samedi 30 avril 2022

Le guerrier de porcelaine - Mathias Malzieu

En résumé.

Mainou a neuf ans lorsqu'il perd sa mère et sa petite sœur qui n'a pas eu le temps de pousser le premier cri. Nous sommes en Juin 1944, la libération est proche, mais ça, le père de Mainou ne le sait pas. Alors il repart au front, avec l'image de sa femme ayant quitté la vie alors qu'elle tentait de la donner. En quelques heures, le petit garçon se retrouve seul, sans parents et bientôt sans foyer. Il doit quitter Montpellier, passer la ligne de démarcation à bord d'une charrette à foin pour se réfugier en zone occupée, en Lorraine, chez sa grand-mère et son oncle. Un trop plein d'émotions pour Mainou qui ne parvient pas à faire le deuil de sa maman. Il lui écrira, dans son petit carnet, lui racontera les heures passées à la cave lorsque les bombardements font rage, la poésie de l’Émile qui fait tout pour redonner un peu de joie à la maisonnée, le génie de Sylvia, cette deuxième maman cachée dans le grenier, et sa tristesse d'avoir perdu le première femme de sa vie.

Mon avis.

L'avantage d'avoir un amoureux qui travaille en médiathèque, c'est que l'on peut rapidement avoir entre ses mains la plupart des dernières sorties littéraires. Ce fut le cas pour Le guerrier de porcelaine, dernier roman de cet auteur de génie qu'est Mathias MALZIEU, et que j'avais remarqué lors de son passage dans la Grande Librairie pour en faire la promotion. Voici un roman qui tranche un peu avec les précédents, peut-être parce qu'il est question de retracer l'enfance bousculée du petit Mainou, le papa de l'auteur, et que la réalité des événements vient contraster avec les histoires romanesques auxquelles nous sommes habitués. Néanmoins, Mathias MALZIEU parvient toujours à semer quelques graines de poésie dans chaque phrase, pour le bonheur de ses fidèles lecteurs.

Les romans de Mathias MALZIEU ont toujours été des coups de cœur pour moi, me laissant sans voix devant son génie créateur et poétique, même son nom de famille, "MALZIEU", est empreint de grâce. Le guerrier de porcelaine sera une exception à la règle, même si ce fut quand même un très beau moment de lecture. Si la narration de cette portion de l'enfance de Mainou est très réussie, le thème général de la seconde guerre mondiale, et des petites histoires dans la grande Histoire, ne m'emballe jamais sur cette période. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu'il existe déjà pléthores de bouquins, films, séries, BD qui explorent le sujet en long, en large et en travers, et que l'originalité n'est plus au rendez-vous. Néanmoins, pour être tout à fait juste, Mathis MALZIEU parvient à donner un peu de fantaisie à cette période de l'Histoire très sombre et marquée par la peur.
 
Parce qu'il est vu à hauteur d'enfant, le quotidien est moins triste, même si la peine de Mainou reste immense. Pour autant, son regard empreint d'une naïveté et d'une innocence propres à l'enfance vient mettre de la couleur dans chaque événement qu'il vit, chaque personne qu'il croise. Malgré sa grande maturité, son imagination d'enfant est toujours présente. L'auteur a réussi avec brio à se glisser dans la peau de son papa enfant et à produire un discours adapté à son âge, ni trop enfantin, ni trop adulte, mais toujours très émouvant. Ce mélange de voix est d'ailleurs un peu perturbant en début de livre, j'ai mis du temps à réaliser que ce n'était pas Mathias MALZIEU qui racontait l'histoire, mais son papa, et que nous étions en 1944, et non en 2022. Si l'on en croit ce qui est dit dans le livre, on sait désormais d'où vient la poésie de l'auteur, à savoir de son papa, ou de son oncle. J'ai beaucoup apprécié le personnage d’Émile, que j'imaginais grassouillet et très sensible, un peu fleur bleue, du moins assez pour faire des trafics de poèmes avec Sylvia, la grande amie de la maman de Mainou. Ce passage de l'histoire, tout comme l’œuf de cigogne qui finit par éclore, apporte un charme et une douceur qui contrastent avec la dureté de la guerre et les passages dans la cave pour se protéger des bombardements. Malgré le contexte qui nous conduit à imaginer des couleurs sombres, le quotidien relaté par Mainou est très lumineux, bienveillant et poétique. Ainsi l'auteur est parvenu à faire se rencontrer l'humain et l'inhumain, une dualité qui résume à elle seule les périodes de guerre. Au fil de la lecture, on ressent toute l'émotion de l'auteur à relater cette période de l'enfance de son père. On imagine aussi la pudeur qui a dû être mise de côté pour évoquer entre père et fils les premiers sentiments d'un petit garçon qui est devenu homme en quelques jours, la peur, l'angoisse, la colère mais aussi l'amour.

Il m'a manqué quelques petites choses pour ce dernier roman de Mathias MALZIEU soit un coup de cœur. Pour autant, cela n'enlève rien au talent de l'auteur qui parvient à se glisser dans la peau de son papa enfant avec justesse. Malgré les horreurs de la guerre, le récit est tendre, poétique et émouvant. Le quotidien relaté nous transporte dans une période de l'Histoire où chaque jour était une aventure, mais Mainou a su en extraire des valeurs humaines essentielles. Un roman à découvrir, sans aucun doute !
Dernières infos.

Le guerrier de porcelaine a été publié en 2022 et compte 230 pages.

Ma note.
Challenges.


* Défi lecture 2022 : Consigne 63 - Couverture sur laquelle le nom de l'auteur est écrit plus gros que le titre - 15/100

lundi 25 avril 2022

Les demoiselles - Anne-Gaëlle Huon

En résumé.

En ce début des années 1920, Rosa décide de quitter ses terres espagnoles pour rejoindre une petite ville nichée au cœur du Pays Basque, Mauléon. Malgré les dangers que représente la traversée des Pyrénées à cette époque, Rosa est déterminée à suivre la nuée des hirondelles, ces jeunes espagnoles qui rejoignent chaque automne Mauléon pour travailler dans les usine d'espadrilles afin de se constituer un trousseau et mettre quelques pièces de côté. Tel est le souhait de Rosa, récolter un peu d'argent pour subvenir aux besoins de son abuela. Elle entraîne dans sa quête Alma, sa sœur, mais la jeune femme périra pendant la traversée. Désormais seule, Rosa devra faire sa place en tant que couturière, au milieu des rivalités entre hirondelles et françaises. Très vite, elle aura la chance de rencontrer Colette, une jeune femme française d'une beauté resplendissante, qui l'invitera dans sa demeure des Demoiselles, univers très féminin où coule le champagne et où chaque soirée est l'occasion de célébrer la liberté de la femme. Cette rencontre bouleversera la vie de Rosa qui sera une des rares hirondelles à ne jamais retourner au pays.

Mon avis. 

Après les lectures éprouvantes de S'adapter et de Tout peut changer, bouquins respectivement consacrés au handicap et au réchauffement climatique, j'avais besoin de quelque chose de plus divertissant, allant avec les premiers airs de printemps. Après avoir fait quelques recherches sur Livraddict, je suis tombée sur les écrits de Anne-Gaëlle HUON, auteur que je croise souvent sur les écrans publicitaires des gares mais que je n'avais encore jamais eu l'occasion de découvrir. Parmi sa bibliographie, c'est Les Demoiselles qui a attiré mon attention.

Encensé par les blogueurs littéraires, ce livre réunit un certain nombre d'atouts : un cadre plutôt plaisant où raisonnent les airs des bandas, un appui sur des faits historiques qui nous plongent dans l'insouciance des années vingt, un univers très féminin avec la couture des espadrilles, une intrigue qui mêle amitié et amour et plusieurs personnages hauts en couleur qui se partagent la vedette pour faire de ce récit une ode à la femme. Malgré un nombre de pages plutôt raisonnable étant données les ambitions de l'auteur, ce livre est une véritable fresque qui explore la vie de Rosa et des autres Demoiselles mises sur son chemin. Je me suis laissée complètement transportée par ces destins de femmes hors du commun. Je n'ai eu aucune difficulté à imaginer ce petit village piétiné par les pas de centaines d'hirondelles venant coudre ces espadrilles indispensables aux mineurs du Nord. Le passé de Colette et de Mademoiselle Véra dans le Paris des années folles m'a également laissée rêveuse. A cela, se mêle aussi le destin de Rosa, présentée comme une pionnière de la mode, partagée entre les secrets de ses Demoiselles et l'envie d'aller de l'avant, de déployer ses ailes en tant que femme. Ce livre est un véritable voyage dans le temps et dans l'espace, dont le fil rouge reste l'épanouissement de la femme. Les personnages sont bien développés et adoptent des tempéraments bien différents, de sorte que chaque lectrice peut y trouver son bonheur.

Si l'histoire des hirondelles est véridique, tout comme la fabrique des espadrilles qui a fait de Mauléon la capitale française de ces chaussures typiques du Pays Basque, le reste n'est que fiction. C'est dans cette partie inventée du récit que j'ai trouvé quelques bémols. Anne-Gaëlle HUON s'est permise certaines largesses qui desservent à mon avis le reste de l'intrigue. Comme bien souvent dans ces romans qui ont pour cadre des périodes historiques aussi riches, les auteurs ont tendance à faire facilement côtoyer la petite histoire et la grande histoire, à imaginer que leurs personnages vont être à un moment donné en relation avec des figures emblématiques de l'époque. Ainsi, Colette en vient à fréquenter Charlie CHAPLIN. Elle va même jusqu'à le suivre aux États-Unis et à avoir un enfant avec lui. De même, Rosa, qui connaît le succès avec sa ligne d'espadrilles, finit par travailler pour les plus grands noms de la mode de l'époque, comme si ça allait de soi de fréquenter de tels personnages. Ces côtés "too much" m'ont un peu déçue, surtout que l'intrigue générale n'a pas besoin de ces détails peu crédibles pour être belle et intéressante. Je crois aussi que cette histoire aurait pu être encore davantage développée. Certains passages donnent l'impression qu'ils ont été écrits à la va vite. Une telle fresque n'aurait pas souffert de deux cent pages supplémentaires pour bien avoir le temps de se déployer, d'autant plus que certains chapitres sont très courts. Cela apporte du rythme et permet au lecteur de ne jamais s'ennuyer, mais le roman aurait encore plus marqué les esprits s'il avait pris un peu plus de densité.

Malgré quelques bémols, la lecture des Demoiselles fut plaisante à plusieurs égards. J'ai particulièrement apprécié de découvrir l'industrie des espadrilles à cette époque et la culture qui y était associée. Ce roman est rafraîchissant tout en ayant du fond, il sera idéal pour vos lectures estivales à venir.
Dernières infos.
 
Les Demoiselles a été publié en 2020 et compte 352 pages (version poche).

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2022 : Consigne 55 - Livre comprenant une phrase dans une langue étrangère - 14/100

dimanche 17 avril 2022

Tout peut changer - Naomi Klein

En résumé.

Ces dernières années, bon nombre de scientifiques appellent au réveil des consciences face à la menace du réchauffement climatique, comme le prouvent une nouvelle fois les rapports du GIEC publiés cette année. Pour lutter contre ce risque majeur, il faut pouvoir en déterminer les causes. Certes, les gestes éco-responsables sont une porte d'entrée pour essayer de résorber l'hémorragie, mais nous savons tous au fond de nous qu'ils ne suffiront pas face à l'ampleur démesurée du problème. Naomi KLEIN propose ici de revenir sur les causes réelles et profondes du réchauffement climatique. Selon la thèse défendue dans cet essai, celui-ci prend racine dans notre système économique, le capitalisme. Une loi du marché débridée pourvu que la croissance soit au rendez-vous, des énergies fossiles dont on ne peut pas se passer, la concentration des richesses par une poignée d'hommes immoraux, tout cela explique que nous soyons aujourd'hui dans une impasse. Après avoir rappelé les faits, l'auteur nous enjoint à nous ériger contre ce système qui n'a plus de limites et à réclamer plus de justice, une justice climatique mais également une justice sociale.

Mon avis.

Je ne l'ai jamais caché sur ce blog, j'aime lire des bouquins qui parlent d'écologie. Malgré l'urgence de la situation, je trouve que l'on ne parle pas assez de ce thème, sauf pour faire du greenwashing ou pour évoquer des mesurettes qui nous donnent bonne conscience mais qui ne résoudrons en rien la crise écologique majeure qui est en cours. De même, nous fermons les yeux devant les causes réelles du réchauffement climatique, et n'osons pas, malgré les dernières crises en date, qu'elles soient climatiques, sanitaire ou géopolitique, changer radicalement de modes de vie pour aller vers davantage de sobriété. Face à cette inaction généralisée, j'aime me documenter sur le sujet, pour me sentir moins seule mais aussi pour y trouver des chiffres, des dates qui viendront étayer mon argumentaire. Avant même d'ouvrir ce livre, j'étais déjà convaincue par la thèse défendue par Naomi KLEIN. Pourtant, il fut très intéressant à découvrir et fourmille de faits tous plus édifiants les uns que les autres.

Malgré tout l'intérêt que je porte au sujet, ce n'est pas le genre de lecture qu'on savoure le soir avant d'aller se coucher. La découverte de cet essai fut laborieuse étant donnée la densité d'informations apportées par l'auteur. Je l'ai donc lu de façon fragmentée, piochant quelques pages par ci, par là, ou au contraire dévorant un ou deux chapitres en une seule journée. Ce livre est le fruit de plusieurs années d'enquête, réalisée par deux ou trois chercheurs. Il faut donc s'attendre à une argumentation richement documentée mais parfois difficile à appréhender. Ce livre reste accessible au grand public, mais il faut pouvoir se concentrer pour comprendre toute la complexité des règles du commerce, des méthodes d'extraction des énergies fossiles et leurs répercussions sur le réchauffement climatique. L'auteur réussit brillamment à établir des ponts entre le système capitaliste dans son ensemble et les conséquences nettement visibles sur le climat, la disparition des écosystèmes et de plusieurs espèces ainsi que la mise à sac d'environnements naturels.

Cette vaste étude se situe au début des années 2010 en Amérique du Nord. Déjà grave, on peut imaginer que la situation n'a fait qu'empirer pendant ces douze dernières années partout dans le monde. Les inégalités climatiques n'ont fait que s'accroître, entre des pays du Nord qui profitent sans limite des ressources énergétiques alors que les pays du Sud récoltent les fruits de leurs excès, comme en témoigne la violence des événements météorologiques (sècheresse, inondations, etc). Naomi KLEIN étant canadienne, ses recherches se sont avant tout basées sur le continent américain. C'est à la fois intéressant de voir comment se passent les choses outre-Atlantique, les Etats-Unis ayant souvent quelques années d'avance sur ce qui va advenir en Europe, mais c'est aussi un peu frustrant de ne pas avoir davantage d'éclairages sur l'Europe, même si on se doute que ça ne doit pas être très reluisant. L'auteur s'attarde beaucoup sur les énergies fossiles et leurs techniques désuètes d'extraction qui sont de plus en plus coûteuses pour les hommes et l'environnement car il faut puiser de plus en plus profonds ou explorer de nouveaux territoires jusqu'alors protégés par le respect des indigènes pour leurs terres. Ainsi, une deuxième partie est consacrée au réveil des peuples, qui passe selon elle par la reconnaissance des droits des indigènes à disposer de leurs territoires. C'est un peu un remake de David contre Goliath, eux contre la machinerie capitaliste qui écrase tout sur son passage. C'est la raison pour laquelle elle appelle un ralliement des sociétés occidentales à leur cause, car il en va de l'intérêt général.

Je suis sortie de ma lecture toujours aussi scandalisée, d'une part par la perversité du système capitaliste (dont je n'ai jamais douté d'ailleurs), mais aussi par le fait qu'on nous l'impose, qu'il n'existe pas à ce jour de moyen de nous en détourner. Même si le propos est alarmiste, Naomi KLEIN n'entretient pas un discours défaitiste, elle croit au sursaut des consciences et à ce qu'elle appelle "la blocadie", c'est-à-dire tous les mouvements qui convergeraient pour abolir l'extraction d'énergies fossiles en réclamant la protection des territoires visés par les grandes entreprises ainsi que la mise en place d'énergies renouvelables, qui ne serait plus freinée par des règles du marché contraignantes et allant contre ce déploiement plus respectueux de l'environnement.

Même s'il peut faire peur (524 pages quand même), même si la couverture et les thèmes développés ne sont pas très sexy, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce bouquin, à l'heure où beaucoup de nos comportements et de nos décisions vont influencer le destin de notre planète.
Dernières infos.

Tout peut changer a été publié en 2015 et compte 524 pages (plus une centaine consacrée aux notes et à la bibliographie).

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2022 : Consigne 18 - Couverture majoritairement bleue - 13/100

samedi 2 avril 2022

S'adapter - Clara Dupont-Monod

En résumé.
 
Au cœur des Cévennes, la vie d'une famille bascule lorsque naît l'enfant, cet enfant qui ne verra jamais, qui ne marchera jamais, ne parlera jamais et n'atteindra très certainement jamais l'âge adulte. L'arrivée de ce dernier d'une fratrie de trois provoque une onde de choc dans ce territoire protégé par la beauté de nature, où rien de grave ne semble pouvoir se produire. Pourtant, les pierres racontent le désarroi de l'aîné pourtant si fort et si fier, dont l'assurance fond devant les yeux sombres de l'enfant. Elles racontent aussi la colère de la cadette qui ne parvient pas à éprouver le moindre sentiment pour ce frère qui vient la bousculer dans sa normalité mais qui lui vole aussi l'amour de son grand frère. Enfin, les pierres sont les témoins de l'arrivée du petit dernier qui devra faire sa place dans cette famille éprouvée par le chagrin et la crainte des mauvaises nouvelles.

Mon avis.

Je l'avoue sans fard, je me suis d'abord dirigée vers ce roman pour remplir une des consignes du Défi Lecture auquel je participe pour cette année encore. Dans la liste exhaustive des meilleurs livres de 2021, c'est "S'adapter" qui m'a tapé dans l’œil. Ce roman, multi-récompensé, aborde un thème qui m'est cher, celui du handicap et l'avis général étant plutôt très bon, je n'ai pas hésité à le découvrir à mon tour.

Au-delà de son thème poignant, ce roman mérite d'être découvert pour ses procédés narratifs originaux. Il est raconté à la manière d'un conte, et le narrateur n'est autre que les pierres qui se situent dans la cour de la maison cévenole de l'enfant. Elles qui sont neutres, détachées d'affect rendent compte des déboires de la famille d'une façon objective. Elles alignent les faits, dépersonnalisent ce drame qui se joue en n'employant aucun prénom pour désigner les membres de la famille, mais n'omettent aucun des sentiments qui agitent les autres enfants de la famille. A la fois proches physiquement de ces êtres qui déambulent devant elles mais peu concernés par leurs émotions humaines, leur prise de recul permet une analyse fine de la situation. Ainsi, ce roman qui se concentre sur le vécu de la fratrie permet de relater l'arrivée d'un enfant handicapé dans toute sa complexité. La bien-pensance n'est pas de mise et c'est ce que j'ai apprécié. Face au handicap, le réflexe est bien trop souvent la compassion, voire la pitié, les louanges faites aux proches pour leur courage, leur abnégation et leur résilience. Mais le handicap, ça peut être aussi les angoisses, le dégout, l'étrange, la gêne et la déception. Ces réactions sont habilement incarnées par les personnages de l'aîné et de la cadette, dont les personnalités vont être transformées par l'accueil de leur petit frère. Ainsi, pour une fois, l'angle de vue n'est pas celui des parents, mais celui de ces pierres qui s'intéressent aux autres enfants dont elles affectionnent la vivacité et l'adaptation. Au travers de ce narrateur atypique, l'auteur n'explore pas seulement l'enfant handicapé mais aussi les retentissements suite à son arrivée chez les autres membres de la fratrie.

La finesse et la pertinence de la plume de Clara DUPONT-MONOD sont également portées par la puissance des montagnes cévenoles. Ainsi, chaque sentiment, chaque émotion sont comparés aux phénomènes naturels qui font partie de la vie de ces familles dont les montagnes seraient des aïeux. L'aîné prend également soin d'éveiller l'enfant à la nature qu'il l’entoure, en l'amenant régulièrement près de la rivière, écouter les bruits naturels d'une richesse sans nom. Ainsi, ce roman est d'une humanité à la fois simple et pure, parce qu'il explore la complexité des êtres humains et la frontière entre normalité et anormalité, mais aussi parce qu'il n'oublie pas de replacer les êtres dans leur environnement naturel. Cette sensibilité aux êtres et aux forces de la nature est si rare de nos jours qu'elle mérite d'être soulignée. Malgré cette prouesse littéraire, je crois que je n'ai pas lu ce livre au bon moment. Ou peut-être est-ce parce que je travaille dans le champ du handicap et que cela fait longtemps que mon esprit chemine sur ces questions-là. Toujours est-il que ce roman ne fut pas un coup de cœur, qu'il ne m'a pas mis la claque que j'attendais lorsque j'ai vu les critiques dithyrambiques. La lecture est souvent une question de rendez-vous, tout comme la musique, un roman peut réunir toutes les conditions d'un coup de cœur mais si notre âme n'est pas disponible à ce moment-là, alors la magie n'opère pas. 

Même si S'adapter ne fera pas partie de mes coups de cœur pour l'année 2022, il n'en reste pas moins que c'est un roman d'une indéniable qualité et beauté, que je conseille à tous les lecteurs. Il se lit rapidement, mais sa sensibilité et son humanité ne peuvent que nous frapper pour plusieurs semaines, voire pour plusieurs mois. Ne passez pas à côté !
Dernières infos.

S'adapter a été publié en 2021 et compte 176 pages. Il a remporté les prix littéraires suivants : le Prix Femina, le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix Landerneau.

Ma note.
 
Challenges.
 
* Défi lecture 2022 : Consigne 25 - Choisir dans une liste des "meilleurs livres de l'année 2021" - 11/100

dimanche 20 mars 2022

Les dames de Marlow enquêtent - Robert Thorogood

TOME 1 : Mort compte triple.
 
En résumé : Âgée de 77 ans, Judith Potts mène une vie tranquille dans son manoir à Marlow, ville située près de Londres. Passionnée de mots croisés, elle apprécie également un ou deux verres de whisky en fin de journée, ou encore se baigner nue dans la Tamise qui s'écoule en bas de chez elle. Un soir, alors qu'elle profite d'une baignade bienvenue après une journée caniculaire, elle entend un cri suivi d'un coup de feu. L'homme retrouvé mort n'est autre que son voisin, Mr Dunwoody. Judith en est sûre, il s'agit d'un meurtre et ses suppositions seront bientôt confirmées par la police. La septuagénaire se lance alors sur les traces du meurtrier, et le travail ne manque pas, puisque deux autres assassinats vont suivre. Alors que les pistes et les suspects se multiplient, elle fait la connaissance de deux femmes qui deviendront ses amies et l'aideront à lever le voile sur tant de mystères, Becks, la femme du vicaire, dévouée à son foyer et plutôt réservée, et Suzie, une promeneuse de chiens excentrique mais au carnet d'adresses long comme le bras. Trois meurtres, trois détectives de choc, que l'enquête commence ! 

Mon avis : Ce n'est plus un secret pour personne, les cosy mystery ont le vent en poupe sur les étals des librairies. Parmi les derniers arrivés, Les dames de Marlow enquêtent dont un seul tome a été publié à ce jour. Après Agatha Raisin enquête, qui fut un des pionniers du genre, Au service secret de Marie-Antoinette, ou encore Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, je me lance dans cette nouvelle série, très attirée, il faut bien le dire, par le couverture attrayante de ce premier opus. Celui-ci réunit tous les codes du genre : une couverture aux couleurs et aux dessins alléchants, une héroïne atypique, qui n'est pas sans rappeler Agatha Raisin, des personnages secondaires dans lesquels chaque lecteur peut se reconnaître, le charme des paysages anglais, et des enquêtes agréables à suivre sans pour autant révolutionner le genre policier. J'ai bien adhéré aux personnages de Judith Potts et de ses acolytes, parfois un peu caricaturaux mais dont les traits de caractères peuvent parler à chacun d'entre nous. C'est relativement bien écrit, comparé au style de M.C BEATON qui laisse parfois un peu à désirer. L'enquête est bien menée. L'auteur prend bien le soin de semer des indices aux quatre vents tout en brouillant les pistes. Heureusement que j'avais un petit papier sur ma table de chevet car il ne faut pas perdre le fil, avec tous ces personnages qui se multiplient au fur et à mesure qu'on tourne les pages. Ce tome a quelques originalités supplémentaires, comme les petits dessins qui ponctuent les chapitres, mais surtout les trois grilles de mots croisés qui sont proposées pour faire le point sur les derniers développements de l'intrigue. Je n'ai pas pris le temps de les faire mais je trouve que c'est une idée sympa, qui aide l'auteur à se démarquer de ses prédécesseurs, car il faut bien trouver de nouvelles astuces pour séduire les lecteurs. Le seul bémol que je verrais à ce premier tome est le dénouement, qui est quand même tout sauf réaliste. Judith est en face de l'assassin, prête à passer l'arme à gauche à son tour, et elle lui déblatère sur des pages et des pages les résultats de son enquête. Autre fait décevant, afin de se libérer de son emprise, elle lui plante dans le bras la mine d'un de ses crayons à papier et c'est là qu'un geyser de sang jaillit du bras de l'agresseur, pour reprendre les mots du narrateur. Une mine de crayon qui peut provoquer un geyser de sang... mouais.... ça me laisse perplexe. C'est dommage, c'est toujours ce genre de détails qui fait des cosy mystery des romans d'une qualité un peu moindre, de part le manque de crédibilité mais aussi des dénouements qui ne sont pas toujours très bien amenés. Néanmoins, ce fut un moment de lecture agréable. Je lirai avec plaisir le second tome lorsqu'il aura été publié.

Ma note : 3/5.

Challenges :
* Défi lecture 2022 : Consigne 54 - Couverture avec un cadenas, une clé ou une serrure - 10/100

dimanche 13 mars 2022

Le parfum des cendres - Marie Mangez

En résumé.

Dans le cadre de sa thèse, Alice, jeune femme pétillante, doit suivre sur le terrain des thanatopracteurs, des personnes dont le métier est de préparer les morts avant leur enterrement. Pendant plusieurs semaines, elle va donc accompagner Sylvain Bragonard dans ses interventions à domicile ou au funérarium. Assez rapidement, Alice s'étonne des pratiques de Sylvain. Jeune homme taiseux, voire même taciturne, ce dernier semble prendre vie au contact de ses défunts dont il parvient à retracer la vie à partir des odeurs qui se dégagent de leurs corps immobiles. Curieuse de cette manière de fonctionner, l'étudiante souhaite aussi percer la carapace de cet homme réservé. Poussé par la gouaille d'Alice, Sylvain va peu à peu redonner des couleurs à sa vie grisée. Il parviendra progressivement à mettre des mots sur la perte de Ju', il y a des années de cela, exprimer son désarroi suite à cet accident qui marqua la fin de sa vie de vivant, et le début de sa vie de mort-vivant.

Mon avis.

Publié à l'occasion de la rentrée littéraire 2021, ce livre m'a tapé dans l'œil, non seulement pour sa couverture que je trouve magnifique, mais aussi pour sa thématique. Depuis Le parfum de Patrick SÜSKIND, il est en effet assez rare que le thème de l'odorat soit développé en littérature. Néanmoins, si Le parfum des cendres est plein de tendresse et nous offre de jolis moments, ce ne fut malheureusement pas le coup de cœur attendu.

L'atout majeur de ce premier roman de Marie MANGEZ est l'originalité de sa trame narrative. Toute l'intrigue est basée sur nos sens, et sur ce métier de thanatopracteur dont on entend rarement parler. Si l'univers de la mort est plutôt sombre, l'auteur s'attache à rajouter quelques touches de couleurs avec l'exploration de ces odeurs si particulières aux défunts. Ainsi la description des différentes fragrances se fait avec beaucoup de poésie et de douceur. Après l'odorat, l'auteur explore également le toucher, toujours au travers du personnage de Sylvain dont les gestes sont très respectueux des corps qu'il manipule. Il est aussi question du goût, acide lorsqu'il s'enfile des verres de vinaigre, rafraichissant lorsqu'il avale frénétiquement des bonbons mentholés, et puissant lorsqu'il se lance dans la confection de confiture de piments. Au travers de ces descriptions olfactives, tactiles et gustatives, c'est finalement le personnage de Sylvain que l'on découvre, à la fois doux et sensible, comme ses gestes, humain et curieux comme toutes ces fragrances qui lui permettent d'avoir accès à son environnement, mais aussi révolté, en colère, ayant besoin de sensations fortes pour le ramener à la vie, avec pour témoin cette envie d'ingérer des aliments aux goûts puissants. D'un autre côté, Alice est l'insouciance, le bruit, et c'est l'ouïe qui est particulièrement développée pour elle, avec toutes ces musiques qu'elle écoute. Ainsi, le contraste entre ces deux êtres est saisissant, d'un côté le silence, la subtilité et de l'autre, l'explosion, la cacophonie. 

J'ai bien aimé ces deux personnages, chacun pour des raisons différentes. J'ai quand même davantage apprécié Sylvain car je l'ai trouvé complexe et j'avais bien évidemment envie de découvrir son secret, ce qui fait qu'il est empêtré dans cette mélancolie qui ne le quitte pas. Lorsqu'on découvre son passé vers la fin du livre, c'est notre perception globale de ce personnage qui bascule. Même si j'ai également apprécié le personnage d'Alice pour son côté fonceuse, je l'ai trouvé un peu moins crédible car plus caricaturale. Déjà, j'aurais aimé que son sujet de thèse soit un peu plus exploré. J'ai l'impression que l'auteur ne savait pas vraiment comment faire en sorte que ces deux personnages se rencontrent et qu'elle s'est servie de ce sujet de la thèse pour amener la présence d'Alice aux côtés de Sylvain. Mais finalement, on ne sait pas vraiment ce qu'Alice vient chercher en observant les pratiques de tous ces thanatopracteurs. C'est un détail me direz-vous, et je suis d'accord, mais c'est le genre de détails pour moi qui montre qu'un auteur est allé jusqu'au bout de sa démarche et que l'intrigue a été pensée dans sa globalité. De même, le fait qu'Alice ait une mère sourde est un peu too much à mon sens. Pourquoi ne pas s'en tenir tout simplement au fait qu'Alice est passionnée par la musique, sans pour autant ajouter que c'est parce qu'elle a vécu dans le silence, parce que sa mère n'oralisait pas ? Ces petits détails qui font perdre une certaine crédibilité concernent également Sylvain dont le nom de famille n'est autre que Bragonard qui n'est pas sans rappeler la célèbre maison de parfums Fragonard. Ou bien son accident qui a eu lieu à Grasse, ville emblématique dans le monde de la parfumerie. Tout cela souligne l'importance de l'odorat chez cet homme mais ces données sont tellement attendues qu'elles en deviennent peu plausibles. Enfin, le personnage de Ju qui plane sur le roman comme une ombre au-dessus de Sylvain m'a exaspéré. Peut-être était-ce une volonté de la part de l'auteur, mais j'ai trouvé ce personnage en complet décalage avec l'atmosphère ouatée du roman. Ju est grossière, indélicate, et bien que décédée, elle vient perturber l'équilibre que les deux protagonistes s'attachent à construire. Je trouve qu'elle est en décalage complet avec Sylvain, tellement en décalage qu'on a dû mal à comprendre comment ces deux êtres ont pu vivre une relation si fusionnelle. Elle a au moins le mérite de faire planer le mystère autour du personnage de Sylvain et d'incarner sa face sombre, en contradiction avec l'homme réservé qu'il est par ailleurs.

Voilà un roman à vivre comme une balade au milieu de nos cinq sens. Pour un premier roman, Marie MANGEZ campe un décor original, dans lequel se baladent deux âmes, une complètement effondrée et esseulée, l'autre débordant de vie mais attirée par la mort. A eux deux, ils vont tenter de se comprendre et de s'apprivoiser, même si le chemin est semé d'embûches et peut se terminer par une impasse. Un premier roman à découvrir si vous avez envie d'une lecture contemplative et humaine.
Dernières infos. 

Le parfum des cendres a été publié en 2021 et compte 237 pages.

Ma note.
Challenges.

* Défi lecture 2022 : Consigne 57 - Livre dans lequel il est fait mention d'un chanteur réel (Claude François p.79) - 9/100

dimanche 6 mars 2022

Hercule Poirot - Agatha Christie

Ça y est, je me suis enfin décidée à explorer l’œuvre d'Agatha Christie, en commençant par la lecture des Hercule Poirot. J'ai déjà eu l'occasion d'en lire deux ou trois mais j'avais envie de tous les découvrir, en les explorant par ordre chronologique. Sortez loupe, carnet et stylo plume, l'enquête commence !

TOME 1 : La mystérieuse affaire de Styles.

En résumé : La première guerre mondiale fait rage mais le colonel Hastings a réussi à s'éloigner du front pour quelques jours. Il croise par hasard un vieil ami d'enfance, John Cavendish, qui l'invite dans sa demeure de Styles Court pour profiter de sa permission. Le domaine est géré par sa belle-mère, Emily Inglethorp, qui vient de se remarier avec un homme bien plus jeune qu'elle. Ce dernier est loin de faire l'unanimité auprès des autres habitants du manoir. Les frères Cavendish, Cynthia, la protégée de Madame Inglethorp et les domestiques voient en lui un prédateur qui ne cherche qu'à s'accaparer la fortune de leur bienfaitrice. L'ambiance, déjà tendue, devient absolument invivable lorsque la vieille dame est retrouvée morte dans sa chambre. Cela ne fait pas de doute, il s'agit d'un assassinat par empoisonnement. Bien résolu à mener l'enquête seul, Hastings décide finalement d'appeler à la rescousse un vieil ami détective, Hercule Poirot.
 
Mon avis : La mystérieuse affaire de Styles est la première enquête policière écrite par la reine du crime. Quel maîtrise pour un premier ouvrage ! L'ensemble est épuré, débarrassé des détails superflus, chaque mot, chaque information compte, l'enquête, rien que l'enquête. Dans ce contexte, on ne peut qu'éprouver le désir de trouver le meurtrier et de se montrer plus perspicace qu'Hercule Poirot. On est vraiment face à un raisonnement, Agatha Christie ne laisse rien au hasard, chaque élément est posé avec intelligence pour nous détourner des pistes que l'on peut suivre. L'ambiance très british est agréable, on a également l'impression de faire un bon dans le temps puisque l'action se déroule il y a une centaine d'années. Le manoir somptueux, la chaleur du mois de Juillet, les parterres en fleurs contrastent avec ce huis-clos parfois un peu oppressant. On est immergé dans une vaste partie de Cluedo, les personnages sont là, il ne suffit plus qu'à deviner les relations qui les unissent les uns aux autres. Je suis contente de moi, j'ai réussi à ne pas me perdre dans tous ces noms grâce à un petit schéma que je me suis fait lors des premières pages de présentation de chaque protagoniste. Je n'ai pas été surprise par l'identité des coupables. France 2 a proposé une adaptation de ce roman dans sa série Les petits meurtres d'Agatha Christie. Si leur version diffère grandement de l'intrigue du roman, il me semble que les deux œuvres se rejoignent sur l'identité des coupables. A vérifier car ma mémoire peut me faire défaut. Quoiqu'il en soit, voilà un premier épisode bien mené, qui peut avoir un côté très mécanique, s'éloignant du romancé, mais qui embarque efficacement le lecteur dans la résolution de l'affaire de Styles.

Ma note : 3/5

Challenges : 
* Défi lecture 2022 : Consigne 27 - personnage avec les yeux bleus (la gouvernante Evie HOWARD a les yeux bleus p. 13) - 8/100
 
TOME 2 : Le crime du golf.

En résumé : Poirot et son fidèle compagnon Hastings sont appelés à intervenir en France, sur la côte d'Opale, suite à l'appel à l'aide de M. Renaud, un riche homme d'affaires. Une fois les deux hommes débarqués à Calais, point de véhicule pour les acheminer jusqu'à la villa Geneviève, résidence du client de Poirot. Rien de plus logique à vrai dire... Mr Renaud a été assassiné dans la nuit. Son corps a été retrouvé sur sa propriété, dans une tombe creusée sur son terrain de golf, la visage à même la terre, et des coups de couteau dans le dos. Accompagnés de la police française, Poirot et Hastings vont tenter de faire la lumière sur cette étrange affaire. Il faut dire que les suspects et les mobiles du crime ne manquent pas. Mr Renaud était en effet un homme très secret sur son passé, ses affaires en Amérique du Sud, ainsi que ses fréquentations.
 
Mon avis : La reine du crime a encore frappé ! Voilà un roman qui a fait et qui fera très certainement tourner en bourrique plus d'un lecteur. Au-delà du crime, et de sa résolution dantesque qui voit s'enchaîner les rebondissements, il permet de mettre en avant la personnalité d'Hercule Poirot. Le détective est implicitement comparé tout au long du roman aux autres hommes enquêtant sur le crime. Ainsi, face à Poirot, Giraud, inspecteur de la sûreté de Paris apparaît comme un enquêteur aux méthodes modernes, adeptes des dernières prouesses scientifiques, s'attachant aux preuves matérielles mais négligeant l'aspect psychologique. Cela lui causera du tort, alors même que Poirot s'interroge toujours sur la psychologie du meurtre, selon des méthodes plus anciennes et plus personnelles, mais qui lui permettront d'élucider ce crime. Poirot est également comparé à Hastings, son ami fidèle et narrateur de l'intrigue. Celui-ci apparaît ici comme un homme niais et faible, dont la raison est très vite emportée par ses sentiments, aveuglé par l'attirance qu'il éprouve pour une des protagonistes, prêt à mettre un terme à son amitié avec Poirot pour aller jusqu'au bout de sa passion, prêt aussi à nier le coupable pour qu'il puisse vivre son histoire d'amour. En comparaison, Poirot apparaît comme un homme rigoureux, qui ne se laisse pas avoir par les sentiments, qui analyse les suspects et les faits avec objectivité et intelligence. Ainsi, le Crime du golf est une ode au détective qui va nous occuper pendant tous les prochains tomes. Pour ce qui est de l'enquête, elle est très alambiquée, au moins on ne s'ennuie pas. C'est le genre de lecture qui demande du temps si on veut se prendre au jeu et essayer de résoudre le crime. Pour ma part, je ne suis pas prête à fournir ces efforts, je veux que ça aille vite, je l'ai donc lu d'une traite, ce qui est un peu dommage car je n'ai pas savouré tous les traits de génie de Poirot, et quelques jours plus tard je ne me souviens même plus de la résolution de l'enquête. Cette lecture a au moins le mérite de nous montrer ce qu'est un vrai roman policier, avec des pistes dans tous les sens et des rebondissements si intelligemment construits qu'ils nous laissent sans voix.
 
Ma note : 3/5

Challenges : 
* Défi lecture 2022 : Consigne 71 - Livre dans lequel une monnaie ancienne est citée (deux cent mille francs p.76).  - 28/100

TOME 3 : Les enquêtes d'Hercule Poirot.

En résumé :
 Qu'il s'agisse d'un vol de bijoux à la valeur inestimable, de la disparition du premier ministre ou encore de meurtres mystérieux, Hercule Poirot est sur tous les fronts. Fidèlement assisté par Hastings, qui est également le narrateur des aventures de son ami, le célèbre détective prouve une nouvelle fois que rien ne lui résiste. Voilà un recueil de quatorze nouvelles destinées à divertir le lecteur et à le mettre au défi d'égaler le talent de ce gentleman aux petites cellules grises affutées.
 
Mon avis : Voici un format qui change des traditionnels romans policiers d'Agatha CHRISTIE. Moi qui suis toujours à la recherche de bouquins que l'on peut lire dans les transports, que l'on peut arrêter au bout de quelques pages puis reprendre sans perdre le fil de l'intrigue, j'ai apprécié ce format "nouvelles". Etant très courtes (entre une quinzaine et vingtaine de pages), elles rentraient pile dans mes trajets en train pour partir au boulot. Je les ai vues comme un divertissement agréable, mais en aucun cas je n'ai tenté d'égaler le génie d'Hercule Poirot. J'ai apprécié leur diversité. Le détective se met au service de particuliers, mais aussi du gouvernement, d'une compagnie d'assurance ou peut également décider d'enquêter de son propre chef lorsqu'une situation lui paraît étrange. Ainsi, les contextes varient pour notre plus grand plaisir et nous baladent aux quatre coins de l'Angleterre. Je dois avouer que je suis passée à côté de quelques nouvelles ou de quelques dénouements, soit parce que les situations de départ ne me parlaient pas, soit parce que les résolutions étaient un peu trop tirées par les cheveux. Hercule Poirot a toujours le don de trouver LE détail auquel personne ne pense ou d'interpréter des faits sous un nouveau jour. C'est d'ailleurs un peu lassant de le voir toujours présenté comme l'homme infaillible, d'une intelligence redoutable, qui parvient à dénouer les affaires les plus complexes. A l'inverse, Hastings apparaît toujours comme le fidèle compagnon qui tente d'égaler le maître mais qui échoue sans cesse, passant alors pour un benêt aux yeux de Poirot. Ainsi, ces nouvelles sont un concentré de ce qui est proposé dans les romans, une enquête dont la résolution ne dépend que de l'intelligence d'Hercule Poirot qui préfère mettre au travail ses cellules grises plutôt que de multiplier les observations sur le terrain, et qui fait apparaître les différences de méthode entre le maître et l'élève (Hastings). Si, de ce que j'ai vu, ce recueil de nouvelles ne fait pas l'unanimité chez les habitués d'Agatha Christie, je pense qu'il peut être apprécié lorsqu'on n'a peu de temps devant soi ou que l'on souhaite se plonger dans une petite enquête rapide mais rondement menée.
 
Ma note : 3/5

Challenges : 
* Défi lecture 2022 : Consigne 4 - Joker.  - 36/100