ailleurs, ma déception est du même ordre que celle que j'ai connue après la lecture de Tokyo Vice. Les auteurs se perdent tellement en détails qui sont pour moi inutiles, que l'on perd tout ce qu'il y a d'extraordinaire dans leurs parcours et dans ce qu'ils ont pu voir des ces pays.

Néanmoins, le tableau n'est pas complètement noir, quelques touches de lumières nous redonnent de l'espoir. Cela ne va pas vous surprendre, j'ai principalement aimé les passages où l'auteur s'attarde à décrire la société congolaise, ainsi que le présent politique du pays. Quelques morceaux de chapitres sont consacrés aux ravages causés par la colonisation, ainsi qu'à la lente et difficile reconstruction de ce pays gangrené par la corruption, et la violence imposée par les différentes milices. La richesse des sols congolais attire la convoitise des pays occidentaux mais aussi de plus en plus de la Chine, mais par un jeu de passe-passe, aucun bénéfice ne revient dans les mains de la population qui vit dans l'insalubrité la plus totale. L'auteur nous fait ressentir un environnement fait de débrouille, étouffant de chaleur, encore très guidé par le chamanisme, où l'insécurité domine et où le danger peut être partout, sous des formes diverses dont le vol est une des menaces les plus courantes semble t-il puisque c'est même devenu un mode de vie. En milieu de livre, l'auteur s'éloigne de Kinshasa, pour aider un ami mais aussi pour s'extraire de l'ambiance pesante de la capitale, et part à la découverte des contrées reculées de ce vaste pays. Les peuples autochtones, bien que très en marge de la mondialisation ont tout de même été infiltrés par le mode de vie à l'occidentale. C'est d'ailleurs l'étude de ces populations qui lui vaudra son premier succès journalistique.

Bien que ces sujets soient très intéressants, ils n'ont pas suffisamment été développés à mon goût. Je reste sur une déception face à ce récit qui était pourtant plein de promesses. L'impression d'être passée à côté de quelque chose, peut-être l'aurais-je mieux apprécié si je l'avais lu d'une traite... Si vous êtes un passionné de l'histoire africaine ou simplement curieux de modes de vie bien éloignés des nôtres, je vous conseille ce livre, sinon passez votre tour !
Dernières infos.

Kinshasa jusqu'au cou à été publié en 2017 et compte 344 pages.

Ma note.
Challenges.

100 livres à lire en 2020 : 44/100
Défi lecture 2020 : Consigne 29 - Livre dont la couverture représente un paysage urbain - 44/100

dimanche 1 novembre 2020

Les impatientes - Djaïli Amadou Amal

En résumé.

Ramla, Hindou et Safira sont trois jeunes femmes peules - ethnie que l'on retrouve dans la zone du Sahel et qui court sur plusieurs pays. Nous sommes ici dans le Nord du Cameroun. Ces trois femmes sont réunies par un événement commun, l'événement le plus important d'une vie dans la tradition peul et musulmane, le mariage. Ramla et Hindou s'apprêtent à être unies à deux hommes qu'elles n'ont pas choisis, deux hommes violents et uniquement préoccupés par leur prospérité, autant filiale que financière. Safira, quant à elle, est déjà mariée au mari de Ramla et s'apprête à accueillir sa co-épouse au sein de la concession, ensemble de bâtiments qui accueillent les différentes femmes de l'homme et sa progéniture. Safira non plus n'a pas choisi de partager son mari, la polygamie est un fait courant chez les peul. Ramla, en plus de dire adieu à ses rêves d'émancipation et de subir les assauts d'un mari violent, devra également faire face à l'hostilité de Safira, bien décidée à défendre son territoire. Trois femmes qui devront apprendre la patience, le munyal, principe cher des peul, afin d'accepter l'inacceptable.

Mon avis.

La médiathèque dans laquelle travaille mon choupi a la chance d'être bien fournie en romans de la rentrée littéraire. Après avoir parcourue l'étagère qui les accueille, mon choix s'est arrêté sur ce livre écrit par une auteur camerounaise, peule, musulmane et acquise à la cause des femmes. J'avais envie d'une lecture provenant d'autres horizons, et le côté témoignage (puisque l'auteur a elle-même été mariée à 17 ans) m'a attirée.

Je ne vous cache pas que ce livre fut un quasi-coup de cœur. Sur le plan de la forme déjà, trois voix se succèdent, racontant à la première personne cet événement si particulier qu'est le mariage. Peut-être parce que j'ai eu directement accès aux pensées et aux émotions de ces jeunes femmes, je me suis sentie complètement happée par ces vies douloureuses. Les chapitres sont brefs et le style d'écriture est limpide, allant droit à l'essentiel. Dès les premières lignes, on est projeté aux côtés de ces femmes qui ne sont encore que des filles, on les voit toutes chétives et toutes tremblantes, on les sent complètement angoissées et désorientées face à leur père et au restant de leur famille, on entend les prières, les chants qui les exhortent à faire preuve de munyal, de patience, d'abnégation en fait, sans nommer explicitement ce devant quoi elles devront faire preuve de patience, la volonté inébranlable de leurs hommes. Si ce livre ne fait qu'à peine 240 pages, il aura su m'emporter et je suis certaine que je m'en souviendrai encore dans quelques mois tellement je l'ai lu avec indignation, tournant les pages sans m'arrêter, chaque fois un peu plus atterrée par la barbarie.

Je n'avais encore jamais eu l'occasion de lire sur les peuls, encore moins sur la condition des femmes dans cette ethnie. L'originalité du thème m'a donc séduite, j'apprécie toujours d'être immergée dans un univers complètement différent du mien, qui plus est lorsque le récit s'inspire de faits réels, comme c'est le cas ici. Si le thème principal est la condition féminine, plusieurs sous-thèmes sont abordés : la polygamie, le poids de la religion, la place de l'homme dans la société, tout puissant, la répression des émotions des femmes qui sont uniquement reléguées aux tâches du quotidien et à l'éducation des enfants, l'absence d'école pour les jeunes filles qui peuvent se marier dès l'âge de 11 ans, la question de l'argent et de la richesse en toile de fond, l’apparat, l'absence de révolte, l'acceptation tacite de ce système alors même que beaucoup de femmes semblent en souffrir. Ces femmes sont réduites au silence, traitées en objet, violées, battues, rabaissées et dénigrées. Le pire est qu'elles ne peuvent trouver de réconfort auprès de personne puisque même leurs mères, leurs tantes entretiennent ce système, elles-mêmes terrorisées par leurs propres époux et bien trop occupées à survire au sein de la concession, à faire leur place face à des co-épouses enragées. Le personnage de Hindou va même jusqu'à devenir folle, tellement affaiblie par les coups de son mari et désemparée devant son entourage qui l'exhorte à faire preuve de munyal. Un roman qui présente des faits atroces, mais bien réels malheureusement.

Je pense que ce livre passera inaperçu, face aux best-seller livresques. Pour autant, je vous encourage à ne pas passer à côté. Il se lit vite, il est percutant, il permet aussi de se documenter sur d'autres injustices dont on parle peu, mais qui sont malheureusement toujours d'actualité. A mettre décidément sous le pied du sapin dans quelques mois !
Dernières infos.

Les impatientes a été publié en 2020 et compte 240 pages.

Ma note.

Challenges.

100 livres à lire en 2020 : 41/100
Défi lecture 2020 : Consigne 62 - Lire le dernier livre d'un auteur - 41/100

dimanche 18 octobre 2020

Mercure - Amélie Nothomb

En résumé.

Sur une île au large de Cherbourg, une jeune fille, Hazel, est retenue prisonnière par un vieil homme, Omer Loncours, dans une espèce de château forteresse où les miroirs sont bannis. La raison est simple : le visage de la captive est tellement horrible à voir qu'il lui est interdit de se regarder. C'est d'ailleurs ce qui explique sa présence sur l'île, le vieil homme l'a recueillie suite à un bombardement et pour la protéger du monde et du chagrin causé par la perte de sa famille, il la couve et entretient avec elle une relation ambiguë. Personne n'est autorisé à poser un pas sur l'île, excepté les gardes du corps et les servants. A cette règle impartiale, une exception est faite lorsque Hazel tombe malade. François Chavaigne, infirmière de son état, est mandatée pour venir soigner sa patiente tous les après-midi. Petit à petit, elle va se faire une place auprès de ces deux insulaires atypiques, jusqu'à lever le voile sur cette relation pour le moins étrange.

Mon avis.  

Je dois avouer que je me suis dirigée vers ce livre pour remplir une des catégories d'un challenge dans lequel je me suis lancée cette année, le Défi Lecture 2020. L'occasion pour moi de me pencher sur une troisième création d'Amélie NOTHOMB, que j'ai découverte avec Stupeurs et tremblements et La métaphysique des tubes. Alors que ceux-ci étaient plutôt autobiographiques, Mercure appartient davantage à la fiction et il m'a permis de mettre à jour une nouvelle facette de la plume de l'auteur.

Les premiers adjectifs qui me viennent en tête pour décrire cette lecture sont sordide et glauque. Dès les toutes premières pages, on se sent pris dans cette histoire très particulière, un lieu sombre, entouré par l'océan mais sans aucune fenêtre à portée d'yeux, pas de miroir, une décoration minimaliste, l'impression qu'il fait toujours gris au dessus de cette forteresse, et puis des personnages eux aussi très sinistres. Le vieil homme, pervers, dégoûtant, répugnant, qui n'hésite pas à user du charme qui lui reste pour attirer dans ses bras la belle Hazel, qui apporte un peu de fraîcheur à l'ensemble mais qui reste ingénue. Je ne m'attendais pas à ce genre de contexte et j'ai plutôt apprécié, d'être si vite projetée dans l'histoire et d'avoir affaire à ce genre d'ambiance qui change de ce que j'ai l'habitude de lire. L'arrivée de Françoise est évidemment l'élément déclencheur du reste de l'histoire. C'est un personnage que j'ai trouvé placide finalement. Elle a beau arriver dans ce qui nous paraît être l'antichambre de l'enfer, elle garde un sang-froid incroyable et ne se démonte pas face à la sensation de menace, latente, que fait courir Omer Loncours sur l'ensemble de son personnel. 

Amélie NOTHOMB fait preuve d'une écriture incisive, d'une précision chirurgicale, qui fouille les personnages, s'attaque à ce qu'il y a de plus profond en eux et c'est ce qui donne à ce huit clos une saveur toute particulière. Au final, pas de crime physique, mais une manipulation psychologique, celle d'un homme dévoré par un amour fou, passionnel, obsessionnel, et une jeune fille tellement coupée de la réalité qu'elle en vient à nier l'évidence. Même si on ne peut oublier qui est cet homme et ce qu'il fait peser sur cette jeune fille, on en vient presque à la fin à éprouver une sorte de pitié pour lui, voire même de la compassion. La preuve qu'on a beau nous présenter l'abject, rien n'est jamais tout noir, ou tout blanc. J'ai particulièrement aimé la proposition de deux issues, deux fins à l'histoire. C'est la première fois que je vois ça dans un livre d'ailleurs et je trouve que l'initiative est bonne. Si j'ai trouvé que la première fin était un peu en décalage avec le reste du livre, j'ai préféré la seconde fin, plus cohérente.

En somme, un livre qui se lit rapidement, dont je ne retiendrais probablement pas tout, mais dont l'impression de sordide demeurera un bon bout de temps je pense. Si jusque là, vous n'avez lu que des romans autobiographiques de l'auteur, je vous encourage à vous tourner vers celui-ci, qui permet de découvrir et d'apprécier le véritable talent littéraire d'Amélie NOTHOMB.
Dernières infos.

Mercure a été publié en 1998 et compte 226 pages.

Ma note.
Challenges.

100 livres à lire en 2020 : 39/100
Défi lecture 2020 : Consigne 26 - Livre dont le titre contient l'un des éléments du tableau périodique des éléments - 39/100

samedi 10 octobre 2020

L'humanité en péril : virons de bord, toute ! - Fred Vargas

En résumé.

Il y a une dizaine d'années, Fred VARGAS avait rédigé un petit texte sur l'avenir de la planète et, par voie de conséquence, sur l'avenir de l'Homme. Sans qu'elle en fasse la publicité, ce petit texte, alarmant et alarmiste, a fait le tour du monde, repris par des voix qui ont fait de notre avenir leur combat, jusqu'à ce qu'il arrive dans les mains des plus hauts dirigeants pour être lu lors de l'ouverture de la COP 24. Devenue consciente du poids de ses mots et de ses arguments, Fred VARGAS, plutôt habituée au genre du polar, a remis le couvert avec cette fois-ci un texte plus long, un texte qui nous parle de déforestation, d'industrie agro-alimentaire, de pollution aux pesticides et d'inaction des gens qui nous gouvernent. De disparition progressive de la faune, de la flore et de métaux essentiels à nos modes de vie, du pouvoir des lobbys et des industriels, de fonte des glaciers et de rareté de l'eau, mais aussi d'espoir, celui qui entre nos mains, sans rien attendre des gens qui nous gouvernent.

Mon avis.

Bien que deux d'entre eux soient dans ma PAL, mon premier bouquin de Fred VARGAS n'aura pas été un policier, genre qui a fait sa renommée. Et pourtant, c'est tout comme... Car il est bien question de crime dans ces quelques pages, de criminels, de coupables et d'enquête. Un livre qui traînait dans la bibliothèque de mes parents et sur lequel je lorgnais depuis quelques mois déjà, tant l'envie de lire à ce sujet m'envahit régulièrement, préoccupée que je suis par l'avenir de cette biodiversité que l'on tue chaque jour un peu plus. Un livre saisissant qui devrait être mis dans les mains de chacun et chacune.

M'intéressant aux questions environnementales, sans pour autant être une activiste, par manque de courage je pense, j'ai déjà eu l'occasion de beaucoup lire, écouter, regarder à ce sujet. J'ai notamment pu chroniquer mes lectures de certains livres de Fabrice NICOLINO, grand défenseur de la nature, ici, sur ce blog. Les données apportées par Fred VERGAS ont donc surtout été une redite de choses que je savais déjà et pourtant, elles ont apporté quelque chose de nouveau, plutôt effrayant. Ce sont les dates à partir desquelles l'humanité risque d'être vraiment en péril. Pénurie d'eau d'ici quatre ou cinq ans, de même pour certains éléments chimiques essentiels à la vie, comme le phosphore. Pénurie de lithium d'ici une dizaine d'années alors que partout dans le monde on vante les voitures électriques dont les batteries sont elles-mêmes composées de lithium. Et j'en passe et des meilleures. Résonnent encore en moi ces chiffres que l'on énonçait déjà dans les années 2000, qui parlaient d'un horizon inquiétant à partir de 2030, 2050, l'augmentation des températures, la fonte des glaciers... Seulement, Fred VARGAS m'a fait prendre conscience que le temps passe et que ces données qui me paraissaient si lointaines sont en fait déjà en train de se concrétiser ou, dans le meilleur des cas, qu'il ne reste plus que quelques années (bien souvent, moins de dix ans) avant qu'elles ne se concrétisent. Comme à chaque fois que je me plonge dans ce type de bouquin, je sens monter en moi une vague de haine (n'ayant pas peur des mots), de hargne, de révolte, de rage à l'égard de l'inertie humaine, voire de sa mauvaise foi, tellement plus facile d'attendre les yeux fermés et de poursuivre son train-train quotidien comme si de rien n'était alors que tout s'étiole, la qualité de notre alimentation, la disparition de la diversité de la faune et de la flore, les migrations de peuples dont on ne parle jamais, les paysages qui sont en train de s'uniformiser en quelque chose de sec et désertique et les événements climatiques anormaux qui sont de plus en plus fréquents. 

Ça, c'était pour le fond, le plus important à mes yeux. Pour ce qui est de la forme, seul regret, les données s'enchaînent, Fred VARGAS passe d'un sujet à l'autre sans coupure. Pas de chapitres, pas de sous-chapitres, juste sa plume et un découpage en paragraphes. Cela donne une impression d'urgence (ce qui va plutôt bien avec le thème), et le lecteur n'a pas le temps de reprendre son souffle qu'elle enchaîne déjà avec d'autres chiffres et d'autres conclusions accablantes. Le ton est vraiment au texte déclaratif, comme s'il avait vocation à être lu devant une assemblée de dirigeants. J'aurais aimé une autre structure, au moins basée sur des chapitres. Cela dit, l'humour de l'auteur vient largement compenser ce léger défaut et donne du rythme et un peu de légèreté à l'ensemble qui reste plutôt pesant de part les vérités qu'il énonce. Fred VARGAS reste quand même optimiste et positive, et tente de donner au lecteur quelques clés pour changer le cours des choses, des petits trucs sur lesquels nous pouvons tous agir en tant que citoyen et consommateur, sans attendre l'aide des dirigeants. Je ne vous cache pas que je ne partage pas son optimisme et je pense d'ailleurs qu'il faut arrêter de l'être. A force de se dire que tout va s'arranger et que l'on est tellement intelligents que l'on trouvera forcément des solutions, on en vient à se cacher la vérité, à repousser les choses qui fâchent et finalement rien ne change. Je n'en doute pas, une fois que les abeilles auront disparus, l'homme trouvera une solution pour polliniser les végétaux, il le fera à la main s'il le faut mais est-ce là une solution acceptable ? D'autre part, ce texte a été écrit avant l'apparition du COVID, j'aimerais connaître l'avis de Fred VARGAS maintenant que la crise est bien installée. L'urgence à agir résonne d'une tout autre manière, mais là aussi, je pense que l'on se voile la face et que l'on n'est toujours pas capable de retenir les bonnes leçons.

En conclusion, un livre puissant, riche, très documenté, écrit avec une certaine urgence et une envie irrépressible de découvrir la vérité et de la faire découvrir aux autres. Un livre que je ne peux que bien noter tant il est d'utilité publique, à mettre entre toutes les mains, à lire sur les plateaux télés ou à la radio, à imprimer et à distribuer partout. Je ne peux donc que vous encourager à le lire !
Dernières infos.

L'humanité en péril : virons de bord, vite ! a été publié en 2019 et compte 248 pages.

Ma note.
Challenges.

100 livres à lire en 2020 : 38/100
Défi lecture 2020 : Consigne 91 - Livre sans histoire d'amour - 38/100

dimanche 4 octobre 2020

Aristote et Dante découvrent les secrets de l'univers - Benjamin Alire Saenz

 En résumé.

1987, El Paso, ville au sud du Texas, près de la frontière mexicaine. Aristote est un adolescent d'une quinzaine d'année, plutôt réservé et sur la défensive. Il a peu d'amis, un frère qui est en prison et semble subir sa jeunesse plutôt que d'en profiter. L'été est là, et c'est lors d'un passage à la piscine qu'il fait la connaissance de Dante, un adolescent du même âge que lui, passionné de poésie et plutôt enjoué malgré sa solitude. Les deux jeunes garçons se lient vite d'amitié, encouragés par leurs parents respectifs peu habitués à les voir entourés d'amis. Cette amitié est telle qu'Ari sauve la vie de Dante lors d'un accident, ce geste scellant cet attachement si particulier avec cet alter-ego qui l'amène à s'ouvrir progressivement sur lui-même et sur son entourage. Alors que la rentrée arrive, leur amitié est mise à rude épreuve avec la mutation du père de Dante à Chicago pour l'année scolaire. Celui-ci embarque dans sa foulée toute sa famille. Les deux amis vont donc devoir vivre à distance, et entretenir ce lien si spécial malgré leurs expériences respectives. Le retour de Dante à El Paso s'annonce plein de promesses, l'occasion de faire le point sur les changements qui s’opèrent chez les deux garçons promis à un avenir qui ne sera plus jamais en solitaire.

Mon avis.

J'ai emprunté ce livre un peu sur un coup de tête à la médiathèque alors qu'il était mis en avant sur un des rayonnages. J'étais curieuse de voir si je l'apprécierais aussi après tous les commentaires élogieux que j'avais lus à droite, à gauche. Je peux d'ores et déjà vous dire qu'il n'a pas été le coup de cœur attendu, ou espéré, néanmoins il fut quand même une lecture agréable. 

J'ai d'abord été désorientée par les premiers chapitres, voire même agacée et déçue. Le style est particulier, peut-être typique des romans jeunesse dont je ne suis plus familière puisque j'en lis très peu. Des chapitres très courts, qui ne font parfois qu'une seule page, des dialogues à perte de vue, très concis, et un personnage particulièrement étrange, avec une façon de s'exprimer que j'ai trouvé décalée. J'ai même failli abandonné ma lecture, tellement je trouvais l'ensemble vide de sens, superficiel, avec des pages et des pages sur des faits anecdotiques qui m'ont donné l'impression que l'auteur "faisait du remplissage" sans s'attacher à donner un fil conducteur à son histoire. Même si les choses se sont améliorées au fil des pages, je ne me suis jamais attachée au personnage d'Aristote qui manque selon moi d'authenticité. Ses réflexions sonnent parfois faux, comme artificielles ou caricaturales, balancées pour accentuer la description de son mal-être et en faire quelqu'un de vraiment en décalage. En fait, ce qui m'a manqué est un véritable travail sur les dialogues, leur donner davantage de poids pour qu'ils soient plus percutants et plus réalistes.

Alors que les deux cents premières pages m'ont laissée plutôt perplexe, j'ai davantage apprécié la suite du livre. Justement, j'ai trouvé qu'on entrait enfin dans le vif du sujet et que l'auteur nous offrait enfin matière à réflexion. J'ai bien aimé le thème de l'adolescence et de la découverte de soi. Le lecteur voit progressivement se métamorphoser Aristote qui passe d'un adolescent colérique et fermé à un jeune déterminé et de plus en plus ouvert sur le monde. Si le thème de l'homosexualité est souvent mis en avant pour évoquer ce livre, celui-ci est peu traité finalement. Il arrive en bout de course et est abordé succinctement. Plusieurs thèmes expliquent selon moi la transformation d'Aristote : bien sûr, cette amitié avec Dante, une relation qui devient amoureuse, mais il y a aussi la question des origines (d'où on vient pour aller où). Les origines mexicaines d'abord puisque les deux garçons sont issus de familles mexicaines puis, dans un second temps, la place dans la fratrie, avec cette question qui obsède Aristote, celle de son frère qui est en prison et dont plus personne ne parle à la maison. Ce sont dans les dernières pages que tous les non-dits se lèvent progressivement, grâce à Dante, incontournable personnage, mais aussi grâce aux deux familles qui font preuve d'ouverture d'esprit. On entrevoit enfin les blessures du passé, ce que l'on cache mais qui finit par réapparaître un jour ou l'autre, sous des cauchemars, sous la façon dont on élève, de façon inconsciente, ses enfants et, une fois réglées ou mises en mots, ces troubles du passé finissent par être soulagés. 

Une lecture en demie-teinte, heureusement que la deuxième partie du livre sauve le reste. Je comprends que ce roman jeunesse puisse plaire, dans la mesure où il n'est pas aussi gnan-gnan que certains autres romans où la fin paraît évidente dès les premières pages. Sous ces airs de pavé, il se lit extrêmement vite, et c'est tant mieux.

 
Dernières infos.

Aristote et Dante découvrent les secrets de l'univers a été publié en 2012 pour la version originale et compte 359 pages.

Ma note.
Challenges.

100 livres à lire en 2020 : 37/100
Défi lecture 2020 : Consigne 18 - Livre dont le titre contient une conjonction de coordination - 37/100

dimanche 27 septembre 2020

Défi lecture 2020

Bonjour à tous !

Il y a trois ans, je participais au Défi Lecture et atteignais le petit score de 41 livres/80. Trois ans ont passé sans que je n'ai le temps de retenter ma chance, jusqu'à cette année 2020. Depuis, nous sommes passés à 100 livres ! Espérons que mon score s'améliore. C'est toujours Les lectures du Chatpitre qui propose ce challenge sur Livraddict, mais il faut savoir qu'il est d'abord organisé sur Facebook. L'objectif est simple :  répondre à 100 consignes au fur et à mesure de nos lectures. Seuls les romans comptent et un livre ne valide qu'une consigne. Le défi se déroule entre le 1er Janvier 2020 et le 31 Décembre 2020. Voici les différents paliers à franchir :

10 --> Pêcheur du Dimanche 
20 --> Marin-pêcheur expérimenté 
30 --> Guetteur des eaux tumultueuses 
40 --> Plongeur aventurier 
50 --> Sirène audacieuse 
60 --> Sous-marinier océanique 
70 --> Dragon des mers du Nord 
80 --> Selkies vangeresse
90 --> Scaphandrier des hautes mers
100 --> Kraken du fond de la PAL

J'espère au moins atteindre le stade de la sirène audacieuse, mais rien n'est moins sûr...

Pour finir voici les différentes consignes !

51/100

1.    Un livre qui entre dans 3 catégories des années précédentes > chronique
2.    Livre dont le titre ne comporte aucun mot.
3.    Livre ayant au minimum 1000 pages.
4.    Livre ayant une référence à un musée (réel ou fictif) > chronique
5.    Livre qui a été censuré.
6.    Livre dont le personnage joue à un jeu vidéo.
7.    Livre que vous n'avez pas acheté > chronique
8.    Livre dont le titre contient un titre social. > chronique
9.    Livre dont le titre contient l'un des points cardinaux.
10.     Livre dont la couverture ne contient aucune couleur (noir, blanc, gris ou sépia). > chronique
11.     Un livre mentionnant un film réel > chronique
12.     Lire un auteur scandinave > chronique
13.     Livre où il y a plusieurs narrateurs > chronique
14.     Livre dans lequel il y a un mariage > chronique
15.     Livre contenant quelques illustrations > chronique
16.     Livre ayant été publié à titre posthume.
17.     Livre dont le titre contient un animal qui n'existe pas ou un personnage de conte de fée.
18.     Livre dont le titre contient une conjonction de coordination > chronique
19.     Livre dont le titre contient le nom d'un objet de la maison > chronique
20.     Livre dont la couverture comporte des ailes > chronique.
21.     Livre dans lequel le personnage principal a un changement de vie > chronique
22.     Livre d'un auteur québécois.
23.     Livre de votre PAL/liste d'envies ayant la plus belle couverture.
24.     Lire un Western ou ayant pour thème les amérindiens.
25.     Livre dont le titre contient une négation > chronique
26.     Livre dont le titre contient l'un des éléments du tableau périodique des éléments > chronique
27.     Lire un recueil de poésie.
28.     Livre dont la couverture contient un signe religieux.
29.     Livre dont la couverture représente un paysage urbain > chronique
30.     Livre écrit par une femme (à lire durant le mois de Mars) > chronique
31.     Livre d'un auteur coréen.
32.     Livre dont le titre contient plus de 8 mots > chronique
33.     Lire un roman historique.
34.     Livre dans lequel apparaît votre mois de naissance > chronique
35.     Livre dans lequel il y a une trahison.
36.     Livre parlant d'une catastrophe naturelle.
37.
     Joker.
38.     Coup de cœur.
39.     Lire un livre graphique.
40.     Livre dont le titre comporte un mot étranger > chronique
41.     Livre dans lequel on retrouve le mot "vide".
42.     Livre dont le titre contient un nom de métier > chronique
43.     Lire un livre qui contient un lien avec les arts picturaux.
44.     Livre dont le titre comporte un nom de végétal > chronique
45.    
Livre dont le titre comporte le nom d'un type d'habitation > chronique
46.    
Livre dont le titre comporte le nom d'une couleur > chronique
47.    
Livre dont le titre comporte un verbe à l'infinitif > chronique
48.    
Livre dont le titre comporte une unité de mesure.

49.     Livre dont la couverture contient une arme > chronique
50.     Livre dont la couverture contient un instrument de musique.
51.     Livre qui a été adapté au cinéma ou à la télévision > chronique
52.     Lire un livre dans lequel il est mentionné une chanson réelle > chronique
53.     Livre ayant pour thème le sport.
54.     Lire un livre ayant pour thème l'esclavage.
55.     Livre dont l'action se déroule au Moyen-Âge > chronique
56.    
Livre dont l'action se déroule au XIXème siècle > chronique
57.     Un livre ayant pour thème la différence et/ou le handicap > chronique
58.     Livre dont la couverture contient un objet avec lequel on peut écrire.
59.     Lire une biographie ou une autobiographie > chronique.
60.     Livre dans lequel on apprend quelque chose.
61.     Livre dont l'auteur a moins de trente ans.
62.     Lire le dernier livre d'un auteur > chronique.
63.     Livre dont le nom de l'auteur comporte des initiales > chronique
64.     Livre dans lequel l'un des personnages ou l'auteur a le même prénom que vous.
65.     Lire le livre d'un auteur inconnu pour vous.
66.     Livre de l'un de ces auteurs : BALZAC, MORRISON, PAGNOL, DURAS, SAGAN et AYME > chronique.
67.     Livre dont le héros a une addiction.
68.     Livre dont le héros a 12 ans ou moins > chronique
69.     Livre dont le héros n'est pas humain.
70.     Livre avec un héros récurrent > chronique
71.     Livre dont le héros est un agriculteur ou se déroulant dans le milieu rural.
72.     Livre dont les héros sont frères et/ou sœurs.
73.     Livre dont le personnage principal est médecin ou psychologue.
74.     Livre que vous avez lu hors de chez vous ou dans  un lieu insolite > chronique
75.     Lire le livre d'un auteur avec lequel on aimerait bien flirter > chronique
76.     Livre tiré d'une histoire vraie ou basée sur des faits réels > chronique
77.     Livre d'un auteur du pourtour méditerranéen (hors France).
78.     Lire une dystopie.
79.     Livre dont le titre contient le nom d'une gourmandise.
80.     Livre dont le résumé de la quatrième de couverture contient le nom d'une ville > chronique

81.     Livre qui évoque le milieu ouvrier.
82.     Livre que vous avez dû lire pendant vos études > chronique
83.     Le plus gros livre de votre PAL (nombre de pages). 
84.     Livre qui contient une citation > chronique
85.     Livre qui fait partie d'une saga > chronique
86.     Livre dont l'un des personnages a des problèmes de mémoire.
87.     Livre dont l'un des personnages est détective alors que ce n'est pas son métier > chronique
88.     Livre dont une scène se déroule à l'hôtel. 
90.     Livre ayant pour thème les relations mère/fille, mère/fils > chronique
91.     Lire un livre sans histoire d'amour > chronique
92.     Livre avec une femme sur la couverture.

93.     Lire un huit clos.
94.     Livre ayant reçu un prix prestigieux (Goncourt, Pullitzer, Nobel) > chronique
95.     Lire un nature-writing > chronique
96.     Lire le plus vieux livre de votre PAL ou liste d'envies.
97.     Lire un livre publié durant la décennie de votre naissance > chronique
98.     Livre qui vous a déçu.
99.     Lire l'un des 100 livres qu'il faut avoir lu dans sa vie.
100.   Lire dont le titre contient le mot "livre".