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lundi 2 août 2021

Le symbole perdu - Dan Brown

En résumé.

Le professeur de symbologie Robert Langdon est convoqué de toute urgence au Capitole pour y donner un discours sur les symboles de ce monument phare de la capitale des États-Unis, Washington. Le commanditaire n'est autre que Peter Solomon, ami de longue date de Robert, franc-maçon de haut-grade et à la tête d'une fortune qui l'a rendu célèbre. Robert atterrit en pleine nuit à Washington, ses feuilles de note tenant par miracle dans ses mains tremblantes d'émotion à l'idée de s'exprimer devant un parterre d'hommes riches et puissants. Seulement, lorsqu'il pénètre dans la Rotonde, aucun de ces hommes n'est présent, pas même son ami Peter. Non, seule une macabre mise en scène l'attend, une main gît en plein milieu de cette salle mythique du Capitole, un doigt pointé vers une peinture qui couvre le plafond. Le professeur, terrorisé par cette découverte sordide, ne tarde pas à reconnaître la bague qui orne un des doigts de la main, une bague à l'effigie des francs-maçons, une bague qui appartient à Peter Solomon... Le tout accompagné d'un message mystérieux. Il n'y a plus de doute, son compagnon de longue date est en danger. Une enquête qui mènera Robert Langdon et ses acolytes, ou ses détracteurs, aux quatre coins de cette ville pétrie de symboles, Washington.
 
Mon avis.

Le mois de Juillet étant placé sous le signe des Etats-Unis (challenge En 2021, je voyage.), j'ai eu envie de me plonger dans un nouveau Dan BROWN, après avoir lu quelques années plus tôt Anges & démons, et Da Vinci Code. Si ce troisième tome mettant en scène le désormais célèbre Robert Langdon tient ses promesses en termes de suspense et de rebondissements, il n'en demeure pas moins que sa structure suit trait pour trait celle des précédents tomes, donnant l'impression au lecteur que Dan BROWN peine à se renouveler.

On veut du thriller, on a du thriller, sans aucun doute. Méchant à la carrure imposante, check. Mises en scènes macabres, check. Meurtres originaux et pervers, check. Suspense, check. Course-poursuites, check. Mais cela ne fait pas tout, malheureusement. J'ai eu cette fâcheuse impression de relire mot pour mot Da Vinci Code. Seuls les lieux et la société secrète mise en avant changent. Sinon, c'est exactement la même structure : un Robert Langdon pris au piège mais dont les connaissances et l'esprit logique viendront à bout des plus grands secrets que le monde ait connus, il se fera aider par une femme incroyablement séduisante et intelligente, ici la sœur de Peter (dans Da Vinci Code, c'était la nièce de Jacques Saunière), un méchant au physique rebutant et effrayant, et bien sûr des sociétés secrètes, des énigmes dans tous les sens, des symboles, des messages cryptés, et des secrets en veux-tu en voilà. En dehors de ces répétitions qui finissent par nous lasser, on ne peut pas non plus compter sur un style d'écriture particulièrement travaillé. Le contenu est lui-même répétitif, Dan BROWN multiplie les questions, toujours les mêmes, sans vraiment nous apporter de réponses. On voit qu'il brode, brode pour nous maintenir en haleine mais ces paragraphes inutiles finissent plutôt par nous ennuyer. L'histoire aurait tout aussi pu être bouclée avec deux cent pages de moins, ce qui lui aurait peut-être permis de gagner en densité. On est face à un produit très codifié, largement marketing, comme si en littérature aussi, il suffisait de répéter les mêmes règles pour arriver au même succès.

Pour ce qui est du contenu, pas de miracle là non plus, on est toujours sur la même recette, les sociétés secrètes, ici la Franc-Maçonnerie, et le rapport entre croyances et science, avec ici la noétique mise en avant par Katherine Solomon. Pour ceux qui, comme moi, ne connaissent rien à ces thèmes, on finit toujours pas glaner quelques connaissances nouvelles par ci, par là, mais cette fois-ci, je n'ai pas vraiment su déceler l'objectif de l'auteur. Les explications sur les Mystères Anciens et sur ces secrets que Malak'h (le méchant) veut absolument percer m'ont laissée perplexe. Je ne suis pas sûre d'avoir tout bien compris car les envolées lyriques sont nombreuses, peu sensible aussi au pouvoir du sacré et au poids des anciennes générations qui auraient trouvé la clé pour permettre à l'homme de s'élever vers un niveau supérieur. Si ce thème n'a pas trouvé en moi un écho retentissant, j'ai davantage apprécié le jeu de piste qui nous conduit dans plusieurs coins de Washington. Ayant eu la chance d'y aller il y a quelques années, j'ai pu me remémorer quelques lieux marquants comme le Capitole ou le Washington Monument. C'est également intéressant de connaître quelques secrets qui entourent la construction de ces célèbres monuments, même s'il ne faut pas oublier que Le symbole perdu est avant tout une œuvre de fiction. Enfin, le dénouement est lui aussi un peu décevant. Contrairement à d'autres lecteurs, je ne l'ai pas vu venir mais j'ai trouvé que la toute fin était quand même tirée par les cheveux, avec un Peter Solomon privé d'une main et à bout de forces mais qui parvient quand même à guider Robert Langdon dans de nouveaux lieux, tout en lui expliquant les ultimes secrets. Mouais bof niveau cohérence du récit.

Voilà un thriller à la sauce américaine qui nous occupe pendant quelques jours mais qui contient plusieurs faiblesses, à commencer par la plus flagrante, celle d'être un bis repetita des deux premiers romans de Dan BROWN. Sa plume ne parvient pas à rattraper le tout, trop de lourdeurs, de relances tapageuses et de répétitions. Heureusement que le fond rattrape un peu la forme, même si bien des thèmes restent difficiles d'accès à des non initiés.  Si vous déjà lu du Dan BROWN, attendez-vous à être un peu déçu. En revanche, s'il s'agit de votre premier roman de cet auteur, peut-être serez-vous agréablement surpris par le suspense et par la documentation de l'auteur. Pour ma part, j'ai quand même la curiosité de me plonger dans les deux derniers tomes (à ce jour) de la "saga" Langdon, en espérant retrouver la bonne surprise que j'avais eue lors de ma lecture d'Anges & Démons.
Dernières infos.

Le symbole perdu a été publié en 2009 et compte 725 pages (format poche).

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 56 - Un livre contenant un lien avec le tatouage : Malak'h (le méchant) est tatoué des pieds à la tête et l'ultime tatouage qu'il souhaite faire au sommet de son crâne est au cœur du récit - 29/100
En 2021... Je voyage : États-Unis (+ 15 points)

samedi 17 juillet 2021

Apprendre à parler avec les plantes - Marta Orriols

En résumé.

Paula Cid est médecin dans le service néonatalogie d'un hôpital de Barcelone. Passionnée par son métier, son quotidien est surtout rythmé par ses heures de garde et ses petits patients qui demandent déjà beaucoup de soin et d'attention. Elle ne le voit pas venir ce jour fatal de Février, cette décision qui bouleversera sa vie, cette rupture après quinze ans de vie commune. Mauro a pris les devants, il décide de quitter Paula, sans lui avoir laissé de signes annonciateurs pour se préparer. Quelques heures après ce repas au restaurant qui a tourné au vinaigre, Mauro se tue dans un accident. En une journée, Paula passe d'un quotidien calme et routinier à des journées de tourment, de longues minutes à ne plus savoir où elle en est, des mois à ruminer cette double peine que le destin lui inflige. Comment digérer la séparation, la trahison, et le deuil. Sur qui prendre appui, ses collègues, son père veuf depuis de longues années, Lidia, l'amie qui a toujours été là, ou ces hommes de passage qui ne remplaceront jamais Mauro. Une année d'interrogations, de doutes, de peine, une année avant de prendre un nouvel envol.

Mon avis.

L'Espagne est à l'honneur ce mois-ci dans le challenge "En 2021, je voyage...". C'est donc en partie pour cela que je me suis dirigée vers ce livre de Marta ORRIOLS, auteure catalane. Comme bien trop souvent, j'ai aussi été attirée par cette couverture qui cadre plutôt bien avec la saison estivale, même si l'histoire qui nous est racontée ici n'a rien de léger ni de joyeux.

Avouons le franchement, le risque était de tomber dans le larmoyant et dans l'excès de pathos. Les enfants malades, le deuil, l'abandon, la séparation et l'infidélité, tout était réuni pour craquer devant la boîte à mouchoirs. Heureusement, Marta ORRIOLS a su choisir les mots et les situations pour déjouer tous nos pronostics. Certes, on ne se fend pas la pêche, mais on ne pousse pas non plus des cris de désespoir toutes les cinq minutes. On est plutôt sur le registre du mélancolique, de la nostalgie et de la compassion vis-à-vis de Paula, qui a tout perdu en quelques heures. Cette histoire pourrait arriver à n'importe qui malheureusement, et cette question surgit, que ferions-nous à sa place ? L'auteure est attachée aux détails, le quotidien est décrit avec beaucoup de soin, des scènes tout à fait banales sont rapportées ici pour ancrer son personnage principal dans un environnement classique, lambda, qui parle à chacun d'entre nous. C'est d'ailleurs ce qui a remporté mon adhésion, ce sentiment d'écouter une amie me parler de ses chagrins, de ses doutes et de ses peurs. Une amie qui n'oublierait pas chaque instant de vie, comme si chaque geste était empreint de la douleur de l'abandon. On marche vraiment sur un fil, on est dans une histoire très intime sans pour autant basculer du côté trash, où tout serait décrit à grand renfort d'exagérations.

J'ai principalement apprécié de voir Paula se reconstruire. Les thèmes du deuil, mais aussi de l'infidélité et du sentiment d'abandon qui en résulte sont explorés avec beaucoup de profondeur et de finesse. C'est vrai qu'il ne se passe pas grand chose, les rebondissements ne caractérisent pas ce roman, mais je ne me suis pourtant pas ennuyée. J'ai aimé suivre le cheminement de la pensée de Paula, j'ai aimé être spectatrice des micro événements qui lui ont permis de progressivement tourner la page. J'ai interprété ce livre comme un témoignage sur ces grandes peines de la vie, comment chacun peut essayer de s'en tirer. Alors que certains iraient piocher chez les autres l'énergie pour se reconstruire, Paula suit un chemin plus intérieur et solitaire. Elle nous montre que c'est en elle que les ressources sont à chercher et que cela passe par toute une palettes de réactions et de décisions incongrues mais qui poursuivent un même objectif, celui de se retrouver en tant que femme. Dans l'ombre de Paula, il y a aussi Mauro qui est un personnage omniprésent. Plus que Mauro, il y a cette histoire d'amour que j'ai trouvé très belle et très juste. Elle met en avant toutes les peines que peuvent rencontrer un couple : l'incompréhension, le manque de communication, l'éloignement qui peut s'installer sans qu'on lui donne un nom ni une date. La fin du roman est particulièrement belle et apporte encore un nouvel éclairage sur l'ensemble du cheminement de Paula.

Voilà une lecture qui nous offre un moment de pause, une immersion dans le parcours de vie d'une femme qui pourrait être n'importe qui. L'authenticité et la justesse de ce roman ne peuvent laisser indifférents et nous empêchent de tomber dans un sentimentalisme exagéré. Je vous conseille ce livre pour les derniers jours de l'été, quand la mélancolie nous gagne. Ce livre, bien que morose, peut apporter une forme de réconfort.
Dernières infos.

Apprendre à parler avec les plantes a été publié en 2020. Il compte 252 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 93 - Un livre d'un auteur ayant écrit moins de cinq livres - 26/100
En 2021... Je voyage : Espagne (+ 25 points)

mercredi 14 juillet 2021

Toutes les histoires d'amour du monde - Baptiste Beaulieu

En résumé.

A la mort de Moïse, son fils et son petit-fils, Jean, mettent la main sur trois carnets contenant des lettres que le vieil homme a écrites tous les ans et qu'il a destinées à une mystérieuse Anne-Lise Schmidt. Cet homme bourru, discret et revêche révèle dans ces écrits une toute autre personnalité, plus sensible et altruiste, ainsi qu'un lourd passé dont il n'a rien dévoilé à ses descendants de son vivant. La découverte de ces lettres est un véritable choc pour Jean et son père, à tel point que ce dernier en tombe malade, malade de s'apercevoir que son père n'est pas celui qu'il pensait être. Au fil de la lecture des lettres, les deux hommes lèvent le voile sur la véritable vie de Moïse et retrace ses combats, ses joies et ses déceptions, marquées par les grands événements du XXème siècle. Afin de guérir le chagrin de son père, Jean lui fait la promesse qu'il retrouvera Anne-Lise et qu'ensemble, ils formeront cette nouvelle famille élargie, fruit du passé tumultueux de Moïse.

Mon avis.

Si j'avais déjà beaucoup entendu parler de Baptiste BEAULIEU, médecin généraliste connu notamment pour son blog Alors voilà dans lequel il raconte des anecdotes sur sa profession, je n'avais encore jamais eu l'occasion de me plonger dans ses romans. Celui-ci a été repêché par mon amoureux dans une boîte à livres, peut-être qu'il y retournera car de part son histoire il a vocation à voyager jusque dans les mains de cette mystérieuse Anne-Lise.

Car je ne le savais pas en entamant ma lecture, mais Toutes les histoires d'amour du monde est en réalité un livre autobiographique, ou biographique, je ne sais pas quel terme est le plus adapté. Si Baptiste devient Jean dans le livre, il n'en demeure pas moins que l'auteur est réellement tombé sur ces lettres à la mort de son grand-mère et qu'il est réellement à la recherche d'Anne-Lise. Ce côté véridique du récit confère quelque chose d'encore plus touchant à une histoire qui l'est déjà. Je suis une adepte de ces petites histoires qui s'inscrivent dans la grande, ces parties de vie qui ont d'héroïque le fait que leurs protagonistes se considèrent comme de simples mortels, des monsieur tout le monde, des gens de peu qui ont pourtant galéré, connu dans une seule vie deux guerres mondiales, qui ont eu peur, froid, faim, et soif de tisser des liens durables dans un contexte où les séparations étaient inévitables. C'est précisément la vie de Moïse, qui a en fait connu mille vies en une. La dernière consistait plutôt à taire toutes les autres, à faire comme si de rien n'était. Ces lettres sont un témoignage émouvant de la vie d'un homme qui n'a exercé que de basses besognes, un homme simple, qui pourrait être tous les hommes, mais dont le parcours et la façon de le narrer sont d'une sensibilité et d'une intelligence incroyables. Apparaissent dans ses lettres toutes les histoires d'amour du monde, celles qu'on tisse dans le cercle familial, celles qu'on entretient avec ses amis et celles évidemment qui concernent le plus intime. Un condensé d'universel au travers d'une blessure difficile à panser, celle d'avoir perdu son enfant.

Même si les femmes sont omniprésentes dans ce livre, je dirais que c'est quand même une histoire d'hommes, au fil de trois générations. Les questions de la transmission, du secret et de la relation père-fils sont partout. D'abord dans le relation de Moïse à son propre père puis à son fils. Puis dans le relation de Jean à propre père. On sent à chaque fois une certaine maladresse héritée des temps passés, une pudeur qui peine à être dépassée, une forme de gêne, l'envie de se faire confiance et d'avouer ses secrets sans pour autant oser le faire. Le récit est construit sur une alternance entre les lettres de Moïse et les réflexions du narrateur qui raconte comment il fait croire à son père qu'il s'est lancé à la recherche d'Anne-Lise alors qu'en réalité son projet consiste essentiellement à publier ce livre avec l'espoir qu'il parviendra un jour dans les mains de la recherchée, ou de gens qui l'ont connue. La découverte de ces lettres et du passé du grand-père permet en fait de réconcilier Jean et son père, de les faire cheminer vers l'acception de l'homosexualité de Jean, pourtant refusée par son père. Il s'agit donc d'un livre où le poids des générations et des non-dits est très fort, un roman à dimensions multiples, comme une poupée russe, où le lecteur dépiaute page à page les secrets des uns, le présent des autres pour arriver à ce qui les lie tous, l'amour filial.

Un énième roman sur les deux guerres mondiales me direz-vous. Certes, mais celui-ci contient un petit supplément d'âme du fait qu'il a été rédigé avec l'espoir de retrouver Anne-Lise, avec l'espoir aussi de réconcilier une famille et de retisser les liens père-fils mis à mal de génération en génération. Je vous encourage à découvrir l'histoire de Moïse, juste pour rendre hommage aux hommes du quotidien. De mon côté, peut-être vais-je remettre cette histoire dans le circuit des boîtes à livre afin qu'il touche encore un autre lecteur, peut-être celui qui connaîtra Anne-Lise Schmidt.
Dernières infos.

Toutes les histoires d'amour du monde a été publié en 2018 et compte 437 pages. Quelques photos figurent sur le blog de Baptiste BEAULIEU, Alors voilà., dans l'onglet #LOOKINGFORANNELISE. Bon à savoir, Baptiste BEAULIEU est également chroniqueur sur France Inter dans l'émission Grand bien vous fasse me semble t-il.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 33 - Un livre écrit par un homme à lire durant le mois de la fête des pères - 25/100

jeudi 1 juillet 2021

Jimfish - Christopher Hope

En résumé.
 
Par un beau jour de 1984, au large de l'Afrique du Sud, un jeune homme, complètement égaré, est repéré par un pêcheur. Ramené à port Pallid, il est présenté au chef de la police locale. A l'époque de l’apartheid, où la couleur de peau détermine la place de l'individu dans la société, le jeune homme fait figure d'exception car il n'est ni blanc ni noir. Le policier décide donc qu'il sera du côté des moins privilégiés, qu'il sera nommé Jimfish et qu'il travaillera pour lui en tant que jardinier. Jeune homme extrêmement naïf, Jimfish accepte toutes ces décisions sans broncher et se retrouve à entretenir la propriété de son "bienfaiteur", aux côtés de Malala le Soviet, un jardinier noir se revendiquant philosophe et communiste. Au fil des échanges, le maître jardinier tente de rallier son poulain apolitique à sa cause, notamment en l'amenant à ce poser cette question qui reviendra sans cesse : quel est le bon côté de l'histoire ? Loin de toutes ces préoccupations, l'ingénu Jimfish préfère plutôt tomber amoureux de la fille de son employeur. Lorsque ce dernier les surprend en train de se bécoter, Jimfish est contraint de fuir s'il veut échapper à la folie meurtrière du chef de la police. Commence alors un périple incroyable au travers de l'Europe et de l'Afrique entre 1984 et 1994, Jimsfish étant amené, toujours par le plus grand des hasards, à côtoyé les plus grands du monde d'alors avec cette interrogation qui ne le quitte pas : quelle est le bon côté de l’histoire ?

Mon avis. 

J'ai découvert ce roman à la faveur du challenge "En 2021.... Je voyage", le mois de Juin étant consacré à des lectures sud-africaines. Il m'a fallu un mois pour oser me lancer dans la rédaction de cette chronique, les impressions étant là, parfois un peu floues, mais je ne parvenais pas à les restituer à l'écrit. C'est un peu à l'image de ma lecture : des bonnes idées mais qui peinent à prendre de la consistance, une sensation de flou artistique, en partie due à la rapidité des chapitres mais aussi du fait du contenu très historique et politique, qui demande un minimum de connaissances pour saisir l'essentiel du message.

Jimfish n'est pas un roman comme les autres. En tout cas, ne comptez pas sur lui pour vous offrir une pause détente au bord de la piscine ou dans un hamac, à l'ombre des arbres. Véritable réinterprétation moderne du Candide de Voltaire, ce livre pourrait être classé au rayon des lectures donnant matière à réflexion. Christopher HOPE a choisi une période très dense du point de vue historique et politique. Les événements qui prennent place en cette fin de guerre froide nourrissent particulièrement bien les réflexions autour de cette problématique : quel est le bon côté de l'histoire ? A chaque fois qu'on découvre un nouvel événement avec les yeux de notre ingénu Jimfish, on ne cesse de le regarder avec ce nouvel éclairage : est-ce que c'est ça être du bon côté de l'histoire ? Tout y passe, Chernobyl, la chute du mur de Berlin, la fin des sociétés coloniales et l'avènement des nouveaux gouvernements africains. Jimsfish se retrouve toujours au plus près des dirigeants de l'époque ou au cœur des événements les plus tragiques, points de bascule qui ont participé à la formation de notre société contemporaine. Avec son regard naïf sur les situations, il pose les questions tabou, celles qui trahissent les véritables intentions des dirigeants de l'époque. J'ai vraiment apprécié ce fil conducteur, cette tentative de trouver le bon côté de l'histoire alors qu'en réalité il n'y en a pas. La décolonisation l'illustre à la perfection. D'un côté, les colons ne sont pas du bon côté de l'histoire pour toutes les raison qu'on connaît, mais d'un autre côté, se positionner du côté des nouveaux régimes africains mis en place n'est pas non plus le bon côté de l'histoire dans la mesure où ces régimes furent extrêmement violents et pas vraiment préoccupés par l'intérêt public.

Si j'ai donc été séduite par cette trame de fond, j'ai moins apprécié le reste de l'histoire. C'est vrai que je me suis quand même ennuyée pendant une bonne partie du livre. Je n'avais malheureusement pas toutes les connaissances historiques nécessaires à une compréhension pleine et entière de l'histoire. Je n'ai pas non plus tout compris dans le débat sur le communisme, il y a tellement de nuances à cette époque-là, car les pays et les dirigeants en adopte parfois des pistes différentes. Je ne me suis pas attachée au personnage de Jimfish, ni aux autres. Même si le procédé sert l'objectif de l'auteur de nous amener au plus près des événements pivot, j'ai été lassée par ces hasards successifs qui placent toujours Jimfish en première ligne. C'est un peu grossier au fur et à mesure qu'on avance dans le récit. Les transitions sont aussi un peu bancales, on passe très vite d'un pays à un autre sans forcément comprendre tous les tenants et aboutissants. Même si l'argumentation est intelligente et rigoureuse, j'ai quand même eu la sensation d'une lecture décousue, peut-être aussi parce que j'ai lu quelques pages par ci, quelques pages par là. Pour bien saisir tous les enjeux des aventures de Jimfish, je pense qu'il est nécessaire de vraiment se poser pour les lire et les laisser décanter.

Une déception partielle pour ce livre complexe sur le fond mais simple sur la forme. Voilà un récit intelligent, argumenté, documenté qui demande du temps pour se l'approprier et en comprendre tous les enjeux. Pas une lecture divertissante donc, plutôt une réflexion sur la façon dont s'est construit notre monde contemporain, avec ce désir sous-jacent de toujours trouver sa place et de se situer du bon côté de l'histoire. Malgré toute la frustration que je ressens, je ne suis pas sûre de si vite y revenir.

Dernières infos.

Jimfish a été publié en 2017 et compte 208 pages.

Ma note.

Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 77 - Un livre qui s'inspire d'un autre livre, réécriture, réinterprétation, remake - 24/100
En 2021... Je voyage : Afrique du Sud (+ 15 points)

dimanche 20 juin 2021

Au service secret de Marie-Antoinette - Frédéric Lenormand

TOME 1 : L'enquête Du Barry

En résumé : Par une nuit de Décembre 1770, la comtesse Du Barry, favorite de Louis XV, frétille à l'idée de recevoir sa nouvelle parure, ornée d'or et de diamants. Un moment d'inattention, quelques instants de confusion et les bijoux disparaissent. Faute de mettre la main sur les bandits, Versailles décide d'étouffer le crime et de licencier une bonne partie du personnel mis au service de la cour. C'est ainsi que le vol des bijoux de la comtesse Du Barry reste sans solution pendant quatre ans. En 1774, Louis XV n'est plus au pouvoir. C'est désormais le couple Louis XVI-Marie-Antoinette qui tient les rênes du domaine de Versailles. Marie-Antoinette, jeune reine dynamique et fantasque s'entoure des meilleurs coiffeurs et modistes de la capitale. C'est ainsi que les deux grands talents Léonard, coiffeur volage, et Rose Bertin, couturière perfectionniste, sont introduits auprès de la souveraine. Plus qu'un coup de ciseau et des fanfreluches bien arrangées, leur nouvelle cliente leur confie une mission de taille : retrouver les bijoux de la comtesse Du Barry disparus quatre ans plus tôt. Voilà le début d'une extravagante enquête aux quatre coins de Paris marquée par les disputes et les coups de génie de ce tandem très mal assorti.

Mon avis : Voici le premier tome d'une série prometteuse, offert par mon amoureux l'année dernière et que je me réservais pour une pause entre deux lectures plus compliquées. On retrouve les codes de l'enquête policière à la M.C BEATON, très à la mode en ce moment : une jolie couverture, des personnages principaux attachants, et une enquête qui traîne un peu longueur, jamais très aboutie malheureusement. C'est bien là la faiblesse de ce livre. Le volet policier manque d'être approfondi, tout est une peu tiré par les cheveux, les liaisons entre les différents rebondissements sont parfois absentes et il m'a été difficile de comprendre tous les tenants et aboutissants de cette affaire rocambolesque, d'autant plus que les suspects sont très nombreux. Heureusement que tous les à-côtés compensent ces fragilités narratives. J'ai beaucoup aimé les personnages de Rose et de Léonard qui donnent tout le sel à l'intrigue, certains passages sont empreints d'humour. J'aurais quand même aimé qu'ils soient un peu plus détaillés, qu'on en apprenne davantage sur leur passé et leur présent, qu'on aille au-delà du rôle qu'ils jouent dans l'enquête. Le personnage de Marie-Antoinette, pourtant clairement mis en avant sur la couverture, n'est pas très présent dans l'intrigue. En revanche, j'ai beaucoup apprécié le côté historique de l'histoire, m'imaginer les recoins de Paris à cette époque, surtout qu'il n'est pas que question de bourgeoisie. Le récit est truffé d'anecdotes historiques, ce qui est très plaisant quand on est profane dans ce domaine-là. Lorsque j'ai refermé le livre, j'ai ressenti une certaine frustration, l'impression d'avoir bien aimé, sans pour autant aller au cœur des choses. Je ne sais pas à qui m'en prendre : à moi et mes lectures très fragmentées par les transports en commun ou à l'auteur qui reste superficiel et qui rate certaines enchaînements. J'essaierai donc de le relire, quand j'aurai un peu plus de temps devant moi, et j'espère que le second tome que je vais me procurer très bientôt sera un peu meilleur. Affaire à suivre...

Ma note : 3/5.

Challenges : 

* Défi lecture 2021 : Consigne 75 - Un livre dont un personnage porte un prénom végétal (Rose Bertin) - 23/100

TOME 2 : Pas de répit pour la reine

En résumé : Le peuple a faim ! La politique économique de Louis XVI et de ses ministres prend un tournant libéral. Le prix des céréales flambe et par conséquent le pain, aliment de base des familles de l'époque, devient inaccessible. Alors que des émeutes éclatent un peu partout dans le royaume, le très immature Louis XVI semble s'en moquer. Il va donc encore falloir compter sur le reine Marie-Antoinette pour résoudre les problèmes de ses sujets. L'argent, le nerf de la guerre. Mettre la main sur un trésor pour payer du pain aux paysans, en voilà une solution. Encore faut-il le trouver, ce trésor. Les événements s'agencent plutôt bien puisque Léonard, coiffeur officiel de la reine, et Rose, célèbre modiste, gagnent à une loterie une statuette faite d'or, et qui ferait partie, selon les rumeurs, d'un plus grand trésor incas. Dès qu'elle l'apprend, la reine missionne son duo d'espions pour s'emparer du butin. Petit détail qui a son importance, le trésor serait maudit, tout ceux qui l'ont approché de prés ou de loin tombent comme des mouches. Il va falloir faire vite pour ne pas être le prochain...

Mon avis : Frustrée par ma lecture du premier tome, j'avais hâte de découvrir la suite des aventures de Marie-Antoinette, dont j'ai lu qu'elle était meilleure. Eh bien, ce fut encore une déception. Même si le doute est permis (j'ai une nouvelle fois lu ce tome dans les transports, en pleine rentrée et avec mille choses en tête), je commence à me demander si le problème ne vient pas de l'auteur. J'ai malheureusement retrouvé les travers du premier tome. Frédéric LENORMAND se lance sur plein de pistes différentes, au risque de perdre ses lecteurs. Il y a ce que l'on a nommé "la guerre des farines", l'histoire de ce fameux trésor inca et des colons qui ont posé le premier pas en Amérique Latine, les amourettes contrariées de Rose, la formation en médecine de Léonard, les velléités de Marie-Antoinette d'outrepasser certaines règles édictées par le roi, et les difficultés de Louis XVI et ses ministres à réformer le pays. A cela s'ajoute un parallèle entre les émeutes qui éclatèrent lors de cette "guerre des farines" et l'actuel mouvement des gilets jaunes qui avait cours lors de la publication du tome. Même si tous ces thèmes finissent par se recouper, aucun n'est véritablement abouti. Je me suis sentie perdue, à plusieurs reprises entre les personnages et les liens qui se tissent entre eux, avec l'impression de toujours sauter du coq-à-l'âne sans avoir d'élément de transition à disposition. Néanmoins, la série conserve ses atouts qui étaient déjà présents dans le premier tome, un duo d'enquêteurs plaisant à suivre, la présence d'anecdotes historiques et quelques touches d'humour. Le personnage de Marie-Antoinette est ici davantage développé que dans le premier tome, ce qui est un bon point. En conclusion, encore une lecture mitigée, je doute que les choses s'améliorent dans le troisième tome, mais sait-on jamais, je tenterai quand même ma chance.

Ma note : 3/5.

Challenges : 

* Défi lecture 2021 : Consigne 21 - Un livre faisant référence à un jeu de cartes : le jeu du pharaon est cité dans le texte - 36/100

samedi 17 avril 2021

Les vilaines - Camila Sosa Villada

En résumé.

Camila est née Christian. Peut-être par la violence du père, ses yeux noirs qu'il jetait sur sa démarche efféminée et par le silence de la mère, Cristian a progressivement abandonné ses joggings trop larges pour des robes cousues à la main avec de vieux morceaux de tissus, le vissage rehaussé par une touche de rouge à lèvres emprunté à la mère et les mains décorées de vernis à ongles. Il a fui le petit village argentin pour la capitale, Cordoba, et plus précisément le parc Sarmiento. La nuit, la prostitution pour gagner quelques pesos, la drogue, la violence de ses amants qui cherchent à l'humilier ou à la voler, la difficulté d'être transgenre, et les souvenirs tenaces d'une enfance gâchée. Heureusement, il y a l'entraide avec ses collègues de la nuit, et cet homme devenu femme lui aussi, Tante Encarna qui veille sur la tribu. Elle offre un refuge à toutes celles qui sont désœuvrées. Un soir, la troupe trouve un bébé dans un fossé. Elles l'embarquent chez la Tante Encarna, ce sera leur secret.

Mon avis.

Sorti à l'occasion de la rentrée littéraire de l'hiver 2021, j'ai eu la chance de rapidement me le procurer, la médiathèque se dotant d'une bonne partie des livres des rentrées littéraires. Le thème me plaisait, la question transgenre sur laquelle je n'avais jamais lu jusqu'à présent, le fait aussi que ce livre soit en partie autobiographique puisque Camila SOSA VILLADA est elle-même transgenre et a connu la prostitution. Enfin, cela se passe en Argentine, une occasion supplémentaire de sortir de ma zone de confort littéraire. 

Comme vous pouvez aisément le supposer, Les vilaines est un livre sombre à l'ambiance sordide. Déjà parce que la nuit est omniprésente. Camila vit lorsque la ville s'arrête et qu'il est plus facile de se cacher, dans ce parc que l'on imagine plongé dans le noir, seulement éclairé par les bijoux de ces femmes. A cela s'ajoute aussi la pauvreté qui les pousse à se prostituer, les coups foireux pour gagner à peine de quoi se nourrir, la violence qui éclate alors qu'amants et prostituées sont alcoolisés ou sous l'emprise de la drogue. Le noir de l'huile de moteur d'avion injecté dans le fessier de Tante Encarna. Les larmes noires de Camila qui revient sur son passé, l'arrivée dans une famille qui ne prend pas la peine de la connaître, un père qui trompe son épouse, violent, omnibulé par ses finances. C'est un enfant qui a grandi sans aide, qui s'est découvert seul et s'est fait seul. C'est aussi l'omniprésence de la mort qui vient frapper n'importe quand, n'importe où, le sida, les meurtres... C'est cruel, mais c'est aussi la vérité. Il faut garder son souffle jusqu'au bout. Dans la noirceur du quotidien, heureusement quelques touches de couleur viennent parsemer le récit, l'entraide au sein de la communauté et puis l'arrivée de cet enfant, nommé Éclat des yeux, qui offre un contraste saisissant avec l'obscurité de l'ensemble. Malgré ce que l'on peut imaginer à la lecture de la quatrième de couverture, il ne tient pas une place primordiale dans le récit. Il explique surtout le dénouement mais les trois quarts de l'intrigue sont dédiés à la vie de Camila.

Même si on ne peut qu'être émus par l'histoire de cette jeune femme, bouleversés aussi de voir dans quelle misère et dans quelle cruauté sont plongés ces êtres qui ne demandent finalement rien d'autre que de vivre en accord avec ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux-mêmes, certains aspects du récit m'ont gênée. La narration est un peu décousue, les allers-retour entrer passé et présent arrivent sans crier gare, perdus au milieu des chapitres, eux aussi livrés à eux mêmes. De même, si la découverte de l'enfant est le fait majeur du début du livre, on ne sait jamais si les événements décrits par la suite lui sont antérieurs ou postérieurs. Il y a peu d'éléments temporels qui jalonnent le récit, les faits sont jetés par ci par là, sans contexte. On finit par comprendre le cheminement final mais je me suis parfois sentie un peu perdue. L'autre point est l'introduction dans le récit d'éléments fantastiques. Une femme qui se transforme en louve à chaque changement de lune, ou une autre qui se transforme en oiseau. Si j'ai pu lire que ces éléments avaient plu à certains lecteurs, je n'ai pas bien compris quel était leur intérêt pour ma part. Ou alors il s'agit d'une métaphore que je n'ai pas comprise. Bref, je pense que l'auteur n'avait pas besoin de ça pour rendre son histoire poétique et onirique. C'est aussi moi qui n'aime pas trop quand les genres se mêlent, surtout dans des histoires initialement basées sur des faits réels. 

Malgré ces deux petits bémols, j'ai apprécié ma lecture. Elle fut éprouvante, dense malgré le nombre de pages peu élevé, mais je suis ravie d'avoir pu lire à ce sujet. Là est pour moi la force de la littérature, faire découvrir des univers éloignés des nôtres, même s'ils peuvent être cruels, nous apporter des connaissances que nous n'avions pas et témoigner.
Dernières infos.

Les vilaines a été publié en 2021 et compte 204 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 8 - Un livre contenant entre 180 et 210 pages - 13/100
En 2021... Je voyage : Argentine (+ 20 points)

samedi 10 avril 2021

Le tendre baiser du tyrannosaure - Agnès Abécassis

En résumé.

On croise la vie de plusieurs êtres dans ce roman. D'abord Félix, passionné de dinosaures à tel point qu'il en fait son métier, très intelligent mais handicapé du contact humain, il est seul et ne sait pas comment faire pour se trouver une fille. Celle de son meilleur ami, Tom, un gentil flic qui vient de se faire larguer malgré son physique avantageux et son côté prince charmant. Il y a aussi la bande de copines, Ava, qui vient de se faire offrir une rivière de diamants, ce qui pourrait bien changer sa vie de maman solo de deux enfants, Olive qui s'apprête à épouser l'homme de sa vie tout en annonçant aux deux familles qu'ils ne souhaitent pas d'enfants, Perla, trompée quarante six fois par son mari infidèle, mais qui continue à se battre pour ses trois enfants et enfin Régine, une avocate qui a décidé de ne se mettre en couple qu'avec des mecs mariés pour éviter de souffrir suite à une rupture amoureuse dévastatrice. Les histoires de tous ces personnages vont se croiser, les destins vont se lier et tout pourrait bien basculer...

Mon avis.

Étouffée par la noirceur de ma précédente lecture, Les larmes noires sur la terre, j'ai eu envie d'une lecture légère pour enchaîner, une sorte de bouffée d'air frais pour chasser les idées noires, une douce transition vers une lecture plus corsée et amère. J'ai donc mis la main sur ce livre feel-good que j'avais repéré depuis quelques années mais que je n'avais encore jamais ouvert. Clairement, il a fait le job, il a rempli sa mission de lecture-transition, tout en restant néanmoins une lecture assez superficielle, faut pas en attendre grand chose.

Je suis toujours un peu partagée avec la chick lit, ou la littérature de poulettes (ce terme officiel me fait toujours beaucoup rire bien que j'y trouve une connotation négative). D'un côté, ça fait du bien de lire de temps en temps des histoires légères, sans prise de tête et où les dénouements sont heureux en général. D'un autre côté, ces histoires sont souvent mal écrites, les personnages souvent caricaturaux, les éléments narratifs peu travaillés, donnant une impression finale assez niaise et superficielle. Le tendre baiser du tyrannosaure ne déroge pas à la règle, me laissant toujours aussi partagée. Je dois tout de même avouer que le style d'écriture n'est pas si mauvais que ça, j'ai plutôt été agréablement surprise. C'est un roman qui se lit rapidement et qui ne demande pas une grande concentration, parfait si vous êtes un usager fréquent des transports en commun. Bien qu'il ne laisse pas des souvenirs impérissables, il met en scène des personnages agréables et gentillets. Si cet ensemble de critères ont fait que j'ai passé un bon moment, un certain nombre de points restent à revoir.

D'abord, les personnages mériteraient d'être davantage travaillés, ils ont un côté un peu artificiel, comme s'ils ne pouvaient pas être réels. C'est le cas de Félix, le paléontologue, et de Régine, l'avocate. Je trouve que leur personnalité ne cadre pas du tout avec leur métier, comme s'ils étaient des personnages totalement différents dans leur vie professionnelle et leur vie privée, tellement différents que c'est incohérent. Cela est aussi le cas pour certains éléments du schéma narratif. Le plus irréaliste reste l'histoire d'Olive, dont je ne dévoilerais rien pour vous laisser la surprise, mais je peux quand même dire que son histoire m'a laissée dubitative, jusqu'à plomber le récit entier et tomber dans les  clichés de la chick-lit, LE rebondissement totalement irréaliste qui arrive comme un cheveu sur la soupe et qui n'est là que pour créer un faux suspense. Une autre incohérence vient du fait que l'ensemble du récit est écrit à la troisième personne, sauf pour le personnage d'Ava, qui est rédigé à la première personne. On ne comprend pas vraiment pourquoi elle prend la parole alors qu'elle ne s'exprime à aucun moment sur les autres personnages, sauf à la fin. D'ailleurs, si les destins finissent par s'entrecroiser, cela arrive vraiment en toute fin de livre. C'est un procédé qui est souvent utilisé dans certains récits mais les liens apparaissent en général plus tôt, ce qui permet de créer un peu de suspense. Ici, cela arrive un peu trop tard et cela donne finalement une image décousue de l'ensemble.

Une lecture mitigée, mais qui aura néanmoins eu le mérite de m'offrir une pause littéraire bienvenue après une lecture harassante et difficile. Un roman léger, à vous procurer si vous êtes un amateur/une amatrice du genre, peut-être adaptée à la saison estivale, quand on apprécie les longues heures de lecture sur la plage ou à l'ombre d'un arbre.
Dernières infos.

Le tendre baiser du tyrannosaure a été publié en 2016 et compte 350 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 70 - Un livre dont la couverture comporte beaucoup de rouge - 12/100

samedi 13 mars 2021

Sublime royaume - Yaa Gyasi

En résumé.
 
Chercheuse en neurochirurgie, Gifty tente d'expliquer, au moyen de ses expériences sur des souris de laboratoire, les mécanismes neurologiques sous-jacents aux phénomènes d'addiction et de dépression. La jeune femme n'a pas choisi ces sujets par hasard. Issue d'une famille originaire du Ghana, mais née aux États-Unis, elle est depuis son enfance confrontée aux cycles dépressifs de sa mère et à l’addiction de son frères aux opioïdes, ces fameux médicaments anti-douleur qui ont tué des milliers d'Américains. Alors qu'elle avance dans ses recherches, elle doit accueillir chez elle sa mère qui connaît une rechute et qui reste prostrée dans son lit nuit et jour. Ce nouvel épisode dépressif rappelle à Gifty son enfance très marquée par la foi religieuse de sa mère, les sautes d'humeur de cette dernière, l'absence de son père, la popularité de son frère Nana puis sa descente aux enfers. A travers ces souvenirs, elle cherche à expliquer la femme qu'elle est aujourd'hui, panser les blessures pour aller de l'avant, trouver suffisamment de force et de courage pour supporter le chagrin abyssal de sa mère.

Mon avis.

J'ai emprunté ce livre à la médiathèque un peu sur un coup de tête, séduite par sa couverture aux couleurs vives mais aussi par la réputation de Yaa GYASI qui a connu le succès avec son premier roman No home, que je n'ai pourtant pas lu jusqu'à présent. C'était aussi l'occasion de découvrir un nouvel auteur originaire du continent africain, toujours dans l'optique de diversifier mes lectures. Ce livre, bien que triste et désarmant, fut une agréable surprise.

C'est vrai qu'il faut avoir un moral d'acier lorsqu'on entame ce roman. La couverture, si belle et si vive, et ce titre prometteur offrent un contraste saisissant avec le contenu. Il s'agit en fait d'une introspection, qui dure plus de trois cent pages, une analyse de ce qui a été et de ce qui est, des causes et des conséquences. L'ensemble du récit est construit sur des alternances entre passé et présent, épousant la forme d'une spirale. Gifty déroule progressivement le fil de sa vie, puis le casse, revient au présent, puis continue quelques pages plus loin à le dérouler, pour s'arrêter sur des points de détail qui pourraient en fait expliquer la détresse de cette famille brisée. Ainsi, même si l'on reste sur un récit à la première personne parfois pesant, l'ensemble reste dynamique, on est plongés au cœur de cette analyse psychologique, voire philosophique, très fine, complexe et menée avec beaucoup de rigueur. Les alternances entre passé et présent sont bien construites, de sorte que je ne me suis jamais sentie perdue. Même s'il n'y a pas de suspense, puisque Gifty résume dès les premiers chapitres ce qu'il est arrivé à sa famille, on a pourtant envie de tourner les pages pour découvrir avec précision quels sont les éléments qui ont mené à de tels drames.

J'ai trouvé que le personnage de Gifty n'était pas véritablement attachant. Bien qu'elle ait dû surmonter de nombreuses épreuves qui ne peuvent que toucher le lecteur, elle reste difficile à cerner. En même temps, cette complexité du personnage montre à quel point il a été travaillé par Yaa GYASI. C'est un personnage empli de nuances, ni blanc, ni noir, constamment partagé entre ses valeurs, et notamment la place de la religion dans sa vie, et ce qu'elle est devenue au fil des années, une jeune femme ayant choisi de se tourner vers les sciences et donc vers une approche plus "rationnelle" des êtres et des choses. Quoiqu'il en soit, elle se pose des questions de fond, obsédée par cette envie de comprendre ce qui peut amener une personne à ne plus sortir de son lit, ne plus éprouver de plaisir pour quoique ce soit, et ce qui peut amener quelqu'un d'autre à tomber dans une forme d'addiction. Ainsi, les thèmes de la religion et de la science, ainsi que leur opposition, sont omniprésents et Gifty finit par leur donner un même dessin, celui de comprendre l'Homme et de trouver des raisons à des comportements irrationnels. D'autres thèmes sont également présents, comme celui du déracinement, ici du Ghana pour rejoindre les Etats-Unis, ou encore celui de la place des personnes noires immigrées dans la société américaine. Il est aussi question des relations filiales, et de la famille au sens large, comment les non-dits, les décisions prises à la hâte peuvent engendrer de la rancœur, jusqu'à aller au désespoir. L'auteur saisit ainsi dans ces quelques pages toute la complexité d'une situation, il n'y a jamais qu'une seule cause, les drames sont toujours d'origine multifactorielle.

Il s'agit donc d'un texte riche, posant de nombreuses questions et offrant au lecteur le cheminement d'une pensée, d'un raisonnement. L'action est apportée par la narration de la vie de cette famille éclatée, des êtres finalement banals mais au destin douloureux et complexe. A lire si jamais vous aimez ces romans à une seule voix, attention cependant à être dans une humeur de champion...
Dernières infos.

Sublime royaume a été publié en 2020 et compte 371 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 86 - Un livre dans lequel une marque est citée (M&M's p.97) - 8/100
En 2021... Je voyage : Ghana (+ 25 points)

dimanche 7 février 2021

Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel Venet

En résumé.

L'homme qui se livre dans ces quelques pages est atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme. A l'occasion de l'enterrement de sa grand-mère, décédée la veille de ses cent ans, il s'érige contre tous les faux-semblants qui jalonnent notre existence, ces légendes qui entourent la mort d'un être cher, ces discours qu'on écrit pour lui rendre hommage, que l'on embellit pour cacher la triste vérité, celle d'un être comme les autres, qui a fauté et dont la vie n'a pas été aussi glorieuse que l'on voudrait bien le faire croire. L'homme qui se livre ici aime l'honnêteté et la justesse, et ne peut pas rester de marbre face à ces inepties qui sont débitées sur cette femme dont on pourrait croire qu'elle fut une sainte de son vivant. Il écrit pour dire la vérité, sur sa vie à lui, sur son entourage, pour parler de ses passions aussi, le Scrabble, les crash d'avions, et l'amour de sa vie, Sophie Sylvestre.

Mon avis.

Un très court roman emprunté sur un coup de tête à la médiathèque dans la panière des "coups de cœur" des bibliothécaires. Outre le fait que j'aime bien découvrir des livres qui ont été appréciés par d'autres, l'autisme est un thème que j'apprécie en littérature et sur lequel j'ai déjà lu, les conditions étaient donc réunies pour que je parte à la découverte de Marcher droit, tourner en rond.

Si comme moi, vous vous posez la question, je vous le dis tout de suite, ce livre n'est pas une autobiographie. L'auteur, Emmanuel VENET est psychiatre, et de part sa fonction, j'imagine qu'il connaît on ne peut mieux la psychologie et les réactions des personnes Asperger. Ce récit, de fiction, est tout à fait réaliste et on peut aisément imaginer qu'il est autobiographique. Pas de chapitre pour prendre des pauses, le tout est livré en bloc, comme s'il s'agissait d'un monologue que l'on ne pouvait entrecouper, un flot de paroles ininterrompu pour parler de tout, mais surtout des artefacts que l'homme met en place pour protéger son ego, pour se construire une vie sociale et pour avancer dans la vie de façon à peu près sereine. Ces artefacts atteignent leur paroxysme lors des discours de décès, où le défunt est très souvent érigé en héros, détenteur de nobles qualités, droit dans ses bottes, et n'ayant jamais fait une seule entorse à ses valeurs et convictions. Le narrateur s'emploie à démonter une à une ces paroles qui rassurent, en comparant ce qui se ressort de ses discours et la vie réelle de sa grand-mère, si humaine dans ses péchés. Il passe également au vitriol les mœurs dissolus des membres de sa famille, avant de s'épancher sur sa vie à lui, cette fascination pour l'honnêteté, la justice, et son absence de maîtrise des codes sociaux. Il parle aussi de cet amour platonique pour une fille rencontrée au lycée, qu'il finit par harceler. Il ne comprendra pas par la suite ce qui lui sera reproché lorsque la fille aura porté plainte.

J'ai aimé la franchise des propos et me suis souvent reconnue dans certaines de ses réflexions. Il dit tout haut ce que l'on pense bien souvent tout bas. Mention spéciale pour les conversations de secrétaire, telles que je les appelle, ces dialogues qui n'en finissent par autour des fringues, des enfants, des restaurants en vogue et des vacances passées à l'autre bout de la planète, ces conversations dont je ne perçois pas bien l'intérêt et qui me comblent d'ennui, tout comme lui. Ce récit n'aborde pas l'autisme en tant que tel, il est plutôt une plongée dans le raisonnement d'une personne autiste et sa façon de concevoir des événements du quotidien, en décalage permanent avec ce qui est attendu d'un raisonnement d'une personne dite "normale". J'ai également aimé le réalisme des personnages, on se croirait dans sa propre famille, et cela fait du bien de lire sur des gens du quotidien, auxquels on peut s'identifier. Cette impression rejoint celle que j'avais eue suite à la lecture d'Avant que j'oublie d'Anne PAULY, roman également publié chez les éditions Verdier. Ce récit d'une jeune femme qui a perdu son père m'avait frappé par sa simplicité, tout comme ce livre. Malgré ces points positifs, cela reste un roman très court, et même si j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, je ne suis pas sûre de m'en souvenir bien longtemps. Il fait partie de ces livres vite lus et vite oubliés. Néanmoins, je ne regrette pas du tout ma lecture, et suis contente d'avoir croisé la route de cet homme atypique mais souvent très juste dans ses propos.

Un livre que je conseille pour qui a envie d'un récit rapide mais avec de la mâche, et pour qui souhaite se plonger dans la psychologie des personnes présentant le syndrome d'Asperger. Si jamais vous croisez la route de ce roman, marchez droit et ne tournez pas en rond pour entamer les premières pages.
Dernières infos.

Marcher droit, tourner en rond a été publié en 2016 et compte 128 pages.

Ma note.
Challenges

* Défi lecture 2021 : Consigne 23 - Un livre provenant d'une maison d'édition du pays dans lequel on vit - 3/100
En 2021... Je voyage : France (+ 20 points)

samedi 30 janvier 2021

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson

En résumé.

Allan Karlsson s'apprête à fêter ses 100 ans auprès de Sœur Alice et de ses congénères de la maison de retraite de Malmköping, petite ville de Suède. Seulement, quand on connaît le passé du centenaire, artificier de métier, et qui a côtoyé les plus grands du siècle dernier, on ne peut pas imaginer que ce dernier se laisse juste offrir quelques bougies, une orange et un baiser sur la joue. Pour rester fidèle à sa trajectoire de vie qui ne fut qu'aventures rocambolesques, le plus vieux des pensionnaires de la ville décide de s'enfuir par la fenêtre. Chaussé de ses charentaises, il traverse les petites ruelles, se dirigeant tout droit vers la gare, finit par voler la valise d'un brigand puis prend le bus vers une destination inconnue. Sur sa route, il croisera un autre malfrat, une rouquine qui jure et qui a volé un éléphant, le vendeur de hot-dogs le plus savant au monde et aura à ses trousses une bande de gangsters ainsi que la police. Qui a dit que les aventures étaient terminées passés 100 ans ?

Mon avis.

J'avais lu ce livre pour la première fois peu après sa sortie, au début des années 2010. Si mes souvenirs sont bons, il avait eu beaucoup de succès à l'époque et j'ai l'impression, peut-être erronée, qu'il a lancé cette mode des livres aux titres à rallonge. Je me souviens d'une lecture agréable mais pas très marquante, si bien que 10 ans après, j'ai eu l'impression de découvrir complètement cette histoire dont j'avais tout oublié.

Pour ma relecture, je reste sur cette impression d'une lecture agréable, mais sans plus. Il faut savoir que c'est une histoire surréaliste, autant pour les faits présents que pour les faits passés. Le récit oscille entre ces deux périodes, le passé d'Allan Karlsson et son présent, sa fuite vers une destination inconnue. Il y a tout de même un déséquilibre dans ce partage des époques, j'ai trouvé que le récit de sa vie passée était trop imposant, ou alors c'est parce que je me suis ennuyée durant ces chapitres. Je n'ai vraiment pas adhéré à ces coups du destin qui l'ont propulsé à la table des plus grands dirigeants politiques, Staline, Churchill, Mao, et qui ont fait de lui un acteur majeur bien qu'anonyme de l'arrivée de la bombe nucléaire, le rendant responsable des rebondissements qui ont jalonné la guerre froide. Même si cela reste cohérent avec la volonté de l'auteur de mettre en avant ces "effets papillons", ces petits rien qui déclenchent finalement des tempêtes, je trouve que ces parties assez historiques quand même sont en décalage avec ce qui est attendu lorsqu'on lit le titre et la quatrième de couverture. J'ai donc eu le sentiment de passages très longs à passer et assez rébarbatifs.

J'ai davantage été séduite par la narration des dernières aventures du papy. On reste sur la même idée, à savoir qu'un petit acte peut déclencher une série d'événements tous plus absurdes les uns que les autres. Allan Karlsson est présenté comme un personnage plein de candeur et de joie de vivre, un peu benêt parfois, qui ne voit le mal nulle part, qui ne s'alarme jamais et pour qui il y a toujours une solution à tout. Malgré tout ce qu'il peut provoquer sur son passage, je trouve que c'est quand même un personnage un peu plat, on est finalement plus amené à s'intéresser aux conséquences de ses actes qu'au bonhomme qui en est à l'origine. Sa fuite reste complètement loufoque, et nous fait découvrir toute une galerie de personnages tout aussi surréalistes. J'ai bien aimé l'histoire de Benny, ce vendeur de hot-dogs qui a suivi plein de cursus d'études sans acquérir un seul diplôme, pour conserver un héritage justement conditionné par l'obtention d'un diplôme. La conclusion de toutes ces histoires est à l'image de tout ce qui précède, un peu barrée, mais pourquoi pas après tout...

Une lecture qu'il faut prendre au troisième degré, un petit moment de pause dans des lectures plus sérieuses. J'en ressors avec un avis assez mitigé, vraiment ennuyée par les passages sur la vie passée d'Allan Karlsson, mais amusée par sa fuite de la maison de retraite et par les événements qui en découlent. En tout cas, c'est certain que je ne le relierai pas une troisième fois !
Dernières infos.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire a été publié en 2011 pour la version française et compte 453 pages. Il a été porté à l'écran en 2014 par Felix Herngren (Suède).

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 90 - Un livre qui mentionne un personnage politique - 2/100
En 2021... Je voyage : Suède (+ 25 points)

samedi 23 janvier 2021

Americanah - Chimamanda Ngozie Adichie

En résumé.

Ça y est, après des années passées sur le sol américain, Ifemelu décide de rentrer au pays, à Lagos, cette ville du Nigéria qui l'a vue grandir. Alors qu'elle rentre dans un salon de coiffure africain pour se faire faire des tresses, les souvenirs la submergent, à quelques heures du départ. D'abord, son enfance, toujours tournée vers le futur et le projet de partir un jour, immigrer dans le monde anglo-saxon pour ses études. L'adolescence, la vie étudiante au Nigéria et la rencontre avec Obinze, l'amour de sa vie. Puis la cassure, le départ pour rejoindre les Etats-Unis. La pauvreté, le système D, la dépression et les jours meilleurs, les études à Philadelphie, les amours qui se succèdent, loin du cœur d'Obinze resté au pays. Ifemelu, bien que femme accomplie et engagée avec la tenue de son blog sur les Africains immigrés aux Etats-Unis, décide de tout quitter, peut-être qu'une nouvelle vie l'attend à Lagos, peut-être auprès d'Obinze bien que le jeune homme soit devenue époux et père.

Mon avis.

Americanah aura été mon premier roman de l'année 2021. Un livre que j'ai longtemps croisé un peu partout, sur les étals des librairies, dans les mains de voyageurs dans le train pour finalement l'emprunter dans ma médiathèque. Un roman que j'étais pressée de découvrir, d'une part parce que son auteur est nigériane, ce qui me change de mes habitudes, d'autre part parce que j'étais curieuse de me faire mon propre avis, suite à son succès. Finalement, un bilan en demi-teinte.

Je vais commencer par le négatif, pour finir par le positif. Americanah est un pavé, un gros pavé. Plus de 500 pages pour la version grand format, écrites en tout petit. Et ce qui sûr, c'est qu'on les sent bien passer ces 500 pages. J'ai vraiment été freinée dans ma lecture par la longueur de certains passages. L'auteur ne laisse rien au hasard, elle détaille tout, et s'étend sur la vie de chaque personnage qu'a croisé Ifemelu dans sa vie. C'est à double tranchant. D'un côté, c'est très riche, d'au autre côté, certaines anecdotes ou personnages n'apportent pas grand chose au récit et finissent par l'alourdir. J'aurais aimé que l'ensemble soit un peu plus concis. Bien des fois, j'ai eu cette impression désagréable de ne pas avancer dans ma lecture et de n'en voir jamais la fin.

Du côté du positif, je dirais que malgré ces longueurs, l'ensemble reste tout de même dynamique. Chimamanda Ngozie ADICHIE a incontestablement des choses à dire, sur ses personnages, sur la vie au Nigéria, sur la vie aux Etats-Unis vue par une Nigériane, sur le racisme, sur l'immigration. Ce roman n'est pas juste un roman, il a aussi un côté essai sociologique. La galerie de personnages est assez impressionnante, d'Ifemelu à ses parents, de ses petits-amis américains à Obinze, de Tante Uju à Dike, son cousin. Chaque personnage amène une dimension supplémentaire à la vaste fresque dressée par l'auteur, que ce soit du côté nigérian ou du côté américain. Ainsi, les chapitres ne sont jamais vides, ils dépeignent toujours à la fois le caractère d'un personnage mais ont aussi l'objectif de présenter une analyse de la société nigériane ou américaine. Il y a aussi la question de l'identité et de comment elle peut se transformer en fonction de notre environnement. On voit tous les personnages évoluer, en particulier Obinze et Ifemelu, avec cette peur qui ne les quitte pas, celle d'avoir changé justement et de s'être tellement adapté à un milieu qu'il ne pourront plus s'adapter à l'autre milieu, celui qui les a pourtant façonnés. Enfin, nous suivons l'histoire d'amour d'Ifemelu et d'Obinze. C'est très certainement ce que j'ai le plus apprécié dans ce roman. J'ai particulièrement aimé le personnage d'Obinze, bien plus qu'Ifemelu d'ailleurs. Et je dois dire que je n'ai pas pu me déscotcher de la fin du livre, tournant les pages avec avidité, pour connaître l'issue finale de leur relation. Je qualifierais celle-ci de très sensible, avec un petit côté magique, deux âmes qui se sont trouvées et c'est beau à lire.

En somme, bien que déçue par des passages trop longs et des anecdotes trop ennuyantes, j'ai été séduite par certains personnages, en particulier Obinze, et par la relation qui le lie à Ifemelu. J'ai d'ailleurs été plus conquise par le côté humain et le développement des personnages que par le côté analyse sociologique. C'est un récit sérieux et ambitieux. A vous de voir si vous êtes prêts à passer du temps sur cette lecture, à son image, il demande temps et concentration.
Dernières infos.

Americanah a été publié en 2015 pour la version française et compte 528 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 74 - Un livre d'un auteur du Commonwealth - 1/100
* En 2021... Je voyage : Nigéria (+ 20 points)