dimanche 20 mars 2022

Les dames de Marlow enquêtent - Robert Thorogood

TOME 1 : Mort compte triple.
 
En résumé : Âgée de 77 ans, Judith Potts mène une vie tranquille dans son manoir à Marlow, ville située près de Londres. Passionnée de mots croisés, elle apprécie également un ou deux verres de whisky en fin de journée, ou encore se baigner nue dans la Tamise qui s'écoule en bas de chez elle. Un soir, alors qu'elle profite d'une baignade bienvenue après une journée caniculaire, elle entend un cri suivi d'un coup de feu. L'homme retrouvé mort n'est autre que son voisin, Mr Dunwoody. Judith en est sûre, il s'agit d'un meurtre et ses suppositions seront bientôt confirmées par la police. La septuagénaire se lance alors sur les traces du meurtrier, et le travail ne manque pas, puisque deux autres assassinats vont suivre. Alors que les pistes et les suspects se multiplient, elle fait la connaissance de deux femmes qui deviendront ses amies et l'aideront à lever le voile sur tant de mystères, Becks, la femme du vicaire, dévouée à son foyer et plutôt réservée, et Suzie, une promeneuse de chiens excentrique mais au carnet d'adresses long comme le bras. Trois meurtres, trois détectives de choc, que l'enquête commence ! 

Mon avis : Ce n'est plus un secret pour personne, les cosy mystery ont le vent en poupe sur les étals des librairies. Parmi les derniers arrivés, Les dames de Marlow enquêtent dont un seul tome a été publié à ce jour. Après Agatha Raisin enquête, qui fut un des pionniers du genre, Au service secret de Marie-Antoinette, ou encore Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, je me lance dans cette nouvelle série, très attirée, il faut bien le dire, par le couverture attrayante de ce premier opus. Celui-ci réunit tous les codes du genre : une couverture aux couleurs et aux dessins alléchants, une héroïne atypique, qui n'est pas sans rappeler Agatha Raisin, des personnages secondaires dans lesquels chaque lecteur peut se reconnaître, le charme des paysages anglais, et des enquêtes agréables à suivre sans pour autant révolutionner le genre policier. J'ai bien adhéré aux personnages de Judith Potts et de ses acolytes, parfois un peu caricaturaux mais dont les traits de caractères peuvent parler à chacun d'entre nous. C'est relativement bien écrit, comparé au style de M.C BEATON qui laisse parfois un peu à désirer. L'enquête est bien menée. L'auteur prend bien le soin de semer des indices aux quatre vents tout en brouillant les pistes. Heureusement que j'avais un petit papier sur ma table de chevet car il ne faut pas perdre le fil, avec tous ces personnages qui se multiplient au fur et à mesure qu'on tourne les pages. Ce tome a quelques originalités supplémentaires, comme les petits dessins qui ponctuent les chapitres, mais surtout les trois grilles de mots croisés qui sont proposées pour faire le point sur les derniers développements de l'intrigue. Je n'ai pas pris le temps de les faire mais je trouve que c'est une idée sympa, qui aide l'auteur à se démarquer de ses prédécesseurs, car il faut bien trouver de nouvelles astuces pour séduire les lecteurs. Le seul bémol que je verrais à ce premier tome est le dénouement, qui est quand même tout sauf réaliste. Judith est en face de l'assassin, prête à passer l'arme à gauche à son tour, et elle lui déblatère sur des pages et des pages les résultats de son enquête. Autre fait décevant, afin de se libérer de son emprise, elle lui plante dans le bras la mine d'un de ses crayons à papier et c'est là qu'un geyser de sang jaillit du bras de l'agresseur, pour reprendre les mots du narrateur. Une mine de crayon qui peut provoquer un geyser de sang... mouais.... ça me laisse perplexe. C'est dommage, c'est toujours ce genre de détails qui fait des cosy mystery des romans d'une qualité un peu moindre, de part le manque de crédibilité mais aussi des dénouements qui ne sont pas toujours très bien amenés. Néanmoins, ce fut un moment de lecture agréable. Je lirai avec plaisir le second tome lorsqu'il aura été publié.

Ma note : 3/5.

Challenges :
Défi lecture 2022 : Consigne 54 - Couverture avec un cadenas, une clé ou une serrure - 10/100

dimanche 13 mars 2022

Le parfum des cendres - Marie Mangez

En résumé.

Dans le cadre de sa thèse, Alice, jeune femme pétillante, doit suivre sur le terrain des thanatopracteurs, des personnes dont le métier est de préparer les morts avant leur enterrement. Pendant plusieurs semaines, elle va donc accompagner Sylvain Bragonard dans ses interventions à domicile ou au funérarium. Assez rapidement, Alice s'étonne des pratiques de Sylvain. Jeune homme taiseux, voire même taciturne, ce dernier semble prendre vie au contact de ses défunts dont il parvient à retracer la vie à partir des odeurs qui se dégagent de leurs corps immobiles. Curieuse de cette manière de fonctionner, l'étudiante souhaite aussi percer la carapace de cet homme réservé. Poussé par la gouaille d'Alice, Sylvain va peu à peu redonner des couleurs à sa vie grisée. Il parviendra progressivement à mettre des mots sur la perte de Ju', il y a des années de cela, exprimer son désarroi suite à cet accident qui marqua la fin de sa vie de vivant, et le début de sa vie de mort-vivant.

Mon avis.

Publié à l'occasion de la rentrée littéraire 2021, ce livre m'a tapé dans l'œil, non seulement pour sa couverture que je trouve magnifique, mais aussi pour sa thématique. Depuis Le parfum de Patrick SÜSKIND, il est en effet assez rare que le thème de l'odorat soit développé en littérature. Néanmoins, si Le parfum des cendres est plein de tendresse et nous offre de jolis moments, ce ne fut malheureusement pas le coup de cœur attendu.

L'atout majeur de ce premier roman de Marie MANGEZ est l'originalité de sa trame narrative. Toute l'intrigue est basée sur nos sens, et sur ce métier de thanatopracteur dont on entend rarement parler. Si l'univers de la mort est plutôt sombre, l'auteur s'attache à rajouter quelques touches de couleurs avec l'exploration de ces odeurs si particulières aux défunts. Ainsi la description des différentes fragrances se fait avec beaucoup de poésie et de douceur. Après l'odorat, l'auteur explore également le toucher, toujours au travers du personnage de Sylvain dont les gestes sont très respectueux des corps qu'il manipule. Il est aussi question du goût, acide lorsqu'il s'enfile des verres de vinaigre, rafraichissant lorsqu'il avale frénétiquement des bonbons mentholés, et puissant lorsqu'il se lance dans la confection de confiture de piments. Au travers de ces descriptions olfactives, tactiles et gustatives, c'est finalement le personnage de Sylvain que l'on découvre, à la fois doux et sensible, comme ses gestes, humain et curieux comme toutes ces fragrances qui lui permettent d'avoir accès à son environnement, mais aussi révolté, en colère, ayant besoin de sensations fortes pour le ramener à la vie, avec pour témoin cette envie d'ingérer des aliments aux goûts puissants. D'un autre côté, Alice est l'insouciance, le bruit, et c'est l'ouïe qui est particulièrement développée pour elle, avec toutes ces musiques qu'elle écoute. Ainsi, le contraste entre ces deux êtres est saisissant, d'un côté le silence, la subtilité et de l'autre, l'explosion, la cacophonie. 

J'ai bien aimé ces deux personnages, chacun pour des raisons différentes. J'ai quand même davantage apprécié Sylvain car je l'ai trouvé complexe et j'avais bien évidemment envie de découvrir son secret, ce qui fait qu'il est empêtré dans cette mélancolie qui ne le quitte pas. Lorsqu'on découvre son passé vers la fin du livre, c'est notre perception globale de ce personnage qui bascule. Même si j'ai également apprécié le personnage d'Alice pour son côté fonceuse, je l'ai trouvé un peu moins crédible car plus caricaturale. Déjà, j'aurais aimé que son sujet de thèse soit un peu plus exploré. J'ai l'impression que l'auteur ne savait pas vraiment comment faire en sorte que ces deux personnages se rencontrent et qu'elle s'est servie de ce sujet de la thèse pour amener la présence d'Alice aux côtés de Sylvain. Mais finalement, on ne sait pas vraiment ce qu'Alice vient chercher en observant les pratiques de tous ces thanatopracteurs. C'est un détail me direz-vous, et je suis d'accord, mais c'est le genre de détails pour moi qui montre qu'un auteur est allé jusqu'au bout de sa démarche et que l'intrigue a été pensée dans sa globalité. De même, le fait qu'Alice ait une mère sourde est un peu too much à mon sens. Pourquoi ne pas s'en tenir tout simplement au fait qu'Alice est passionnée par la musique, sans pour autant ajouter que c'est parce qu'elle a vécu dans le silence, parce que sa mère n'oralisait pas ? Ces petits détails qui font perdre une certaine crédibilité concernent également Sylvain dont le nom de famille n'est autre que Bragonard qui n'est pas sans rappeler la célèbre maison de parfums Fragonard. Ou bien son accident qui a eu lieu à Grasse, ville emblématique dans le monde de la parfumerie. Tout cela souligne l'importance de l'odorat chez cet homme mais ces données sont tellement attendues qu'elles en deviennent peu plausibles. Enfin, le personnage de Ju qui plane sur le roman comme une ombre au-dessus de Sylvain m'a exaspéré. Peut-être était-ce une volonté de la part de l'auteur, mais j'ai trouvé ce personnage en complet décalage avec l'atmosphère ouatée du roman. Ju est grossière, indélicate, et bien que décédée, elle vient perturber l'équilibre que les deux protagonistes s'attachent à construire. Je trouve qu'elle est en décalage complet avec Sylvain, tellement en décalage qu'on a dû mal à comprendre comment ces deux êtres ont pu vivre une relation si fusionnelle. Elle a au moins le mérite de faire planer le mystère autour du personnage de Sylvain et d'incarner sa face sombre, en contradiction avec l'homme réservé qu'il est par ailleurs.

Voilà un roman à vivre comme une balade au milieu de nos cinq sens. Pour un premier roman, Marie MANGEZ campe un décor original, dans lequel se baladent deux âmes, une complètement effondrée et esseulée, l'autre débordant de vie mais attirée par la mort. A eux deux, ils vont tenter de se comprendre et de s'apprivoiser, même si le chemin est semé d'embûches et peut se terminer par une impasse. Un premier roman à découvrir si vous avez envie d'une lecture contemplative et humaine.
Dernières infos. 

Le parfum des cendres a été publié en 2021 et compte 237 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 57 - Livre dans lequel il est fait mention d'un chanteur réel (Claude François p.79) - 9/100

dimanche 6 mars 2022

Hercule Poirot - Agatha Christie

Ça y est, je me suis enfin décidée à explorer l’œuvre d'Agatha Christie, en commençant par la lecture des Hercule Poirot. J'ai déjà eu l'occasion d'en lire deux ou trois mais j'avais envie de tous les découvrir, en les explorant par ordre chronologique. Sortez loupe, carnet et stylo plume, l'enquête commence !

TOME 1 : La mystérieuse affaire de Styles.

En résumé : La première guerre mondiale fait rage mais le colonel Hastings a réussi à s'éloigner du front pour quelques jours. Il croise par hasard un vieil ami d'enfance, John Cavendish, qui l'invite dans sa demeure de Styles Court pour profiter de sa permission. Le domaine est géré par sa belle-mère, Emily Inglethorp, qui vient de se remarier avec un homme bien plus jeune qu'elle. Ce dernier est loin de faire l'unanimité auprès des autres habitants du manoir. Les frères Cavendish, Cynthia, la protégée de Madame Inglethorp et les domestiques voient en lui un prédateur qui ne cherche qu'à s'accaparer la fortune de leur bienfaitrice. L'ambiance, déjà tendue, devient absolument invivable lorsque la vieille dame est retrouvée morte dans sa chambre. Cela ne fait pas de doute, il s'agit d'un assassinat par empoisonnement. Bien résolu à mener l'enquête seul, Hastings décide finalement d'appeler à la rescousse un vieil ami détective, Hercule Poirot.
 
Mon avis : La mystérieuse affaire de Styles est la première enquête policière écrite par la reine du crime. Quel maîtrise pour un premier ouvrage ! L'ensemble est épuré, débarrassé des détails superflus, chaque mot, chaque information compte, l'enquête, rien que l'enquête. Dans ce contexte, on ne peut qu'éprouver le désir de trouver le meurtrier et de se montrer plus perspicace qu'Hercule Poirot. On est vraiment face à un raisonnement, Agatha Christie ne laisse rien au hasard, chaque élément est posé avec intelligence pour nous détourner des pistes que l'on peut suivre. L'ambiance très british est agréable, on a également l'impression de faire un bon dans le temps puisque l'action se déroule il y a une centaine d'années. Le manoir somptueux, la chaleur du mois de Juillet, les parterres en fleurs contrastent avec ce huis-clos parfois un peu oppressant. On est immergé dans une vaste partie de Cluedo, les personnages sont là, il ne suffit plus qu'à deviner les relations qui les unissent les uns aux autres. Je suis contente de moi, j'ai réussi à ne pas me perdre dans tous ces noms grâce à un petit schéma que je me suis fait lors des premières pages de présentation de chaque protagoniste. Je n'ai pas été surprise par l'identité des coupables. France 2 a proposé une adaptation de ce roman dans sa série Les petits meurtres d'Agatha Christie. Si leur version diffère grandement de l'intrigue du roman, il me semble que les deux œuvres se rejoignent sur l'identité des coupables. A vérifier car ma mémoire peut me faire défaut. Quoiqu'il en soit, voilà un premier épisode bien mené, qui peut avoir un côté très mécanique, s'éloignant du romancé, mais qui embarque efficacement le lecteur dans la résolution de l'affaire de Styles.

Ma note : 3/5

Challenges : 
Défi lecture 2022 : Consigne 27 - personnage avec les yeux bleus (la gouvernante Evie HOWARD a les yeux bleus p. 13) - 8/100
 
TOME 2 : Le crime du golf.

En résumé : Poirot et son fidèle compagnon Hastings sont appelés à intervenir en France, sur la côte d'Opale, suite à l'appel à l'aide de M. Renaud, un riche homme d'affaires. Une fois les deux hommes débarqués à Calais, point de véhicule pour les acheminer jusqu'à la villa Geneviève, résidence du client de Poirot. Rien de plus logique à vrai dire... Mr Renaud a été assassiné dans la nuit. Son corps a été retrouvé sur sa propriété, dans une tombe creusée sur son terrain de golf, la visage à même la terre, et des coups de couteau dans le dos. Accompagnés de la police française, Poirot et Hastings vont tenter de faire la lumière sur cette étrange affaire. Il faut dire que les suspects et les mobiles du crime ne manquent pas. Mr Renaud était en effet un homme très secret sur son passé, ses affaires en Amérique du Sud, ainsi que ses fréquentations.
 
Mon avis : La reine du crime a encore frappé ! Voilà un roman qui a fait et qui fera très certainement tourner en bourrique plus d'un lecteur. Au-delà du crime, et de sa résolution dantesque qui voit s'enchaîner les rebondissements, il permet de mettre en avant la personnalité d'Hercule Poirot. Le détective est implicitement comparé tout au long du roman aux autres hommes enquêtant sur le crime. Ainsi, face à Poirot, Giraud, inspecteur de la sûreté de Paris apparaît comme un enquêteur aux méthodes modernes, adeptes des dernières prouesses scientifiques, s'attachant aux preuves matérielles mais négligeant l'aspect psychologique. Cela lui causera du tort, alors même que Poirot s'interroge toujours sur la psychologie du meurtre, selon des méthodes plus anciennes et plus personnelles, mais qui lui permettront d'élucider ce crime. Poirot est également comparé à Hastings, son ami fidèle et narrateur de l'intrigue. Celui-ci apparaît ici comme un homme niais et faible, dont la raison est très vite emportée par ses sentiments, aveuglé par l'attirance qu'il éprouve pour une des protagonistes, prêt à mettre un terme à son amitié avec Poirot pour aller jusqu'au bout de sa passion, prêt aussi à nier le coupable pour qu'il puisse vivre son histoire d'amour. En comparaison, Poirot apparaît comme un homme rigoureux, qui ne se laisse pas avoir par les sentiments, qui analyse les suspects et les faits avec objectivité et intelligence. Ainsi, le Crime du golf est une ode au détective qui va nous occuper pendant tous les prochains tomes. Pour ce qui est de l'enquête, elle est très alambiquée, au moins on ne s'ennuie pas. C'est le genre de lecture qui demande du temps si on veut se prendre au jeu et essayer de résoudre le crime. Pour ma part, je ne suis pas prête à fournir ces efforts, je veux que ça aille vite, je l'ai donc lu d'une traite, ce qui est un peu dommage car je n'ai pas savouré tous les traits de génie de Poirot, et quelques jours plus tard je ne me souviens même plus de la résolution de l'enquête. Cette lecture a au moins le mérite de nous montrer ce qu'est un vrai roman policier, avec des pistes dans tous les sens et des rebondissements si intelligemment construits qu'ils nous laissent sans voix.
 
Ma note : 3/5

Challenges : 
Défi lecture 2022 : Consigne 71 - Livre dans lequel une monnaie ancienne est citée (deux cent mille francs p.76).  - 28/100