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samedi 17 avril 2021

Les vilaines - Camila Sosa Villada

En résumé.

Camila est née Christian. Peut-être par la violence du père, ses yeux noirs qu'il jetait sur sa démarche efféminée et par le silence de la mère, Cristian a progressivement abandonné ses joggings trop larges pour des robes cousues à la main avec de vieux morceaux de tissus, le vissage rehaussé par une touche de rouge à lèvres emprunté à la mère et les mains décorées de vernis à ongles. Il a fui le petit village argentin pour la capitale, Cordoba, et plus précisément le parc Sarmiento. La nuit, la prostitution pour gagner quelques pesos, la drogue, la violence de ses amants qui cherchent à l'humilier ou à la voler, la difficulté d'être transgenre, et les souvenirs tenaces d'une enfance gâchée. Heureusement, il y a l'entraide avec ses collègues de la nuit, et cet homme devenu femme lui aussi, Tante Encarna qui veille sur la tribu. Elle offre un refuge à toutes celles qui sont désœuvrées. Un soir, la troupe trouve un bébé dans un fossé. Elles l'embarquent chez la Tante Encarna, ce sera leur secret.

Mon avis.

Sorti à l'occasion de la rentrée littéraire de l'hiver 2021, j'ai eu la chance de rapidement me le procurer, la médiathèque se dotant d'une bonne partie des livres des rentrées littéraires. Le thème me plaisait, la question transgenre sur laquelle je n'avais jamais lu jusqu'à présent, le fait aussi que ce livre soit en partie autobiographique puisque Camila SOSA VILLADA est elle-même transgenre et a connu la prostitution. Enfin, cela se passe en Argentine, une occasion supplémentaire de sortir de ma zone de confort littéraire. 

Comme vous pouvez aisément le supposer, Les vilaines est un livre sombre à l'ambiance sordide. Déjà parce que la nuit est omniprésente. Camila vit lorsque la ville s'arrête et qu'il est plus facile de se cacher, dans ce parc que l'on imagine plongé dans le noir, seulement éclairé par les bijoux de ces femmes. A cela s'ajoute aussi la pauvreté qui les pousse à se prostituer, les coups foireux pour gagner à peine de quoi se nourrir, la violence qui éclate alors qu'amants et prostituées sont alcoolisés ou sous l'emprise de la drogue. Le noir de l'huile de moteur d'avion injecté dans le fessier de Tante Encarna. Les larmes noires de Camila qui revient sur son passé, l'arrivée dans une famille qui ne prend pas la peine de la connaître, un père qui trompe son épouse, violent, omnibulé par ses finances. C'est un enfant qui a grandi sans aide, qui s'est découvert seul et s'est fait seul. C'est aussi l'omniprésence de la mort qui vient frapper n'importe quand, n'importe où, le sida, les meurtres... C'est cruel, mais c'est aussi la vérité. Il faut garder son souffle jusqu'au bout. Dans la noirceur du quotidien, heureusement quelques touches de couleur viennent parsemer le récit, l'entraide au sein de la communauté et puis l'arrivée de cet enfant, nommé Éclat des yeux, qui offre un contraste saisissant avec l'obscurité de l'ensemble. Malgré ce que l'on peut imaginer à la lecture de la quatrième de couverture, il ne tient pas une place primordiale dans le récit. Il explique surtout le dénouement mais les trois quarts de l'intrigue sont dédiés à la vie de Camila.

Même si on ne peut qu'être émus par l'histoire de cette jeune femme, bouleversés aussi de voir dans quelle misère et dans quelle cruauté sont plongés ces êtres qui ne demandent finalement rien d'autre que de vivre en accord avec ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux-mêmes, certains aspects du récit m'ont gênée. La narration est un peu décousue, les allers-retour entrer passé et présent arrivent sans crier gare, perdus au milieu des chapitres, eux aussi livrés à eux mêmes. De même, si la découverte de l'enfant est le fait majeur du début du livre, on ne sait jamais si les événements décrits par la suite lui sont antérieurs ou postérieurs. Il y a peu d'éléments temporels qui jalonnent le récit, les faits sont jetés par ci par là, sans contexte. On finit par comprendre le cheminement final mais je me suis parfois sentie un peu perdue. L'autre point est l'introduction dans le récit d'éléments fantastiques. Une femme qui se transforme en louve à chaque changement de lune, ou une autre qui se transforme en oiseau. Si j'ai pu lire que ces éléments avaient plu à certains lecteurs, je n'ai pas bien compris quel était leur intérêt pour ma part. Ou alors il s'agit d'une métaphore que je n'ai pas comprise. Bref, je pense que l'auteur n'avait pas besoin de ça pour rendre son histoire poétique et onirique. C'est aussi moi qui n'aime pas trop quand les genres se mêlent, surtout dans des histoires initialement basées sur des faits réels. 

Malgré ces deux petits bémols, j'ai apprécié ma lecture. Elle fut éprouvante, dense malgré le nombre de pages peu élevé, mais je suis ravie d'avoir pu lire à ce sujet. Là est pour moi la force de la littérature, faire découvrir des univers éloignés des nôtres, même s'ils peuvent être cruels, nous apporter des connaissances que nous n'avions pas et témoigner.
Dernières infos.

Les vilaines a été publié en 2021 et compte 204 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 8 - Un livre contenant entre 180 et 210 pages - 13/100
* En 2021... Je voyage : Argentine (+ 20 points)

samedi 13 mars 2021

Sublime royaume - Yaa Gyasi

En résumé.
 
Chercheuse en neurochirurgie, Gifty tente d'expliquer, au moyen de ses expériences sur des souris de laboratoire, les mécanismes neurologiques sous-jacents aux phénomènes d'addiction et de dépression. La jeune femme n'a pas choisi ces sujets par hasard. Issue d'une famille originaire du Ghana, mais née aux États-Unis, elle est depuis son enfance confrontée aux cycles dépressifs de sa mère et à l’addiction de son frères aux opioïdes, ces fameux médicaments anti-douleur qui ont tué des milliers d'Américains. Alors qu'elle avance dans ses recherches, elle doit accueillir chez elle sa mère qui connaît une rechute et qui reste prostrée dans son lit nuit et jour. Ce nouvel épisode dépressif rappelle à Gifty son enfance très marquée par la foi religieuse de sa mère, les sautes d'humeur de cette dernière, l'absence de son père, la popularité de son frère Nana puis sa descente aux enfers. A travers ces souvenirs, elle cherche à expliquer la femme qu'elle est aujourd'hui, panser les blessures pour aller de l'avant, trouver suffisamment de force et de courage pour supporter le chagrin abyssal de sa mère.

Mon avis.

J'ai emprunté ce livre à la médiathèque un peu sur un coup de tête, séduite par sa couverture aux couleurs vives mais aussi par la réputation de Yaa GYASI qui a connu le succès avec son premier roman No home, que je n'ai pourtant pas lu jusqu'à présent. C'était aussi l'occasion de découvrir un nouvel auteur originaire du continent africain, toujours dans l'optique de diversifier mes lectures. Ce livre, bien que triste et désarmant, fut une agréable surprise.

C'est vrai qu'il faut avoir un moral d'acier lorsqu'on entame ce roman. La couverture, si belle et si vive, et ce titre prometteur offrent un contraste saisissant avec le contenu. Il s'agit en fait d'une introspection, qui dure plus de trois cent pages, une analyse de ce qui a été et de ce qui est, des causes et des conséquences. L'ensemble du récit est construit sur des alternances entre passé et présent, épousant la forme d'une spirale. Gifty déroule progressivement le fil de sa vie, puis le casse, revient au présent, puis continue quelques pages plus loin à le dérouler, pour s'arrêter sur des points de détail qui pourraient en fait expliquer la détresse de cette famille brisée. Ainsi, même si l'on reste sur un récit à la première personne parfois pesant, l'ensemble reste dynamique, on est plongés au cœur de cette analyse psychologique, voire philosophique, très fine, complexe et menée avec beaucoup de rigueur. Les alternances entre passé et présent sont bien construites, de sorte que je ne me suis jamais sentie perdue. Même s'il n'y a pas de suspense, puisque Gifty résume dès les premiers chapitres ce qu'il est arrivé à sa famille, on a pourtant envie de tourner les pages pour découvrir avec précision quels sont les éléments qui ont mené à de tels drames.

J'ai trouvé que le personnage de Gifty n'était pas véritablement attachant. Bien qu'elle ait dû surmonter de nombreuses épreuves qui ne peuvent que toucher le lecteur, elle reste difficile à cerner. En même temps, cette complexité du personnage montre à quel point il a été travaillé par Yaa GYASI. C'est un personnage empli de nuances, ni blanc, ni noir, constamment partagé entre ses valeurs, et notamment la place de la religion dans sa vie, et ce qu'elle est devenue au fil des années, une jeune femme ayant choisi de se tourner vers les sciences et donc vers une approche plus "rationnelle" des êtres et des choses. Quoiqu'il en soit, elle se pose des questions de fond, obsédée par cette envie de comprendre ce qui peut amener une personne à ne plus sortir de son lit, ne plus éprouver de plaisir pour quoique ce soit, et ce qui peut amener quelqu'un d'autre à tomber dans une forme d'addiction. Ainsi, les thèmes de la religion et de la science, ainsi que leur opposition, sont omniprésents et Gifty finit par leur donner un même dessin, celui de comprendre l'Homme et de trouver des raisons à des comportements irrationnels. D'autres thèmes sont également présents, comme celui du déracinement, ici du Ghana pour rejoindre les Etats-Unis, ou encore celui de la place des personnes noires immigrées dans la société américaine. Il est aussi question des relations filiales, et de la famille au sens large, comment les non-dits, les décisions prises à la hâte peuvent engendrer de la rancœur, jusqu'à aller au désespoir. L'auteur saisit ainsi dans ces quelques pages toute la complexité d'une situation, il n'y a jamais qu'une seule cause, les drames sont toujours d'origine multifactorielle.

Il s'agit donc d'un texte riche, posant de nombreuses questions et offrant au lecteur le cheminement d'une pensée, d'un raisonnement. L'action est apportée par la narration de la vie de cette famille éclatée, des êtres finalement banals mais au destin douloureux et complexe. A lire si jamais vous aimez ces romans à une seule voix, attention cependant à être dans une humeur de champion...
Dernières infos.

Sublime royaume a été publié en 2020 et compte 371 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 86 - Un livre dans lequel une marque est citée (M&M's p.97) - 8/100
* En 2021... Je voyage : Ghana (+ 25 points)

dimanche 7 février 2021

Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel Venet

En résumé.

L'homme qui se livre dans ces quelques pages est atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme. A l'occasion de l'enterrement de sa grand-mère, décédée la veille de ses cent ans, il s'érige contre tous les faux-semblants qui jalonnent notre existence, ces légendes qui entourent la mort d'un être cher, ces discours qu'on écrit pour lui rendre hommage, que l'on embellit pour cacher la triste vérité, celle d'un être comme les autres, qui a fauté et dont la vie n'a pas été aussi glorieuse que l'on voudrait bien le faire croire. L'homme qui se livre ici aime l'honnêteté et la justesse, et ne peut pas rester de marbre face à ces inepties qui sont débitées sur cette femme dont on pourrait croire qu'elle fut une sainte de son vivant. Il écrit pour dire la vérité, sur sa vie à lui, sur son entourage, pour parler de ses passions aussi, le Scrabble, les crash d'avions, et l'amour de sa vie, Sophie Sylvestre.

Mon avis.

Un très court roman emprunté sur un coup de tête à la médiathèque dans la panière des "coups de cœur" des bibliothécaires. Outre le fait que j'aime bien découvrir des livres qui ont été appréciés par d'autres, l'autisme est un thème que j'apprécie en littérature et sur lequel j'ai déjà lu, les conditions étaient donc réunies pour que je parte à la découverte de Marcher droit, tourner en rond.

Si comme moi, vous vous posez la question, je vous le dis tout de suite, ce livre n'est pas une autobiographie. L'auteur, Emmanuel VENET est psychiatre, et de part sa fonction, j'imagine qu'il connaît on ne peut mieux la psychologie et les réactions des personnes Asperger. Ce récit, de fiction, est tout à fait réaliste et on peut aisément imaginer qu'il est autobiographique. Pas de chapitre pour prendre des pauses, le tout est livré en bloc, comme s'il s'agissait d'un monologue que l'on ne pouvait entrecouper, un flot de paroles ininterrompu pour parler de tout, mais surtout des artefacts que l'homme met en place pour protéger son ego, pour se construire une vie sociale et pour avancer dans la vie de façon à peu près sereine. Ces artefacts atteignent leur paroxysme lors des discours de décès, où le défunt est très souvent érigé en héros, détenteur de nobles qualités, droit dans ses bottes, et n'ayant jamais fait une seule entorse à ses valeurs et convictions. Le narrateur s'emploie à démonter une à une ces paroles qui rassurent, en comparant ce qui se ressort de ses discours et la vie réelle de sa grand-mère, si humaine dans ses péchés. Il passe également au vitriol les mœurs dissolus des membres de sa famille, avant de s'épancher sur sa vie à lui, cette fascination pour l'honnêteté, la justice, et son absence de maîtrise des codes sociaux. Il parle aussi de cet amour platonique pour une fille rencontrée au lycée, qu'il finit par harceler. Il ne comprendra pas par la suite ce qui lui sera reproché lorsque la fille aura porté plainte.

J'ai aimé la franchise des propos et me suis souvent reconnue dans certaines de ses réflexions. Il dit tout haut ce que l'on pense bien souvent tout bas. Mention spéciale pour les conversations de secrétaire, telles que je les appelle, ces dialogues qui n'en finissent par autour des fringues, des enfants, des restaurants en vogue et des vacances passées à l'autre bout de la planète, ces conversations dont je ne perçois pas bien l'intérêt et qui me comblent d'ennui, tout comme lui. Ce récit n'aborde pas l'autisme en tant que tel, il est plutôt une plongée dans le raisonnement d'une personne autiste et sa façon de concevoir des événements du quotidien, en décalage permanent avec ce qui est attendu d'un raisonnement d'une personne dite "normale". J'ai également aimé le réalisme des personnages, on se croirait dans sa propre famille, et cela fait du bien de lire sur des gens du quotidien, auxquels on peut s'identifier. Cette impression rejoint celle que j'avais eue suite à la lecture d'Avant que j'oublie d'Anne PAULY, roman également publié chez les éditions Verdier. Ce récit d'une jeune femme qui a perdu son père m'avait frappé par sa simplicité, tout comme ce livre. Malgré ces points positifs, cela reste un roman très court, et même si j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, je ne suis pas sûre de m'en souvenir bien longtemps. Il fait partie de ces livres vite lus et vite oubliés. Néanmoins, je ne regrette pas du tout ma lecture, et suis contente d'avoir croisé la route de cet homme atypique mais souvent très juste dans ses propos.

Un livre que je conseille pour qui a envie d'un récit rapide mais avec de la mâche, et pour qui souhaite se plonger dans la psychologie des personnes présentant le syndrome d'Asperger. Si jamais vous croisez la route de ce roman, marchez droit et ne tournez pas en rond pour entamer les premières pages.
Dernières infos.

Marcher droit, tourner en rond a été publié en 2016 et compte 128 pages.

Ma note.
Challenges

* Défi lecture 2021 : Consigne 23 - Un livre provenant d'une maison d'édition du pays dans lequel on vit - 3/100
* En 2021... Je voyage : France (+ 20 points)

samedi 21 novembre 2020

Kinshasa jusqu'au cou - Anjan Sundaram

En résumé.

L'auteur, Anjan SUNDARAM, est promis à un bel avenir, du moins ce que notre société occidentale considère comme un bel avenir, des études de mathématiques réussies qui lui ouvrent les portes de Goldman Sachs. Pourtant, ce n'est pas la trajectoire qu'il choisit. Sur un coup de tête, grâce à une rencontre, ou encore par envie d'authenticité, notre homme prend un aller simple pour Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. Accueilli chez l'habitant, des gens très modestes résidant dans un des quartiers sensibles de la métropole qui ne cesse de s'étendre, il décide de troquer ses livres d'algèbre contre du papier et un stylo puisqu'il sera désormais reporter. Les sujets ne manquent pas, la pauvreté, le délabrement général d'une ville empreinte de son passé colonial, le système D, le pillage des ressources, la dictature, l'insécurité quotidienne, la corruption, et pourtant rien de tout ça n'intéresse les journaux occidentaux. Anjan SUNDARAM, sidéré par ce qu'il voit du Congo, souvent étouffé par le mode de vie, va lutter pour faire entendre sa voix et faire reconnaître ses talents de journaliste, jusqu'à écrire aujourd'hui pour des journaux renommés tels que The Guardian, The New York Times ou encore The Washington Post.

Mon avis.

Après Tokyo Vice, Kinshasa jusqu'au cou est le deuxième bouquin des éditions Marchialy dans lequel je me plonge. Cette jeune maison d'éditions réunit tout ce que j'aime en littérature, des histoires vraies tellement originales de part leurs thèmes qu'elles nous amènent fréquemment sur le terrain de la fiction. Pourtant, si sur le papier le projet a tout pour me plaire, c'est une seconde déception que je viens de vivre avec ce livre qui nous emporte jusqu'au cœur de l'Afrique.

Je dois bien le dire, les premières pages m'ont carrément séduites, à tel point que je pensais que ce serait un coup de cœur. Chouette, un livre qui change de l'ordinaire, une parole rapportée d'un pays dont on parle peu, pourtant porteur d'enjeux avec ses ressources naturelles incroyables. Enfin une parole pour raconter les ravages de la colonisation, puis de la décolonisation. Enfin quelqu'un pour me faire voyager à l'autre bout du monde, me faire vivre un quotidien si différent du mien, me rapporter des paysages que je n'aurai très certainement jamais l'occasion de voir de mes propres yeux. Que d'espoir placé dans ces quelques pages ! Et puis la douche froide, la lente descente aux enfers, ce moment où on compte les pages tellement on a hâte d'en voir le bout. Je ne pourrais pas vraiment situer le point de bascule. Je ne sais d'ailleurs pas si la faute est du côté de l'auteur, ou du mien, avec mes lectures fractionnées dans les transports en commun, qui m'empêchent de vivre l'histoire dans sa totalité. En tout cas, j'étais été gênée par une chronologie quasiment absente. On comprend que l'auteur nous livre une partie de sa nouvelle vie de journaliste, qui culmine avec les premières élections démocratiques du pays qui portent au pouvoir Joseph KABILA. Mais je n'ai pas bien compris quel est le point de départ de ce récit, s'il intervient après des années déjà passées au Congo ou si nous n'en sommes encore qu'au début. Qui plus est, très vite, Anjan SUNDARAM oriente son récit vers une suite de détails sur sa nouvelle vie, perdant de ce fait de la consistance. Je crois que ma déception principale vient de là, j'aurais aimé en connaître davantage sur le Congo, plutôt que d'avoir affaire à des détails sordides. Je me suis tellement détachée du personnage principal que j'ai fini par m'ennuyer, attendant inexorablement quelque chose qui ne venait pas, quelque chose de plus consistant, qui nous amène véritablement à la rencontre d'un pays et de sa population. D'ailleurs, ma déception est du même ordre que celle que j'ai connue après la lecture de Tokyo Vice. Les auteurs se perdent tellement en détails qui sont pour moi inutiles, que l'on perd tout ce qu'il y a d'extraordinaire dans leurs parcours et dans ce qu'ils ont pu voir des ces pays.

Néanmoins, le tableau n'est pas complètement noir, quelques touches de lumières nous redonnent de l'espoir. Cela ne va pas vous surprendre, j'ai principalement aimé les passages où l'auteur s'attarde à décrire la société congolaise, ainsi que le présent politique du pays. Quelques morceaux de chapitres sont consacrés aux ravages causés par la colonisation, ainsi qu'à la lente et difficile reconstruction de ce pays gangrené par la corruption, et la violence imposée par les différentes milices. La richesse des sols congolais attire la convoitise des pays occidentaux mais aussi de plus en plus de la Chine, mais par un jeu de passe-passe, aucun bénéfice ne revient dans les mains de la population qui vit dans l'insalubrité la plus totale. L'auteur nous fait ressentir un environnement fait de débrouille, étouffant de chaleur, encore très guidé par le chamanisme, où l'insécurité domine et où le danger peut être partout, sous des formes diverses dont le vol est une des menaces les plus courantes semble t-il puisque c'est même devenu un mode de vie. En milieu de livre, l'auteur s'éloigne de Kinshasa, pour aider un ami mais aussi pour s'extraire de l'ambiance pesante de la capitale, et part à la découverte des contrées reculées de ce vaste pays. Les peuples autochtones, bien que très en marge de la mondialisation ont tout de même été infiltrés par le mode de vie à l'occidentale. C'est d'ailleurs l'étude de ces populations qui lui vaudra son premier succès journalistique.

Bien que ces sujets soient très intéressants, ils n'ont pas suffisamment été développés à mon goût. Je reste sur une déception face à ce récit qui était pourtant plein de promesses. L'impression d'être passée à côté de quelque chose, peut-être l'aurais-je mieux apprécié si je l'avais lu d'une traite... Si vous êtes un passionné de l'histoire africaine ou simplement curieux de modes de vie bien éloignés des nôtres, je vous conseille ce livre, sinon passez votre tour !
Dernières infos.

Kinshasa jusqu'au cou à été publié en 2017 et compte 344 pages.

Ma note.
Challenges.

* 100 livres à lire en 2020 : 44/100
* Défi lecture 2020 : Consigne 29 - Livre dont la couverture représente un paysage urbain - 44/100

samedi 10 octobre 2020

L'humanité en péril : virons de bord, toute ! - Fred Vargas

En résumé.

Il y a une dizaine d'années, Fred VARGAS avait rédigé un petit texte sur l'avenir de la planète et, par voie de conséquence, sur l'avenir de l'Homme. Sans qu'elle en fasse la publicité, ce petit texte, alarmant et alarmiste, a fait le tour du monde, repris par des voix qui ont fait de notre avenir leur combat, jusqu'à ce qu'il arrive dans les mains des plus hauts dirigeants pour être lu lors de l'ouverture de la COP 24. Devenue consciente du poids de ses mots et de ses arguments, Fred VARGAS, plutôt habituée au genre du polar, a remis le couvert avec cette fois-ci un texte plus long, un texte qui nous parle de déforestation, d'industrie agro-alimentaire, de pollution aux pesticides et d'inaction des gens qui nous gouvernent. De disparition progressive de la faune, de la flore et de métaux essentiels à nos modes de vie, du pouvoir des lobbys et des industriels, de fonte des glaciers et de rareté de l'eau, mais aussi d'espoir, celui qui entre nos mains, sans rien attendre des gens qui nous gouvernent.

Mon avis.

Bien que deux d'entre eux soient dans ma PAL, mon premier bouquin de Fred VARGAS n'aura pas été un policier, genre qui a fait sa renommée. Et pourtant, c'est tout comme... Car il est bien question de crime dans ces quelques pages, de criminels, de coupables et d'enquête. Un livre qui traînait dans la bibliothèque de mes parents et sur lequel je lorgnais depuis quelques mois déjà, tant l'envie de lire à ce sujet m'envahit régulièrement, préoccupée que je suis par l'avenir de cette biodiversité que l'on tue chaque jour un peu plus. Un livre saisissant qui devrait être mis dans les mains de chacun et chacune.

M'intéressant aux questions environnementales, sans pour autant être une activiste, par manque de courage je pense, j'ai déjà eu l'occasion de beaucoup lire, écouter, regarder à ce sujet. J'ai notamment pu chroniquer mes lectures de certains livres de Fabrice NICOLINO, grand défenseur de la nature, ici, sur ce blog. Les données apportées par Fred VERGAS ont donc surtout été une redite de choses que je savais déjà et pourtant, elles ont apporté quelque chose de nouveau, plutôt effrayant. Ce sont les dates à partir desquelles l'humanité risque d'être vraiment en péril. Pénurie d'eau d'ici quatre ou cinq ans, de même pour certains éléments chimiques essentiels à la vie, comme le phosphore. Pénurie de lithium d'ici une dizaine d'années alors que partout dans le monde on vante les voitures électriques dont les batteries sont elles-mêmes composées de lithium. Et j'en passe et des meilleures. Résonnent encore en moi ces chiffres que l'on énonçait déjà dans les années 2000, qui parlaient d'un horizon inquiétant à partir de 2030, 2050, l'augmentation des températures, la fonte des glaciers... Seulement, Fred VARGAS m'a fait prendre conscience que le temps passe et que ces données qui me paraissaient si lointaines sont en fait déjà en train de se concrétiser ou, dans le meilleur des cas, qu'il ne reste plus que quelques années (bien souvent, moins de dix ans) avant qu'elles ne se concrétisent. Comme à chaque fois que je me plonge dans ce type de bouquin, je sens monter en moi une vague de haine (n'ayant pas peur des mots), de hargne, de révolte, de rage à l'égard de l'inertie humaine, voire de sa mauvaise foi, tellement plus facile d'attendre les yeux fermés et de poursuivre son train-train quotidien comme si de rien n'était alors que tout s'étiole, la qualité de notre alimentation, la disparition de la diversité de la faune et de la flore, les migrations de peuples dont on ne parle jamais, les paysages qui sont en train de s'uniformiser en quelque chose de sec et désertique et les événements climatiques anormaux qui sont de plus en plus fréquents. 

Ça, c'était pour le fond, le plus important à mes yeux. Pour ce qui est de la forme, seul regret, les données s'enchaînent, Fred VARGAS passe d'un sujet à l'autre sans coupure. Pas de chapitres, pas de sous-chapitres, juste sa plume et un découpage en paragraphes. Cela donne une impression d'urgence (ce qui va plutôt bien avec le thème), et le lecteur n'a pas le temps de reprendre son souffle qu'elle enchaîne déjà avec d'autres chiffres et d'autres conclusions accablantes. Le ton est vraiment au texte déclaratif, comme s'il avait vocation à être lu devant une assemblée de dirigeants. J'aurais aimé une autre structure, au moins basée sur des chapitres. Cela dit, l'humour de l'auteur vient largement compenser ce léger défaut et donne du rythme et un peu de légèreté à l'ensemble qui reste plutôt pesant de part les vérités qu'il énonce. Fred VARGAS reste quand même optimiste et positive, et tente de donner au lecteur quelques clés pour changer le cours des choses, des petits trucs sur lesquels nous pouvons tous agir en tant que citoyen et consommateur, sans attendre l'aide des dirigeants. Je ne vous cache pas que je ne partage pas son optimisme et je pense d'ailleurs qu'il faut arrêter de l'être. A force de se dire que tout va s'arranger et que l'on est tellement intelligents que l'on trouvera forcément des solutions, on en vient à se cacher la vérité, à repousser les choses qui fâchent et finalement rien ne change. Je n'en doute pas, une fois que les abeilles auront disparus, l'homme trouvera une solution pour polliniser les végétaux, il le fera à la main s'il le faut mais est-ce là une solution acceptable ? D'autre part, ce texte a été écrit avant l'apparition du COVID, j'aimerais connaître l'avis de Fred VARGAS maintenant que la crise est bien installée. L'urgence à agir résonne d'une tout autre manière, mais là aussi, je pense que l'on se voile la face et que l'on n'est toujours pas capable de retenir les bonnes leçons.

En conclusion, un livre puissant, riche, très documenté, écrit avec une certaine urgence et une envie irrépressible de découvrir la vérité et de la faire découvrir aux autres. Un livre que je ne peux que bien noter tant il est d'utilité publique, à mettre entre toutes les mains, à lire sur les plateaux télés ou à la radio, à imprimer et à distribuer partout. Je ne peux donc que vous encourager à le lire !
Dernières infos.

L'humanité en péril : virons de bord, vite ! a été publié en 2019 et compte 248 pages.

Ma note.
Challenges.

* 100 livres à lire en 2020 : 38/100
* Défi lecture 2020 : Consigne 91 - Livre sans histoire d'amour - 38/100

samedi 22 août 2020

Une dernière danse - Victoria Hislop

En résumé.

Jeune londonienne passionnée par la danse, Sonia se rend avec son amie à Grenade afin de perfectionner leurs techniques de salsa, mais aussi de se familiariser avec l'un des emblèmes de l'Espagne, le flamenco. La jeune femme prend rapidement ses aises dans cette ville chaleureuse et énigmatique. Lors d'une promenade dans les ruelles de Grenade, elle s'arrête dans un café, El Barril et fait connaissance avec le patron, Miguel, qui lui laisse entrevoir le passé trouble de la ville, ravagée quelques années plus tôt par l'armée de Franco. Si Sonia souhaite en savoir davantage, elle est contrainte de rentrer chez elle. Là, elle retrouve un mari froid et distant, ayant progressivement plongé dans l'alcool alors que son cœur ne pense plus qu'à Grenade. Une visite chez son père est déterminante puisqu'elle retrouve des photos de sa mère en danseuse et apprend que cette dernière, aujourd'hui décédée, avait des liens avec Grenade. Cet ensemble de coïncidences conduisent la jeune femme à effectuer un second séjour là-bas, bien décidée à écouter le vieux Miguel lui narrer l'histoire de la famille qui a tenu ce café pendant de longues années, la famille Ramiréz. Cette plongée dans le passé, assombri par les années de guerre civile sera un choc pour Sonia et marquera un tournant décisif dans sa vie.

Mon avis.

C'est désormais un incontournable de l'été, la lecture d'un Victoria HISLOP. Après L'île des oubliés qui nous amène sur l'île de Spinalonga au large de la Crète, puis Le fil des souvenirs qui nous plonge dans le passé de Thessalonique, Une dernière danse change de destination et nous fait voyager jusqu'en Espagne, à Grenade plus précisément mais d'autres villes sont également évoquées au fil du récit. En ces temps où les voyages sont peu recommandés, ce livre offre au lecteur un dépaysement bienvenu, tant dans l'espace que dans le temps.

Au niveau de la forme, ce livre n'est pas bien différent des autres. C'est une spécialité de l'auteur, débuter le récit par la présentation de personnages actuels, qui en sont souvent à un tournant de leur vie (un mariage, un divorce, une naissance) et qui ont besoin de se référer aux origines pour pouvoir à leur tour tracer leur voie. Cette quête des origines est ensuite l'occasion d'évoquer le passé d'une ville, d'une île la plupart du temps situés sur le pourtour méditerranéen. Ici, j'ai trouvé cet aller-retour entre présent et passé un peu maladroit, voire caricatural. Si le personnage de Sonia est vraiment développé pendant les cent premières pages, on finit par ne plus la côtoyer et ce n'est que dans les toutes dernières pages qu'on la retrouve pour d'ultimes révélations. C'est un personnage qui n'apporte finalement pas grand chose à l'ensemble et qui plombe même l'histoire puisqu'il paraît artificiel et caricatural, en décalage avec l'authenticité de la famille Ramiréz. Le dénouement paraît aussi un peu tiré par les cheveux et vient gâcher les trois quarts du livre qui sont pour leur part émouvants et qui auraient été suffisants pour satisfaire le lecteur. C'est un livre dense, qui traîne en longueur, ce qui n'est pas forcément négatif dans la mesure où on prend le temps de découvrir les personnages et de s'imprégner de leurs âmes et de leurs vécus.

Si la présence de Sonia m'est apparue un peu bancale, j'ai été complètement séduite par la partie plus historique de l'intrigue, qui occupe une large part du récit. Le style d'écriture de Victoria HISLOP est tout en simplicité et permet d'aborder des faits historiques dramatiques avec beaucoup d'humanité tant les personnages qu'elle développe sont fidèles à une certaine réalité et incarnent d'autres anonymes qui ont vraiment existé. Ainsi, j'en ai appris beaucoup sur la venue au pouvoir de Franco et surtout, sur la guerre civile espagnole sans avoir l'impression de faire un quelconque effort pour m'y intéresser. Point de dates, de noms de personnes que l'on ne retiendra pas, juste la narration de la petite histoire pour évoquer, en fond, la grande Histoire. Moi qui ne connaissais pas grand chose à cette guerre, je suis ravie d'en savoir désormais un peu plus et cela m'a même donné envie de m'y intéresser davantage. Je me suis sentie complétement immergée dans les lieux décrits, comme si je montais dans une machine à remonter le temps à chaque fois que j'ouvrais le livre. J'ai également beaucoup apprécié le fait que la famille Ramiréz soit si authentique : elle aussi a eu son lot de malheurs et en cela, elle est représentative de milliers de familles espagnoles qui n'avaient rien demandé et qui se sont retrouvés endeuillées de façon totalement injuste. Souvent, dans ce type de roman, les morts pleuvent autour des protagonistes mais ceux-ci finissent toujours par bien s'en sortir et ne sont finalement que peu touchés par les atrocités de la guerre. Ici, il n'en est rien, au contraire, la famille Ramiréz a été très touchée et cela rend hommage à une certaine vérité historique.

En conclusion, je n'ai pas été convaincue par tous les choix narratifs de l'auteur mais dans l'ensemble, j'ai beaucoup apprécié ma lecture d'Une dernière danse. Cela confirme ce que je disais plus haut, les Victoria HISLOP sont une valeur sûre pour qui souhaite voyager sans quitter le transat !
 Dernières infos.

Une dernière danse a été publié en 2008 pour la version originale et compte 453 pages. Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur la guerre civile espagnole, je vous conseille cette vidéo de Nota Bene qui nous donne un bon aperçu de la situation sans être assommante. Voici un autre lien vers une vidéo un peu plus concise et ici sur l'histoire du flamenco.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 7 - Livre que vous n'avez pas acheté - 31/100 (je l'ai emprunté à la médiathèque)

samedi 13 juin 2020

Le Cycle de l'invisible - Eric-Emmanuel Schmitt

Sur cette page, découvrez mes avis sur les romans composant le Cycle de l'invisible - cycle rédigé par un auteur que l'on ne présente plus, Eric-Emmanuel SCHMITT et consacré aux spiritualités. Ce cycle comporte à ce jour huit romans très courts qui mettent en scène, chacun à leur tour, un enfant et une spiritualité. 

TROISIÈME ROMAN : Oscar et la dame rose.

En résumé : Oscar a dix ans et sa maison, c'est l'hôpital. Atteint d'une maladie incurable, il sait que ses jours sont comptés. Face aux médecins et à ses parents qui lui mentent délibérément sur la gravité de son état, il va trouver du réconfort auprès de Mamie-Rose, une des dames roses bénévoles qui rendent visite aux enfants malades pour leur apporter un peu de douceur. Mamie-Rose est la seule qui ose lui dire la vérité et qui ose le bousculer dans son quotidien, pas étonnant pour une soi-disant catcheuse renommée. C'est aussi elle qui va le convaincre d'écrire à ce Dieu auquel l'enfant ne croyait pas, pour apaiser ses peines et l'encourager à croire aux douze derniers jours, ceux qu'Oscar vivra pleinement, comme si chaque jour représentait dix ans, cent-vingt ans, pour finir par s'éteindre doucement.

Mon avis : Je le conçois, Oscar et la dame rose ne décrocherait pas la palme du résumé le plus joyeux. Toutefois, ne jamais se fier aux apparences, ce roman, bien qu'ayant tous les ingrédients d'une lecture tire-larmes, n'est pas larmoyant. Il y a suffisamment d'humour et de douceur pour contrebalancer le destin malheureux de ce petit garçon qui n'a rien demandé. Vous l'aurez sans doute compris à l'évocation de Dieu, ce roman est consacré au christianisme. Néanmoins, je trouve que la question de la spiritualité n'est pas franchement mise au centre du livre. Certes, ce livre est construit sur la succession de lettres qu'Oscar envoie à Dieu, pour lui raconter son quotidien, ses joies et ses peines et pour lui demander des petites faveurs, dans le genre Aladdin et la lampe magique. Mais je ne vois pas dans cette correspondance à sens-unique le point de départ du bien-être du petit garçon. C'est plutôt la relation qu'il entretient avec Mamie-Rose qui lui donne la force de vivre alors qu'il se sait condamné. Ce sont dans les souvenirs de la vieille dame, son passé amusant de catcheuse et les stratagèmes qu'elle met en place pour lui donner de nouvelles raisons de vivre, qu'Oscar puise sa détermination à profiter de chaque instant. Leur relation, autant que la personnalité d'Oscar, sont émouvantes à lire. Toutefois, je crois que ce livre est trop rapide (une centaine de pages) pour totalement se laisser prendre au jeu. Du moins, ce fut mon cas. Si j'ai apprécié ma lecture sur le moment, parce que pleine de fantaisie et attendrissante, je suis rapidement passée à autre chose une fois le livre refermé et je ne suis pas sûre que l'histoire d'Oscar me poursuivra encore longtemps. De même, j'ai eu le sentiment de passer un peu à côté du rôle central qu'était censé jouer le fait de croire en un Dieu supérieur.

Ma note : 3/5

Challenges :
* Défi lecture 2020 : Consigne 46 - Livre dont le titre comporte le nom d'une couleur - 21/100

CINQUIÈME ROMAN : Le sumo qui ne pouvait pas grossir.

En résumé : Alors qu'il n'est âgé que de quinze ans, Jun a déjà connu la misère et le désarroi. Ayant fui sa famille dont il refuse de parler, il vend de la marchandise pour touristes dans les rues de Tokyo. Sans le sou, il dort à la belle étoile et se dit allergique à l'humanité. Le court de sa vie va prendre une nouvelle tournure grâce à sa rencontre avec Shomintsu, un maître qui entraîne des sumo au combat et qui décèle en Jun "un gros" malgré sa consistance toute frêle. D'abord hermétique à la parole de cet inconnu déterminé à l'inviter à un combat de sumos, il se laisse progressivement convaincre. Ce sera une révélation pour lui et cela va le mener vers une autre vision de la vie, de sa vie et de son histoire. 

Mon avis : Un jeune garçon aveuglé par les préjugés, emprisonné dans sa façon de se concevoir et de concevoir l'altérité, mais qui va progressivement s'ouvrir, faire tomber un à un les blocages qui l'empêchaient de vivre, notamment grâce à la méditation. Cela vous rappelle très certainement le bouddhisme, et il s'agit bien de cela dans cette cinquième partie du cycle de l'invisible. Je me suis beaucoup reconnu dans le personnage de Jun, même si sa transformation ne me parle pas vraiment, tellement elle est rapide et a un côté "idéal" qui l'empêche d'être réelle. Si les réflexions amorcées sont intéressantes, notamment sur les préjugés, sur nos visions parfois étriquées, l'inconvénient est ici le même que pour les autres romans du cycle, c'est beaucoup trop court. Pas le temps de soumettre le lecteur à réflexion, que Jun a déjà franchi de nouvelles étapes dans sa quête de lui-même. Certains développements mériteraient d'être plus approfondis. Je pense que cette histoire, qui plus est originale car le milieu des sumos est peu présent dans la littérature, serait une base de travail intéressante pour un roman plus long. Malgré ces petits bémols, j'ai quand même apprécié cette lecture, tant certains côtés ont résonné en moi. La leçon que je retiendrais le plus, même si elle n'est pas nouvelle, c'est que les choses peuvent changer du tout au tout, lorsqu'elles sont regardées sous un autre angle.

Ma note : 3/5

Challenges :

* Défi lecture 2020 : Consigne 25 - Livre dont le titre contient une négation - 46/100

SIXIÈME ROMAN : Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus.

En résumé : Au pays où la politique de l'enfant unique bride des millions de familles dans leur désir de fonder une large et belle fratrie, Madame Ming a réussi à avoir dix enfants. Du moins, c'est ce qu'elle fait croire à cet homme d'affaire français qui la rencontre dans les toilettes du Grand Hotêl de Yunhai où la vieille femme exerce le métier de dame Pipi. Au fil des conversations interrompues par ces hommes aux envies pressantes ou par les allers et venues plus ou moins longues de l'homme d'affaire, Madame Ming lui raconte les aventures pour le moins farfelues de ses enfants imaginaires. Alors que son interlocuteur n'a d'abord qu'une seule obsession, lever les mensonges de la dame Pipi, il se laisse prendre au jeu et finit par l'écouter, avec un plaisir non dissimulé, fabuler autour d'une vie qu'elle aurait aimé avoir, comme si la quête de vérité n'était plus prioritaire dans leurs échanges.

Mon avis : Comment parler de la Chine, pays immense, terre de contrastes et d'une richesse culturelle incroyable ? Par où commencer ? Eric-Emmanuel SCHMITT fait le choix de partir sur la piste du Confucianisme, nouvelle spiritualité explorée dans le cadre du Cycle de l'invisible. Dans ce très court roman (une centaine de pages), c'est le personnage de Madame Ming qui incarne la pensée de Confucius et la sagesse transmise à tout un peuple. Les citations sont nombreuses et ont pour vocation, semble t-il, à faire réfléchir le narrateur, engoncé dans sa pensée occidentale, mais aussi le lecteur. Au-delà de la diversité des cultures, la réflexion sur le mensonge et la vérité est universelle et c'est bien ce qui nous occupe une bonne partie du livre. A partir de quel moment est-il bon de dire la vérité ? Est-ce que toute vérité est bonne à dire ? Trouver refuge dans l'imaginaire est-il si dangereux que ça ? Voilà quelques questions posées par les échanges entre les deux protagonistes. Si j'ai trouvé ces pistes intéressantes, je trouve que ce livre est trop court pour amorcer une réelle réflexion. Les pages s'enchaînent, avec elles des citations de Confucius, quelques phrases qui nous piquent de part leur justesse, mais difficile d'aller plus loin tellement l'histoire se fait rapide. Une lecture qui se veut agréable, le personnage de Madame Ming étant divertissant et tellement loufoque qu'il nous arrache quelques sourires, mais je pense que je ne garderai malheureusement pas cette histoire en tête pendant bien longtemps. Un livre qui se lit, se relit et se re-relit pour bien s'en imprégner. 

Ma note : 3/5

Challenges :

* Défi lecture 2020 : Consigne 32 - Livre dont le titre contient plus de huit mots - 32/100

SEPTIÈME ROMAN : Madame Pylinska et le secret de Chopin.

En résumé : 
Tout jeune, Eric-Emmanuel SCHMITT est intimidé par cet objet qui trône au beau milieu du salon, le cinquième membre de la famille, un piano droit. Lors de la fête organisée pour ses neuf ans, sa Tante Aimée fait courir ses doigts sur l'instrument et le ranime grâce à quelques airs de Chopin. Le jeune garçon est subjugué, un intérêt nouveau naît pour ce rival sur lequel il a longtemps jeté un regard noir. Il apprend vite à jouer, des mélodies de Bach, de Beethoven, Schubert mais Chopin lui résiste. Fraîchement arrivé à Paris pour ses études, il prend contact avec Madame Pylinska, une pianiste polonaise originale qui donne des cours et qui l’accepte comme élève. Rapidement, le jeune apprenti découvre des méthodes peu orthodoxes pour entrer dans l'univers de Chopin. Tantôt déboussolé, parfois même bousculé par les consignes de la vieille dame, il persiste et plus qu'une façon de jouer, il découvre une façon d'être au monde, apprenant peu à peu à connaître l'artiste de génie mais aussi à se connaître lui-même.

Mon avis : Une fois n'est pas coutume, il n'est pas question d'une religion à proprement parler dans ce très court roman, mais de la musique. Le pouvoir de la musique, qui agit comme un Dieu, il me semble que là est le message d'Eric-Emmanuel SCHMITT. La musique comme nouvelle spiritualité explorée dans le cadre du Cycle de l'invisible. L'auteur relate sa propre expérience et nous embarque vers des chemins insoupçonnés, à la découverte de Chopin et de l'impact qu'il a eu sur deux femmes de son entourage, la Tante Aimée, et Madame Pylinska. Deux femmes pour qui les notes du pianiste se sont avérées être des pansements contre la douleur, des remèdes pour traverser les chagrins, un éveil au monde, une entrée dans des univers inconnus. Comme la foi nous guide vers la connaissance de soi et des autres. Elles, elles ont cru dans le talent de cet artiste chétif. J'ai aimé ces deux personnages féminins, empreints d'une belle sensibilité, la sensibilité des artistes, tellement sensibles qu'elles ont su percer les secrets de leur maître pianiste. Cette sensibilité même que l'auteur n'a pas et qui le fait buter sur les mélodies de Chopin, du moins au début, avant que Madame Pylinska ne l'éveille aux beautés du monde. Eric-Emmanuel SCHMITT s'ouvre, à la musique, à l'amour, et à ce qu'il est profondément. C'est une histoire pleine de tendresse, mais qui s'écoule bien trop vite malheureusement. J'aurais aimé que ce trio soit davantage développé, que les deux personnages féminins soient davantage explorés et gonflent en puissance au fil des pages. Néanmoins, cela reste une lecture agréable, qui doit être à mon avis encore plus signifiante lorsqu'on est soi-même musicien (ce qui n'est pas mon cas).

Ma note : 3/5

Challenges :

* Défi lecture 2021 : Consigne 46 - Un livre dont un des personnages est artiste - 14/100
* En 2021... Je voyage : Belgique (+ 20 points)

dimanche 23 février 2020

Entrez dans la danse - Jean Teulé

En résumé.

Strasbourg, 1518. La misère est partout, elle rampe dans les rues, s'insinue dans les modestes habitations strabourgeoises, les épidémies font rage, les désordres climatiques privent les gens de nourriture et l'invasion turque qui se prépare réveille les angoisses. Enneline TROFFEA, la femme du graveur de la rue du Jeu-Des-Enfants vient de noyer son bébé, une bouche à nourrir de plus, c'était trop pour ce couple sans le sou. Frappée par le chagrin, la détresse la plus sérieuse qui soit, son corps est agité de mouvements incompréhensibles à son retour. Vite, elle sort de sa demeure et se met à danser de façon diabolique dans cette rue qui l'avait vue sortir quelques temps auparavant, son bébé contre le coeur. Elle ne s'arrêtera pas de danser, pendant des mois, malgré les douleurs bientôt visibles et une fatigue qui la fera tomber à plusieurs reprises. Elle est très vite rejointe par quantité de voisins qui la suivent dans ces agitations frénétiques du corps. Bientôt, les huiles strabourgeoises s'inquiètent, maire, médecins, clergé, tous tentent de trouver l'origine de cette épidémie dansante, pour la guérir, au plus vite.

Mon avis.

Une lecture qui est tombée par hasard. Le hasard d'une sortie à la bibliothèque, sans intention d'emprunter quoi que ce soit, et finalement mes yeux se sont posés sur ce livre de Jean TEULE, dont j'avais déjà lu Le magasin des suicides. Le sujet, original, et le court format, m'ont séduite. Ni une, ni deux, il était dans mon panier. Lu en seulement deux jours, ce fut une lecture déroutante, instructive et que je n'oublierai pas de si tôt.

Le réel plus de ce livre est qu'il s'ancre dans des faits réels. Si j'en crois ce que j'ai pu lire à droite, à gauche sur Internet, des cas réels d'épidémie dansante ont été relevés à cette époque, sans qu'une cause soit clairement identifiée. Pour Jean TEULE, c'est le désespoir qui conduit les hommes à entrer dans ces mouvements incontrôlables, comme la seule manière qui leur reste de témoigner de leur volonté de vivre, à tout prix. J'ai été frappée par certains passages relatant des faits sordides, qui m'ont donné quelques envies de vomir parfois, mais attestant de la misère sévère qui s'abattait sur ces pauvres gens. Si les premiers couples à répendre, de façon involontaire, l'épidémie au reste de la ville sont des personnages clés de l'histoire, l'auteur s'intéresse également au pouvoir en place à l'époque, avec une critique très appuyée du clergé, qui interprétait ces faits comme résultant de l'action du diable. Ils concentraient toutes les richesses et stockaient toute la nourriture, sans la partager avec les strabourgeois qui mourraient de faim, l'appât du gain dominant toute forme de bienveillance. Le partie pris pour le maire, qui s'oppose au clergé en leur demandant d'ouvrir leur grenier à la population affamée, et cherchant des causes rationnelles à ces comportements irrationnels, notamment en convoquant l'élite médicale, est très net. 

J'ai pu lire des avis complètement contradictoires sur ce livre, certains ayant beaucoup aimé, d'autres ayant détesté. Je ne suis pas suffisamment calée en histoire (c'est un euphémisme) pour tenter de déceler d'éventuelles entorses à la vérité historique. Je prends les faits tels qui sont écrits, ayant une confiance aveugle en l'auteur, même si je me doute qu'il a usé de sa marge de manoeuvre pour romancer le tout afin d'accrocher le lecteur. Quant à son style d'écriture, que beaucoup ont attaqué, je ne l'ai pas trouvé mauvais. Certains passages sont parfois difficiles d'accès, de part leur tournure, mais sinon, le récit se lit facilement, l'essentiel est dit, et les laideurs décrites sont parfois contrebalancées par des anachronismes qui nous arrachent un sourire, ou des tournures inattendues qui rompent avec l'ambiance grave de ce passage historique méconnu. De plus, les courts chapitres, qui alternent avec d'autres, un peu plus longuets, donnent du rythme à l'ensemble et nous maintiennent en éveil. Ainsi, même si ce ne fut pas un coup de coeur, je ressors plutôt satisfaite de ma lecture, j'ai eu le sentiment d'apprendre de nouvelles choses, sans perdre mon temps puisque ce livre est très rapide. Cette lecture me donne envie de me plonger dans un autre Jean TEULE dans quelques temps - auteur qui est visiblement connu pour écrire autour de faits divers historiques, et parfois glauques comme celui-ci.

Je conseille ce livre à tous les lecteurs qui aiment les romans historiques, ou d'une moins les anecdotes s'ancrant dans l'histoire. Voici une lecture rapide, qui vous apprendra néanmoins tout un tas de choses !
Dernières infos.

Entrez dans la danse a été publié en 2018 et compte 155 pages. Pour les amateurs de BD, sachez que ce livre a été adapté en BD par Richard GUERINEAU - BD publiée aux éditions Delcourt.

Ma note.
Challenges.
* Défi lecture 2020 : Consigne 76 - Livre tiré d'une histoire vraie ou basée sur des faits réels.

samedi 15 février 2020

Percy Jackson et les dieux grecs - Rick Riordan

En résumé.

Contre un an de pizzas gratuites (qui ne craquerait pas ?!), Percy JACKSON accède à la demande de son éditeur en écrivant ce nouveau livre consacré aux héros grecs. Ainsi, le jeune garçon nous raconte l'histoire, pas toujours heureuse, de douze héros et héroïnes grecs, des stars de la mythologie grecque à ceux qui auraient aimés l'être mais qui ont été arrêtés en plein vol. En voici le sommaire :

1. Persée : le rodéo de la Méduse.
2. Psyché pique un fard aux Enfers.
3. Phaéton se fait recaler au premier char.
4. Otréré, la première Amazone (avec livraison gratuite en 48 heures).
5. Dédale invente tout, n'importe quoi et le reste.
6. Thésée prend le minotaure par les cornes.
7. Atalante et les trois pommes : un combat à mort.
8. Bellérophon plaide non coupable.
9. Cyrène bouffe du lion.
10. Orphée se la joue en solo.
11. Les douze corvées d'Hercule.
12. Jason, ou comment réussir dans la vie grâce à un tapis.

Mon avis.

Cela fait un moment qu'une amie, aux goûts très sûrs, me vante les mérites de Percy Jackson et plus largement, de son auteur, Rick RIORDAN. Au départ rebutée par leurs couvertures enfantines qui en font des caisses (boucliers en bronze, foudre, flammes, monstres en tout genre), j'ai finalement décidée de franchir le pas lorsque je me suis retrouvée face à ce hors-série lors d'une visite à la bibliothèque. Eh bien, au terme de cette lecture qui a duré deux semaines mais qui aurait pu durer deux jours si je ne travaillais pas, je suis conquise !

Si comme moi, vous n'avez jamais fait connaissance avec Percy auparavant, pas de panique, ce hors-série peut tout à fait se lire sans connaître ses aventures ! Evidemment, quelques références sont faites à des tomes passés mais elles sont rares et ne gênent en aucun cas la compréhension des histoires qui sont racontées. Car il faut dire que la vedette de ce livre n'est pas Percy Jackson mais plutôt ces douze héros et héroïnes grecs que l'on connaît tous de nom mais lorsqu'il faut se rappeler de qui ils sont et de ce qu'ils ont fait, c'est de suite plus compliqué ! Ce livre va vous rafraîchir la mémoire ou même vous apprendre de nouvelles choses quand vous serez faces à des personnalités inconnues du gotha grec. Les chapitres sont denses, car il s'en passe des choses dans la mythologie grecque, les personnages qui gravitent autour de nos héros sont très nombreux et n'ont pas toujours des noms très prononçables et les lieux évoqués nous paraissent obscurs, ce qui fait que l'on oublie à mesure que l'on avance dans la vie des différents protagonistes les premiers chapitres, mais ce n'est pas bien grave, il faut prendre ce livre comme une succession d'histoires à la manière d'un livre de conte pour les enfants. Du fait de leur complexité, on ne s'ennuie pas une seule seconde lors de la lecture de ces douze mythes, je les ai dévorés comme un bon vieux roman policier, bien que parfois un peu écoeurée par leurs coutumes sanguinaires. En plus d'apprendre quantité de choses, l'autre atout indéniable de ce livre est l'humour.

Vous pouvez déjà le percevoir à la lecture du sommaire, Percy Jackson et les héros grecs est un condensé de blagues toujours bien placées et qui rendent la lecture encore plus agréable. Et je dois dire que ça détend aussi l'atmosphère parfois ! Anachronismes, gimmik au sujet de la Pythie de Delphes, moqueries, autant de procédés utilisés par l'auteur pour rendre ces douze histoires un peu plus actuelles et nous tenir en haleine. Malgré les 555 pages, je ne me suis pas lassée une seule seconde, toujours enthousiaste à l'idée d'ouvrir ce livre et de rire un bon coup tout en me cultivant. La prochaine étape maintenant est de me lancer dans la lecture de la première saga écrite par l'auteur, en espérant que ces deux éléments, humour et culture grecque, seront toujous présents.

Un coup de coeur qu'il faut lire absolument ! Ne faîtes pas comme moi, ne vous arrêtez pas à la couverture trop tape à l'oeil et la réputation jeunesse de Percy Jackson, foncez, courrez et lisez !
Dernières infos.

Percy Jackson et les héros grecs a été publié en 2015 et compte 555 pages. A noter qu'un autre livre du même genre et du même auteur est disponible : Percy Jackson et les dieux grecs. J'ai hâte de le lire ! Si vous souhaitez en savoir plus sur les héros évoqués dans ces quelques pages, une série intitulée Les grands mythes a été récemment diffusée sur Arte. Elle reprend l'histoire de la plupart des héros précsentés ici. Pour ma part, ces épisodes m'ont permis de mettre des images sur les histoires racontées et de mieux les retenir.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 20 - Livre dont la couverture comporte des ailes.

samedi 18 janvier 2020

Des fleurs pour Algernon - Daniel Keyes

En résumé.

Charlie GORDON présente une déficience intellectuelle, comme l'on dirait aujourd'hui, il est arriéré, comme l'on disait à l'époque où cette histoire a été publiée (1972). Il mène une vie simple mais heureuse, séparé de sa famille mais autonome grâce à son boulot d'homme de ménage dans une boulangerie. Pour autant, son entourage et lui, par ricochet, ont toujours rêvé qu'il soit plus mature. Son quotidien bascule lorsque le Docteur STRAUSS et le Professeur NEMUR mettent au point une nouvelle méthode pour augmenter le potentiel intellectuel de personnes déficitaires. D'abord testée sur une souris de laboratoire, Algernon, l'opération est une réussite puisque l'animal devient en quelques semaines surdoué. Charlie est tout désigné pour succéder à Algernon et être le premier cobaye humain à subir ce genre d'intervention. Après plusieurs semaines d'ascension fulgurante, pendant lesquelles le jeune homme évolue à grands pas, les premiers doutes s'installent : et si les bénéfices de cette opération ne duraient pas ?

Mon avis.

Cela fait désormais plusieurs années que l'on m'a conseillé la lecture de ce livre élevé au rang de classique par bien de critiques littéraires. Malgré tout l'intérêt porté au thème de l'histoire, il m'a fallu du temps pour me le procurer et me plonger dans la vie de Charlie. Je suis heureuse d'avoir enfin croisé sa route, petit livre mais ô combien pertinent et puissant.

L'auteur, Daniel KEYES, ne s'est pas trompé dans ses choix narratifs puisque c'est Charlie lui-même qui raconte sa propre histoire au travers de compte-rendus qu'il rédige à la demande du Docteur  STRAUSS et du Professeur NEMUR, avant et après son opération. Cela est particulièrement efficace dans la mesure où le lecteur bénéficie d'un accès direct aux émotions du protagoniste et à la façon dont il évolue. Ainsi on passe des premières pages très mal rédigées (des tonnes de fautes d'orthographe et de syntaxe, un vocabulaire simple pour des idées simples) aux pages du milieu de livre parfaitement rédigées et exprimant une réflexion complexe. Je dois avouer qu'il est difficile d'entrer dans cette histoire à cause de ces premières pages qui nous déroutent et montrent à quel point notre cerveau est conditionné pour une reconnaissance directe et très visuelle des mots. Ceux-ci, lorsqu'ils sont mal écrits nous heurtent la rétine et cela nous demande un effort supplémentaire pour les déchiffrer. Finalement, pendant ce premier temps du récit, les rôles s'inversent, comme si le lecteur était en situation de handicap puisque sa lecture est rendue compliquée, ce qui est plutôt ironique vu que l'on est en train de lire l'écrit d'une personne qui est elle-même mise à mal par l'écrit. Puis Charlie est opéré et cette fois-ci, nous sommes déroutés par l'incroyable évolution qu'il connaît. Bien sûr, cela n'est pas sans conséquence puisque cette nouvelle compréhension de la vie et de sa vie amène un nouvel éclairage sur sa fragilité affective et émotionnelle. Je me suis vraiment attaché à ce personnage pour qui j'ai éprouvé de la peine, que ce soit avant son opération où il est alors un jeune homme mal aimé, moqué, méprisé et renié par sa famille ou après son opération, où il devient une bête de foire qui doit gérer une multitude de nouvelles émotions en peu de temps, sans tuteur pour l'aider sur cette voie.

De part son thème, Des fleurs pour Algernon est un livre qui interroge. Certaines questions qu'il soulève ont eu peut-être plus d'impact à sa sortie, en 1972, qu'à notre époque car la science a connu certains progrès depuis et des questions d'ordre éthique ont été résolues, mais d'autres points restent d'actualité. Pour moi, l'expérience Charlie GORDON, même si elle est purement romancée (n'oublions pas que ce livre est classé en science-fiction !), soulève trois axes importants :
  • Il y a d'abord la question éthique : est-ce que la science pourrait un jour modifier l'intelligence humaine de façon si spectaculaire, et surtout, est-ce qu'elle en a le droit, même avec le consentement des personnes impliquées ? Et en creux, quel type d'intelligence pourrait-elle modifier ? On le voit, Charlie devient plus intelligent dans le sens où ses capacités de mémoire sont accrues, ainsi que ses capacités à apprendre de nouvelles données, mais sur la plan émotionnel, cela demeure très compliqué pour lui et il subsiste une sorte de décalage entre ces deux types d'intelligences.
  • Ensuite, il y a la question du lien entre intelligence et bonheur. Il semblait être plus heureux lorsqu'il n'avait pas accès à une compréhension fine de son entourage. L'augmentation de ses performances cognitives s'accompagne d'une exigence nouvelle vis-à-vis de lui et vis-à-vis des autres qui semble le faire souffrir, bien que cela le comble sur d'autres aspects.
  • Enfin, ce livre pose la question de l'acceptation du handicap mental, de la déficience intellectuelle par la société. Je pense que les mentalités ont heureusement évolué depuis ces quarante dernières années mais c'est intéressant de se rappeler d'où on partait. Charlie était considéré comme un moins que rien, un animal presque, quelqu'un dont on pouvait rire, et plutôt que de s'accommoder de cette différence, et de partir de là pour encourager d'autres performances, la logique était celle de la réparation, qui atteint son apogée avec l'intervention chirurgicale des deux médecins.
Je n'ai pas de réponses à ces divers questionnements et d'ailleurs je pense que ce n'est pas le lieu pour en débattre, mais j'ai apprécié que cette lecture me pousse à réfléchir à ces sujets-là. Ce n'est pas un texte moralisateur, juste une histoire qui nous donne à penser, au-delà du divertissement premier.

Comme on l'a fait pour moi il y a quelques années, je vous conseille à mon tour cette lecture, très intéressante à plusieurs niveaux : thèmes abordés, choix narratif, émotions suscitées. Qui plus est, l'histoire est très vite lue, accessible, et elle est devenue un incontournable de la littérature anglo-saxonne, alors il n'y a vraiment plus d'excuses pour ne pas vite se la procurer !
Dernières infos.

Des fleurs pour Algernon a été publié en 1972 et compte 252 pages. Ce livre a été adapté à plusieurs reprises et a inspiré plusieurs oeuvres. Je vous laisse faire quelques recherches si cela vous intéresse, tout citer ici serait trop long !

Ma note.
Challenges.