mercredi 14 juillet 2021

Toutes les histoires d'amour du monde - Baptiste Beaulieu

En résumé.

A la mort de Moïse, son fils et son petit-fils, Jean, mettent la main sur trois carnets contenant des lettres que le vieil homme a écrites tous les ans et qu'il a destinées à une mystérieuse Anne-Lise Schmidt. Cet homme bourru, discret et revêche révèle dans ces écrits une toute autre personnalité, plus sensible et altruiste, ainsi qu'un lourd passé dont il n'a rien dévoilé à ses descendants de son vivant. La découverte de ces lettres est un véritable choc pour Jean et son père, à tel point que ce dernier en tombe malade, malade de s'apercevoir que son père n'est pas celui qu'il pensait être. Au fil de la lecture des lettres, les deux hommes lèvent le voile sur la véritable vie de Moïse et retrace ses combats, ses joies et ses déceptions, marquées par les grands événements du XXème siècle. Afin de guérir le chagrin de son père, Jean lui fait la promesse qu'il retrouvera Anne-Lise et qu'ensemble, ils formeront cette nouvelle famille élargie, fruit du passé tumultueux de Moïse.

Mon avis.

Si j'avais déjà beaucoup entendu parler de Baptiste BEAULIEU, médecin généraliste connu notamment pour son blog Alors voilà dans lequel il raconte des anecdotes sur sa profession, je n'avais encore jamais eu l'occasion de me plonger dans ses romans. Celui-ci a été repêché par mon amoureux dans une boîte à livres, peut-être qu'il y retournera car de part son histoire il a vocation à voyager jusque dans les mains de cette mystérieuse Anne-Lise.

Car je ne le savais pas en entamant ma lecture, mais Toutes les histoires d'amour du monde est en réalité un livre autobiographique, ou biographique, je ne sais pas quel terme est le plus adapté. Si Baptiste devient Jean dans le livre, il n'en demeure pas moins que l'auteur est réellement tombé sur ces lettres à la mort de son grand-mère et qu'il est réellement à la recherche d'Anne-Lise. Ce côté véridique du récit confère quelque chose d'encore plus touchant à une histoire qui l'est déjà. Je suis une adepte de ces petites histoires qui s'inscrivent dans la grande, ces parties de vie qui ont d'héroïque le fait que leurs protagonistes se considèrent comme de simples mortels, des monsieur tout le monde, des gens de peu qui ont pourtant galéré, connu dans une seule vie deux guerres mondiales, qui ont eu peur, froid, faim, et soif de tisser des liens durables dans un contexte où les séparations étaient inévitables. C'est précisément la vie de Moïse, qui a en fait connu mille vies en une. La dernière consistait plutôt à taire toutes les autres, à faire comme si de rien n'était. Ces lettres sont un témoignage émouvant de la vie d'un homme qui n'a exercé que de basses besognes, un homme simple, qui pourrait être tous les hommes, mais dont le parcours et la façon de le narrer sont d'une sensibilité et d'une intelligence incroyables. Apparaissent dans ses lettres toutes les histoires d'amour du monde, celles qu'on tisse dans le cercle familial, celles qu'on entretient avec ses amis et celles évidemment qui concernent le plus intime. Un condensé d'universel au travers d'une blessure difficile à panser, celle d'avoir perdu son enfant.

Même si les femmes sont omniprésentes dans ce livre, je dirais que c'est quand même une histoire d'hommes, au fil de trois générations. Les questions de la transmission, du secret et de la relation père-fils sont partout. D'abord dans le relation de Moïse à son propre père puis à son fils. Puis dans le relation de Jean à propre père. On sent à chaque fois une certaine maladresse héritée des temps passés, une pudeur qui peine à être dépassée, une forme de gêne, l'envie de se faire confiance et d'avouer ses secrets sans pour autant oser le faire. Le récit est construit sur une alternance entre les lettres de Moïse et les réflexions du narrateur qui raconte comment il fait croire à son père qu'il s'est lancé à la recherche d'Anne-Lise alors qu'en réalité son projet consiste essentiellement à publier ce livre avec l'espoir qu'il parviendra un jour dans les mains de la recherchée, ou de gens qui l'ont connue. La découverte de ces lettres et du passé du grand-père permet en fait de réconcilier Jean et son père, de les faire cheminer vers l'acception de l'homosexualité de Jean, pourtant refusée par son père. Il s'agit donc d'un livre où le poids des générations et des non-dits est très fort, un roman à dimensions multiples, comme une poupée russe, où le lecteur dépiaute page à page les secrets des uns, le présent des autres pour arriver à ce qui les lie tous, l'amour filial.

Un énième roman sur les deux guerres mondiales me direz-vous. Certes, mais celui-ci contient un petit supplément d'âme du fait qu'il a été rédigé avec l'espoir de retrouver Anne-Lise, avec l'espoir aussi de réconcilier une famille et de retisser les liens père-fils mis à mal de génération en génération. Je vous encourage à découvrir l'histoire de Moïse, juste pour rendre hommage aux hommes du quotidien. De mon côté, peut-être vais-je remettre cette histoire dans le circuit des boîtes à livre afin qu'il touche encore un autre lecteur, peut-être celui qui connaîtra Anne-Lise Schmidt.
Dernières infos.

Toutes les histoires d'amour du monde a été publié en 2018 et compte 437 pages. Quelques photos figurent sur le blog de Baptiste BEAULIEU, Alors voilà., dans l'onglet #LOOKINGFORANNELISE. Bon à savoir, Baptiste BEAULIEU est également chroniqueur sur France Inter dans l'émission Grand bien vous fasse me semble t-il.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 33 - Un livre écrit par un homme à lire durant le mois de la fête des pères - 25/100

jeudi 1 juillet 2021

Jimfish - Christopher Hope

En résumé.
 
Par un beau jour de 1984, au large de l'Afrique du Sud, un jeune homme, complètement égaré, est repéré par un pêcheur. Ramené à port Pallid, il est présenté au chef de la police locale. A l'époque de l’apartheid, où la couleur de peau détermine la place de l'individu dans la société, le jeune homme fait figure d'exception car il n'est ni blanc ni noir. Le policier décide donc qu'il sera du côté des moins privilégiés, qu'il sera nommé Jimfish et qu'il travaillera pour lui en tant que jardinier. Jeune homme extrêmement naïf, Jimfish accepte toutes ces décisions sans broncher et se retrouve à entretenir la propriété de son "bienfaiteur", aux côtés de Malala le Soviet, un jardinier noir se revendiquant philosophe et communiste. Au fil des échanges, le maître jardinier tente de rallier son poulain apolitique à sa cause, notamment en l'amenant à ce poser cette question qui reviendra sans cesse : quel est le bon côté de l'histoire ? Loin de toutes ces préoccupations, l'ingénu Jimfish préfère plutôt tomber amoureux de la fille de son employeur. Lorsque ce dernier les surprend en train de se bécoter, Jimfish est contraint de fuir s'il veut échapper à la folie meurtrière du chef de la police. Commence alors un périple incroyable au travers de l'Europe et de l'Afrique entre 1984 et 1994, Jimsfish étant amené, toujours par le plus grand des hasards, à côtoyé les plus grands du monde d'alors avec cette interrogation qui ne le quitte pas : quelle est le bon côté de l’histoire ?

Mon avis. 

J'ai découvert ce roman à la faveur du challenge "En 2021.... Je voyage", le mois de Juin étant consacré à des lectures sud-africaines. Il m'a fallu un mois pour oser me lancer dans la rédaction de cette chronique, les impressions étant là, parfois un peu floues, mais je ne parvenais pas à les restituer à l'écrit. C'est un peu à l'image de ma lecture : des bonnes idées mais qui peinent à prendre de la consistance, une sensation de flou artistique, en partie due à la rapidité des chapitres mais aussi du fait du contenu très historique et politique, qui demande un minimum de connaissances pour saisir l'essentiel du message.

Jimfish n'est pas un roman comme les autres. En tout cas, ne comptez pas sur lui pour vous offrir une pause détente au bord de la piscine ou dans un hamac, à l'ombre des arbres. Véritable réinterprétation moderne du Candide de Voltaire, ce livre pourrait être classé au rayon des lectures donnant matière à réflexion. Christopher HOPE a choisi une période très dense du point de vue historique et politique. Les événements qui prennent place en cette fin de guerre froide nourrissent particulièrement bien les réflexions autour de cette problématique : quel est le bon côté de l'histoire ? A chaque fois qu'on découvre un nouvel événement avec les yeux de notre ingénu Jimfish, on ne cesse de le regarder avec ce nouvel éclairage : est-ce que c'est ça être du bon côté de l'histoire ? Tout y passe, Chernobyl, la chute du mur de Berlin, la fin des sociétés coloniales et l'avènement des nouveaux gouvernements africains. Jimsfish se retrouve toujours au plus près des dirigeants de l'époque ou au cœur des événements les plus tragiques, points de bascule qui ont participé à la formation de notre société contemporaine. Avec son regard naïf sur les situations, il pose les questions tabou, celles qui trahissent les véritables intentions des dirigeants de l'époque. J'ai vraiment apprécié ce fil conducteur, cette tentative de trouver le bon côté de l'histoire alors qu'en réalité il n'y en a pas. La décolonisation l'illustre à la perfection. D'un côté, les colons ne sont pas du bon côté de l'histoire pour toutes les raison qu'on connaît, mais d'un autre côté, se positionner du côté des nouveaux régimes africains mis en place n'est pas non plus le bon côté de l'histoire dans la mesure où ces régimes furent extrêmement violents et pas vraiment préoccupés par l'intérêt public.

Si j'ai donc été séduite par cette trame de fond, j'ai moins apprécié le reste de l'histoire. C'est vrai que je me suis quand même ennuyée pendant une bonne partie du livre. Je n'avais malheureusement pas toutes les connaissances historiques nécessaires à une compréhension pleine et entière de l'histoire. Je n'ai pas non plus tout compris dans le débat sur le communisme, il y a tellement de nuances à cette époque-là, car les pays et les dirigeants en adopte parfois des pistes différentes. Je ne me suis pas attachée au personnage de Jimfish, ni aux autres. Même si le procédé sert l'objectif de l'auteur de nous amener au plus près des événements pivot, j'ai été lassée par ces hasards successifs qui placent toujours Jimfish en première ligne. C'est un peu grossier au fur et à mesure qu'on avance dans le récit. Les transitions sont aussi un peu bancales, on passe très vite d'un pays à un autre sans forcément comprendre tous les tenants et aboutissants. Même si l'argumentation est intelligente et rigoureuse, j'ai quand même eu la sensation d'une lecture décousue, peut-être aussi parce que j'ai lu quelques pages par ci, quelques pages par là. Pour bien saisir tous les enjeux des aventures de Jimfish, je pense qu'il est nécessaire de vraiment se poser pour les lire et les laisser décanter.

Une déception partielle pour ce livre complexe sur le fond mais simple sur la forme. Voilà un récit intelligent, argumenté, documenté qui demande du temps pour se l'approprier et en comprendre tous les enjeux. Pas une lecture divertissante donc, plutôt une réflexion sur la façon dont s'est construit notre monde contemporain, avec ce désir sous-jacent de toujours trouver sa place et de se situer du bon côté de l'histoire. Malgré toute la frustration que je ressens, je ne suis pas sûre de si vite y revenir.

Dernières infos.

Jimfish a été publié en 2017 et compte 208 pages.

Ma note.

Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 77 - Un livre qui s'inspire d'un autre livre, réécriture, réinterprétation, remake - 24/100
En 2021... Je voyage : Afrique du Sud (+ 15 points)

dimanche 20 juin 2021

Au service secret de Marie-Antoinette - Frédéric Lenormand

TOME 1 : L'enquête Du Barry

En résumé : Par une nuit de Décembre 1770, la comtesse Du Barry, favorite de Louis XV, frétille à l'idée de recevoir sa nouvelle parure, ornée d'or et de diamants. Un moment d'inattention, quelques instants de confusion et les bijoux disparaissent. Faute de mettre la main sur les bandits, Versailles décide d'étouffer le crime et de licencier une bonne partie du personnel mis au service de la cour. C'est ainsi que le vol des bijoux de la comtesse Du Barry reste sans solution pendant quatre ans. En 1774, Louis XV n'est plus au pouvoir. C'est désormais le couple Louis XVI-Marie-Antoinette qui tient les rênes du domaine de Versailles. Marie-Antoinette, jeune reine dynamique et fantasque s'entoure des meilleurs coiffeurs et modistes de la capitale. C'est ainsi que les deux grands talents Léonard, coiffeur volage, et Rose Bertin, couturière perfectionniste, sont introduits auprès de la souveraine. Plus qu'un coup de ciseau et des fanfreluches bien arrangées, leur nouvelle cliente leur confie une mission de taille : retrouver les bijoux de la comtesse Du Barry disparus quatre ans plus tôt. Voilà le début d'une extravagante enquête aux quatre coins de Paris marquée par les disputes et les coups de génie de ce tandem très mal assorti.

Mon avis : Voici le premier tome d'une série prometteuse, offert par mon amoureux l'année dernière et que je me réservais pour une pause entre deux lectures plus compliquées. On retrouve les codes de l'enquête policière à la M.C BEATON, très à la mode en ce moment : une jolie couverture, des personnages principaux attachants, et une enquête qui traîne un peu longueur, jamais très aboutie malheureusement. C'est bien là la faiblesse de ce livre. Le volet policier manque d'être approfondi, tout est une peu tiré par les cheveux, les liaisons entre les différents rebondissements sont parfois absentes et il m'a été difficile de comprendre tous les tenants et aboutissants de cette affaire rocambolesque, d'autant plus que les suspects sont très nombreux. Heureusement que tous les à-côtés compensent ces fragilités narratives. J'ai beaucoup aimé les personnages de Rose et de Léonard qui donnent tout le sel à l'intrigue, certains passages sont empreints d'humour. J'aurais quand même aimé qu'ils soient un peu plus détaillés, qu'on en apprenne davantage sur leur passé et leur présent, qu'on aille au-delà du rôle qu'ils jouent dans l'enquête. Le personnage de Marie-Antoinette, pourtant clairement mis en avant sur la couverture, n'est pas très présent dans l'intrigue. En revanche, j'ai beaucoup apprécié le côté historique de l'histoire, m'imaginer les recoins de Paris à cette époque, surtout qu'il n'est pas que question de bourgeoisie. Le récit est truffé d'anecdotes historiques, ce qui est très plaisant quand on est profane dans ce domaine-là. Lorsque j'ai refermé le livre, j'ai ressenti une certaine frustration, l'impression d'avoir bien aimé, sans pour autant aller au cœur des choses. Je ne sais pas à qui m'en prendre : à moi et mes lectures très fragmentées par les transports en commun ou à l'auteur qui reste superficiel et qui rate certaines enchaînements. J'essaierai donc de le relire, quand j'aurai un peu plus de temps devant moi, et j'espère que le second tome que je vais me procurer très bientôt sera un peu meilleur. Affaire à suivre...

Ma note : 3/5.

Challenges : 

* Défi lecture 2021 : Consigne 75 - Un livre dont un personnage porte un prénom végétal (Rose Bertin) - 23/100

TOME 2 : Pas de répit pour la reine

En résumé : Le peuple a faim ! La politique économique de Louis XVI et de ses ministres prend un tournant libéral. Le prix des céréales flambe et par conséquent le pain, aliment de base des familles de l'époque, devient inaccessible. Alors que des émeutes éclatent un peu partout dans le royaume, le très immature Louis XVI semble s'en moquer. Il va donc encore falloir compter sur le reine Marie-Antoinette pour résoudre les problèmes de ses sujets. L'argent, le nerf de la guerre. Mettre la main sur un trésor pour payer du pain aux paysans, en voilà une solution. Encore faut-il le trouver, ce trésor. Les événements s'agencent plutôt bien puisque Léonard, coiffeur officiel de la reine, et Rose, célèbre modiste, gagnent à une loterie une statuette faite d'or, et qui ferait partie, selon les rumeurs, d'un plus grand trésor incas. Dès qu'elle l'apprend, la reine missionne son duo d'espions pour s'emparer du butin. Petit détail qui a son importance, le trésor serait maudit, tout ceux qui l'ont approché de prés ou de loin tombent comme des mouches. Il va falloir faire vite pour ne pas être le prochain...

Mon avis : Frustrée par ma lecture du premier tome, j'avais hâte de découvrir la suite des aventures de Marie-Antoinette, dont j'ai lu qu'elle était meilleure. Eh bien, ce fut encore une déception. Même si le doute est permis (j'ai une nouvelle fois lu ce tome dans les transports, en pleine rentrée et avec mille choses en tête), je commence à me demander si le problème ne vient pas de l'auteur. J'ai malheureusement retrouvé les travers du premier tome. Frédéric LENORMAND se lance sur plein de pistes différentes, au risque de perdre ses lecteurs. Il y a ce que l'on a nommé "la guerre des farines", l'histoire de ce fameux trésor inca et des colons qui ont posé le premier pas en Amérique Latine, les amourettes contrariées de Rose, la formation en médecine de Léonard, les velléités de Marie-Antoinette d'outrepasser certaines règles édictées par le roi, et les difficultés de Louis XVI et ses ministres à réformer le pays. A cela s'ajoute un parallèle entre les émeutes qui éclatèrent lors de cette "guerre des farines" et l'actuel mouvement des gilets jaunes qui avait cours lors de la publication du tome. Même si tous ces thèmes finissent par se recouper, aucun n'est véritablement abouti. Je me suis sentie perdue, à plusieurs reprises entre les personnages et les liens qui se tissent entre eux, avec l'impression de toujours sauter du coq-à-l'âne sans avoir d'élément de transition à disposition. Néanmoins, la série conserve ses atouts qui étaient déjà présents dans le premier tome, un duo d'enquêteurs plaisant à suivre, la présence d'anecdotes historiques et quelques touches d'humour. Le personnage de Marie-Antoinette est ici davantage développé que dans le premier tome, ce qui est un bon point. En conclusion, encore une lecture mitigée, je doute que les choses s'améliorent dans le troisième tome, mais sait-on jamais, je tenterai quand même ma chance.

Ma note : 3/5.

Challenges : 

* Défi lecture 2021 : Consigne 21 - Un livre faisant référence à un jeu de cartes : le jeu du pharaon est cité dans le texte - 36/100

dimanche 13 juin 2021

Sous la terre des Maoris - Carl Nixon

En résumé.

Box Saxton est ouvrier en bâtiment. Quelques mois plus tôt, il était encore à la tête d'une société florissante de construction de maisons, mais la crise financière ne les ont pas épargnés, lui et sa famille. Depuis, ils ont tout perdu, et il est contraint d'accepter n'importe quel chantier, même s'il se situe à plusieurs kilomètres de leur foyer. Un jour de tempête, alors qu'il se retrouve seul pour finir son ouvrage, il reçoit un coup de fil qui va causer sa perte. A l'autre bout du combiné, Liz, sa femme, terrorisée, elle vient d'apprendre le suicide de leur fils aîné Mark. Box rentre à toute vitesse chez lui. L'incompréhension du geste, la culpabilité, les papiers à régler, l'organisation de l'enterrement, tout s'enchaîne pour ce couple plongé dans la plus vive des tristesses. Les choses se compliquent encore lorsque Tipene, le père biologique de Mark qui n'a plus donné signe de vie depuis la séparation de Liz et les deux ans de l'enfant, pointe le bout de son nez. Maori de son état, il réclame le corps du jeune homme afin de l'enterrer dans la pure tradition de ce peuple de Nouvelle-Zélande. Les deux hommes vont s'affronter, chacun bien décidé à ne pas céder face aux revendications de l'adversaire.

Mon avis.

J'ai croisé la route de ce livre un peu par hasard, en parcourant les propositions des autres lecteurs qui participent au challenge En 2021, je voyage... sur Livraddict. J'ai été attirée par le genre policier du roman et par le thème principal de l'intrigue, à savoir la cohabitation entre les Maoris et les descendants de colons en Nouvelle-Zélande. J'avais déjà lu à propos des Maoris mais plutôt des reportages, pas vraiment de la fiction. Le projet de l'auteur m'a donc séduite, d'autant plus qu'il est lui-même néo-zélandais, promesse que le récit témoigne d'une certaine vérité sociétale. 

Bien que ce livre soit classé par l'éditeur dans la catégorie des polars, voire des thriller, il faut plutôt envisager cette lecture comme une réflexion autour du deuil, dans cette société néo-zélandaise qui montre certains points de fracture. Je n'ai pas vraiment retrouver les codes du polar : pas de meurtre (à part le suicide de Mark), pas d'énigme à élucider, pas vraiment de chasse à l'homme ni de suspense haletant. En fait, on suit principalement Box et c'est bien lui qui nous occupe durant la totalité du livre. Les autres personnages apparaissent essentiellement comme des personnages secondaires, y compris Tipene dont on ne sait finalement pas grand chose. Les raisons du suicide de Mark ne sont pas non plus expliquées, là n'est pas le cœur du roman. Il s'agit plutôt de Box, Box et ses galères, Box et son passé, Box qui revient sur la terre de ses ancêtres, Box qui lutte face à ce rival sorti du placard, qui s'enfuit pour lui échapper et pour mettre en sécurité le corps de Mark. Les enjeux entre les Maoris et les autres, ceux qui descendent des colons venus repeupler la Nouvelle-Zélande, ne sont pas aussi approfondis qu'on pourrait le penser. La tension est là, mais elle reste floue, sans contours précis. Les coutumes maoris ne sont pas expliquées, et on n'a, à aucun moment, leur point de vue. Ils sont juste présentés comme l’opposition, la violence, la force et la domination. C'est un peu dommage, je m'attendais à avoir davantage de précisions sur ces querelles et sur leur façon d'envisager le deuil.

Si je trouve que le livre n'est pas à la hauteur de ce qui est annoncé (polar, explicitation des points de fracture dans la société), il présente néanmoins un certain nombres de points positifs. J'ai surtout aimé le style d'écriture de Carl NIXON, très sensoriel. Il s'attache vraiment à décrire tout plein de détails, visuels, olfactifs, auditifs qui nous immergent complètement dans l'histoire. Je repense à cette image de la tempête présentée en début de roman, je revois le ciel qui s'assombrit, la baie qui se couvre, les couleurs de la mer qui deviennent de moins et en moins vives et je ré-entends surtout le bruit des gouttes qui s'abattent sur les tôles que Box était en train de fixer. J'ai eu le sentiment de voyager en Nouvelle-Zélande et de m'imprégner des paysages, mais aussi du côté un peu plus morbide de l'histoire, avec cette odeur du corps de Marc qui nous suit jusqu'au dénouement. J'ai également apprécié le fait que le personnage de Box soit si travaillé. C'est un personnage cohérent, et bien qu'un peu effrayée par certaines de ses décisions, j'ai fini par éprouver une forme de respect pour cet homme désœuvré prêt à tout pour enterrer dignement son fils adoptif. Malgré le chagrin qui s'empare de lui, il redouble de force pour offrir à Mark une autre vie plus digne que celle qu'il a vécue de son vivant. Pour ce qui est du rythme, les chapitres s'enchaînent plutôt bien, c'est net, précis, on sait où veut en venir l'auteur et il réussit à nous maintenir éveillés jusqu'à la fin du livre.

Voilà une lecture intéressante, qui l'aurait été encore davantage si elle n'avait pas été présentée comme un polar, ni comme mettant en scène les conflits entre les Maoris et les autres néo-zélandais. Ces fausses annonces créent un peu de frustration car le lecteur s'attend à quelque chose qui finalement ne vient pas. Néanmoins, je pense que ce livre mérite un peu plus de visibilité et je vous encourage à le lire si jamais vous croisez sa route.
Dernières infos.

Sous la terre des Maoris a été publié en 2017 et compte 252 pages.

Ma note.

Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 53 - Un livre dont le titre comporte 5 mots - 22/100
En 2021... Je voyage : Nouvelle-Zélande (+ 20 points)

samedi 22 mai 2021

Disgrâce - J.M Coetzee

En résumé.
 
Cinquantenaire, enseignant de lettres classiques et de communication à l'université du Cap (Afrique du Sud), David Lurie parvient à mettre dans son lit une jeune étudiante. On ne connaît pas vraiment les motivations de la jeune fille mais celles de son entourage, choqué par l'attitude de Lurie, son claires : l'attaquer en justice et demander son renvoi. C'est ainsi que le professeur deux fois divorcé, et sans plus personne à se mettre sous la dent, se retrouve sans travail. Il décide alors de faire ses valises et s'enfuit vers l'arrière pays, chez sa fille, qui est à la tête d'une vaste exploitation agricole. Ce qui devait être un bref passage s'éternise lorsqu'il constate à quel point la vie de Lucie est difficile et dangereuse. Il se transforme en employé, donnant quelques coups de main à la jeune femme. Mais un jour, leur vie bascule, ils sont victimes d'un viol pour elle, d'une violente agression pour lui, là, sur la ferme, dans cet endroit dont ils sont propriétaires. Lurie, terrorisé par de tels actes mais aussi très méfiant vis-à-vis de l'attitude des locaux fait de son mieux pour convaincre Lucie de fuir ces lieux risqués.

Mon avis.

J'ai lu pour la première fois ce livre il y a plusieurs années, en version originale. Il m'avait alors laissée perplexe mais je pensais que c'était dû à mon incompréhension de certains termes ou certains passages. Toutefois, malgré une impression mitigée, je n'ai jamais oublié cette histoire et c'est tout naturellement que j'ai souhaité la relire en ce mois de Mai placé sous l'étendard de l'Afrique du Sud (challenge En 2021... Je voyage). L'envie de me rafraîchir la mémoire et l'espoir de mieux comprendre la plume de J.M COETZEE, lauréat de nombreux prix littéraires, dont le prix Nobel en 2003. Alors, deuxième fois déçue ou première fois enthousiasmée ? Suspense...

Après ma relecture, je comprends ce qui m'avait marquée à l'époque. C'est l'ambiance sordide de ce roman, certaines scènes violentes qui restent gravées dans la mémoire, c'est aussi cette impression de lourdeur qui ne quitte pas le lecteur. Dès les premières pages, on nous présente David Lurie, un personnage antipathique, presque dégoutant, égocentré et qui saute sur tout ce qui bouge. La relation qu'il entretient avec Mélanie Isaacs contient une part de glauque, cette jeune étudiante qui se laisse aller dans les mains de ce grand échalas qui n'a même pas le physique pour lui. L'oppression monte d'un cran lorsqu'il rejoint sa fille dans la campagne sud-africaine. J'ai imaginé des paysages désert et secs, son chenil avec des chiens maigres, parfois abattus par sa voisine. Une maison mal rangée et un voisinage inquiétant, le résultat d'une longue confrontation entre propriétaires terriens et esclaves, entre Blancs et Noirs. Des tractations sous le manteau, des menaces mises à exécution, un sentiment d'insécurité omniprésent. Au milieu de tout ça, le personnage phare de ce roman, David Lurie cherche encore qui il est, un homme qui court après les femmes, même celles qui le rebutent, un universitaire viré ou encore un père inquiet pour le sort de sa fille, proie toute désignée pour les vautours. Ainsi, tous les éléments sont réunis pour nous décrire un environnement très spécial, avec des personnages qui se débattent avec le sordide, leurs instincts primaires, dominer, être dominés dans la moiteur du climat. Je n'y ai pas vu là une critique de la société sud-africaine post apartheid, même si j'aurais dû. Les choses ne sont pas clairement dites, on imagine les points de fracture, sans pour autant qu'ils soient nommés par l'auteur. Disgrâce, tomber en disgrâce, David Lurie tombé en disgrâce, sa catégorie sociale également tombée en disgrâce.

Pour la deuxième fois, je n'ai pas vraiment été emballée par ma lecture. Même si c'est vrai que l'ambiance est bien travaillée, j'ai trouvé l'ensemble un peu longuet, peut-être parce que je n'ai éprouvé de la sympathie pour aucun des personnages. Disgrâce fait partie de ces romans auxquels on ne peut pas reprocher grand chose mais qui ne parviennent pourtant pas à créer le coup de cœur. J'ai été un peu frustrée de ne pas comprendre tous les thèmes explorés par l'auteur de façon implicite. Je pense que j'ai pris ma lecture essentiellement au premier degré, et je n'ai pas su accéder au second degré, peut-être que je n'étais pas non plus disponible pour y accorder trop de réflexion. J'ai toutefois apprécié le fait qu'il se passe en Afrique du Sud et qu'il soit écrit par un auteur originaire de là-bas. Rares sont les romans que j'ai lus sur ce pays, donc j'ai été ravie d'élargir mes horizons, et cela prend une autre forme quand c'est un local qui écrit sur son propre pays. 

Une relecture un peu décevante. Néanmoins, je vous encourage à vous faire votre propre avis si jamais vous croisez sa route. Si je n'ai pas su m'imprégner totalement de l'histoire de David Lurie, ni saisir toutes les implications de ce livre, je suis sûre que d'autres lecteurs pourront être séduits par la plume de J.M COETZEE.
 
Dernières infos.

Disgrâce a été publié en 2001 pour la version française. Il compte . Il a été adapté au cinéma en 2008 par Steve JACOBS.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 95 - Un livre dont un personnage est enseignant - 20/100
En 2021... Je voyage : Afrique du Sud (+ 25 points)

samedi 15 mai 2021

Taqawan - Eric Plamondon

En résumé.
 
Le 11 Juin 1981, une opération policière est lancée sur la réserve de Restigouche, portion de territoire appartenant à la province canadienne de Québec et accueillant les Indiens Mig'Maq. L'objectif est simple : s'emparer de leurs filets pour les priver de pêcher le saumon, denrée qui constitue pourtant l'une de leurs principales ressources alimentaires. Derrière cette manœuvre politique, se cachent la cruauté des agents de la sûreté du Québec et le désarroi des Indiens Mig'Maq qui se retrouvent pris au piège, victimes d'enjeux qui les dépassent. Parmi eux, Océane, une adolescente qui disparaît pendant les affrontements. Elle sera retrouvée un ou deux jours plus tard, meurtrie et souffrante, par Yves Leclerc, un garde forestier œuvrant sur le territoire des Mig'Maq. Ce dernier, heurté par la violence de ses collègues policiers vient de démissionner de son poste. Pour l'aider à prendre soin de la jeune fille qu'il accueille dans sa demeure en bois, il s'entoure d'une jeune étudiante française et d'un vieil Indien solitaire. Seulement, les tortionnaires d'Océane finissent par les retrouver, bien décidés à se venger et prouver une bonne fois pour toutes leur supériorité sur les Indiens et tous ceux qui se rangeront à leurs côtés.

Mon avis.

Voici un livre que j'ai découvert un peu par hasard, en sautillant de blog en blog. J'ai débord été attirée par la dimension ethnologique du roman, avec cette histoire qui prend racine sur le territoire des premiers peuples de l'Amérique du Nord. Je me suis ensuite laissée convaincre par l'idée de me retrouver perdue au milieu des grands espaces canadiens. Cela tombait plutôt bien puisque je n'ai pas l'habitude de lire sur ce pays, et encore moins lorsqu'il s'agit des peuples autochtones. Un livre sur la Canada écrit par un Canadien, voilà ce qu'il me fallait ! Et en plus, ma médiathèque l'avait dans ses rayons en quatre ou cinq exemplaires, que demande le peuple !

Difficile de classer ce livre dans un genre ou dans un autre... C'est le style de lectures déroutantes, des lectures qui se lancent sur beaucoup de pistes en peu de pages, et qui finalement n'aboutissent pas vraiment. L'auteur élabore beaucoup autour des Indiens Mig'Maq, cherchant à donner le plus d'informations possible aux lecteurs sur leurs coutumes, leur rapport à la nature et au saumon, leur façon d'habiter ce bout du Québec en 1981, leur histoire et comment ils ont été progressivement boutés hors de leurs terres par les colons. En cela, le livre se rapprocherait presque d'un essai ethnologique. Mais l'auteur mêle aussi des éléments de fiction, et on se retrouve finalement dans la classe des romans policiers avec cette fuite d'Océane qui tourne à la vengeance et prend des airs de thriller. Un mélange des genres qui n'est pas dénué d'intérêt car il permet de souligner la lutte qui oppose depuis des siècles les peuples autochtones à leurs envahisseurs, mais qui m'a un peu perdue, faut bien le dire. Malgré l'entrain qui m'animait à découvrir ces peuples dont je ne connaissais rien, je ne me suis pas attachée aux personnages. Je n'ai d'ailleurs pas ressenti d'émotion particulière à la lecture de roman, alors que je suis pourtant acquise à la cause des Indiens. 

A cela s'ajoutent des passages assez compliqués sur la politique du Canada, lorsqu'on est un novice en la matière. Je loue l'intention d'Eric PLAMONDON de dérouler son intrigue à partir de faits réels (puisque ces affrontements de 1981 ont réellement eu lieu) mais je lui reproche de ne pas avoir été très clair sur les tenants et les aboutissants. Ainsi, plusieurs choses m'ont échappé, et je n'ai pas bien compris en quoi cette attaque des Indiens avait des implications politiques plus grandes, notamment dans les rapports que la province de Québec entretient avec le pouvoir fédéral. On pourrait également lui reprocher de prendre parti, puisque ce sont les Indiens qui sont principalement défendus ici. Cela ne m'a pas dérangé, l'auteur est libre de prendre parti, et donne à son intrigue la couleur qu'il souhaite, mais je sais que ce manque de neutralité pourrait offusquer quelques lecteurs. Ce roman, bien que plein de bonnes intentions, fut une déception pour moi, j'en avais lu tant de bien... Je n'ai été séduite ni par la partie narrative qui manque de reliefs, malgré tous les personnages déployés, ni par la partie un peu plus documentaire qui lance beaucoup d'informations mais sans les approfondir. J'ai donc été globalement frustrée et déçue de ne trouver qu'à moitié ce que j'étais venu y chercher.

Un live sur lequel j'ai pu lire des avis contrastés. Si jamais ce thème vous intéresse, je vous conseille de vous le procurer et de vous faire votre propre avis. Je le relirai peut-être, dans quelques temps, si jamais je croise de nouveau sa route afin de voir si mon avis mitigé peut évoluer vers un avis positif plus marqué.
Dernières infos.

Taqawan a été publié en 2017 et compte 197 pages. Un documentaire existe sur cet affrontement, Les événements de Restigouche d'Alanis OBOMSAWIN. Il est disponible sur Internet.

Ma note.
 
Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 16 - Un roman contenant une recette de cuisine (recette de la soupe aux huîtres, p. 104) - 19/100
En 2021... Je voyage : Canada (+ 20 points)

samedi 8 mai 2021

Florida - Olivier Bourdeaut

En résumé.
 
Pour fêter l'entrée dans sa septième année, Elizabeth Vernn reçoit en cadeau une jolie robe de princesse, mais ce n'est pas tout. Accompagnée de sa mère, elle se dirige vers son premier concours de mini-miss. La petite fille est heureuse, qui ne rêverait pas à son âge de jouer les princesses le temps d'une journée, le jour de son anniversaire qui plus est ? Contre toute attente, Elizabeth gagne le concours. Sa mère l'imagine déjà Miss America. Les compétitions s'enchaînent tous les samedis aux quatre coins de la Floride mais Elizabeth finira toujours seconde. Sa mère se désole, son père ne dit rien, la petit fille commence à trouver le temps long. Les préparatifs deviennent de plus en plus exigeants, répétitions jusqu'à l'épuisement de la bonne démarche et du bon discours, pose de faux cils, maquillage et le clou du spectacle, opération chirurgicale pour corriger un léger décollement de l'oreille. C'en est trop, Elizabeth ne veut plus de ces rituels, elle veut être autre chose, elle veut se venger de cette mère qui l'a privée de son enfance. Elle s'enlise dans une colère froide, machiavélique, son corps, ce corps lorgné par tous, va devenir son arme, celui qui va lui permettre de détruire la mère et le père, mais aussi de s'autodétruire.

Mon avis.

On connaît essentiellement Olivier BOURDEAUT pour son premier succès, En attendant Bojangles. Bien qu'il soit dans ma PAL depuis un certain temps, ce n'est pas avec lui que j'entame ma découverte de cet auteur qui semble s'inscrire ici dans un registre bien différent avec son dernier roman, Florida. Je suis tombée dessus un peu par hasard, en parcourant des yeux l'étagère des nouveautés de ma médiathèque. La couverture m'a interpellée, elle résume à elle seule l'ambiance du roman, une espèce de tristesse mêlée à un désir de vengeance masqués par la beauté d'un corps et d'un regard. Le thème des concours de mini-miss m'a également séduit, c'est un thème peu courant dans la littérature, et j'ai directement adhéré au parti pris de l'auteur, il en a fait quelque chose de violent, qui détruit en profondeur l'image qu'une petite fille peut avoir d'elle-même, et qui a des répercussions substantielles sur le développement d'une personne.

Comme bon nombre de lecteurs, je n'ai éprouvé aucune forme d'attachement pour Elizabeth. Mais je crois que l'objectif de l'auteur n'était pas de faire éprouver à ses lecteurs de la compassion pour ce monstre de colère qui grandit au fil des pages. Son objectif était peut-être plutôt de proposer un personnage entier, à l'attitude tranchée, brut de décoffrage, un personnage qui ne laisse pas indifférent. Elizabeth a mis sept ans à grandir dans la tête d'Olivier BOURDEAUT, et cela s'en ressent clairement. C'est un personnage abouti, dont la hargne est tellement travaillée qu'on a l'impression d'avoir affaire à un témoignage. C'est un roman extrême, que ce soit dans ce qu'il raconte, ou dans la façon dont il a été pensé et écrit. Elizabeth s'adresse directement à nous avec des mots et des pensées acerbes, elle nous prend parfois à partie, nous qui sommes témoin de sa propre descente aux enfers, depuis ce premier concours de mini-miss à sa passion pour le bodybuilding. Cela peut choquer, cela peut déranger aussi car on se sent finalement impuissant face à tant de désarroi, cela peut aussi interroger, est-elle une petite fille gâtée qui a pris les choses trop à cœur, ou a-t-elle juste été détruite par ces compétitions de mini-miss, le paroxysme du superficiel et du narcissisme ? En tous les cas, elle reflète ce que l'auteur pense de ces exercices imposées aux petites filles, que du mal, et à juste titre. Une réflexion est engagée autour du rapport au corps, et comment il peut être le reflet de combats internes. Elizabeth passera par toutes les phases, la mise en avant de sa beauté, puis la déformation de son instrument à plaire et enfin le façonnage à l'extrême de ses reliefs avec l'entrée dans le bodybuilding. Au-delà du personnage d'Elizabeth, il est aussi question des parents et comment leurs projections (mère) ou leur absence de projection (père) ont pu avoir des retentissements conséquents sur l'expression de la personnalité de leur fille. On n'accède jamais à leurs pensées mais c'est le poids de l’éducation et des actes parentaux qui interrogent davantage ici.

L'écriture se veut percutante, ciselée, on ne peut rester insensible, et on est forcés de choisir son camp, même si ce ne sera pas par compassion. Les premiers chapitres sont pourtant un peu poussifs, l'impression qu'il fallait remplir les pages. Le tout prend de l'ampleur lorsque la jeune fille est envoyée en pension. Son plan pour prendre sa revanche se met en place petit à petit, l'auteur lâche les chevaux, ça devient plus fluide. Néanmoins, on sent tout au long du roman que c'est une histoire américaine qui a été écrite par un Français. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai eu cette impression, mais je sais qu'elle m'a empêchée de me plonger complètement dans l'histoire d'Elizabeth. Je trouve qu'il manque un côté très américain, qui aurait peut-être encore plus accentué le côté showbiz et paillettes, ou le côté gigantisme. On sent que le tout est rédigé par quelqu'un qui observe, qui décrit les plages de Miami mais qui n'y a jamais vécu (je me trompe peut-être), qui décrit l'ambiance sordide des concours de mini-miss mais qui n'a jamais été spectateur. C'est donc un peu déroutant d'avoir affaire à ce personnage si bien campé mais qui ne semble pas habiter là où elle prétend habiter. Il manque une dimension supplémentaire à ce qu'elle nous raconte pour qu'on puisse s'immerger complètement.

Contrairement à quelques critique que j'ai pu lire, je n'ai trouvé aucune touche d'humour dans ce livre. Au contraire, j'ai trouvé qu'il était très sérieux dans la problématique qu'il aborde mais aussi dans le travail engagé autour du personnage d'Elizabeth. J'ai été sensible au projet de l'auteur, et je repenserai souvent au désarroi d'Elizabeth, ainsi qu'à sa vie torturée. Je vous laisse le découvrir, en espérant que le destin de cette mini-miss bodybuildée de vous laissera pas non plus indifférents.

Dernières infos.

Florida a été publié en 2021 et compte 254 pages.

Ma note.

Challenges.

* Défi lecture 2021 : Consigne 45 - Un livre dont la couverture montre un personnage assis - 17/100