dimanche 2 octobre 2022

Le prince des nuages - Christophe Galfard

J'ai découvert Christophe GALFARD avec "L'univers à portée de main", roman de vulgarisation scientifique qui porte sur les connaissances que nous avons sur le cosmos et sur les lois qui régissent la physique, dans l'infiniment petit et dans l'infiniment grand. Intéressée depuis très longtemps par l'univers, mais aussi par les questions environnementales, j'ai eu envie de prolonger ma découverte de l'auteur en me plongeant dans la lecture de cette trilogie jeunesse dans laquelle il promet de l'aventure mais aussi la compréhension des phénomènes naturels qui nous entourent et qui sont essentiels à notre survie sur Terre.

TOME 1 : Le Blueberry

En résumé : Que les journées sont longues pour Tristam Drake qui s'ennuie ferme à l'école ! Il faut dire que les questions d'altitude, de couleur du ciel ou de formation des nuages lui passent carrément au-dessus de la tête. Lui, ce qu'il aime, c'est l'aventure, explorer les recoins du Blueberry, ce nuage construit à la hâte au-dessus d'un volcan pour cacher Myrtille, la fille du Roi des Nuages du Nord que le Tyran a détrôné. En attendant que le Roi, entré dans la résistance, reprenne ses fonctions, sa fille vit dans ce village un peu particulier, hébergée dans la famille de Tom, ami de Tristam et jeune garçon intelligent, très curieux des phénomènes naturels. Seulement voilà, le Tyran, avide de pouvoir, finit par retrouver la trace de Myrtille et met la main sur le Blueberry. Seuls Tom et Tristam parviennent à s'échapper alors que les autres habitants sont faits prisonniers. Les deux amis s'enfuient vers d'autres contrées, déjà tombées dans les mains du despote. C'est alors qu'ils comprennent la volonté de cet homme cruel : semer le chaos sur Terre en bouleversant le climat.

Mon avis : De prime abord, l'intrigue de ce roman jeunesse n'a pas grand chose de révolutionnaire : les gentils qui se battent contre le méchant, plein de bonnes intentions saupoudrés d'un peu d'amitié. C'était sans compter l'imagination de l'auteur qui fait voyager le lecteur dans l'atmosphère et qui recréée tout un univers dans les nuages. Ainsi, on rêve à des décors douillés, où les personnages côtoient les lumières du ciel et du soleil. Je trouve que cette intrigue est efficace pour un jeune public. J'ai juste été un peu perdue vers le milieu/la fin du livre lorsque les personnages s'enfuient vers les autres nuages. Une carte n'aurait pas été de trop pour situer les lieux les uns vis-à-vis des autres, ainsi qu'un petit récapitulatif des différents personnages car entre ceux qui sont dans l'opposition, ceux qui jouent double-jeu, et ceux qui sont des partisans du Tyran, on finit par s'y perdre un peu. Mais c'est aussi peut-être dû au fait que j'ai lu ce roman de façon trop fractionnée, quelques pages dans le train, une ou deux pages avant de dormir, et voilà, je ne suis plus concentrée sur l'histoire et j'en oublie les principaux rebondissements. Néanmoins, la grande plus-value de ce livre est les données scientifiques apportées par l'auteur. Déjà, je trouve habile de sa part de proposer une histoire sur le réchauffement climatique tout en expliquant les phénomènes météorologiques nécessaires à l'équilibre terrestre. Pour comprendre en quoi quelques degrés supplémentaires peuvent bouleverser ce fragile équilibre, il faut d'abord comprendre comment interagissent le soleil, la Terre, l'atmosphère et les éléments (l'eau...). Ainsi, le récit est émaillé de notes scientifiques (très accessibles) répondant à certaines questions sur le fonctionnement de notre planète et sur tous les phénomènes naturels que nous pouvons observer. Je suis vraiment une adepte de cette démarche qui allie connaissances scientifiques et fiction. Je trouve que c'est un moyen intéressant pour sensibiliser les jeunes lecteurs aux bouleversements climatiques à venir, tout en leur faisant comprendre les subtils mécanismes qui sont à l'œuvre. Ce roman permet également d'appréhender le changement climatique comme une arme de guerre, ce qui est le cas car plusieurs morts et destructions vont découler des bouleversements déjà en cours et à venir. Voilà donc un premier tome prometteur qui nous permet de prendre conscience de la beauté de la Terre (et des mécanismes qui font qu'elle est habitable) mais aussi des menaces qui pèsent sur elle (activité humaine qui est à l'origine du réchauffement climatique). Seule l'intrigue aurait pu être un peu plus développée, mais n'oublions pas que cette trilogie s'adresse avant tout à un jeune public.

Ma note : 3/5

Challenges :
Défi lecture 2022 : Consigne 88 - Roman jeunesse (respectant les règles du défi).  - 32/100

lundi 26 septembre 2022

La dame au sari bleu - Katherine Scholes

En résumé.

Pêcheurs sur l'île de Tasmanie, au large de l'Australie, Zelda et son père James mènent une vie sobre et emplie de la quiétude des lieux. Le père et la fille ont noué une relation fusionnelle suite au décès tragique de la mère de Zelda dans un accident de la route plusieurs années auparavant. Cependant, leur tranquillité va être mise en mal par l'arrivée d'un jeune australien dont le rôle est de déterminer les zones de la Tasmanie qui ont besoin d'être préservées pour éviter la disparition de certaines espèces de l'île. Zelda et son père ne seront donc plus autorisés à pêcher sur leur zone. Comme si un malheur n'arrivait jamais seul, et quelques semaines après cette nouvelle, James décède suite à une choc anaphylactique. Zelda, complètement dévastée, fouille la maison à la recherche des derniers souvenirs laissés par son père. Elle tombe alors sur une coupure de journal qui lui apprend qu'Ellen, sa mère, est encore vivante et qu'elle réside en Inde. Zelda est bien décidée à la retrouver et à lever le voile sur tant de mystères.

Mon avis.
 
A force de voir passer les romans de Katherine SCHOLES sur Livraddict, j'ai eu envie de découvrir l'auteur et ses livres dont les couvertures invitent souvent au voyage. Seul La dame au sari bleu était disponible à la médiathèque, je me suis donc tournée vers celui-ci, un peu par défaut.

J'ai lu ce roman en deux temps. Je l'ai commencé alors que j'étais encore en vacances et que j'avais du temps devant moi pour lire, puis la rentrée est arrivée, et j'ai donc lu la suite de façon très morcelée, quelques pages par ci, quelques pages par là. Je ne sais pas si c'est ce changement de rythme qui explique l'impression que j'ai eu d'une lecture inégale, entre un début qui s'enchaîne bien, avec du rythme, et une fin interminable, dont la longueur m'a vraiment dérangée. Si la quatrième de couverture met en avant Zelda, et son souhait de retrouver sa mère, le livre porte essentiellement sur cette dernière, danseuse étoile célèbre, mais qui a tout quitté pour suivre James en Tasmanie, avant de fuir une nouvelle fois pour trouver le repos en Inde. Il faut donc s'attendre à découvrir le parcours d'Ellen, et non la quête de Zelda pour retrouver sa mère. Quoiqu'il en soit, je trouve qu'il plane sur ce roman une ambiance étrange, un peu glauque je dois dire, en tout cas une atmosphère qui m'a mise mal à l'aise durant toute ma lecture. Cela tient à peu de choses peut-être, imaginer cette cabane de pêche en tôle, chauffée à blanc par le soleil, les mouches qui tournent autour des cadavres d'animaux utilisés pour la pêche, James qui reluque sa fille sous la douche, Ellen qui ne fait rien pour sauver Zelda de la noyade, l'enfance d'Ellen marquée par la cruauté de sa propre mère, la clinique psychiatrique dans laquelle se trouve Ziggie, l'amie d'Ellen, puis tout le passage en Inde, entre pauvreté et tableaux aux couleurs trop vives. Bien que heurtée par certains passages, je trouvais que le tout conservait une certaine cohérence, mais la fin ne m'a pas du tout convaincue. Tout le passage en Inde m'a laissée de marbre, et je me suis carrément ennuyée à lire ces pages. L'auteur nous amène sur le terrain de la spiritualité - thème qui est loin de me passionner - et je trouve qu'elle en fait un peu trop. Ellen devient une espèce d’idole, sans qu'on comprenne exactement pourquoi, ni ce que ça peut apporter au reste de l'histoire.

Il s'agit d'un roman plutôt sombre qui explore avant tout la relation mère-fille. C'est en découvrant l'histoire d'Ellen, son enfance passée aux côtés d'une mère tyrannique qui la piquait dès qu'elle se rebellait un peu trop, que l'on comprend la distance qu'elle met entre elle et Zelda. C'est son séjour en Inde avec ses amies qui va lui permettre de comprendre les mécanismes toxiques qui peuvent se mettre en place entre un parent et son enfant, ainsi que le poids des générations, comment les mauvais agissements peuvent être reproduits sans qu'on le veuille. La dame au sari bleu est un roman très féminin. Au-delà de l'histoire d'Ellen, l'auteur explore deux autres parcours de femmes, celui de Ziggie dont la mère lui a laissé peu de place pour s'épanouir, et celui de Skye, une riche héritière torturée. Ces deux jeunes femmes souffrent d'anorexie, à tel point que leur vie est en danger. La volonté d'Ellen va être de les sauver, grâce à l'accueil de miséreux en Inde, pour ainsi établir un parallèle entre tous ces gens qui désireraient s'alimenter alors qu'ils n'en ont pas les moyens, et les deux jeunes femmes qui ont cessé de se nourrir alors qu'elles en auraient largement les moyens. C'est comme ça, en sauvant ses amies, mais aussi en servant à manger à ses voisins pauvres qu'Ellen va être petit à petit considérée comme une sainte. Ces trois femmes auront été étouffées par leur mère, même si elle était pleine de bonnes intentions (c'est le cas pour Ziggie). Leur maux de femme adulte trouvent leur origine dans cette relation toxique à la mère. C'est en faisant le bien autour d'elles qu'elles vont petit à petit redonner un sens à leur vie, et panser les blessures du passé.

Malheureusement, je suis restée un peu sur ma faim avec cette première découverte de l'auteur. Le genre de bouquin un peu trop spirituel à mon goût, avec quelques passages assez étranges qui m'ont gênés. Ce n'est pas vraiment un livre que je conseillerais et je ne sais pas à ce jour si j'oserai retourner vers les autres bouquins de l'auteur.
Dernières infos.

La dame au sari bleu a été publié en 2005 et compte 484 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 67 - Livre dont le titre comporte au moins un mot étranger entré dans la langue française (week-end, bled, chewing-gum, sushis, sari).  - 31/100

jeudi 25 août 2022

Gravé dans le sable - Michel Bussi

En résumé.
 
Dans le bateau qui les mène vers les plages normandes, cent quarante quatre soldats américains s'apprêtent à combattre l'ennemi allemand. Nous sommes le 6 Juin 1944, tous sont terrorisés à l'idée de mourir au pied de ces falaises interminables, d'autant plus que c'est le hasard qui déterminera leur probabilité à s'exposer aux tirs allemands. Plus le numéro pioché sera petit, plus les chances de mourir seront grandes. A l'inverse, plus le numéro pioché sera grand, plus les soldats resteront à l'arrière du front et moins ils auront de chance de mourir. Oscar Arlington, fils d'une sénatrice américaine, embarqué dans cette histoire pour faire plaisir à sa mère, est transi de peur, une peur qui va croissante lorsqu'il pioche le numéro quatre. L'homme n'a pas de chance mais il a de l'argent, alors il va proposer un marché à Lucky, un des soldats les plus appréciés sur le bateau : échanger son numéro contre une très grosse somme d'argent. Lucky accepte, il mourra sur les plages normandes, mais sa fiancée Alice Queen sera à l'abri pour le restant de ses jours.

Puis les jours, les mois, les années passent, les soldats se perdent de vue, entre ceux qui sont morts et ceux qui ont voulu oublier les atrocités. Vingt ans plus tard, lors d'un hommage rendu aux héros du débarquement, Alice apprend le marché conclu par Lucky. N'ayant pas touché un seul centime de la somme promise, mais surtout pour honorer son fiancé et lui rendre justice, elle décide de retrouver Arlington, prête à déterrer les fantômes du passé.

Mon avis.

C'est désormais le rituel de l'été, lire un BUSSI. J'en avais deux dans ma bibliothèque, celui-ci et Nymphéas Noirs. A quelques jours d'une semaine de vacances en Normandie, mon choix s'est porté sur Gravé dans le sable pour me mettre un peu dans l'ambiance, même si je n'aurai pas l'occasion de fouler les plages du débarquement lors de mon séjour normand. Quoiqu'il en soit, les vastes plaines, qu'elles soient côtières ou plus retirées dans les terres restent un dénominateur commun à la région.

Cela n'échappera à personne, l'auteur l'annonce dès les toutes premières pages, Gravé dans le sable est le premier roman qu'il a écrit, à une époque où Internet n'existait pas, et ne permettait donc pas aux auteurs de vérifier les faits historiques, ou de se projeter dans des lieux éloignés pour les retranscrire le plus fidèlement possible. Michel BUSSI voit aussi dans ce premier roman beaucoup d'imperfections qu'il a tentées de rectifier au fur et à mesure des ré-éditions, pour finalement aboutir à cette dernière version dont il n'est d'ailleurs toujours pas satisfait. Certains lecteurs, habitués au style de l'auteur, ont pu en effet constater des différences avec ses romans ultérieurs. Pour ma part, je n'y ai vu que du feu. J'ai trouvé l'ensemble plutôt satisfaisant pour un premier roman. A ceci prêt qu'on nous annonce un thriller, ce qui me semble quand un peu exagéré, voire mensonger. Certes, quelques disparitions et quelques meurtres viennent émailler le récit mais l'ambiance du roman ne correspond pas du tout à celle du thriller. C'est plutôt un bouquin de style contemporain, prenant appui sur un fond historique. Le suspense est apporté par la démarche d'Alice de retrouver Arlington et de lever le voile sur ce contrat établi avec Lucky. Le roman est donc construit sur une enquête, mais une belle place est laissée aux différents personnages, à leurs sentiments, ainsi qu'au dépaysement. Des plages normandes aux paysages américains, l'auteur n'hésite pas à nous faire faire des allers-retours entre la France et les États-Unis. J'ai trouvé le point de départ de l'intrigue, ce marché, plutôt original et j'ai apprécié suivre Alice sur la piste des personnes que Lucky a pu croiser dans son passé. Les personnages secondaires sont assez nombreux, autant du côté français que du côté américain, et le début peut paraître un peu flou car l'auteur nous ballade entre les diverses époques, mais le tout s'agence finalement bien et je ne me suis pas du tout sentie perdue à la lecture du roman.

J'ai donc avalé les pages sans m'en rendre compte, complètement immergée dans les paysages, et dans cette période historique si particulière. Le seul reproche que je ferais à ce roman, outre le fait que quelques pans de l'intrigue sont cousus de fil blanc, est le travail sur les personnages. Le personnage d'Alice est tellement parfait qu'il en devient agaçant : une jeune fille à la beauté renversante, tant aimée de Lucky et appréciée de tous, car douce, restant fidèle peu importe les circonstances. Cela a quelques chose de caricatural. De même que sa volonté (et celle de Lison) de rester célibataires pour respecter à jamais la mémoire de leurs hommes disparus. Cela a un petit côté "too much" et apporte à l'ensemble un excès de sentimentalisme qui n'a pas lieu d'être. J'ai aussi été très agacée par le personnage de Nick, le détective embauché par Alice pour retrouver la trace d'Arlington. Grossier, ennuyeux et ennuyant, les passages qui lui sont consacrés ne sont pas du tout agréables à lire. D'autant plus qu'on a accès à toutes ses pensées, ce qui crée des longueurs inutiles. Le dénouement, lorsqu'il ouvre une agence sur une île brésilienne, est là aussi un peu disproportionnée, et entre en dissonance avec le reste de l'intrigue.

Outre ce bémol concernant les personnages, j'ai passé un agréable moment avec ce premier roman de Michel BUSSI. J'ai pu constater qu'il ne faisait pas l'unanimité chez les lecteurs, mais pour ma part, cela a fonctionné. Le point de départ est original, les différents personnages et les allers-retours entre présent et passé nous permettent de ne pas nous ennuyer. Un roman agréable à glisser dans sa valise pour quelques vacances !
Dernières infos.
 
Gravé dans le sable a été publié en 2007 et compte 478 pages.

Ma note.
Challenges.
 
Défi lecture 2022 : Consigne 76 - Livre qui contient une blague (écrite ou faite).  - 29/100

jeudi 11 août 2022

L'univers à portée de main - Christophe Galfard

En résumé.

Qui a dit que la compréhension - ou l'incompréhension - de l'univers était réservée à une poignée de scientifiques brillants ? Qui a dit que le commun des mortels ne pourrait jamais faire l'expérience de l'infiniment petit ou de l'infiniment grand ? Qui a dit que nous ne pourrions jamais voyager jusqu'aux confins de l'univers, remonter à son origine ? Pas Christophe GALFARD en tout cas. Ce physicien, spécialisé dans la physique quantique et disciple de Stephen HAWKING fait la promesse au lecteur de lui faire découvrir en toute simplicité les théories qui nous permettent actuellement d'appréhender l'univers. Dans ce roman scientifique, pas d'équation interminable, pas de phrases alambiquées au jargon incompréhensible, juste le désir de rendre la science accessible au plus grand nombre. L'auteur propose ainsi de partir à la découverte de ce qui compose notre univers (du moins de ce qu'on en sait), de remonter l'espace-temps pour imaginer ce qui a pu précéder le Big-Bang et de s'interroger sur la forme prise par notre univers, ou nos univers. Prêts à décoller ?

Mon avis.

Je ne sais pas vous, mais moi, l'univers, ça me fascine ! Face à la bêtise humaine, je me dis souvent qu'il est rassurant de n'être finalement pas grand chose dans l'immensité de ce qui nous entoure. Se dire aussi qu'il y a tellement de choses que nous ne comprenons pas, et que nous ne comprendrons jamais, se dire qu'il y a des réalités qui nous échappent, se dire que nous ne maîtrisons pas tout, alors que nous cherchons justement à tout maîtriser. Fan des documentaires sur l'espace, j'avais envie de découvrir l'univers par l'écrit. Ce roman scientifique m'a fait de l’œil, d'autant plus qu'on croise souvent Christophe GALFARD sur les plateaux TV ou sur les ondes radio. La question est la suivante : tient-il sa promesse d'un récit accessible à tous ?

J'attendais l'été, avoir une vue dégagée sur les étoiles, confortablement installée dans mon transat, pour faire l'expérience de ce livre. Dès les premières pages et pendant la totalité du livre, l'auteur s'adresse au lecteur à la seconde personne du pluriel. Il lui propose de s'imaginer sur une île déserte, prêt à voyager jusqu'aux confins de l'univers à la vitesse de la lumière. A la manière d'une séance d'hypnose, on se laisse totalement embarquer, les cinq sens en éveil pour appréhender l'infiniment grand, mais aussi l’infiniment petit. Si la visualisation est essentielle pour s’imaginer ces espaces démesurés, être ébloui par les couleurs des étoiles qui meurent, la sensation tactile devient primordiale lorsqu'il s'agit d'appréhender l'infiniment petit. A cette échelle, plus rien n'est visible, alors il faut s'imaginer ressentir les différents champs quantiques qui nous traversent. Christophe GALFARD nous parle, toujours, nous embarque complètement dans son histoire, prend le soin de nous faire rire, de nous rassurer mais aussi de nous ménager. Parce qu'on sent qu'on est acteur de notre lecture, on retient dix fois mieux les informations qu'il cherche à nous faire ressentir. 

Pour ce qui est du contenu, c'est là que les choses se corsent (un peu). L'auteur a l'intention de dresser le portrait le plus complet possible des connaissances actuelles dans ce domaine. Pour moi qui suis très entière, qui accepte seulement le tout ou le rien, cette démarche me convient parfaitement. Le hic, c'est qu'il est très compliqué de donner un aperçu vulgarisé de décennies de recherche, tout en mentionnant aussi les mystères qui ne sont à ce jour pas élucidés. Si toute la première partie est en effet très accessible, les choses se compliquent lorsque les théories de la physique quantique entrent en jeu. Comme l'auteur le dit si bien, on est à des échelles tellement petites qu'on ne parvient plus à visualiser cette réalité qui nous dépasse. Malgré ses efforts pour rendre accessibles les notions de quarks, anti-quarks, photons et j'en passe, j'avoue qu'on peut rapidement se sentir perdu. Lorsqu'on découvre ces concepts pour la première fois, c'est difficile d'en appréhender tous les tenants et les aboutissants. Ce livre aurait peut-être mérité deux tomes pour qu'il puisse encore mieux explorer ces connaissances complexes. J'ai cherché des vidéos de vulgarisation scientifique sur Youtube pour accompagner ma lecture, sans trop de succès. Finalement, je me suis dit que je devrais relire ce livre plusieurs fois, pour laisser décanter les informations nouvellement apprises, avant de les approfondir. Ainsi, même si nous ne sommes pas des experts en physique, je pense que l'on parviendra toujours à glaner de nouvelles connaissances à la lecture de ce roman. Ayant déjà entendu les termes de "physique quantique" par le passé, je ne savais pas vraiment de quoi il s'agissait. Désormais, je sais que ce domaine s'applique à l'infiniment petit et que les choses à comprendre et à découvrir sont encore colossales.

Dans un sens, Christophe GALFARD parvient à tenir la promesse d'un livre accessible au plus grand nombre. Sa forme, très immersive, nous rend acteur et nous conduit à appréhender des concepts inédits. Néanmoins, pour les moins avertis, certains concepts, certaines avancées scientifiques restent difficiles à concevoir pour une première approche. Quoiqu'il en soit, nous ressortons de cette lecture moins bêtes, et il n'y a pas à dire, tout cela reste encore plus mystérieux, et donc fascinant. Ce genre de livre est une pépite, rares sont les spécialistes qui écrivent des bouquins de vulgarisation pour le grand public, alors même que nous devrions tous avoir la possibilité d'avoir accès à ces connaissances, même si elles sont exposées de façon superficielles. Rien que pour ça, ce livre mériterait d'avoir sa place dans toutes les bibliothèques de France, et d'ailleurs. 
Dernières infos.

L'univers à portée de main a été publié en 2015 et compte 593 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 37 - Livre écrit à la deuxième personne.  - 27/100

mercredi 3 août 2022

Ecoute la pluie tomber - Olivia Ruiz

En résumé.
 
Comme pour rendre un dernier hommage à sa nièce morte en couches, Carmen prend la plume pour retracer le destin de cette famille espagnole arrivée en France en 1939 pour fuir le franquisme. Une famille essentiellement composée de femmes, des femmes qui en veulent, qui ne rechignent jamais à la tâche et qui font tout pour préserver leur identité tout en se faisant une place dans leur terre d'accueil. Carmen, la petite dernière de la fratrie, très vite séparée de ses parents, entame sa jeunesse dans le café de sa sœur Rita et de son beau-frère Alain à Marseillette (du côté de Carcassonne). Profitant de la bienveillance de ses sœurs et des habitués du café, elle désire néanmoins s'en émanciper. Comme si le destin frappait à sa porte, elle a un jour le coup de foudre pour un torero arrivé de Tolède. Voyant dans cet amour soudain l'occasion de prendre son envol, elle le suivra sur son domaine, en Espagne. L'oiseau, fier de quitter le nid, aura pourtant rapidement les ailes coupés.

Mon avis.

Ayant été agréablement surprise par le premier roman d'Olivia RUIZ, La commode aux tiroirs de couleurs, j'avais très envie de me lancer dans son second roman, Écoute la pluie tomber, dont le titre est tiré d'un des personnages du roman, Escota quand ploú et qui trimballe avec lui toute sa poésie.

Avec ce second roman, l'auteur nous embarque une fois de plus sur le chemin de ses origines. L'Espagne, bien sûr, mais aussi Narbonne et surtout Marseillette. Ses grands-parents tenaient l'unique café-bar-restaurant-hôtel du village. La vie qui emplissait ce lieu a souvent été une source d'inspiration au cours de sa carrière. C'est donc tout naturellement que l'action principale de ce second roman se déroule dans ce lieu si cher à son cœur. Olivia RUIZ a également fait le choix de personnages essentiellement féminins, aux caractères bien trempés. On ne peut pas s'y tromper, même si les hommes sont présents, tantôt violents, tantôt charmeurs, il s'agit bien là d'une histoire de femmes. Des femmes espagnoles qui ont connu l'exil, la séparation, et la reconstruction dans un pays qui n'était pas le leur. Une seule solution, l'entraide, et la transmission. L'esprit de famille, la transmission de génération en génération semblent être des thèmes de prédilection pour cette artiste complète. 

Comme lors de ma lecture du premier roman, j'ai été complètement embarquée par l'univers proposé par Olivia RUIZ. Autant je me fabrique toujours des images mentales de ce que je lis, autant j'ajoute rarement des sons à ces images. Ici, c'est tout le contraire. Naturellement, la voix si particulière de l'auteur est venue me raconter cette histoire, j'ai entendu Carmen, Rita, Léonor et leurs voix fortes aux tonalités espagnoles, j'ai capté les bruits du café, les verres qui tintent, les chaises qu'on racle sur le sol, les hommes qui demandent leurs verres et les plateaux qui se renversent. Me reviennent en tête des images baignées de soleil, dans les décors des années 70. 

Le début de ce roman peut être déroutant car on ne comprend pas tout de suite qui est Carmen, Cali ou encore Rita. Alors que c'est Carmen qui s'exprime pendant la totalité du roman, il me semble que certaines premières pages sont aussi rédigées par Cali sans que ce soit annoncé, cela a pour conséquence de semer un peu le trouble dans la tête du lecteur. Puis tout revient dans l'ordre et on comprend que l'on aura affaire à Carmen. Je me suis là aussi laissée totalement embarquer par son parcours. Une vie semée d'embûches qui nous ballade de l'Espagne au sud de la France. Le suspense est toujours ménagée pour apporter un peu de rythme à l'intrigue générale. J'ai beaucoup aimé la fin, très émouvante, le décès de Cali bien sûr, encore plus dur à accepter maintenant que son personnage a été exploité, mais aussi l'histoire d'Escota quand ploú, jeune homme écorché vif. Heureusement que la roue va enfin tourner pour lui.

Voici un second roman réussi, que j'ai pris plaisir à découvrir et que j'ai dévoré en quelques heures. L'occasion de côtoyer la petite et la grande Histoire grâce à une galerie de personnages hauts en couleurs et à des scènes à la fois visuelles et sonores. Un roman à glisser dans son sac de plage !
Dernières infos.

Écoute la pluie tomber a été publié en 2022 et compte 198 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 66 - Livre dont le titre a plus de voyelles que de consonnes.  - 25/100

dimanche 31 juillet 2022

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange - Elif Shafak

En résumé.

Tout juste assassinée, Leila Tequila est jetée dans la benne à ordures, comme un vulgaire déchet. N'est-ce pas ce qui la caractérise aux yeux de la société turque, un déchet ? Elle qui était prostituée dans un quartier défavorisé d'Istanbul. Son corps gît au milieu des immondices, mais son esprit continue à travailler. Selon certaines études scientifiques, notre cerveau continuerait à fonctionner pendant 10 minutes et 38 secondes après notre mort physique, le temps pour la jeune femme de retracer ses souvenirs, depuis l'enfance jusqu'à son présent. Un parcours semé de faits horribles, comme l'arrachement à sa mère biologique, les agressions sexuelles de son oncle ou encore le mariage forcé. Toujours le poids des traditions et des superstitions qui ne l'a jamais quittée. Heureusement, Leila Tequila pourra compter sur l'amitié indéfectible de cinq personnes qu'elle rencontre au fil de sa vie. Ce seront les seuls à vouloir sauver l'honneur de la jeune femme en refusant qu'elle soit enterrée dans le cimetière des Abandonnés - cimetière qui existe réellement et qui regroupe en son sein tous les indésirés de la société.

Mon avis.

Je sais, ce n'est pas très correct, mais dans les transports en commun j'aime bien regarder ce que lisent les gens. C'est comme ça que j'ai découvert ce roman, mes yeux complètement attirés par la jolie couverture dont le camaïeu de bleu, rehaussé par quelques touches dorées, est très réussi. J'ai alors retenu le nom de l'auteur : Elif SHAFAK. Puis je l'ai un peu oublié pour en ré-entendre parler quelques jours plus tard. A cette occasion, j'ai découvert que cet auteur écrivait beaucoup sur la Turquie, son pays d'origine, dont elle dénonce les travers grâce à des œuvres de fiction mais tout de même inspirées de faits réels. C'est d'ailleurs le cas pour 10 minutes et 38 secondes das ce monde étrange. Ayant peu l'habitude de lire sur la Turquie, je me suis dit que ce serait l'occasion de réparer cet impair pour en apprendre davantage sur les mœurs contrastées de ce pays.

Le roman est organisé en deux parties : l'esprit et le corps. Ainsi, de façon assez logique, la partie "esprit" revient sur la vie de Leila telle qu'elle se la remémore alors que son cœur a cessé de battre. Chaque minute raconte une période de sa vie, de son enfance à sa vie de femme. La deuxième partie, "le corps" se situe après la mort de son esprit et est consacrée aux amis de Leila, et à la façon dont ils s'y prennent pour sauver à tout prix son corps afin qu'il ne repose dans ce cimetière des Abandonnés. 
 
J'ai trouvé que la qualité de ces deux parties était un peu inégale. Si la première partie est très intéressante et captivante, la seconde partie m'a parue infiniment longue, même si elle ne manque pas de rebondissements ni d'émotion. En réalité, j'ai lu ce roman pour Leila, pour connaître son parcours et sa vie. Durant toute ma lecture, je ne me suis jamais vraiment attachée à ce personnage mais j'ai apprécié découvrir à travers ses yeux la Turquie contemporaine. C'est un roman qui rend hommage aux femmes, mais aussi aux personnes qui sont jugées comme faibles ou indignes par la société de part de leur condition (prostituée, transexuelle, etc). On voit à quel les traditions volent à ces femmes l'occasion d'exister. Leila n'est jamais crue et aucune de ses décisions ne lui appartient véritablement, elle doit avant tout plaire aux hommes de la famille. Cette première partie est très émouvante, de part l'injustice des faits mais aussi de part la présentation de ses personnages secondaires. Binaz, la mère biologique de Leila, à qui on enlève sa fille, le frère handicapé de Leila, Sinan, son premier ami qui n'a rien de la virilité attendu par une société patriarcale, ses autres amies qui sont venues tenter leur chance dans ce pays, séduits par ce qu'on leur faisait miroiter, mais qui ont fini par se prostituer pour pouvoir continuer à vivre, aucun ne cadre avec le système, en cela ils sont reniés.

Je me suis tellement concentrée sur Leila et sur ces enjeux sociétaux que j'en ai un peu oublié ses amis. Si leurs parcours sont poignants à lire dans la première partie, je me suis un peu mélangée les pinceaux dans la seconde partie, lorsque l'intrigue se concentre sur eux. Ainsi, je pense que je suis passée à côté de leurs personnalités et cela a eu pour conséquence de moins me faire apprécier cette deuxième partie. Malgré les valeurs d'amitié défendues et qui éclairent le côté très sombre de ce roman, sa lecture m'a semblé interminable et un peu glauque, je dois le dire. On imagine la misère ambiante, ces personnages éclectiques qui se débattent avec ce qu'ils ont, la mort qui rôde et ce corps qu'ils déterrent. Ainsi, j'aurais préféré que la première partie empiète davantage sur cette seconde partie qui tient une place un peu disproportionnée par rapport au reste de l'intrigue. 

Voilà un roman poignant, sérieux et parfois ardu à lire de part la noirceur de certains passages. Il nous permet néanmoins de découvrir une partie de la Turquie qui tranche avec ses stations balnéaires à touristes. La beauté de certains personnages secondaires, tout comme les valeurs des amis de Leila viennent apporter quelques touches à un tableau très sombre dans l'ensemble, quelques notes d'espoir dans un monde inhumain.
Dernières infos.

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange a été publié en 2019 pour la version originale et compte 385 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 31 - Livre dans lequel l'amitié tient une grande place.  - 24/100

dimanche 24 juillet 2022

Une vraie mère... ou presque - Didier van Cauwelaert

En résumé.
 
Pierre, écrivain de métier, hérite de la voiture et de l'appartement niçois de sa mère lorsque celle-ci décède. Enchaînant les allers-retours entre son domicile et cet appartement secondaire au volant de la vieille Renault, il multiplie les occasions de retrait de points pour excès de vitesse. Tellement qu'un courrier, adressé à sa défunte mère, l'informe que cette dernière est conviée à un stage de récupération de points puisque la carte grise de la voiture était toujours à son nom. Que faire ? Avouer la vérité auprès des autorités ? Lucie Castagnol, voisine de chambre de la tante de Pierre dans son EHPAD et comédienne à la retraite, lui propose une autre solution : se mettre dans la peau de Simone, la défunte, et se présenter ainsi au stage. Séduit par cette proposition, Pierre accepte, sans imaginer qu'un simple jeu de rôle pourra complètement le dépasser.

Mon avis.

En panne de livres (bon, pas vraiment, mais je n'avais pas envie de piocher dans ma PAL...), j'ai demandé à mon amoureux de me choisir un bouquin au hasard à la médiathèque. Après des recherches intenses, animées par la peur de se tromper, il me tendait fébrilement le dernier van Cauwelaert, Une vraie mère... ou presque. Pour être honnête, je ne me serais pas spontanément dirigée vers ce genre de livre. Ce type d'intrigue n'est pas ce qui m'intéresse en général, mais je reste fidèle à mon credo : rester ouverte à tout type de littérature. C'est donc avec curiosité que je me lançais dans ce roman.

A première vue, ce livre a tout d'une comédie sympathique qui pourrait être tout à fait adaptée en téléfilm à la sauce TF1 ou M6. L'intrigue peut paraître déjantée : une mère qui meurt d'un coup de bière aux obsèques de son cancérologue, un fils qui se retrouve dans le pétrin après avoir "usurpé" l'identité de sa mère pour ne pas perdre de points suite à ses multiples excès de vitesse et une comédienne à la retraite qui parvient à  incarner trait pour trait la défunte... Avouez que ce n'est pas tous les jours que ce scénario se produit ! Ce n'est pas le genre d'humour auquel je suis sensible d'habitude, je trouve que c'est souvent trop en faire que d'extrapoler les situations pour faire rire à tout prix. Je n'ai donc pas été une bonne candidate mais je suis sûre que l'enchaînement de ces situations rocambolesques peut faire sourire, ou rire d'autres lecteurs.

En revanche, j'ai été plus sensible à la toile de fond du roman ainsi qu'aux personnages de Pierre et de Lucie. Il est avant tout question du deuil dans ce roman, comment faire son deuil, comment raconter la personne qui n'est plus, comment raviver les souvenirs. C'est un peu ce que Pierre a du mal à faire, surtout qu'il souhaite écrire un roman sur sa mère mais ne trouve pas les mots pour lui rendre hommage. Lucie, en la faisant revivre, va l'accompagner sur ce chemin, notamment en lui rappelant des souvenirs qu'il a pu vivre avec elle. Seulement, est-ce une bonne façon de faire son deuil, que de se conforter dans l'illusion que le défunt existe toujours ? On sent que Pierre est complètement happé, comme un aimant, vers ce double maternel. Même s'il est convaincu que la situation est malsaine, il n'arrive pas à se libérer de Lucie et de ce qu'elle représente pour lui. En vérité, elle l'empêche de sombrer dans les regrets et le chagrin, premières étapes du deuil pourtant. Il faut dire que Lucie n'est pas très saine non plus dans ce jeu-là. On ne sait finalement pas grand chose sur elle, mis à part le fait qu'elle est extravertie et qu'elle aime être au centre de l'attention. Elle aime tellement ça que ça cache quelque chose, comme si prendre la place d'une autre lui permettait de se guérir. On peut aussi parfois faire l'hypothèse qu'elle a un côté malade, au sens psychiatrique du terme, tellement elle non plus ne peut plus se dégager du personnage de Simone, comme si cela lui permettait de s'imaginer vivre une seconde vie. Ainsi, avec ces deux personnages, on flirte toujours sur la corde sensible, qui se brise à plusieurs reprises, mais qui finit toujours par se renouer tant le jeu permet de masquer des blessures à vif. Si je trouve ces deux personnages intéressants, je n'ai pas été séduite par la compagne de Pierre, même si elle se révèle être quelqu'un de très humain en fin de livre.

Voilà donc un roman aux deux visages, un plutôt superficiel avec ses traits d'humour, et un autre plutôt profond qui interroge le lecteur sur le deuil. Si la trame narrative a quelques côtés intéressants, je pense que ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable, et qu'il aura vite fait de rejoindre les dizaines d'autres que j'ai apprécié découvrir sur le coup mais que j'ai complètement oublié avec le temps. Un dernier mot pour dire que ce roman est le premier que je lis et qui fait mention de la COVID et de la période du confinement. Cela méritait d'être souligné !
 Dernières infos.

Une vraie mère... ou presque a été publié en 2022 et compte 208 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 11 - Titre avec un lien de parenté.  - 23/100

mercredi 20 juillet 2022

Les rois maudits - Maurice Druon

TOME 1 : Le roi de fer
 
En résumé :  Début du XIVème siècle, Philippe le Bel règne d'une main de fer sur le territoire qui composait alors la France. Père de quatre enfants, trois garçons et une fille - cette dernière étant marié au roi d'Angleterre - Philippe IV est certain que ses efforts pour réformer le royaume de France ne seront pas vains et que ses héritiers auront à cœur de poursuivre les luttes engagées pour centraliser le pouvoir. En attendant, le royaume est à sec, les caisses sont vides. Soutenu par ses plus proches conseillers, Philippe le Bel décide de mettre fin à l'organisation des Templiers, détentrice d'une fortune colossale, afin de faire main basse sur leurs biens financiers et immobiliers pour renflouer le Trésor. Après plusieurs années de procès dont l'objectif est de faire tomber un à un les Templiers, les quatre plus hauts dignitaires sont emmenés sur le bûcher. Au milieu d'une foule friande de ces événements, alors que les flammes commencent à s'emparer de lui et afin de se venger de l'injustice de la sanction, Jacques de Molay jette une malédiction sur le royaume de France : dans l'année, mourront le pape Clément, le Garde des Sceaux Guillaume de Nogaret et le roi, Philippe IV. Jacques de Molay appelle également à ce que leur dynastie soit maudite jusqu'à la septième génération.

Dans le même temps, des conflits d'héritage agitent l'Artois. Robert III d'Artois ne digère pas que Philippe le Bel ait confié les terres d'Artois à sa tante Mahaut suite aux décès de son père Philippe d'Artois, puis de son grand-père Robert II d'Artois. Afin de se venger, et de faire en sorte que son dû lui revienne, Robert d'Artois décide de faire tomber Mahaut dont les deux filles et la nièce ont été mariées aux fils de Philippe le Bel. Seulement ces jeunes filles ont des amants, et Robert d'Artois compte bien porter le scandale à la connaissance de tous, aidé par Isabelle, la fille de Philippe le Bel qui n'a jamais porté ses belles-sœurs dans son cœur.

Les petites histoires s'entremêlent, les chemins se croisent, le tout convergeant vers la grande Histoire, marquée par des années de tragédie, selon le souhait de Jacques de Molay.

Mon avis : Qu'il est difficile d'entamer les grands classiques, dont on connaît la renommée. On a toujours peu d'être déçu ou de passer à côté de quelque chose. Autant dire que l'enjeu étant grand lorsque j'ai tourné les premières pages de ce premier tome. Même si je prends plaisir à lire des romans historiques dont les connaissances restent toujours accessibles grâce à leur forme romancée, l'Histoire n'a jamais été ma tasse de thé. A mon plus grand regret, je confonds les dates, les personnages historiques, et les faits historiques ont bien du mal à s'inscrire dans ma mémoire. Ainsi, l'entrée dans cette intrigue fut un peu compliquée, heureusement que mon amoureux l'a lu en même temps que moi pour m'éclairer sur l'époque et les événements historiques qui ont marqué ce siècle de tourments. Comme vous avez pu le constater à la lecture du résumé, les personnages sont très nombreux (et encore, je ne les ai pas tous mentionnés !), tout comme les intrigues. Les coutumes et le système politique de l'époque sont également très différents des nôtres. Ainsi, si l'on n'a pas de connaissances au préalable, je trouve qu'il est difficile d'appréhender tous les tenants et les aboutissants à la simple lecture de ce roman de Maurice DRUON. Néanmoins, une fois que l'on a compris dans les grandes lignes les objectifs de chaque personnage, il est facile de s'immerger dans l'intrigue générale. J'ai apprécié en apprendre davantage sur cette période. L'auteur a fourni un travail important pour restituer de façon la plus fidèle possible les enjeux qui agitent le royaume de France, sans oublier les intérêts et sentiments de chacun des personnages qui ont des répercussions cruciales sur l'avenir de la France. Par définition, cette période de l'histoire de France est passionnante et promet plein de rebondissements. Le côté mystique, avec cette malédiction lancée par Jacques de Molay ne peut que nous interpeler puisqu'elle va se vérifier. Ce début de saga est prometteuse pour la suite. Le style de Maurice DRUON est soutenu, difficile parfois d'avoir accès à tout ce qu'il écrit, mais l'ensemble reste quand même abordable. Je dirais qu'il faut un peu de patience et quelques efforts pour débuter puis ça roule tout seul une fois que la machine est lancée !

Ma note : 3/5

Challenges : 
Défi lecture 2022 : Consigne 20 - Livre où un personnage fait partie d'une guilde, une confrérie, une société secrète.  - 22/100

lundi 18 juillet 2022

Matilda - Roald Dahl

En résumé.

Du haut de ses cinq ans, Matilda est une petite fille curieuse et vive d'esprit, passionnée par les livres. A son âge, elle sait déjà lire, ayant appris toute seule, et a déjà découvert les plus grands classiques de la littérature anglaise. Jolie, intelligente, agréable, elle a tout pour faire la fierté de ses parents. Pour autant, sa famille ne lui accorde aucune attention. La mère de Matilda est une femme vulgaire, ayant pour principale occupation la télévision et les plateaux repas devant la télévision. Le père de Matilda est à la tête d'un garage dont l'activité principale est d'escroquer les clients en leur revendant des voitures d'occasion pourries mais trafiquées au préalable pour qu'elles paraissent neuves. Dans cet environnement délétère, Matilda a dû mal à trouver sa place et ne rêve que d'une chose : aller à l'école. Mais là aussi, les déceptions seront nombreuses. Ses journées seront gâchées par l'horrible Mademoiselle Legourdin, directrice à l'allure militaire, odieuse avec les enfants, et toujours à l'initiative de punitions inhumaines. Heureusement, Matilda pourra compter sur son enseignante, Mademoiselle Candy, jeune femme douce et sensible qui s'aperçoit rapidement de l'intelligence hors-norme de son élève. Ensemble, elles vont prouver que l'intelligence peut vaincre l'idiotie et la cruauté.

Mon avis.

J'ai découvert Matilda lorsque j'étais en 6ème, et je me souviens avoir apprécié ce roman jeunesse malicieux et ingénieux, comme la plupart des romans de Roald DAHL. J'étais curieuse de le relire avec mes yeux d'adulte, c'est désormais chose faite ! 

Comme bien souvent dans les romans jeunesse, il y a deux niveaux de lecture : celui pour les enfants et celui pour les adultes. Parlons d'abord de celui des enfants. Roman conseillé à partir de 9 ans par les éditions Gallimard Jeunesse, Matilda est construit comme un conte. Elle joue le rôle de Cendrillon, petite fille jolie, sensible et vive mais dont le potentiel est gâché par un environnement maltraitant. Sur sa route, elle va avoir affaire à d'autres personnages malfaisants. Néanmoins et comme dans la plupart des contes, elle triomphera et tout se terminera dans l'allégresse. Une trame narrative plutôt banale, des personnages caricaturaux, et pourtant cette histoire a tout pour plaire au jeune public, grâce aux petites notes d'humour dont fait preuve l'auteur. J'ai notamment beaucoup apprécié les coups pendables qu'elle prépare pour se venger du manque de considération de ses parents. Matilda a également tout de l'héroïne parfaite à laquelle chaque enfant aimerait s'identifier.

A présent, passons du côté des adultes. Comme dans tout bon conte qui se respecte, les personnages et l'intrigue sont en réalité au service d'un message de fond, d'une morale, de valeurs portées par l'auteur. Ici, plusieurs thématiques sont abordées : le danger des écrans vus comme un moyen d'abrutir les téléspectateurs, et leur retentissement dans la vie de famille (et dire que ce roman a été publié en 1988...), le machisme et plus généralement la supériorité masculine mais aussi la maltraitance infantile. Afin de bien marquer les lecteurs, Roald DAHL n'y est pas allé par quatre chemins tant les travers dénoncés sont exagérés, impossible de passer à côté. La morale de l'histoire est plutôt claire : ce sont finalement l'intelligence, la sensibilité et la douceur - qualités portées par une petite fille et par une jeune femme - qui finissent par l'emporter sur la cruauté et la bêtise.

J'ai apprécié de relire ce classique de la littérature jeunesse. C'est une lecture agréable, rapide et qui nous fait retomber en enfance. J'avoue que je suis friande des passages de "vengeance" de la part de Matilda, des tours toujours ingénieux que l'on aimerait parfois reproduire dans la réalité pour solutionner des situations qui peuvent nous paraître injustes. Néanmoins, j'ai un peu moins apprécié l'exagération générale du bouquin. Des personnages caricaturaux à l'extrême, ainsi que les talents exagérés de Matilda (qui a le pouvoir de déplacer des objets par la pensée tout de même !) n'ont pas plu à mon regard d'adulte qui aime bien le terre à terre.

Quoiqu'il en soit, une lecture plaisante à glisser dans sa poche, à partager avec les jeunes de son entourage, ou pas ! 
 Dernières infos.

Matilda a été publié en 1988 pour la version originale et compte 257 pages (avec beaucoup d'illustrations).

Ma note.
Challenges.
 

samedi 18 juin 2022

La tresse - Laetitia Colombani

En résumé.

Inde. Smita fait partie des Intouchables, cette partie de la population indienne qui n'a aucun droit, même pas celui d'être regardée. Pour survivre, elle est condamnée aux travaux les plus ingrats. Loin d'être convaincue par l'aspect immuable de sa condition, elle souhaite donner à sa fille un avenir meilleur, en se battant bec et ongles pour l'inscrire à l'école.

Sicile. Giulia travaille dans l'atelier de son père, un atelier consacré à la fabrication de perruques dans la pure tradition sicilienne. Lorsque son père est victime d'un accident, Giulia découvre que son entreprise est criblée de dettes. Dans le même temps, elle rencontre un jeune homme dont elle tombe rapidement amoureuse. Ensemble, ils devront trouver la solution pour redresser leur commerce.

Canada. Sarah est une brillante avocate. Pour en arriver là, elle a tout sacrifié, sa vie de femme, d'épouse et de maman. Alors qu'elle est sur le point de gravir encore des échelons en étant promue à la tête de son cabinet, elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Elle va alors aller de désillusions en désillusions, découvrant le vrai visage de ses collègues.

Ces trois femmes, bien qu'habitant des continents différents, vont être liées par ce qu'elles ont de plus précieux.

Mon avis.

J'ai mis du temps avant de me plonger dans ce phénomène littéraire. Je me méfie toujours un peu des romans qui provoquent l'engouement des lecteurs. On les voit être tellement plébiscités qu'on finit par en attendre beaucoup, et le risque est d'être déçu. En lisant plusieurs chroniques de blogueurs, j'ai vu que La tresse avait eu cet effet : beaucoup d'entre eux avaient des attentes élevées et ont fini par être déçus par l'aspect trop concis de ce roman. Pour ma part, je n'en attendais pas grand chose. J'étais juste à la recherche d'un roman agréable, plutôt rapide mais percutant, à lire dans les transports. Contrat rempli, je suis facilement rentrée dans l'histoire dont je me souviens toujours alors que j'ai reposé le livre il y a déjà plusieurs semaines.

Au-delà de son contenu puissant et émouvant, ce que j'ai préféré dans ce roman est la façon dont il est construit. L'auteur part du particulier, les histoires singulières de ces trois femmes qui n'ont a priori rien en commun, pour progressivement aller vers le général, à savoir ce qui lie les femmes entre elles. Progressivement, Laetitia COLOMBANI se sert de ces trois brins pour bâtir une tresse, telle un artisan de l'écriture qui contribuerait à sa manière à construire des ponts entre des univers bien différents. C'est ce que révèlent ces passages en italique égrainés tout au long du récit, la patience de l'écrivain qui tisse des histoires dans son atelier, en imagine les personnages, les décors puis qui parvient à en extraire la quintessence. Ainsi, j'ai été bluffée par le dénouement auquel je ne m'attendais pas du tout. Pendant toute la première partie du livre, je me suis demandée quel était le lien entre ces trois femmes, et surtout quel était le lien avec le titre, " la tresse ", et puis une fois que tout s'éclaire, cela nous semble évident et terriblement habile de la part de l'auteur. On assiste au tissage du lien entre ces trois femmes auxquelles on s'est attaché, alors qu'elles mêmes ne savent pas en quoi elles deviennent si indispensables les unes pour les autres. C'est émouvant d'assister à la naissance de cette chaîne de solidarité.

Roman résolument féminin, il raconte les combats si différents de ces trois femmes dont le point commun est de trouver sa place et sa liberté au sein d'une société qui ne leur laisse pas toujours l'opportunité de s'exprimer. Bien sûr, nous avons une préférence pour l'un ou l'autre des parcours. Pour ma part, j'ai été emportée par les trois, car chacun est captivant à sa manière. Pour le lecteur occidental, celui de Smita est peut-être le plus poignant car il nous fait découvrir une réalité si éloignée de la nôtre, tant sur le plan géographique que social. Voir cette femme soumise à de si basses besognes se battre pour que sa fille ait le droit d'aller à l'école est évidemment révoltant et injuste. J'ai également été émue par le combat de Sarah. Bien qu'il soit un peu caricatural, je pense qu'il n'est pas très éloigné de ce que certaines femmes vivent dans leur milieu professionnel, ni de la conciliation difficile entre vie privée et vie professionnelle au XXIème siècle en Occident. Même si elle reste porteuse d'enjeux, l'histoire de Giulia apporte un petit vent de fraîcheur sur l'ensemble du roman, grâce à l'histoire d'amour naissante avec cet homme qui va s'avérer crucial pour le reste de sa vie. Bien que ces parcours ne soient pas toujours très roses, j'ai apprécié voyager dans ces trois continents, parcourir autant de kilomètres pour découvrir des lieux de vie et des destins si différents. L'auteur aurait eu matière à développer ces trois intrigues et à faire de ce roman un pavé, mais le style concis m'a plu aussi. Elle va droit au but, l'essentiel est dit et le message est très clair malgré le peu de développements.

La tresse est assurément un roman à découvrir. J'ai été complètement embarquée par les histoires de ces trois femmes qui finissent par se rejoindre pour former un final inattendu et efficace. A mettre cet été dans la valise de tout bon lecteur qui se respecte !
Dernières infos. 

La tresse a été publié en 2017 et compte 222 pages. 

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 8 - Livre d'un auteur inconnu pour vous - 20/100

dimanche 29 mai 2022

La guerre des métaux rares - Guillaume Pitron

En résumé.

On n'en entend peu parler, et pourtant, ils sont partout : les métaux rares. Indium, antimoine, germanium, terres rares, autant de mots qui ne nous évoquent pas grand chose si l'on n'est pas féru de sciences. Et pourtant, nous avons quelques grammes de ces métaux dans nos mains tous les jours, dans nos téléphones et dans nos ordinateurs portables. Ils sont aussi dans nos téléviseurs à écran plat, nos tablettes, nos voitures électriques, nos panneaux solaires, nos éoliennes et plus largement dans nos engins militaires. En fait, ce sont eux qui permettent la grande révolution numérique que nous connaissons actuellement, ils sont aussi indissociables de la fameuse transition énergétique, soit l'abandon du pétrole pour des procédés plus propres. Ainsi, notre avenir, celui d'une planète habitable, repose sur l'emploi de ces métaux rares dans une industrie 2.0. Seulement voilà, l'exploitation de ces métaux posent de sérieux problèmes. Leur rareté, déjà, entre en contradiction avec l'avidité de l'Homme. Leur extraction, ensuite, représente un coût environnemental très important, que l'on délocalise, évidemment. Leur pouvoir géopolitique, enfin, rabat les cartes d'un monde jusqu'alors dominé par la puissance américaine. Celui qui les possède et les exploite devient le roi du monde. Ça, la Chine l'a bien compris.

Mon avis.

Ayant par le passé déjà entendu parler des métaux rares comme étant un des principaux problèmes des voitures électriques, je fus immédiatement attirée par ce bouquin lorsque je parcourais le rayon écologie de ma librairie. Rien qu'à la lecture de la quatrième de couverture, on comprend qu'il est une nécessité de lire à ce sujet, ne serait-ce que parce que les enjeux sont cruciaux pour notre avenir.

Parce que c'est un thème qui m'est cher, j'ai l'habitude de lire sur l'état de notre monde. Réchauffement climatique, modes de consommation outranciers, modèle capitaliste désuet et inadéquat, disparition massive des espèces, pollution chimique, toutes ces problématiques n'ont plus de secret pour moi. Néanmoins, j'avais peu exploré la thématique des métaux rares, et pour cause, personne n'en parle. Alors, les découvertes furent nombreuses mais aussi terrifiantes. Sans être trop long ni trop complexe, cet essai offre un examen approfondi du sujet. Il part d'un état des lieux sur nos besoins en métaux rares qui sont absolument énormes puisqu'on les retrouve partout dans nos nouveaux modes de consommation, en lien avec le numérique, mais aussi avec la transformation verte de nos moyens de produire de l'énergie, ou encore de nous transporter. L'auteur enchaîne ensuite sur le paradoxe entre la rareté de ces métaux et les besoins croissants de l'humanité. A cela s'ajoutent les coûts environnementaux d'extraction qui sont irréels et en complète opposition avec le respect des biens naturels qui devient plus qu'urgent si l'on veut garder une planète à peu près habitable. Ainsi, nous produisons du vert avec des procédés qui polluent encore davantage que l'utilisation du pétrole. Guillaume PITRON finit de nous achever en évoquant les enjeux géopolitiques inhérents à la détention de ces métaux rares. Ainsi, celui qui les possède conserve une longueur d'avance certaine sur les autres pays, quitte à faire pression sur eux en contrôlant l'export de ces matières. Ainsi, la quasi totalité de ces ressources sont aujourd'hui détenues par la Chine, ce qui nous laisse dans un état de dépendance vis-à-vis de ce pays qui ne connaît aucune limite, encore moins environnementale (les métaux sont extraits dans des conditions épouvantables). Cela va même plus loin, puisque grâce à ses stocks impressionnants de métaux rares, elle a pu attirer le savoir-faire étranger en matière de numérique dans ses propres usines pour in fine s'emparer des méthodes de construction et proposer encore mieux à un marché toujours grandissant.

En lisant ce livre documentaire, j'ai évidemment été horrifiée par tout ce qui y est raconté. Mais je crois que ce qui m'a mise le plus en colère est le silence qui est fait autour de l'importance de ces métaux. Tout notre avenir repose sur quelques grammes de ces ressources providentielles et personne n'est au courant, tout le monde se jette à corps perdu dans des solutions qui nous donnent bonne conscience : rouler dans une voiture électrique, envoyer des mails plutôt que des lettres pour faire des économies de papier, télétravailler pour pouvoir jardiner quelques pieds de tomates. Autant d'actes, qui, s'ils donnent l'illusion de bâtir jour après jour un monde meilleur, nous précipitent encore plus vite vers un monde privé de sa biodiversité et quasi-irrespirable. Je suis en colère devant le fait que les décisions soient prises par une poignée d'individus qui ne prennent même pas la peine de présenter les enjeux de ces mêmes décisions. Il faut consommer des voitures électriques, cela nous sauvera, mais sait-on au moins avec quoi et comment ces voitures sont fabriquées ? Nous laisse t-on le choix (éclairé) de nous opposer à ces décisions qui sont enrobées de jolies mots et de pubs obéissant aux règles du green-washing ? Au-delà de cette opacité de l'information et du manque de consultation citoyenne, je suis toujours aussi atterrée devant la capacité de l'Homme à se mentir à lui-même et à s'entêter dans des procédés qui ne sont pas viables, tout ça pour produire toujours plus et s'offrir un confort qui devient inutile. La promesse d'un monde d'après... Peut-être pire que celui du monde d'avant.

Voilà un essai qui demande du courage pour être lu, car ce qu'il dénonce n'a pas de quoi donner du baume au cœur. Pour autant, à l'heure où nos modes de consommation deviennent les thématiques principales du débat public, je pense qu'il est indispensable de lire ce genre de bouquin qui a le mérite de remettre l'église au milieu du village. Quelques pages peuvent paraître un poil techniques, mais l'essentiel est accessible, en tout cas suffisamment pour se faire une idée claire sur le sujet.
Dernières infos. 
 
La guerre des métaux rares a été publié en 2018 et compte 253 pages.
 
Ma note.
Challenges.
 
Défi lecture 2022 : Consigne 65 - Livre dont le titre contient plus de quatre fois la même lettre - 19/100