dimanche 20 juin 2021

Au service secret de Marie-Antoinette - Frédéric Lenormand

TOME 1 : L'enquête Du Barry

En résumé : Par une nuit de Décembre 1770, la comtesse Du Barry, favorite de Louis XV, frétille à l'idée de recevoir sa nouvelle parure, ornée d'or et de diamants. Un moment d'inattention, quelques instants de confusion et les bijoux disparaissent. Faute de mettre la main sur les bandits, Versailles décide d'étouffer le crime et de licencier une bonne partie du personnel mis au service de la cour. C'est ainsi que le vol des bijoux de la comtesse Du Barry reste sans solution pendant quatre ans. En 1774, Louis XV n'est plus au pouvoir. C'est désormais le couple Louis XVI-Marie-Antoinette qui tient les rênes du domaine de Versailles. Marie-Antoinette, jeune reine dynamique et fantasque s'entoure des meilleurs coiffeurs et modistes de la capitale. C'est ainsi que les deux grands talents Léonard, coiffeur volage, et Rose Bertin, couturière perfectionniste, sont introduits auprès de la souveraine. Plus qu'un coup de ciseau et des fanfreluches bien arrangées, leur nouvelle cliente leur confie une mission de taille : retrouver les bijoux de la comtesse Du Barry disparus quatre ans plus tôt. Voilà le début d'une extravagante enquête aux quatre coins de Paris marquée par les disputes et les coups de génie de ce tandem très mal assorti.

Mon avis : Voici le premier tome d'une série prometteuse, offert par mon amoureux l'année dernière et que je me réservais pour une pause entre deux lectures plus compliquées. On retrouve les codes de l'enquête policière à la M.C BEATON, très à la mode en ce moment : une jolie couverture, des personnages principaux attachants, et une enquête qui traîne un peu longueur, jamais très aboutie malheureusement. C'est bien là la faiblesse de ce livre. Le volet policier manque d'être approfondi, tout est une peu tiré par les cheveux, les liaisons entre les différents rebondissements sont parfois absentes et il m'a été difficile de comprendre tous les tenants et aboutissants de cette affaire rocambolesque, d'autant plus que les suspects sont très nombreux. Heureusement que tous les à-côtés compensent ces fragilités narratives. J'ai beaucoup aimé les personnages de Rose et de Léonard qui donnent tout le sel à l'intrigue, certains passages sont empreints d'humour. J'aurais quand même aimé qu'ils soient un peu plus détaillés, qu'on en apprenne davantage sur leur passé et leur présent, qu'on aille au-delà du rôle qu'ils jouent dans l'enquête. Le personnage de Marie-Antoinette, pourtant clairement mis en avant sur la couverture, n'est pas très présent dans l'intrigue. En revanche, j'ai beaucoup apprécié le côté historique de l'histoire, m'imaginer les recoins de Paris à cette époque, surtout qu'il n'est pas que question de bourgeoisie. Le récit est truffé d'anecdotes historiques, ce qui est très plaisant quand on est profane dans ce domaine-là. Lorsque j'ai refermé le livre, j'ai ressenti une certaine frustration, l'impression d'avoir bien aimé, sans pour autant aller au cœur des choses. Je ne sais pas à qui m'en prendre : à moi et mes lectures très fragmentées par les transports en commun ou à l'auteur qui reste superficiel et qui rate certaines enchaînements. J'essaierai donc de le relire, quand j'aurai un peu plus de temps devant moi, et j'espère que le second tome que je vais me procurer très bientôt sera un peu meilleur. Affaire à suivre...

Ma note : 3/5.

Challenges : 

* Défi lecture 2021 : Consigne 75 - Un livre dont un personnage porte un prénom végétal (Rose Bertin) - 23/100

dimanche 13 juin 2021

Sous la terre des Maoris - Carl Nixon

En résumé.

Box Saxton est ouvrier en bâtiment. Quelques mois plus tôt, il était encore à la tête d'une société florissante de construction de maisons, mais la crise financière ne les ont pas épargnés, lui et sa famille. Depuis, ils ont tout perdu, et il est contraint d'accepter n'importe quel chantier, même s'il se situe à plusieurs kilomètres de leur foyer. Un jour de tempête, alors qu'il se retrouve seul pour finir son ouvrage, il reçoit un coup de fil qui va causer sa perte. A l'autre bout du combiné, Liz, sa femme, terrorisée, elle vient d'apprendre le suicide de leur fils aîné Mark. Box rentre à toute vitesse chez lui. L'incompréhension du geste, la culpabilité, les papiers à régler, l'organisation de l'enterrement, tout s'enchaîne pour ce couple plongé dans la plus vive des tristesses. Les choses se compliquent encore lorsque Tipene, le père biologique de Mark qui n'a plus donné signe de vie depuis la séparation de Liz et les deux ans de l'enfant, pointe le bout de son nez. Maori de son état, il réclame le corps du jeune homme afin de l'enterrer dans la pure tradition de ce peuple de Nouvelle-Zélande. Les deux hommes vont s'affronter, chacun bien décidé à ne pas céder face aux revendications de l'adversaire.

Mon avis.

J'ai croisé la route de ce livre un peu par hasard, en parcourant les propositions des autres lecteurs qui participent au challenge En 2021, je voyage... sur Livraddict. J'ai été attirée par le genre policier du roman et par le thème principal de l'intrigue, à savoir la cohabitation entre les Maoris et les descendants de colons en Nouvelle-Zélande. J'avais déjà lu à propos des Maoris mais plutôt des reportages, pas vraiment de la fiction. Le projet de l'auteur m'a donc séduite, d'autant plus qu'il est lui-même néo-zélandais, promesse que le récit témoigne d'une certaine vérité sociétale. 

Bien que ce livre soit classé par l'éditeur dans la catégorie des polars, voire des thriller, il faut plutôt envisager cette lecture comme une réflexion autour du deuil, dans cette société néo-zélandaise qui montre certains points de fracture. Je n'ai pas vraiment retrouver les codes du polar : pas de meurtre (à part le suicide de Mark), pas d'énigme à élucider, pas vraiment de chasse à l'homme ni de suspense haletant. En fait, on suit principalement Box et c'est bien lui qui nous occupe durant la totalité du livre. Les autres personnages apparaissent essentiellement comme des personnages secondaires, y compris Tipene dont on ne sait finalement pas grand chose. Les raisons du suicide de Mark ne sont pas non plus expliquées, là n'est pas le cœur du roman. Il s'agit plutôt de Box, Box et ses galères, Box et son passé, Box qui revient sur la terre de ses ancêtres, Box qui lutte face à ce rival sorti du placard, qui s'enfuit pour lui échapper et pour mettre en sécurité le corps de Mark. Les enjeux entre les Maoris et les autres, ceux qui descendent des colons venus repeupler la Nouvelle-Zélande, ne sont pas aussi approfondis qu'on pourrait le penser. La tension est là, mais elle reste floue, sans contours précis. Les coutumes maoris ne sont pas expliquées, et on n'a, à aucun moment, leur point de vue. Ils sont juste présentés comme l’opposition, la violence, la force et la domination. C'est un peu dommage, je m'attendais à avoir davantage de précisions sur ces querelles et sur leur façon d'envisager le deuil.

Si je trouve que le livre n'est pas à la hauteur de ce qui est annoncé (polar, explicitation des points de fracture dans la société), il présente néanmoins un certain nombres de points positifs. J'ai surtout aimé le style d'écriture de Carl NIXON, très sensoriel. Il s'attache vraiment à décrire tout plein de détails, visuels, olfactifs, auditifs qui nous immergent complètement dans l'histoire. Je repense à cette image de la tempête présentée en début de roman, je revois le ciel qui s'assombrit, la baie qui se couvre, les couleurs de la mer qui deviennent de moins et en moins vives et je ré-entends surtout le bruit des gouttes qui s'abattent sur les tôles que Box était en train de fixer. J'ai eu le sentiment de voyager en Nouvelle-Zélande et de m'imprégner des paysages, mais aussi du côté un peu plus morbide de l'histoire, avec cette odeur du corps de Marc qui nous suit jusqu'au dénouement. J'ai également apprécié le fait que le personnage de Box soit si travaillé. C'est un personnage cohérent, et bien qu'un peu effrayée par certaines de ses décisions, j'ai fini par éprouver une forme de respect pour cet homme désœuvré prêt à tout pour enterrer dignement son fils adoptif. Malgré le chagrin qui s'empare de lui, il redouble de force pour offrir à Mark une autre vie plus digne que celle qu'il a vécue de son vivant. Pour ce qui est du rythme, les chapitres s'enchaînent plutôt bien, c'est net, précis, on sait où veut en venir l'auteur et il réussit à nous maintenir éveillés jusqu'à la fin du livre.

Voilà une lecture intéressante, qui l'aurait été encore davantage si elle n'avait pas été présentée comme un polar, ni comme mettant en scène les conflits entre les Maoris et les autres néo-zélandais. Ces fausses annonces créent un peu de frustration car le lecteur s'attend à quelque chose qui finalement ne vient pas. Néanmoins, je pense que ce livre mérite un peu plus de visibilité et je vous encourage à le lire si jamais vous croisez sa route.
Dernières infos.

Sous la terre des Maoris a été publié en 2017 et compte 252 pages.

Ma note.

Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 53 - Un livre dont le titre comporte 5 mots - 22/100
En 2021... Je voyage : Nouvelle-Zélande (+ 20 points)

samedi 22 mai 2021

Disgrâce - J.M Coetzee

En résumé.
 
Cinquantenaire, enseignant de lettres classiques et de communication à l'université du Cap (Afrique du Sud), David Lurie parvient à mettre dans son lit une jeune étudiante. On ne connaît pas vraiment les motivations de la jeune fille mais celles de son entourage, choqué par l'attitude de Lurie, son claires : l'attaquer en justice et demander son renvoi. C'est ainsi que le professeur deux fois divorcé, et sans plus personne à se mettre sous la dent, se retrouve sans travail. Il décide alors de faire ses valises et s'enfuit vers l'arrière pays, chez sa fille, qui est à la tête d'une vaste exploitation agricole. Ce qui devait être un bref passage s'éternise lorsqu'il constate à quel point la vie de Lucie est difficile et dangereuse. Il se transforme en employé, donnant quelques coups de main à la jeune femme. Mais un jour, leur vie bascule, ils sont victimes d'un viol pour elle, d'une violente agression pour lui, là, sur la ferme, dans cet endroit dont ils sont propriétaires. Lurie, terrorisé par de tels actes mais aussi très méfiant vis-à-vis de l'attitude des locaux fait de son mieux pour convaincre Lucie de fuir ces lieux risqués.

Mon avis.

J'ai lu pour la première fois ce livre il y a plusieurs années, en version originale. Il m'avait alors laissée perplexe mais je pensais que c'était dû à mon incompréhension de certains termes ou certains passages. Toutefois, malgré une impression mitigée, je n'ai jamais oublié cette histoire et c'est tout naturellement que j'ai souhaité la relire en ce mois de Mai placé sous l'étendard de l'Afrique du Sud (challenge En 2021... Je voyage). L'envie de me rafraîchir la mémoire et l'espoir de mieux comprendre la plume de J.M COETZEE, lauréat de nombreux prix littéraires, dont le prix Nobel en 2003. Alors, deuxième fois déçue ou première fois enthousiasmée ? Suspense...

Après ma relecture, je comprends ce qui m'avait marquée à l'époque. C'est l'ambiance sordide de ce roman, certaines scènes violentes qui restent gravées dans la mémoire, c'est aussi cette impression de lourdeur qui ne quitte pas le lecteur. Dès les premières pages, on nous présente David Lurie, un personnage antipathique, presque dégoutant, égocentré et qui saute sur tout ce qui bouge. La relation qu'il entretient avec Mélanie Isaacs contient une part de glauque, cette jeune étudiante qui se laisse aller dans les mains de ce grand échalas qui n'a même pas le physique pour lui. L'oppression monte d'un cran lorsqu'il rejoint sa fille dans la campagne sud-africaine. J'ai imaginé des paysages désert et secs, son chenil avec des chiens maigres, parfois abattus par sa voisine. Une maison mal rangée et un voisinage inquiétant, le résultat d'une longue confrontation entre propriétaires terriens et esclaves, entre Blancs et Noirs. Des tractations sous le manteau, des menaces mises à exécution, un sentiment d'insécurité omniprésent. Au milieu de tout ça, le personnage phare de ce roman, David Lurie cherche encore qui il est, un homme qui court après les femmes, même celles qui le rebutent, un universitaire viré ou encore un père inquiet pour le sort de sa fille, proie toute désignée pour les vautours. Ainsi, tous les éléments sont réunis pour nous décrire un environnement très spécial, avec des personnages qui se débattent avec le sordide, leurs instincts primaires, dominer, être dominés dans la moiteur du climat. Je n'y ai pas vu là une critique de la société sud-africaine post apartheid, même si j'aurais dû. Les choses ne sont pas clairement dites, on imagine les points de fracture, sans pour autant qu'ils soient nommés par l'auteur. Disgrâce, tomber en disgrâce, David Lurie tombé en disgrâce, sa catégorie sociale également tombée en disgrâce.

Pour la deuxième fois, je n'ai pas vraiment été emballée par ma lecture. Même si c'est vrai que l'ambiance est bien travaillée, j'ai trouvé l'ensemble un peu longuet, peut-être parce que je n'ai éprouvé de la sympathie pour aucun des personnages. Disgrâce fait partie de ces romans auxquels on ne peut pas reprocher grand chose mais qui ne parviennent pourtant pas à créer le coup de cœur. J'ai été un peu frustrée de ne pas comprendre tous les thèmes explorés par l'auteur de façon implicite. Je pense que j'ai pris ma lecture essentiellement au premier degré, et je n'ai pas su accéder au second degré, peut-être que je n'étais pas non plus disponible pour y accorder trop de réflexion. J'ai toutefois apprécié le fait qu'il se passe en Afrique du Sud et qu'il soit écrit par un auteur originaire de là-bas. Rares sont les romans que j'ai lus sur ce pays, donc j'ai été ravie d'élargir mes horizons, et cela prend une autre forme quand c'est un local qui écrit sur son propre pays. 

Une relecture un peu décevante. Néanmoins, je vous encourage à vous faire votre propre avis si jamais vous croisez sa route. Si je n'ai pas su m'imprégner totalement de l'histoire de David Lurie, ni saisir toutes les implications de ce livre, je suis sûre que d'autres lecteurs pourront être séduits par la plume de J.M COETZEE.
 
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Disgrâce a été publié en 2001 pour la version française. Il compte . Il a été adapté au cinéma en 2008 par Steve JACOBS.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 95 - Un livre dont un personnage est enseignant - 20/100
En 2021... Je voyage : Afrique du Sud (+ 25 points)

samedi 15 mai 2021

Taqawan - Eric Plamondon

En résumé.
 
Le 11 Juin 1981, une opération policière est lancée sur la réserve de Restigouche, portion de territoire appartenant à la province canadienne de Québec et accueillant les Indiens Mig'Maq. L'objectif est simple : s'emparer de leurs filets pour les priver de pêcher le saumon, denrée qui constitue pourtant l'une de leurs principales ressources alimentaires. Derrière cette manœuvre politique, se cachent la cruauté des agents de la sûreté du Québec et le désarroi des Indiens Mig'Maq qui se retrouvent pris au piège, victimes d'enjeux qui les dépassent. Parmi eux, Océane, une adolescente qui disparaît pendant les affrontements. Elle sera retrouvée un ou deux jours plus tard, meurtrie et souffrante, par Yves Leclerc, un garde forestier œuvrant sur le territoire des Mig'Maq. Ce dernier, heurté par la violence de ses collègues policiers vient de démissionner de son poste. Pour l'aider à prendre soin de la jeune fille qu'il accueille dans sa demeure en bois, il s'entoure d'une jeune étudiante française et d'un vieil Indien solitaire. Seulement, les tortionnaires d'Océane finissent par les retrouver, bien décidés à se venger et prouver une bonne fois pour toutes leur supériorité sur les Indiens et tous ceux qui se rangeront à leurs côtés.

Mon avis.

Voici un livre que j'ai découvert un peu par hasard, en sautillant de blog en blog. J'ai débord été attirée par la dimension ethnologique du roman, avec cette histoire qui prend racine sur le territoire des premiers peuples de l'Amérique du Nord. Je me suis ensuite laissée convaincre par l'idée de me retrouver perdue au milieu des grands espaces canadiens. Cela tombait plutôt bien puisque je n'ai pas l'habitude de lire sur ce pays, et encore moins lorsqu'il s'agit des peuples autochtones. Un livre sur la Canada écrit par un Canadien, voilà ce qu'il me fallait ! Et en plus, ma médiathèque l'avait dans ses rayons en quatre ou cinq exemplaires, que demande le peuple !

Difficile de classer ce livre dans un genre ou dans un autre... C'est le style de lectures déroutantes, des lectures qui se lancent sur beaucoup de pistes en peu de pages, et qui finalement n'aboutissent pas vraiment. L'auteur élabore beaucoup autour des Indiens Mig'Maq, cherchant à donner le plus d'informations possible aux lecteurs sur leurs coutumes, leur rapport à la nature et au saumon, leur façon d'habiter ce bout du Québec en 1981, leur histoire et comment ils ont été progressivement boutés hors de leurs terres par les colons. En cela, le livre se rapprocherait presque d'un essai ethnologique. Mais l'auteur mêle aussi des éléments de fiction, et on se retrouve finalement dans la classe des romans policiers avec cette fuite d'Océane qui tourne à la vengeance et prend des airs de thriller. Un mélange des genres qui n'est pas dénué d'intérêt car il permet de souligner la lutte qui oppose depuis des siècles les peuples autochtones à leurs envahisseurs, mais qui m'a un peu perdue, faut bien le dire. Malgré l'entrain qui m'animait à découvrir ces peuples dont je ne connaissais rien, je ne me suis pas attachée aux personnages. Je n'ai d'ailleurs pas ressenti d'émotion particulière à la lecture de roman, alors que je suis pourtant acquise à la cause des Indiens. 

A cela s'ajoutent des passages assez compliqués sur la politique du Canada, lorsqu'on est un novice en la matière. Je loue l'intention d'Eric PLAMONDON de dérouler son intrigue à partir de faits réels (puisque ces affrontements de 1981 ont réellement eu lieu) mais je lui reproche de ne pas avoir été très clair sur les tenants et les aboutissants. Ainsi, plusieurs choses m'ont échappé, et je n'ai pas bien compris en quoi cette attaque des Indiens avait des implications politiques plus grandes, notamment dans les rapports que la province de Québec entretient avec le pouvoir fédéral. On pourrait également lui reprocher de prendre parti, puisque ce sont les Indiens qui sont principalement défendus ici. Cela ne m'a pas dérangé, l'auteur est libre de prendre parti, et donne à son intrigue la couleur qu'il souhaite, mais je sais que ce manque de neutralité pourrait offusquer quelques lecteurs. Ce roman, bien que plein de bonnes intentions, fut une déception pour moi, j'en avais lu tant de bien... Je n'ai été séduite ni par la partie narrative qui manque de reliefs, malgré tous les personnages déployés, ni par la partie un peu plus documentaire qui lance beaucoup d'informations mais sans les approfondir. J'ai donc été globalement frustrée et déçue de ne trouver qu'à moitié ce que j'étais venu y chercher.

Un live sur lequel j'ai pu lire des avis contrastés. Si jamais ce thème vous intéresse, je vous conseille de vous le procurer et de vous faire votre propre avis. Je le relirai peut-être, dans quelques temps, si jamais je croise de nouveau sa route afin de voir si mon avis mitigé peut évoluer vers un avis positif plus marqué.
Dernières infos.

Taqawan a été publié en 2017 et compte 197 pages. Un documentaire existe sur cet affrontement, Les événements de Restigouche d'Alanis OBOMSAWIN. Il est disponible sur Internet.

Ma note.
 
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 16 - Un roman contenant une recette de cuisine (recette de la soupe aux huîtres, p. 104) - 19/100
En 2021... Je voyage : Canada (+ 20 points)

samedi 8 mai 2021

Florida - Olivier Bourdeaut

En résumé.
 
Pour fêter l'entrée dans sa septième année, Elizabeth Vernn reçoit en cadeau une jolie robe de princesse, mais ce n'est pas tout. Accompagnée de sa mère, elle se dirige vers son premier concours de mini-miss. La petite fille est heureuse, qui ne rêverait pas à son âge de jouer les princesses le temps d'une journée, le jour de son anniversaire qui plus est ? Contre toute attente, Elizabeth gagne le concours. Sa mère l'imagine déjà Miss America. Les compétitions s'enchaînent tous les samedis aux quatre coins de la Floride mais Elizabeth finira toujours seconde. Sa mère se désole, son père ne dit rien, la petit fille commence à trouver le temps long. Les préparatifs deviennent de plus en plus exigeants, répétitions jusqu'à l'épuisement de la bonne démarche et du bon discours, pose de faux cils, maquillage et le clou du spectacle, opération chirurgicale pour corriger un léger décollement de l'oreille. C'en est trop, Elizabeth ne veut plus de ces rituels, elle veut être autre chose, elle veut se venger de cette mère qui l'a privée de son enfance. Elle s'enlise dans une colère froide, machiavélique, son corps, ce corps lorgné par tous, va devenir son arme, celui qui va lui permettre de détruire la mère et le père, mais aussi de s'autodétruire.

Mon avis.

On connaît essentiellement Olivier BOURDEAUT pour son premier succès, En attendant Bojangles. Bien qu'il soit dans ma PAL depuis un certain temps, ce n'est pas avec lui que j'entame ma découverte de cet auteur qui semble s'inscrire ici dans un registre bien différent avec son dernier roman, Florida. Je suis tombée dessus un peu par hasard, en parcourant des yeux l'étagère des nouveautés de ma médiathèque. La couverture m'a interpellée, elle résume à elle seule l'ambiance du roman, une espèce de tristesse mêlée à un désir de vengeance masqués par la beauté d'un corps et d'un regard. Le thème des concours de mini-miss m'a également séduit, c'est un thème peu courant dans la littérature, et j'ai directement adhéré au parti pris de l'auteur, il en a fait quelque chose de violent, qui détruit en profondeur l'image qu'une petite fille peut avoir d'elle-même, et qui a des répercussions substantielles sur le développement d'une personne.

Comme bon nombre de lecteurs, je n'ai éprouvé aucune forme d'attachement pour Elizabeth. Mais je crois que l'objectif de l'auteur n'était pas de faire éprouver à ses lecteurs de la compassion pour ce monstre de colère qui grandit au fil des pages. Son objectif était peut-être plutôt de proposer un personnage entier, à l'attitude tranchée, brut de décoffrage, un personnage qui ne laisse pas indifférent. Elizabeth a mis sept ans à grandir dans la tête d'Olivier BOURDEAUT, et cela s'en ressent clairement. C'est un personnage abouti, dont la hargne est tellement travaillée qu'on a l'impression d'avoir affaire à un témoignage. C'est un roman extrême, que ce soit dans ce qu'il raconte, ou dans la façon dont il a été pensé et écrit. Elizabeth s'adresse directement à nous avec des mots et des pensées acerbes, elle nous prend parfois à partie, nous qui sommes témoin de sa propre descente aux enfers, depuis ce premier concours de mini-miss à sa passion pour le bodybuilding. Cela peut choquer, cela peut déranger aussi car on se sent finalement impuissant face à tant de désarroi, cela peut aussi interroger, est-elle une petite fille gâtée qui a pris les choses trop à cœur, ou a-t-elle juste été détruite par ces compétitions de mini-miss, le paroxysme du superficiel et du narcissisme ? En tous les cas, elle reflète ce que l'auteur pense de ces exercices imposées aux petites filles, que du mal, et à juste titre. Une réflexion est engagée autour du rapport au corps, et comment il peut être le reflet de combats internes. Elizabeth passera par toutes les phases, la mise en avant de sa beauté, puis la déformation de son instrument à plaire et enfin le façonnage à l'extrême de ses reliefs avec l'entrée dans le bodybuilding. Au-delà du personnage d'Elizabeth, il est aussi question des parents et comment leurs projections (mère) ou leur absence de projection (père) ont pu avoir des retentissements conséquents sur l'expression de la personnalité de leur fille. On n'accède jamais à leurs pensées mais c'est le poids de l’éducation et des actes parentaux qui interrogent davantage ici.

L'écriture se veut percutante, ciselée, on ne peut rester insensible, et on est forcés de choisir son camp, même si ce ne sera pas par compassion. Les premiers chapitres sont pourtant un peu poussifs, l'impression qu'il fallait remplir les pages. Le tout prend de l'ampleur lorsque la jeune fille est envoyée en pension. Son plan pour prendre sa revanche se met en place petit à petit, l'auteur lâche les chevaux, ça devient plus fluide. Néanmoins, on sent tout au long du roman que c'est une histoire américaine qui a été écrite par un Français. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai eu cette impression, mais je sais qu'elle m'a empêchée de me plonger complètement dans l'histoire d'Elizabeth. Je trouve qu'il manque un côté très américain, qui aurait peut-être encore plus accentué le côté showbiz et paillettes, ou le côté gigantisme. On sent que le tout est rédigé par quelqu'un qui observe, qui décrit les plages de Miami mais qui n'y a jamais vécu (je me trompe peut-être), qui décrit l'ambiance sordide des concours de mini-miss mais qui n'a jamais été spectateur. C'est donc un peu déroutant d'avoir affaire à ce personnage si bien campé mais qui ne semble pas habiter là où elle prétend habiter. Il manque une dimension supplémentaire à ce qu'elle nous raconte pour qu'on puisse s'immerger complètement.

Contrairement à quelques critique que j'ai pu lire, je n'ai trouvé aucune touche d'humour dans ce livre. Au contraire, j'ai trouvé qu'il était très sérieux dans la problématique qu'il aborde mais aussi dans le travail engagé autour du personnage d'Elizabeth. J'ai été sensible au projet de l'auteur, et je repenserai souvent au désarroi d'Elizabeth, ainsi qu'à sa vie torturée. Je vous laisse le découvrir, en espérant que le destin de cette mini-miss bodybuildée de vous laissera pas non plus indifférents.

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Florida a été publié en 2021 et compte 254 pages.

Ma note.

Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 45 - Un livre dont la couverture montre un personnage assis - 17/100

dimanche 2 mai 2021

De l'eau pour les éléphants - Sara Gruen

En résumé.

Jacob Jankowski a quatre-vingt-dix ans, ou quatre-vingt-treize, ça fait longtemps qu'il a arrêté de compter. Pensionnaire dans une maison de retraite, son quotidien se trouve être chamboulé par l'arrivée d'un cirque itinérant qui s'installe juste en face du foyer. Cet événement qui apporte joie et effervescence à ses congénères plonge Jacob dans ses souvenirs, le ramenant des années en arrière, quand il a lui même intégré la troupe des frères Benzini. A l'époque, début des années 30, il terminait ses études vétérinaires. Il ne lui restait plus qu'un examen à passer pour ensuite rejoindre le cabinet de son père, lui-même vétérinaire. Seulement quelques jours avant la dernière ligne droite, ses parents sont tués dans un accident de voiture. Jacob devient sans le sou. Désemparé, paralysé par le chagrin et la peur devant sa copie à remplir, il décide de s'enfuir, montant sur un coup de tête dans le train qui passait près du campus. Un train par comme les autres puisqu'ils embarque artistes de cirque et ouvriers vers une nouvelle ville où installer le chapiteau et donner quelques représentations. Jacob se fait embaucher en tant que vétérinaire, mais déchante vite. La cruauté de la direction envers les animaux mais aussi les hommes, l'appât du gain, les conditions de vie le bouleversent. Heureusement que la jolie Marlène, la seule à pouvoir apprivoiser les chevaux sauvages, est là pour adoucir ses peines et l'aider à trouver une place.

Mon avis.

Voici un livre que j'avais repéré il y a quelques temps déjà, mais dans lequel je viens seulement de me plonger, alors que le Canada, nationalité de l'auteur, est à l'honneur ce mois-ci dans mon challenge En 2021, je voyage... Une lecture qui m'a faite voyager dans le temps et dans l'espace, à la découverte de ce qu'était le cirque aux États-Unis en pleine crise économique suite au krach de 29 et à l'époque de la prohibition.

J'ai d'abord été sensible au projet de l'auteur. Après avoir dégoté des photos de cirques itinérants datant de cette époque, Sara GRUEN s'est beaucoup documentée pour en savoir un peu plus sur les conditions de vie et de travail des hommes et des bêtes qui prenaient part à cette folle aventure. Ce n'est qu'après avoir amassé une somme conséquente d'informations qu'elle s'est lancée dans l'écriture de ce livre. Celui-ci s'est donc trouvé enrichi par cette démarche qui lui a permise d'intégrer à son récit fictionnel des anecdotes réelles, rendant l'ensemble conforme à ce qu'était la vie des cirques à cette époque. Cela se ressent clairement tout au long du récit. Aidée par les photos présentes à chaque fin de chapitre, je me suis complètement immergée dans les souvenirs de Jacob, j'ai encore les images qui apparaissent devant mes yeux, ces trains bondés, les paillettes des artistes alors que les ouvriers vivaient dans la misère, devant bien souvent renoncer à leur paie pour amortir de mauvaises tractations engagées par la direction, le sourire des spectateurs alors que ce qui se passait en coulisses était bien plus sombre, les grandes tablées, la présence de ces animaux exotiques et la prestance des chapiteaux contrastant avec la pauvreté des hommes qui les montaient à la force de leurs bras. Cette vie décousue, parfois dangereuse mais libre, s'oppose à la vie de Jacob désormais enfermé dans cette maison de retraite aux règles liberticides. Les chapitres alternent, opposant passé et présent, on se demande même si un même homme a pu vivre de tels extrêmes au cours d'une seule vie. La nostalgie de Jacob nous émeut, son envie d'être autonome face aux recommandations des médecins qui l'infantilisent nous révoltent, lui qui a tant fait, et qui a été témoin de tellement de choses. Être confiné dans un lieu si protecteur, après avoir été exposé pendant des années à la dureté de la vie dans un cirque.

Si j'ai apprécié ma lecture, c'est davantage pour son aspect documentaire que pour la relation Jacob/Marlène qui occupe également beaucoup de place dans le récit. J'ai trouvé que cette relation n'était pas assez développée et approfondie. C'est une évidence dès les premiers chapitres que ces deux-là finiront ensemble. L'auteur devait tellement en être convaincue qu'elle n'a pas pris le temps de laisser progresser cette relation, on passe presque d'un rapide coup d’œil à l'amour fou. Le mari de Marlène et accessoirement le patron de Jacob, a un côté assez caricatural, le méchant face auquel il est facile de paraître plus humain, plus doux, plus sensible. Il ne s'agissait pas de le dépasser, il s'agissait juste de se débarrasser de lui. Ainsi il n'a pas été compliqué pour Jacob de passer pour l'amant idéal aux yeux de Marlène face à son rival antipathique. Je suis également restée un peu sur ma faim sur la place des éléphants dans l'intrigue. Ils sont annoncés dans le titre et dans la quatrième de couverture présentant Rosie, l'éléphante, comme le troisième personnage clé, aux côtés de Marlène et Jacob. Finalement, Rosie n'est pas du tout omniprésente dans le récit, elle a juste un rôle clé dans le dénouement. D'autres personnages secondaires sont bien plus développés comme le nain Walter ou encore le vieux Camel, à juste titre car ils apportent vraiment un truc en plus à l'histoire.

En somme, une lecture agréable, que j'ai dévorée, les pages se tournent très vite tant le style d'écriture est simple et fluide. Je retiendrais principalement la découverte de l'univers du cirque aux États-Unis dans les années 30 ainsi que ces personnages qui ont fait le bonheur de milliers de spectateurs, plus que l'histoire d'amour entre Marlène et Jacob. Vraiment je vous le conseille !
 
Dernières infos.

De l'eau pour les éléphants a été publié en 2007 pour la version française et compte 402 pages. Le roman a été adapté à l'écran en 2011 par Francis LAWRENCE. Il met en scène Reese WHITHERSPOON et Robert PATTINSON.

Ma note.
Challenges.
 
* Défi lecture 2021 : Consigne 36 - Un livre contenant un nombre de chapitres inférieur à votre âge - 16/100
En 2021... Je voyage : Canada (+ 25 points)

samedi 24 avril 2021

L'Iliade - Homère

En résumé.

Dix ans... Dix ans que les flottes grecques, menées par le belliqueux Agamemnon, campent sur le rivage de l'imprenable ville de Troie. Dix ans que des hommes meurent, nuit et jour, soit pour conquérir la ville de Priam, soit pour se protéger des assauts des Achéens. Dix ans que Ménélas, frère d'Agamemnon espère récupérer la ravissante Hélène, sa femme, volée par le prince troyen Pâris. Dix ans que les dieux de l'Olympe veillent sur les mortels, chacun ayant choisi son camp au prix de nombreuses querelles. Seulement, en quelques jours, les choses se précipitent, enfin. Une peste s'abat sur les Grecs, c'est l'hécatombe. La raison est toute simple : Agamemnon a volé Chriséis, la fille du prêtre d'Apollon, et malgré les offrandes, le vieil homme refuse de la lui rendre. Apollon, fou de rage, tue sans relâche les Grecs. Afin de cesser ces pertes colossales, Agamemnon accepte de se débarrasser de Chriséis, à condition qu'Achille lui livre Briséis, son propre trophée de guerre. Achille, un des héros de la guerre de Troie, finit par accepter, uniquement pour cesser l’hémorragie dans le camp grec, mais c'est décidé, lui et ses Myrmidons, des guerriers redoutables, décident d'abandonner le combat pour faire payer à Agamemnon son orgueil démesuré. Achille sera rejoint par Thétis, sa mère, qui part demander à Zeus de faire fléchir les Grecs afin de venger son fils. C'est le début d'affrontements d'une cruauté sans commune mesure, attisés par les dieux qui défendent chacun leur camp. Une guerre principalement menée par les héros grecs Ajax, Diomède et Ulysse face aux héros troyens Hector et Énée. Une guerre qui sera finalement gagnée non pas par la force mais par la ruse.

Mon avis.

Ayant découvert et beaucoup aimé l'Odyssée au lycée, j'ai toujours eu envie de me plonger dans l'Iliade mais il faut bien le dire, ce n'est pas un livre qui se lit à la va-vite, le soir avant d'aller se coucher. Alors j'ai repoussé, repoussé jusqu'à enfin trouver le courage de m'y mettre en ce mois d'Avril. Ce qui m'a aussi motivé, c'est un nouveau projet d'article sur le blog que j'espère bientôt pouvoir mener à bien.

Il est difficile d'écrire une chronique sur cet incontournable de la littérature classique. Tellement de choses ont été dites à son sujet, tellement de reprises ont été faites, que ce soit au cinéma, dans l'univers du livre (B.D, contes) ou encore pour des séries télévisées. Ce sont d'ailleurs sur ces dérivés de l'Iliade que je me suis appuyée pour entamer ma lecture car j'avais très peur que les faits racontés par Homère soient inaccessibles. J'ai donc mené deux lectures en parallèle : celle de la version originale et celle d'un conte pour la jeunesse, écrit par Gilian CROSS et illustré par Neil PARKER. Cette seconde lecture m'a permis d'avoir les grandes lignes, et de faire du tri dans ce qu'il était important de retenir pour la suite de l'histoire. J'ai également visionné durant ma lecture la série Les grands mythes proposée par Arte qui retrace également l'histoire de la guerre de Troie. Ainsi, j'ai pu avoir accès au contexte général, et à tout ce qui n'est pas dit dans le texte original mais qui explique pourtant tant de véhémence sur les plages troyennes. Je reviendrai sur ces sources, et bien d'autres, dans un futur article que j'espère bientôt pouvoir rédiger. Ce fut donc une lecture très riche, nourrie par des apports extérieurs qui, j'en suis certaine, m'ont aidée à apprécier à sa juste valeur le récit de cette guerre légendaire et mystérieuse.

Je pense qu'il est important d'avoir connaissance d'éléments de contexte avant de se plonger dans l'Iliade, car Homère attaque dans le dur. Il n'évoque rien des origines de la guerre de Troie, il entame directement son récit par la querelle qui oppose Agamemnon à Achille. De même, la fin nous laisse un peu sur notre faim (sans mauvais jeu de mots) car il n'évoque rien du fameux cheval, ruse d'Ulysse, pour mettre le feu à la ville de Troie et ainsi signer l'arrêt de la guerre. Dans le même temps, certains passages peuvent rebuter de par leur longueur, pour des faits qui ne sont finalement pas si importants et la quantité de personnages présentés peut nous faire perdre la tête, surtout que l'auteur peut désigner une même entité par des vocables différents. C'est donc une lecture qui demande une grande concentration pour suivre tous les tenants et les aboutissants, se souvenir des membres de chaque camp et ne pas perdre le fil des décisions de Zeus qui varient au grès du charme des déesses qui viennent lui demander des faveurs.

Malgré ces bémols qui ont été facilement gommés par les informations contenus dans les autres supports que j'ai utilisés, j'ai vraiment beaucoup apprécié ma lecture de l'Iliade. J'ai aimé le côté épique, malgré la cruauté et la violence décrites, je me suis complètement sentie spectatrice de cette bataille. Je vois encore cette plage emplie de corps défaits, transpercés, ces odeurs nauséabondes, ces navires par centaines, majestueux, qui se tiennent droit sur des eaux troubles, face à la majestueuse Troie, ses ruelles, les vêtements somptueux de la reine Hécube et la beauté d'Hélène, j'entends le bruits des lances qui fouettent le vent, le cliquetis de l'acier, les cris de tous ces hommes qui se battent sans relâche. Et puis le merveilleux des dieux de l'Olympe, leur charisme qui brille, le goût de l'ambroisie et des animaux que l'on sacrifie pour s'attirer la bienveillance des immortels. Pour moi, l'Iliade, c'est ça, un ensemble de sensations qui nous font voyager dans le temps et dans l'espace. Ce n'est pas seulement une bataille sanglante, c'est aussi l'incarnation des travers humains. Un condensé d'humanité, pour le meilleur et pour le pire, l'orgueil, la jalousie, le désir de posséder, de conquérir, de s’accaparer ce qui appartient à l'autre, la démonstration de sa puissance et de sa force et l'envie de dominer, mais aussi l'amitié, l'amour filial, conjugal et le souhait d'honorer ses morts. A ce jeu-là, les immortels ne valent pas mieux que les mortels. J'ai trouvé leurs batailles d'égo assez amusantes, ils gouvernent les mortels mais ils sont restés de vrais enfants ! L'Iliade a deux niveaux d'interprétation : c'est une guerre entre mortels, mais c'est une guerre aussi entre dieux, leur fraternité n'ayant jamais été autant mise à rude épreuve. Au fil de ma lecture, je me suis aussi attachée aux héros et j'avais choisi mon camp (les Troyens). Même si on connaît l'issue de la guerre, c'est difficile de rester neutre, on est forcément poussés à prendre partie. En revanche, ce n'est pas une surprise, mais il ne faut trop en demander quant à la condition des femmes... Trophées de guerre, veuves éplorées, tentatrices, charmeuses, pleureuses... L'Iliade est véritablement une histoire de bonhommes, même si la guerre de Troie a éclaté à cause de la beauté d'une femme.

Jamais chronique n'aura été aussi longue ! C'est qu'il est compliqué de résumer cette œuvre incontournable au sujet d'une guerre qui n'a peut-être jamais existé ou du moins pas comme Homère le relate. Malgré le côté dense et aride de la chose, j'ai vraiment apprécié ma lecture. Je l'ai vécue comme un véritable roman d'aventures, aux scènes dignes des plus grands péplums. Je vous conseille de vous plonger un jour dans ce classique, avec à côté un ou deux autres supports de vulgarisation qui vous aideront très certainement à mieux comprendre et mieux apprécier cette lecture qui peut paraître décourageante de prime abord. N'oublions pas qu'elle est issue d'une tradition orale et qu'elle était initialement chantée, et non faite pour être écrite.

Dernières infos.

L'Iliade compte 552 pages (texte original, sans les notes et d'éventuels dossiers explicatifs selon les éditions) et aurait été conçue entre 850 et 750 avant J.C puis mise à l'écrit au VIème siècle.

Ma note.
Challenges.

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