samedi 12 mai 2018

Les délices de Tokyo - Durian Sukegawa

En résumé.

Posté dans une échoppe en plein cœur de Tokyo, Sentarô vend des dorayakis, pâtisseries japonaises à base de pâte d'haricots rouges glissée entre deux pancakes. Le jeune homme n'est pas là par plaisir. Il vient à peine de sortir de prison et doit déjà éponger ses dettes. Ce manque de motivation se ressent dans ses pâtisseries et rares sont les clients à passer la porte de la boutique. Le voilà donc contraint de rechercher une aide en cuisine. Tokue, une vieille dame aux doigts déformés parvient à convaincre le patron de la prendre grâce à ses talents de pâtissière. Dans les jours qui suivent, les clients affluent, conquis par les saveurs proposées par la nouvelle recrue. Sentarô fait le service alors que Tokue reste en cuisine, cachant ses doigts qui pourraient faire fuir les gourmands. Mais des yeux experts ont tout de même remarqué l'anomalie et la vieille dame est contrainte de quitter le magasin. Sentarô, accablé par les événements tente, avec l'aide de Wakana, une de ses habituées, de se mettre sur la piste de leur collègue, cherchant à percer le mystère qui entoure la sage Tokue.

Mon avis.

J'ai bien l'impression que ce livre est à la mode en ce moment. Du moins, il l'a été il y a quelques mois. Ce sont les avis élogieux, la couverture aux couleurs printanières et l'envie de dépaysement qui m'ont poussée à emprunter ce livre à la bibliothèque. Je me félicite de cette décision car, comme beaucoup de lecteurs, je suis tombée sous le charme de cette histoire toute douce. 

Je dois même dire que c'est le meilleur roman japonais que j'aie lu jusqu'à présent (bon, en même temps, je n'en ai pas lu des masses). Ce roman est un petit bijou qui éveille tous nos sens. Il est à la fois gourmand, grâce à la confection des dorayaki, visuel de part sa couverture mais aussi de part les changements de saison qui rythment l'histoire et offrent des décors admirables et odorant avec ce cerisier planté juste devant l'entrée de la boutique. On se sent non seulement dépaysé, projeté dans une autre culture mais aussi impliqué de part nos cinq sens dans cette histoire. Le récit est plutôt lent, il ne se passe pas une foule de choses quand on y pense mais je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. J'ai même ressenti une forme d'impatience, ayant très envie de voir comment la relation entre Sentarô et Tokue allait évoluer.

Ce qui m'a également plu est la délicatesse de l'auteur. Il sème, au fil des pages, des petites parcelles du message qu'il souhaite faire passer à ses lecteurs. Je n'ai donc pas eu droit aux envolées lyriques, aux métaphores tirées par les cheveux et aux sous-entendus de sous-entendus que l'on retrouve parfois dans les romans japonais, ce qui fait que je ne les comprends jamais (encore une fois, je n'en ai pas lu des masses). Il utilise habilement les trois personnages représentant trois générations différentes pour parvenir à évoquer, de façon très pudique (n'oublions pas que nous sommes au Japon) la face un peu sombre du passé de ce pays. Tokue est l'élément central de l'histoire, c'est elle qui lui confère toute sa puissance. Tous trois sont des estropiés de la vie, tous trois traînent leurs jours passés comme des boulets qui les empêchent d'avancer mais Tokue est celle qui s'en sort le mieux, celle qui incarne la sagesse. Elle parvient à transmettre sa philosophie de vie grâce à la cuisine. C'est elle qui conseille à Sentarô d'écouter l'histoire que racontent les haricots rouges, il n'y a que comme ça que le pâte sera bonne. En fait, la pâte ne sera bonne que parce qu'on aura cru en eux, tout comme on peut croire en une personne. Cette confiance que l'on accorde dans le potentiel de l'autre va changer le regard qu'on porte sur lui. Cette leçon peut s'appliquer à n'importe lequel de nos protagonistes. Si le Japon avait eu un autre regard sur la maladie de Hansen - maladie dont a souffert Tokue - cette dernière aurait eu une vie radicalement différente. Si on avait cru dans les talents d'écrivain de Sentarô, il ne serait jamais allé en prison. Si la mère de Wakana croyait en sa fille, celle-ci ne se serait pas enfuit de chez elle. Ainsi, les trajectoires empruntées par les uns et les autres dépendent du regard que l'on porte sur eux. C'est un livre qui parle de la vie, celle de nos protagonistes mais aussi la générale, celle qui touche tout le monde, du destin et du chemin que chacun trace. C'est un livre qui est lui-même vivant, de part ce cerisier qui fleurit puis perd ses feuilles, de part le thème de l'alimentation qui est la toile de fond de l'intrigue et aussi parce que les personnages vivent, osent des choses, se plantent puis se relèvent.

Les beaux jours reviennent, c'est le bon moment pour ouvrir ce livre, que vous aimiez ou pas la culture nippone, que vous aimiez ou pas les haricots rouges, que vous aimiez ou pas les personnes âgées ! 

D'un coup d’œil, les plus, les moins. 

+ Un livre qui stimule tous nos sens !
+ Une ôde à la vie, de part les protagonistes, de part le message de l'auteur, de part toute cette nourriture qui nous met l'eau à la bouche.
+ Toute la tendresse et la douceur qui se dégagent de ces quelques pages.

- Le récit peut parfois être lent mais ça ne m'a pas vraiment dérangée.

Dernières infos.

Les délices de Tokyo a été publié en 2013 pour la version originale et compte 239 pages. Il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2016. Il m'a fait penser à un autre livre qui traite du même thème (la lèpre) : L'île des oubliés de Victoria Hislop. A bon entendeur....

Ma note.

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