dimanche 10 mai 2020

Mrs Dalloway - Virginia Woolf

En résumé.

Un jour de la vie d'une femme, voilà ce qui est raconté dans cet écrit de Virginia WOOLF. Pas n'importe quelle femme, Mrs DALLOWAY, femme anglaise, habitante de Londres, dans l'après Première Guerre Mondiale. Un jour de Juin 1923. Mrs DALLOWAY est en pleine préparation d'une réception qu'elle donne dans la soirée à laquelle est conviée toute la haute société. Cette réception est l'occasion de penser, au présent et au passé, aux gens dont elle a croisé la route. Comme une coïncidence, ce jour de Juin 1923 signe aussi le retour de Peter WALSH, l'ancien amant de Mrs DALLOWAY. Parti aux Indes, il rejoint Londres, emportant dans ses valises ses tourments et questions existentielles. S'il y en a un qui est également empêtré dans ses questions existentielles, c'est bien Septimus WARREN SMITH, lui aussi habitant Londres, ayant pris part à la guerre qui vient de s'achever, revenu vivant mais mort dans ses pensées. Des personnages qui offrent aux lecteurs leurs réflexions, leurs tourments et leur passé pendant quelques pages.

Mon avis.

Vous le savez peut-être, je suis une conditionnelle des livres édités par les Editions Tibert. Celles-ci proposent des textes de la littérature classique illustrés par des artistes de génie. Des couvertures chatoyantes et poétiques, une mise en page des plus élégantes et un grain de papier très agréable au toucher, voilà la promesse qui est faite au lecteur, et dans mon cas, ça marche. C'est donc tout naturellement que j'ai craqué pour cette version illustrée de Mrs DALLOWAY. Les illustrations proposées par Nathalie NOVI m'ont été d'une grande aide dans cette lecture qui m'a paru longue et fastidieuse.

La couverture des Editions Tibert résume à elle seule le contenu du récit : Mrs DALLOWAY dans ses pensées. Ici, pas d'intrigue, pas vraiment d'action, encore moins de rebondissements, rien que l'accès aux réflexions des divers personnages. Ainsi, le lecteur voyage d'âme en âme, parfois grâce à une pensée commune, ou un objet ou lieu commun. Pas de chapitre pour apporter un peu de rythme à ces confessions qui peuvent paraître interminables, un récit livré en bloc, qui alterne entre passé et présent sans marquer de ruptures, qui navigue entre plusieurs esprits et plusieurs lieux sans aucune ruptures là non plus. Je me suis vraiment sentie déroutée au cours des premières pages, ayant peur de ne pas comprendre l'intrigue et de passer à côté de cette oeuvre qui est pourtant très célèbre. J'ai également ressenti l'ennui. L'envie d'en découdre le plus vite possible pour passer à une autre lecture plus enjouée m'a encouragée à faire défiler les mots sous mes yeux à toute vitesse, ce qui n'est pas une bonne chose puisque c'est un texte qui ne se lit pas d'une traite mais qui se savoure, qui demande réflexion et méditation autour de ce qu'incarnent les personnages.

Finalement, je pense avoir compris le fil de l'histoire, mais demeure en moi l'impression d'être complètement passée à côté de cette oeuvre de la littérature anglaise. Alors je me raccroche désespérément aux deux trois petites choses que j'ai appréciées durant ma lecture. En premier lieu, la beauté du cadre, très floral, dans les illustrations de Nathalie NOVI mais aussi dans le récit de Mrs DALLOWAY. Les fleurs, la nature sont partout et servent de fil conducteur lorsqu'on saute de personnage en personnage. Ensuite, j'ai accroché à certains personnages, comme celui de Septimus WARREN SMITH, dont la profondeur d'âme contraste avec la superficialité apparente de Mrs DALLOWAY. Quand l'un tente de trouver un sens à sa vie, surtout après avoir enduré les horreurs de la guerre, l'autre ne pense qu'aux mondanités et à sa place au sein de la bourgeoisie anglaise. Ces personnages en disent long sur ce qu'est là société de l'après guerre : d'un côté, la joie qui inonde les rues de Londres et nourrit les soirées où il est obligatoire de s'amuser et d'un autre côté, la reconstruction difficile de ceux qui ont été sur le front et qui reviennent tellement bouleversés qu'ils ne trouvent plus leur place dans la société. Même si je n'ai pas su tous les comprendre car je manque de connaissances sur l'après-guerre et sur le style de Virginia WOOLF, je pense que ce livre est plein d'enseignements pour qui sait les décoder.

Je pense qu'entre ce livre et moi, ce fut un rendez-vous manqué. Pas le bon timing, pas le bon état d'esprit, ça arrive, dans toute vie de lecteur. Je ne regrette pas complètement toutes ces soirées à essayer de comprendre la plume de Virginia WOOLF, je sais désormais qui sont ces personnages qui peuplent les pensées de Clarissa DALLOWAY. A tous les amateurs de littérature classique anglaise, foncez ! Aux autres, réfléchissez-y à deux fois avant de foncer !
Dernières infos.

Mrs DALLOWAY a été publié en 1925 pour la version originale et compte 250 pages. Une adaptation au cinéma par Marleen GORRIS a été proposée en 1997. Si, comme moi, vous vous sentez un peu perdu lors de votre lecture, je vous conseille cette émission de France Culture, qui m'a apporté quelques éclairages bienvenus.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 8 - Livre dont le titre contient un titre social - 16/100
* Les 100 livres à lire au moins une fois : 15/100

dimanche 26 avril 2020

La libraire de la place aux herbes - Eric De Kermel

En résumé.

Mère de deux grands enfants et mariée à un homme aimant, Nathalie, professeur de lettres pendant plusieurs années en région parisienne, décide de tout plaquer pour changer de vie. Suite à sa décision, la petite famille pose ses valises à Uzès, charmante petite ville du Gard. Nathalie y reprend une librairie sur la Place aux Herbes, place pittoresque aux arcades chargées d'histoire et qui invite à la flanerie. L'ouverture de la librairie est un succès, les lecteurs s'y succèdent et Nathalie devient au fur et à mesure des rencontres bien plus qu'une professionnelle du livre. Grâce à ses conseils lecture avisés, elle va peu à peu cotoyer l'intimité de ses clients et oser les guider sur le chemin du bonheur. Ce sont les destins de ces personnes qui ont changé sa vie qu'elle raconte dans ces quelques pages.

Mon avis.

Ce livre me faisait de l'oeil depuis quelques temps. Une couverture printanière et colorée, une histoire qui m'avait l'air de tenir la route, j'avais glissé ce livre dans ma liste des "Pourquoi pas ?". Le hasard est venu précipiter les choses puisque je reçus ce livre des mains de ma tante, contre une invitation à savourer un bon pot-au-feu. Déjà, le partage était présent avant-même la lecture du livre. Reçu en Novembre, je me gardais pourtant cette lecture toute fraîche pour l'arrivée des beaux jours.

D'emblée, je peux dire que cette lecture m'a laissé une impression mitigée. Du très bon et du très mauvais se côtoient durant ces quelques pages. Je vais essayer de commencer par le très bon. Déjà, le roman a quelque chose de très réaliste. On y côtoie des personnages simples et authentiques, à commencer par Nathalie, dont on pourrait croire qu'elle existe vraiment et qu'elle rédige vraiment une autobiographie. Le style d'écriture, la simplicité des événements narrés et le réalisme du contexte (petite ville du Sud de la France) nous amène à penser que l'on partage réellement le quotidien de cette libraire de la Place aux Herbes, même si l'on est vite rattrapé par le côté trop bienveillant pour être vrai dans un deuxième temps (j'y reviendrai plus tard). J'ai également apprécié la place et le rôle qui sont donnés à l'objet livre : celui-ci est errigé comme vecteur de bien-être, objet qui invite au voyage, au développement de soi, mais aussi révélateur d'une personnalité. En tant que passionné par la lecture et les livres, on ne peut qu'aller dans le sens de cette proposition et je dirais même que cela fait du bien de voir que le lecteur peut être considéré comme quelqu'un d'ouvert aux rencontres, au partage, et qu'il n'est pas seulement cette personne cérébrale, introvertie et solitaire qui est souvent le cliché du "petit rat de bibliothèque". Enfin, ce que j'ai le plus aimé est les conseils de lecture que distillent Nathalie au fil de ses rencontres. Ceux-ci sont récapitulés en fin de livre, ce qui est pratique si l'on veut essayer d'en lire quelques uns. Ces conseils de lecture s'orientent souvent vers des auteurs classiques mais il semblerait qu'il y ait d'autres pépites, méconnues, mais que je serais curieuse de découvrir à l'occasion. 

A présent, passons aux déceptions. Si je reste toujours un peu frileuse avec les livres qui s'orientent vers la catégorie "développement personnel", c'est que je trouve qu'il y a souvent trop de clichés à mon goût, du genre "il faut savourer l'instant présent", "il faut vivre ses rêves", "le partage et l'ouverture à l'autre sont la clé du bonheur". Je ne dis pas que ces conseils ne sont pas à suivre mais ils nient à mon avis tout une partie d'une réalité qui nous dépasse et si c'était si facile, nous le ferions déjà tous ! Je les trouve donc toujours un peu niais, et ce livre ne déroge pas à la règle. Si l'ambiance générale nous projette dans un monde réel, les rencontres avec les différents clients, qui constituent la majeure partie du livre puisque chaque chapitre est dédié à une rencontre, ont quelque chose d'irréel. La posture de Nathalie, en tant que sage, est elle-même irréelle et cela devient agaçant au fil des pages. On peine à croire que les problèmes avancés par ces gens peuvent être si vite résolus, juste avec l'aide de la libraire. D'autre part, les conseils qu'elle donne sont pour moi trop niais, bien pensants et dégoulinant de guimauve enrobée de caramel aux éclats de sucre. C'est dommage car ce côté prend trop d'importance au fil des pages et il vient finalement gâcher une idée qui aurait pu être bonne si elle en était restée au stade de rencontres et de partages d'expériences et lectures. Les personnages que la libraire rencontre ne m'ont pas vraiment marquée. J'en ai déjà oublié la plupart.

Je ne vais pas m'étendre davantage, vous l'aurez compris, une lecture en demie-teinte pour moi. Le réel intérêt de ce livre réside dans la découverte de nouveaux titres à placer dans sa Pile à Lire et dans l'hommage qui est rendu à l'objet livre.
Denières infos.

La libraire de la place aux herbes a été publié en 2017 et compte 278 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 42 - Livre dont le titre contient un nom de métier (libraire)

samedi 18 avril 2020

Mémé - Philippe Torreton

En résumé.

Au travers de ses souvenirs de jeune enfant et de grand adulte, Philippe TORRETON nous embarque dans un petit coin de Normandie à la rencontre de sa Mémé. Femme qui a connu la guerre, le divorce, le bonheur d'avoir des enfants et des petits-enfants, les fins de mois difficiles, les mains sales après avoir gratté la terre pour quelques navets, l'usine, la bricole et le mobilier en Formica. Femme de peu, à la vie anonyme, comme la plupart de nos Mémés, ayant habité la même Terre que nous mais ayant connu un autre monde. Femme ordinaire mais emblème de toutes nos Mémés.

Mon avis.

Je reçus ce livre des mains de mon amoureux il y a déjà quelques années. Bien plus que le thème, j'avais été alors attirée par les illustrations de Giovanna GIULIANO qui font vivre, avec beaucoup de grâce et de douceur, le texte de Philipe TORRETON dans cette version illustrée proposée par les éditions J'ai lu. Malgré tout l'attrait pour ce livre, il m'a fallu beaucoup de temps pour le sortir de ma Pile à Lire, attendant le bon moment et surtout le printemps pour faire honneur à cette couverture aux couleurs des fleurs nouvelles.

De Philipe TORRETON, je dois avouer que je ne connaissais pas grand chose, en dehors des grands poncifs, un homme médiatisé, compagnon pendant quelques années de Claire CHAZAL et comédien de la Comédie Française. Au vue de sa carrière bien remplie, il me reste encore beaucoup de choses à découvrir de lui. Cela dit, après la lecture de Mémé, je peux affirmer que je connais déjà trois choses supplémentaires à son sujet : il est normand, nous avons les mêmes grands-mères et il est un écrivain doué. Dans ce court récit, les souvenirs sont jetés pêle-mêle, sans suivre de fil conducteur autre que le déroulement d'une pensée tellement accaparée par l'émotion qu'elle ne peut plus suivre un raisonnement organisé. Les souvenirs font appel à tous les sens : l'odeur des pommes qui macèrent pour devenir cidre, le goût des plats traditionnels de Mémé, sa peau douce contre la joue, tous ses mots que l'on n'entend pas et le réconfort qu'on ressent quand on la voit. L'auteur décrit avec beaucoup de douceur et de respect l'univers de cette femme qui a courbé le dos toute sa vie sans rien demander. Les mots s'alignent, délicats et emplis de poésie, pour un dernier hommage à cette femme qui a eu un si grand rôle dans la vie de son petit fils.

L'émotion ressentie pendant ces quelques pages vient de la délicatesse des mots et tournures de phrases employées, mais aussi de ce qu'ils racontent. Mémé est mes grands-mères. Même si nous habitons toutes les trois à l'opposé de la Normandie, c'est le même genre de souvenirs qui nous habitent, des souvenirs universels qui font vibrer notre âme d'enfant et de petite-fille ou de petit-fils. Tout au long de ma lecture, j'ai eu la sensation de revivre ces passages, éclairs, ou traînant en longueur lors des repas de famille, chez mes mémés à moi, qui elles aussi ont courbé l'échine pour gagner trois fois rien, qui elles aussi ne disaient rien, trop occupées à respecter cette pudeur des anciens, qui elles aussi s'accomodaient des restes et des mêmes objets, jusqu'à la déformation de la cuillère à soupe trentenaire.Toutes ses façons de vivre, à l'opposé de ce que nous vivons actuellement, le consumérisme, le narcissisme, le besoin de faire savoir au monde entier que l'on existe, quitte à se rendre ridicule et à gaspiller les dernières ressources que nous offre généreusement notre nature. C'est aussi un point abordé par l'auteur et que je partage avec lui, cette humilité et modestie de nos mémés, trop discrètes pour faire savoir au monde qu'elles avaient raison sur toute la ligne.

Amoureux de votre mémé ou nostalgique d'une époque révolue, je vous conseille cette parenthèse de douceur. Elle ne vous prendra que quelques heures mais vous fera remonter le temps sans quitter le canapé ou le siège du métro, petite pause dans un quotidien où l'on perd l'essentiel.
Dernières infos.

Mémé a été publié en 2017 et compte 168 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 84 - Livre qui contient une citation (p.102 : Citation extraite du Bateau ivre de RAIMBAUD).

samedi 11 avril 2020

Les assassins - R.J. Ellory

En résumé.

1984. Alors que John Costello et sa petite-amie entament une histoire pleine de promesses du haut de leurs 16 ans, leur avenir est fauché en plein vol. Par un après-midi à l'atmosphère oppressante, dans la parc qui les a vus grandir, ils sont tous les deux attaqués par un serial killer qui se fait passer pour le Marteau de Dieu. La jeune fille meurt sur le coup. John Costello, gravement blessé, parvient toutefois à se remettre des coups qu'il a reçus. Néanmoins, sa santé mentale est entamée et sa vie ne sera plus la même à partir de ce jour fatal.

2006. New York. Ray Irving, inspecteur de police bougon et esseulé, est appelé pour enquêter sur plusieurs assassinats aux motivations mystérieuses. Victimes au passé irréprochable, mode opératoire différent pour chacun des meurtres et aucune trace suspecte sur les scènes de crime... Irving est vite dépassé par la situation et rattrapé par un journaliste du City Herald, journal de la ville, qui en sait déjà plus que lui. Cet homme, c'est John Costello, véritable mémoire vivante de l'histoire des serial killer. Il voit en ces assassinats l'oeuvre d'un seul homme, qui réédite d'anciens assassinats, à la date précise où ceux-ci ont été commis au cours des dernières décennies. Un duo inattendu est lancé sur la piste de l'homme qui fera trembler New-York pendant quelques mois.

Mon avis.

Après avoir terminé les Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone DE BEAUVOIR, j'avais envie d'une lecture qui pepse, qui me tiendrait en haleine et que je dévorerais au soleil, ou en soirée, confortablement installée sous la lumière chaude de ma lampe de chevet. Je me suis instinctivement tournée vers un Dan BROWN, valeur sûre, et puis j'avais envie de me plonger dans un autre univers et de découvrir un nouvel auteur. Rien ne correspondait à mes envies capricieuses, ni dans ma Pile à Lire, ni dans ma Whish-List. Alors j'ai arpenté mes blogs chouchous pour enfin trouver LE livre qui me ferait passer des nuits blanches. Cette inspiration, je l'ai trouvée chez le fabuleux blog de Jostein, qui regorge de conseils lecture aux petits oignons. Quelques recherches supplémentaires, beaucoup d'avis positifs sur les livres de R.J ELLORY, emballé c'est pesé, Les assassins était sur ma Kindle.

Je ne suis pas une experte en thrillers, car j'en lis très peu, froussarde que je suis. Mon avis ne sera donc pas des plus affutés puisque je manque de références auxquelles comparer cette lecture. Néanmoins, je peux affirmer que je suis satisfaite de ce livre qui a entièrement comblé mes attentes. Malgré les 568 pages, je n'ai pas vu le temps passer et je me suis très vite prise au jeu. Seul le début, très sombre, où l'assassinat de la petite-amie de John Costello est décrit avec beaucoup de détails qui nouent l'estomac m'a un peu perturbée. J'avais peur que la suite serait aussi crue, avec un enchaînement d'assassinats tous plus violents les uns que les autres. Bien sûr, la suite est aussi violente mais tout n'est pas macabre, l'auteur a su injecter une dose d'humain qui adoucit l'ensemble et qui permet au lecteur de ne pas rester uniquement dans du thriller sanglant, notamment grâce à la compension que l'on ressent pour les personnages. Même si je sais qu'il a pu décevoir plusieurs lecteurs, le dénouement fut pour ma part une réussite, à tel point que j'avais l'impression que la scène finale se déroulait devant mes yeux, que je ressentais les émotions des personnages et mon coeur n'en pouvait plus, lui non plus, à l'approche de cette fin tant attendue.

Je trouve que le titre anglais convient mieux que le titre français, The Anniversary Man, puisqu'il résume à lui seul le coeur de l'intrigue. Cette enquête qui prend aux tripes l'inspecteur Irving, et par ricochet, qui nous prend aux tripes. L'enquête piétine, quelques petits rebondissemente émaillent le récit pour ne pas ennuyer le lecteur et le suspense est ménagé jusqu'au terme du livre. Au-delà du côté "page turner" inhérent à tout bon pollar qui se respecte, j'ai aimé les personnages qui permettent à ce récit de vivre et qui lui donnent une dimension très réaliste. Le personnage de l'inspecteur Irving est particulièrement attachant. Sa vie d'homme célibataire et casanier, aigri par un travail qui ne fait que ressortir le côté sombre de l'âme humaine, est véritablement secoué par l'entrée dans sa vie de John Costello, aussi seul que lui, mais dont la lucidité sur ce qui l'est est partciculièrement émouvante. Les deux vies entrent en résonance et on voit poindre, de façon très subtile, lors de quelques phrases jetées ça et là, une relation d'une infinie beauté, bien que toujours rendue précaire par cette question lancinante : et si Costello était l'homme recherché ? Est également abordée la question de la résilience de ces hommes et femmes qui ont eu affaire à des attaques de tueurs en série. Comment fait-on pour vivre avec ça, alors que le commun des mortels finit par oublier, avec le temps, ces assassinats et le nom des victimes. Et puis qui sont ces gens, dont le dessin est de tuer sans relâche ? Qu'éprouvent-ils ? Beaucoup d'autres écrits et professionnels de la psychiatrie ont déjà tenté de répondre à ces questions et ce livre n'a pas la prétention d'apporter une nouvelle pierre à l'édifice mais j'ai quand même trouvé intéressant que cet angle de vue soit proposé au cours de la lecture. Cela donne un petit côté documentaire à ce thriller aux multiples facettes. Dans la continuité, une autre question est soulevée, celle du marché noir qui se développe autour des actes des tueurs en série. Ces personnes qui collectionnent des photos des scènes de crime, des objets ayant appartenus aux tueurs en série et qui les revendent. C'est quelque chose que je ne connaissais pas, naïve que je suis, et qui m'a heurtée, le sordide n'a donc pas de limite... Il est également à noter que tous les assasssinats décrits dans ce livre, ceux qui appartiennent au passé du moins, ont véritablement eu lieu, ça fait froid dans le dos.

Je conseille cette lecture aux amateurs de sensations fortes, qui n'ont pas peur de quelques épisodes sanglants et qui ont envie d'un livre immersif et qui se lit vite. Grâce à plusieurs éléments, qui agrémentent et enrichissent l'histoire principale, cette lecture est autre chose qu'un thriller, c'est aussi une histoire d'êtres qui cherchent, se trouvent et se séparent, c'est aussi un documentaire sur l'univers troublant des tueurs en série.
Dernières infos.

Les Assassins a été publié en 2015 pour la version française (et 2009 pour la version originale) et compte 568 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 34 - Livre dans lequel apparaît votre mois de naissance ("Janvier", p. 283).

dimanche 5 avril 2020

Mémoires d'une jeune fille rangée - Simone de Beauvoir

En résumé.

Simone DE BEAUVOIR, célèbre écrivain et philosophe, principalement connue pour son ouvrage "Le deuxième sexe" et pour avoir fait avancer la cause des femmes, revient dans ce livre sur son enfance, son adolescence et l'entrée dans sa vie de jeune femme. Née dans une famille bourgeoise, d'une mère très pieuse et un peu pincée, et d'un père plutôt fantasque et passionné de théâtre, Simonde DE BEAUVOIR s'est peu à peu construite, tantôt en accord avec les idéaux de ses parents, tantôt en opposition. Ce sont véritablement les livres qui l'aident à avancer et c'est auprès d'eux qu'elle trouve des réponses aux innombrables questions qu'elle se pose. Ils jouent aussi le rôle de l'ami qui console lorsque la jeune Simone sera prise dans des tourments sentimentaux inextricables. De ses premières années à son obtention de l'agrégation de philosophie - année au cours de laquelle elle rencontre Jean-Paul SARTRE - nous découvrons, dans ces quelques pages, les éléments fondateurs de la pensée de cette grande intellectuelle française.

Mon avis.

De Simone DE BEAUVOIR, je ne connaissais pas grand chose à vrai dire. L'auteur du "Deuxième Sexe", oui, la compagne de Jean-Paul SARTRE, oui aussi, mais ça s'arrêtait là. C'est mon amoureux qui a d'abord lu ce bout d'autobiographie puis il me l'a conseillé, car certains passages lui faisaient penser à moi. C'est donc avec empressement et curiosité que je me plongeai dans cet écrit, à la recherche de réponses que je me suis moi-même posée il y a quelques années.

Difficile de donner un avis critique sur les écrits d'un intellectuel aussi charismatique et reconnu que Simone DE BEAUVOIR. Alors je vais juste livrer ici mon impression de lectrice, en toute humilité et sans prétention aucune. La première impression qui me vient est celle d'une lecture longue et laborieuse. Les premières pages, où elle raconte essentiellement son enfance m'ont vite lassée, je peinais à m'identifier à elle, petite fille née dans une famille bourgeoise et à l'éducation marquée par la religion chrétienne. Je ne maîtrisais quasiment aucune référence historique qui borde son récit, et donc je me suis trouvée bien en peine d'imaginer une ambiance à ses souvenirs. Cette impression de longueur s'est poursuivie tout au long de ma lecture, mais elle s'est un peu apaisée, avec l'évolution de Simone vers des raisonnements plus adultes et les nouvelles rencontres qu'elle fait au fil des années. Autant j'ai trouvé la narration de son amitité avec Zaza intéressante, autout la narration de sa pseudo-histoire d'amour avec son cousin Jacques m'a vraiment ennuyée et m'a paru interminable. Ce sentiment d'interminable est, je crois, renforcé par le fait que tout est rédigé d'un bloc. Le récit est seulement scindé en quatre parties qui correspondent peu ou prou aux ruptures qui viennent poser les jalons de l'évoluation de sa pensée. A l'intérieur de ces parties, au nombre de pages conséquent, aucun chapitre, seules quelques coupures imposées par les paragraphes. Là où les chapitres contribuent habituellement au rythme dans une histoire, ici la pensée se déploie de façon illimitée, selon le propre rythme de son auteur et le lecteur peut parfois s'y noyer.

La deuxième impression qui me vient est plus positive. J'ai vraiment apprécié certains passages, certaines réflexions dans lesquelles j'ai pu un peu m'identifier. Il va de soi que je n'ai pas l'intelligence de Simone DE BEAUVOIR mais là où nous nous rejoignons, c'est sur le côté humain, nous sommes toutes les deux des femmes. J'ai apprécié ces passages où elle raconte le bonheur que lui procurent les livres et surtout l'aide qu'ils lui apportent lorsqu'elle traverse des passages délicats. Même si je ne connais pas la moitié des références littéraires qu'elle donne (ou du moins, que de nom), j'ai aimé son rapport intime à ces histoires qui l'aident à se positionner dans la vie. J'ai aussi aimé la narration de ses épisodes dépressifs comme euphoriques car peu de gens connaissent ces montagnes russes désagréables, qui plongent l'être qui en est la victime tantôt dans le déssaroi le plus complet, tantôt dans la joie la plus intense. J'ai aussi aimé la personne qu'est Simone DE BEAUVOIR. J'ai aimé le fait qu'elle ne soit pas, durant ces premières années en tout cas (après je ne sais pas), uniquement tournée sur sa carrière professionnelle et sa réussite. Elle reste encore très influencée par les relations qu'elle noue, notamment avec ses amis, et ce sont celles-là qui la font souffrir ou qui sont au coeur de son épanouissement, plus que la réussite à je ne sais quel examen élitiste. 

La dernière impression qui me vient est la satisfaction. La satisfaction d'avoir rencontré cette femme dont je connais désormais un peu plus que les grands poncifs qui nous sont servis habituellement. Je ne suis pas sûre de me plonger dans l'immédiat dans un autre de ses livres, qui sont quand même des gros morceaux, mais d'ici quelques années, et si cela correspond à mon humeur, pourquoi pas.

Une lecture aux premières notes de longueur et d'ennui mais qui prend de la saveur et du caractère au fur et à mesure de la dégustation. Je vous conseille ce livre si vous avez envie d'en savoir plus sur cette femme que l'on ne présente plus. Préparez vous tout de même à une lecture laborieuse, ce n'est pas le genre de lecture divertisante que l'on lit au bord de la plage !
Dernières infos.

Mémoires d'une jeune fille rangée a été publié en 1958 et compte 473 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 30 - Livre écrit par une femme (à lire durant le mois de Mars).
* Les 100 livres à lire au moins une fois (14/100)

samedi 28 mars 2020

Tropique de la violence - Natacha Appanah

En résumé.

Jeune infirmière, Marie tombe amoureuse de Cham. Ensemble, ils rejoignent l'île de Mayotte, cent-unième département français surnommé "l'île aux parfums" et situé au large du continent africain. Très vite, ils désirent un enfant, mais n'y parviennent pas, Cham quitte Marie, celle-ci poursuit sa vie seule, jusqu'à ce fameux soir. Ce soir où elle accueille à l'hôpital une jeune femme clandestine, arrivée plus tôt à bord d'un kwassa-kwassa, ces bateaux synonymes d'espoir pour les Commoriens ou les Malgaches qui fuient la pauvreté pour tenter leur chance en territoire français. La jeunne femme tient dans ses bras son bébé qui ne lui appartient déjà plus. Elle souhaite le donner, se débarasser de cet enfant à l'oeil du djinn, un enfant en fait atteint d'hétérochromie (les deux yeux sont d'une couleur différente), mais qui porterait malheur pour ces populations aux coutumes ancestrales. Marie le recueille, et à peine l'a t-elle serré contre elle qu'il devient son fils, Moïse, arrivé par les mers, un soir de pluie. Le temps passe, tous deux vivent en harmonie jusqu'à cet autre jour, où la vie de Marie bascule une seconde fois. Moïse apprend ses origines et change du tout au tout, reniant le luxe proposé par sa mère adoptive. Il vivra à la dure, il réalisera son destin, celui d'un clandestin. Il enchaîne les mauvaises rencontres mais c'est tout ce qu'il lui reste après la mort de Marie, terrassée par une crise cardiaque. Sa vie, désormais, c'est la lutte, la pauvreté, la drogue, l'alcool, bref, le quotiden dans le bidonville de Kaweni, surnommé Gaza par ses habitants. Oui, c'est une histoire qui parle de choses qui arrivent en France.

Mon avis.

Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard, en me renseignant sur les lauréats du prix de l'Escale - prix littéraire organisé dans la région bordelaise et qui récompense chaque année le roman d'un jeune auteur publié à l'occasion de la rentrée littéraire, parmi cinq titres préalablement choisis. Après la lecture de la quatrième de couverture, je me suis laissée tenter, friande de ce genre d'histoires, difficiles mais qui s'inspirent d'une réalité cruelle. Par ailleurs, même si je connaissais la réputation plutôt noircie de l'île de Mayotte, je n'avais encore rien lu là-dessus. C'était donc l'occasion.

Le titre de ce roman ne pouvait pas être mieux choisi. D'un côté, les tropiques et les premières évocations qui nous viennent en tête : le soleil, des mers à l'eau turquoise, des fleurs aux couleurs et aux parfums enivrants, des marchés qui abondent de saveurs exotiques ; d'un autre côté, la violence et ce deuxième type d'évocations : la mort, la brutalité, la lutte sociale et physique, le sang, la pauvreté. Là est toute l'ambivalence de ce roman, d'un côté la douceur des mots de Marie et des espoirs de cet homme qui vient monter une maison d'aide aux jeunes dans le bidonville de Kaweni, d'un autre côté la cruauté de Bruce, le chef de Kaweni, symbole de ce qui se joue à une autre échelle, à savoir la gestion des ces clandestins qui débarquent tous les jours sur Mayotte, avec l'espoir de prétendre aux droits français mais qui finalement échouent dans des bidonvilles malfamés.

Je crois que c'est la première fois que je rédige un résumé aussi long, peut-être pour décrire une certaine complexité dans ces quelques pages. Tropique de la violence fait définitivement partie de cette catégorie de livres, courts par leur nombre de pages, mais puissants par ce qu'il viennent dire au lecteur. Il se jouent dans ces quelques chapitres des vies, une recherche d'identité primoridiale, celle de Moïse bien sûr, mais aussi celle de Marie en tant que mère, celle de Bruce en tant que chef, celles de ces policiers en tant que défenseurs de la justice, celle de ce jeune homme aux idéaux intacts, en tant qu'humanitaire. Cette course à l'identité, parce qu'elle est profondément ancrée et vitale, est d'une violence inouïe, elle fait mal et essore ces personnages jusqu'à la dernière goutte de sang. Le fait que le récit soit raconté par différentes voix nous noient à chaque fois dans un nouveau type de violence. D'abord, celle de Marie, abandonnée par son mari et meurtrie par cette impossibilité d'avoir un enfant. Puis celle de Moïse, peut-être la plus puissante, celle du rejet par sa mère, du rejet par les habitants de Kaweni et celle de la recherche d'une identité. Enfin, celle de Bruce, ce tyran qui fait régner une espèce de terreur indispensable sur ce bidonville dont il se réclame le chef absolu. Et puis, il y a en encore une autre, plus sourde, qui ne trouve pas de mots mais qui apparaît en filigrane au fil des pages, celle de l'impuissance à arrêter ce système, corrompu jusqu'à la moëlle, gangréné par la pauvreté et la lutte pour les moyens de survie. A travers ses personnages, Natacha APPANAH a réussi l'incroyable tour de force de dire tout ça, sans tomber dans la carictaure, ni dans une forme de pitié larmoyante. Ses mots sont justes, froids et tranchants comme la lame d'un couteau, nous percutant suffisamment pour que cette lecture reste figée en nous.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman très court mais incroyablement puissant qui changera, peut-être, l'image paradisiaque que nous avons habituellement de nos contrées d'outre-mer. Attention cependant aux âmes sensibles, ce roman ne s'embarasse pas de tournures inutiles, les faits rapportés sont francs mais ô combien réels.
Dernières infos.

Tropique de la violence a été publié en 2016 et compte 175 pages. Ce roman a reçu de nombreuses distinctions, dont, entre autres, le prix Femina des lycéens, le prix du roman France Télévisions et le prix de l'Escale. Ce récit a été adapté en BD par Gaël HENRI. Je vous la conseille, elle donne encore un éclairage nouveau sur l'histoire de Moïse.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 13 - Livre où il y a plusieurs narrateurs

samedi 7 mars 2020

Bienvenue au motel des pins perdus - Katarina Bivald

En résumé.

Alors qu'elle traverse une route perdue de l'Oregon, proche du motel dans lequel elle travaille depuis son adolescence, Henny, accaparée par ses pensées tournées vers son grand amour, est fauchée par un camionneur et tuée sur le coup. Tandis que son corps amoché gît sur ce bitume qu'elle a foulé à de nombreuses reprises, l'âme d'Henny s'incarne en un fantôme omniscient, bien décidé à hanter ce lieu qui l'a vu grandir et s'épanouir. La jeune femme observe l'agitation qui règne autour de son décés, son amie MacKenzie qui est encore tout pour elle, son père à la vision étriquée, ses amis, partis il y a longtemps mais de retour pour un ultime hommage, cette ville de Pine Creek avec ses habitants aussi chaleureux que pris dans leur logique conservatrice et ce motel, délabré, ruiné mais toujours ouvert à ceux qui en éprouvent le besoin. Comme pour panser le choc de l'accident et son départ brutal, Henny se donne une dernière mission, celle de rassembler tous ces êtres perdus et emmurés dans la solitude.

Mon avis.

Ayant apprécié les deux premiers livres de Katarina BIVALD, La bibliothèque des coeurs cabossés et Le jour où Anita envoya tout balader, j'ai eu envie de me lancer dans ce troisième opus lorsque je l'ai croisé sur les rayons de ma médiathèque bien aimée. Il faut dire que la couverture, une fois de plus très colorée et plein de mignonitude (mot à soumettre à l'Académie française), attire l'oeil !

Ce troisième tome reste fidèle à la patte de Katarina BIVALD, qui choisit toujours des histoires ancrées dans le quotidien et mettant en scène des personnages simples, des anti-héros, des Monsieur et Madame Tout le monde qu'elle aime polir pour n'en faire ressortir que le meilleur. Dans ses romans, tout s'installe lentement, au rythme de ces êtres singuliers et banals qu'elle élève au rang de stars, les sentiments sont aussi longs à venir, enfouis sous des couches de faux-semblant. Les rebondissements se font rares, car elle est une partisane des changements de longue haleine, qui prennent du temps pour s'opérer mais qui sont finalement les plus robustes et les plus efficaces. Seule entorse pour ce troisième écrit, l'apparition surréaliste d'un fantôme, le narrateur qui plus est, mais c'est encore avec ce dessein de donner au lecteur une parole vraie, authentique et remplie d'humanité. Je suis toujours sensible à cette bienveillance qui se dégage des romans de Katarina BIVALD, véritable pause de douceur dans un quotidien âpre et dur. Toutefois, cette fois-ci, je n'ai pas su patienter et accepter la lenteur qui m'était proposé. Je trouve que l'histoire peine à décoller et à nous embarquer. On se sent baladé sur plusieurs terrains, celui du passé, celui du présent, celui des morts, celui des vivants, sans trouver d'ancrage. Je ne savais donc plus où donner de la tête et je n'ai pas su garder le fil rouge qui n'apparaît d'ailleurs pas très clairement. La longueur conséquente du récit, près de 600 pages, nous décourage quand on est au beau milieu de celui-ci et que les choses n'accélèrent pas, on attend, on attend ce nouveau souffle mais il ne vient pas. Alors on persévère, jusqu'à la dernière page. Heureusement que certaines réflexions, pas inintéressantes, nous sont proposées, cela apporte de la mâche à ce dessert déséquilibré car englouti sous la chantilly des bons sentiments.

Selon la plupart des chroniques ou présention du livre que j'ai pu lire à droite à gauche, le coeur de ce récit serait la défense de la communauté LGBT et de toutes les questions qui touchent à l'homosexualité. Bien sûr, ce thème est très présent mais il est loin d'être le seul à mes yeux et je dirais même que la question transgenre est finalement très vite balayée par l'auteur, alors que le thème de l'homosexualité est bien plus approfondi, au travers du personnage phare de MacKenzie mais aussi du combat qu'elle a dû mener avec ses amis pour faire accepter son choix dans une petite ville typique de l'Amérique rurale, très conservatrice et ancrée sur des valeurs guidées par la religion. Je ne sais pas si ce combat est tiré de faits réels mais il est en tout cas très réaliste et reflète à la perfection la situation Outre-Atlantique. En lien avec ce premier thème, il y a aussi bien évidemment la question du devenir de ces petites villes, perdues au milieu de la pampa américaine, sérieusement touchées par le chômage et qui s'enlisent dans des positions conservatrices, comme si seule la foi pourrait les sortir du marasme économique, alors que l'acception de choix différents conduiraient à une déroute certaine. Enfin, un dernier thème, celui du deuil, me paraît être au coeur de cet ouvrage, avec ces questions lancinantes qui se posent à chaque fois que ce thème est traité en littérature :  comment se reconstruire lorsqu'un être cher disparaît ? Comment lui laisser encore une place alors qu'il n'est plus là ? Comment gérer ses émotions, le chagrin bien sûr, mais aussi la frustration de ne pas être allé au bout de ses projets avec lui ou elle ? Quelles sont les différentes manières de vivre le deuil, selon qu'on est parent, ami ou amant de la personne disparue ? Trois problématiques puissantes qui marquent, au travers de ses personnages, l'engagement de Katarina BIVALD pour une société progressiste et profondément humaine.

Le sentiment d'être un peu passée à côté de l'histoire d'Henny et de ses accolytes, malgré toute la bienveillance qui demeure et l'engagement que l'on sent de la part de l'auteur sur des problématiques très actuelles. Pour moi, trop de longueur, trop de répétitions et pas assez de rebondissements. Je vous le conseille toutefois si vous êtes à la recherche d'une histoire où espace et temps s'étirent et vous enveloppent dans un nuage de douceur.
Dernières infos.

Bienvenue au motel des pins perdus a été publié en 2019 et compte 565 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2020 : Consigne 52 - Lire un livre dans lequel il est mentionné une chanson réelle (p. 108 - Tunnel of love de Bruce SPRINGSTEEN)