dimanche 26 janvier 2020

La Passe-Miroir - Christelle Dabos

Tome 1 : Les fiancés de l'hiver.

En résumé : Ophélie habite Anima, un bout de terre bien étrange et dont les habitants ont des pouvoirs. Ophélie en a deux : celui de pouvoir traverser les miroirs pour se rendre dans n'importe quel autre lieu de son choix, et celui de lire les objets, c'est-à-dire de retracer leur histoire simplement en les effleurant du bout des doigts. Sa vie est celle d'une jeune fille réservée et secrète, nostalgique aussi et qui gère le musée d'Anima. Alors qu'elle a déjà éconduit plusieurs de ses prétendants, cette fois-ci elle n'y échappera pas : elle épousera Thorn, un jeune garçon à la taille immense, aux yeux glacés et au caractère rigide. Le mariage aura lieu à la Citacielle, ville à la forme d'un cornet de glace, où il fait un froid polaire et très éloigné d'Anima. Ophélie, qui ne connaît rien à son futur chez elle, se met en route en compagnie de sa Tante Roseline, son seul et unique point de repère à l'avenir. Son arrivée dans ces contrées hostiles est rude et elle va bien vite découvrir la raison de ces fiançailles mystérieuses, au péril de sa vie.

Mon avis : Un avis qui comptera parmi les milliers déjà disponibles sur la toile tellement ce roman de science-fiction a eu du succès. Il est passé sous mes yeux, repassé sous mes mains jusqu'au jour où une copine me l'a offert pour mon anniversaire. Il m'a fallu un an pour m'y plonger (le temps de revenir en hiver) et je suis enfin heureuse de rejoindre le club très élargi de tous les fans de cette saga. J'ai pourtant mis du temps à entrer dans l'histoire. Je n'ai pas tout compris au début, il faut dire que les personnages sont nombreux, ainsi que les nouveaux termes à intégrer, et le rythme est plutôt lent. Mais tout s'accélère à partir de la deuxième moitié du tome, Au Clairdelune, et là, je n'ai plus lâché mon livre, tant l'envie d'en savoir plus était forte, tant j'avais envie de connaître l'évolution de la relation pour le moins atypique de Thorn et Ophélie. Bien que l'univers soit complexe à comprendre, l'écriture est accessible, progressive et on ne sent pas perdu dans ce flot d'informations. J'admire l'auteur, déjà pour son imagination et sa créativité, mais aussi pour avoir rendu les choses tellement claires. A la fin du livre, les émotions explosent en feu d'artifice, au rythme des événements qui se succèdent, le suspense est à son comble et j'attends déjà avec impatience le moment où je pourrai me plonger dans le second tome.

Ma note : 4/5

Challenges :
* 100 livres à lire en 2020 : 1/100
* Défi lecture 2020 : Consigne 4 - Un livre ayant une référence à un musée (réel ou fictif) - 1/100

Tome 2 : Les disparus du Clairdelune.

En résumé : Ophélie est introduite auprès de Farouk, l'esprit de famille du Pôle, afin de recueillir sa protection jusqu'à son mariage avec l'inaccessible Thorn. Seulement, rien n'est gratuit à la cour du seigneur Farouk... En échange de sa surveillance, celui-ci fait d'elle sa vice-comteuse. Un défi à relever pour cette jeunne fille si timide et maladroite. Seulement, ses premières prestations font mouche, attirant sur elle de nombreux regards, pas toujours bienveillants. Dans ce second tome, Ophélie sera sur tous les fronts : se faire une place dans une ambiance morose, plaire à Farouk, défendre Bérénilde qui attend un enfant de l'esprit de famille, sauver les apparences auprès de sa famille qui vient lui rendre visite, créer un semblant d'histoire avec Thorn, et enquêter sur ces mystérieuses disparitions de notables du Clairdelune.

Mon avis : Que ce livre est complexe à résumer ! Contrairement à un premier tome qui prenait du temps à se déployer, tant il y avait de choses à installer, ce second tome est extrêmement riche en événements et rebondissements. Il faut s'accrocher car les informations affluent, de nouveaux personnages entrent en scène et on commence à en savoir un peu plus sur le passé du monde dans lequel vivent Thorn et Ophélie. J'ai tourné les pages avec avidité, ballotée à droite à gauche, tenue en haleine par ces fins de chapitres qui nous empêchent de refermer le livre. Je suis toujours aussi admirative devant l'imagination dont a fait preuve Christelle DABOS pour monter un tel univers, aussi original que complexe. Au-delà de tous les rebondissements difficiles a énumérer tant ils sont nombreux, j'ai vraiment apprécié la beauté de certains personnages et la relation qui est en train de se nouer entre Ophélie et Thorn. Celle-ci apporte beaucoup de douceur et de grâce dans un environnement chaotique et dangereux, et permet au lecteur de faire une pause avant d'enchaîner plusieurs chapitres denses en rebondissements. Le seul bémol que j'aurais est pour le dénouement que j'ai trouvé très complexe, je ne suis pas bien certaine d'avoir tout compris, légère frustration du lecteur lorsqu'il achève la lecture d'un livre. Quoiqu'il en soit, ce second tome reste excellent et il fut pour moi un véritable coup de coeur, je l'ai même préféré au premier tome. Confinement oblige, je suis un peu frustrée puisque je n'ai pas le troisième tome sous la main et ne vais pas pouvoir me le procurer d'ici quelques temps... Tant pis, j'en savourerai doublement ma lecture lorsque ce moment sera arrivé, en espérant de pas avoir tout oublié d'ici là !

Ma note : 5/5

Challenges :
100 livres à lire en 2020 : 15/100
Défi lecture 2020 : Consigne 14 - Livre dans lequel il y a un mariage (mariage de Thorn et Ophélie) - 15/100

Tome 3 : La mémoire de Babel.

En résumé : Après plus de deux longues années passées à se morfondre sur Anima, Ophélie ne supporte plus d'être éloignée de Thorn et surtout de ne pas savoir où il se trouve. Cela tombe bien, Archibald, Gaëlle et Renard viennent la chercher pour lui proposer de les accompagner à la découverte de l'arche d'Arc-en-Terre. Ophélie se voit contrainte de refuser leur proposition puisque, grâce à une vieille carte postale qui lui a été remise, elle sait qu'elle doit se rendre sur l'arche de Babel. Elle en est convaincue, c'est là que tout a commencé, la Déchirure, Dieu et la naissance des esprits de famille, là où se trouve Thorn. Grâce au réseau de la Rose des Vents remis au goût du jour par Archibald et ses acolytes, c'est sans difficulté qu'elle se rend sur Babel, arche gouvernée par les esprits de famille Hélène et Pollux, eux-mêmes sous influence des puissants Lords de LUX. Dès ses premiers pas sur Babel, Ophélie change de nom et devient Eulalie, après avoir adopté une nouvelle coupe de cheveux destinée à la faire passer incognito. Afin de partir à la recherche de Thorn et à la découverte de tous les secrets qui entourent les personnalités énigmatiques de Dieu et de l'Autre, elle est amenée à visiter le Mémorial, sorte de bibliothèque immense dont la raison d'être est la sauvegarde de documents gardant en mémoire le passé, comme le présent. Après la découverte de ce lieu mystérieux, elle intègre la bonne famille en tant qu'avant-coureuse, une étape intermédiaire qui la mènera, peut-être vers les plus hauts grades de la société babélienne, et donc vers ses secrets. Un chemin semé d'embûches, de jalousie, de compétition et de bizutage. Heureusement qu'Ophélie pourra compter sur son instinct et sur de fidèles alliés.

Mon avis : Si le précédent tome était complexe, celui-ci bat des records ! Qui dit nouvelle arche, dit nouveaux paysages, nouveaux personnages et nouveau système "politique". On peut évidemment compter sur Christelle DABOS dont le style est extrêmement créatif et fouillé pour monter de toutes pièces un nouvel univers ô combien fantastique et sophistiqué. Je me suis sentie perdue dans les débuts de ce troisième tome. Bien qu'ayant lu le second il y a déjà quelques mois, j'étais encore immergée dans l'ambiance du Pôle, il m'a donc fallu mettre de côté ces souvenirs pour imaginer cette arche de Babel aux personnages particuliers et au fonctionnement si élaboré qu'on finit par en oublier l'essentiel. Au fur et à mesure de la lecture, je me suis sentie de nouveau happée par les aventures d'Ophélie toujours aussi complexes. L'ambiance est toute aussi malsaine qu'au pôle mais cela reste toujours aussi implicite, le mal étant masqué par les paysages mêmes de Babel à la végétation luxuriante mais aussi par l'interdiction de parler de guerre et de violence physique. Pourtant, la violence est présente dans chaque chapitre. Si elle n'est pas physique, elle est morale et toujours inattendue, cachée, vicieuse. Un troisième tome dans la lignée du précédent, toujours aussi dangereux mais promettant des moments de douceur, encore et toujours grâce à la relation entre Thorn et Ophélie qui est à la fois si évidente et si compliquée. Si j'ai apprécié les chapitres du milieu de livre, je me suis sentie de nouveau perdue lors du dénouement. Beaucoup d'informations, beaucoup de personnages qui se mélangent, on ne sait plus différencier les méchants des gentils, ni ce que l'on veut finalement savoir. Qui est l'Autre ? Qui est Dieu ? Qu'est-ce que la Déchirure ? J'ai fini par perdre de vue ce qu'Ophélie cherche, et ce qu'elle est, ou n'est pas. Un poil déçue donc mais j'ai quand même hâte de poursuivre ma lecture de cette saga avec le quatrième tome, l'ultime qui promet d'être explosif. 

Ma note : 4/5

Challenges :
100 livres à lire en 2020 : 36/100
Défi lecture 2020 : Consigne 85 - Livre qui fait partie d'une saga - 36/100
 
Tome 4 : La tempête des échos.

En résumé : La fin du monde est proche... Des morceaux d'arches s'écroulent, laissant des trous béants et des habitants complètement désarçonnés. Cette restriction du territoire lève le voile sur les dysfonctionnements de Babel. Cette arche, réputée pour être cosmopolite, expulse désormais un à un les étrangers faute de place pour les accueillir. Ophélie, elle-même pièce rapportée, échappe aux automates qui avaient pour ordre de la placer dans un dirigeable et rejoint l'Observatoire, une sort de centre médical chargé de réparer les déviances observées chez certains sujets de Babel. Sa décision de se porter volontaire pour leurs expérimentations est une décision en dernier recours, la nécessité de trouver un lieu pour ne pas se séparer de Thorn, travaillant désormais à l'Observatoire, et pour poursuivre son enquête sur l'Autre et Eulalie Dilleux afin de mettre fin à la disparition des arches. Le passage au sein de l'Observatoire s'avèrera très éprouvant mais aussi très éclairant sur leurs projets de recherche, en lien avec la passé de Dieu. C'est grâce à son séjour là-bas qu'Ophélie découvrira l'existence de ces fameux échos, la clé pour comprendre le marasme ambiant.

Mon avis : Une lecture que j'attendais avec impatience, enfin le dénouement de cette saga ô combien mystérieuse ! Malheureusement, je pense que ma déception a été à la hauteur de mon impatience à me plonger dans cet ultime tome. Je crois que j'ai complètement été submergée par la complexité de l'intrigue finale, et du dénouement. Des semaines après l'avoir fini, je reste encore sur un goût d'inachevé, j'ai même oublié comment ça se termine tellement je n'ai pas compris. Pourtant, je me suis accrochée, j'ai pris le temps de bien essayer de comprendre les explications qui nous sont données, mais pas moyen, ce fut une lecture laborieuse, où chaque page apporte son lot de complexité supplémentaire. Autant dire que je suis complètement passée à côté des histoires d'échos, et encore plus de l'histoire d'Eulalie Dilleux, et du rôle joué par la corne d'abondance. Je ne sais pas si c'est "normal" d'être passée à côté de toutes ces informations ou si je n'ai pas su saisir les perches tendues. Quoiqu'il en soit, et malgré cette immense déception, l'univers de Christelle DABOS reste toujours aussi riche. Elle a une créativité sans limite et elle dispose d'un talent incomparable pour camper des personnages à la fois intéressants et émouvants. Je ressens de la frustration, son univers est si riche et étendue que j'aurais tellement aimé qu'elle me raconte d'autres histoires sur les autres arches et les esprits de famille. Même sans suspense, sans rebondissements, j'aurais apprécié des dizaines de livres où elle se contente de décrire ce monde mêlant des éléments connus (monde antique, révolution industrielle) à l'imaginaire. La relation entre Thorn et Ophélie est un peu moins explorée dans cet ultime tome. L'intrigue est davantage centrée sur Ophélie et la recherche de son identité, qui est étroitement liée à l'Autre et Eulalie Dilleux. Cela donne un certain suspense à l'ensemble mais dommage que les révélations finales ne soient pas à la hauteur de la tension contenue dès les premières pages du premier tome.

Ma note : 3/5

Challenges :
* Défi lecture 2021 : Consigne 3 - Un livre SFFF - 18/100
 
Je clos cet article consacré à la Passe-Miroir avec beaucoup de perplexité. Très emballée par les premiers tomes qui me laissaient penser que cette saga entrerait dans l'histoire de la littérature française, je suis à la fois déçue, frustrée, par cette dernière lecture. Néanmoins, je retiendrai le talent et la créativité de Christelle DABOS, ainsi que Thorn et Ophélie qui m'auront collé moult frissons.

samedi 18 janvier 2020

Des fleurs pour Algernon - Daniel Keyes

En résumé.

Charlie GORDON présente une déficience intellectuelle, comme l'on dirait aujourd'hui, il est arriéré, comme l'on disait à l'époque où cette histoire a été publiée (1972). Il mène une vie simple mais heureuse, séparé de sa famille mais autonome grâce à son boulot d'homme de ménage dans une boulangerie. Pour autant, son entourage et lui, par ricochet, ont toujours rêvé qu'il soit plus mature. Son quotidien bascule lorsque le Docteur STRAUSS et le Professeur NEMUR mettent au point une nouvelle méthode pour augmenter le potentiel intellectuel de personnes déficitaires. D'abord testée sur une souris de laboratoire, Algernon, l'opération est une réussite puisque l'animal devient en quelques semaines surdoué. Charlie est tout désigné pour succéder à Algernon et être le premier cobaye humain à subir ce genre d'intervention. Après plusieurs semaines d'ascension fulgurante, pendant lesquelles le jeune homme évolue à grands pas, les premiers doutes s'installent : et si les bénéfices de cette opération ne duraient pas ?

Mon avis.

Cela fait désormais plusieurs années que l'on m'a conseillé la lecture de ce livre élevé au rang de classique par bien de critiques littéraires. Malgré tout l'intérêt porté au thème de l'histoire, il m'a fallu du temps pour me le procurer et me plonger dans la vie de Charlie. Je suis heureuse d'avoir enfin croisé sa route, petit livre mais ô combien pertinent et puissant.

L'auteur, Daniel KEYES, ne s'est pas trompé dans ses choix narratifs puisque c'est Charlie lui-même qui raconte sa propre histoire au travers de compte-rendus qu'il rédige à la demande du Docteur  STRAUSS et du Professeur NEMUR, avant et après son opération. Cela est particulièrement efficace dans la mesure où le lecteur bénéficie d'un accès direct aux émotions du protagoniste et à la façon dont il évolue. Ainsi on passe des premières pages très mal rédigées (des tonnes de fautes d'orthographe et de syntaxe, un vocabulaire simple pour des idées simples) aux pages du milieu de livre parfaitement rédigées et exprimant une réflexion complexe. Je dois avouer qu'il est difficile d'entrer dans cette histoire à cause de ces premières pages qui nous déroutent et montrent à quel point notre cerveau est conditionné pour une reconnaissance directe et très visuelle des mots. Ceux-ci, lorsqu'ils sont mal écrits nous heurtent la rétine et cela nous demande un effort supplémentaire pour les déchiffrer. Finalement, pendant ce premier temps du récit, les rôles s'inversent, comme si le lecteur était en situation de handicap puisque sa lecture est rendue compliquée, ce qui est plutôt ironique vu que l'on est en train de lire l'écrit d'une personne qui est elle-même mise à mal par l'écrit. Puis Charlie est opéré et cette fois-ci, nous sommes déroutés par l'incroyable évolution qu'il connaît. Bien sûr, cela n'est pas sans conséquence puisque cette nouvelle compréhension de la vie et de sa vie amène un nouvel éclairage sur sa fragilité affective et émotionnelle. Je me suis vraiment attaché à ce personnage pour qui j'ai éprouvé de la peine, que ce soit avant son opération où il est alors un jeune homme mal aimé, moqué, méprisé et renié par sa famille ou après son opération, où il devient une bête de foire qui doit gérer une multitude de nouvelles émotions en peu de temps, sans tuteur pour l'aider sur cette voie.

De part son thème, Des fleurs pour Algernon est un livre qui interroge. Certaines questions qu'il soulève ont eu peut-être plus d'impact à sa sortie, en 1972, qu'à notre époque car la science a connu certains progrès depuis et des questions d'ordre éthique ont été résolues, mais d'autres points restent d'actualité. Pour moi, l'expérience Charlie GORDON, même si elle est purement romancée (n'oublions pas que ce livre est classé en science-fiction !), soulève trois axes importants :
  • Il y a d'abord la question éthique : est-ce que la science pourrait un jour modifier l'intelligence humaine de façon si spectaculaire, et surtout, est-ce qu'elle en a le droit, même avec le consentement des personnes impliquées ? Et en creux, quel type d'intelligence pourrait-elle modifier ? On le voit, Charlie devient plus intelligent dans le sens où ses capacités de mémoire sont accrues, ainsi que ses capacités à apprendre de nouvelles données, mais sur la plan émotionnel, cela demeure très compliqué pour lui et il subsiste une sorte de décalage entre ces deux types d'intelligences.
  • Ensuite, il y a la question du lien entre intelligence et bonheur. Il semblait être plus heureux lorsqu'il n'avait pas accès à une compréhension fine de son entourage. L'augmentation de ses performances cognitives s'accompagne d'une exigence nouvelle vis-à-vis de lui et vis-à-vis des autres qui semble le faire souffrir, bien que cela le comble sur d'autres aspects.
  • Enfin, ce livre pose la question de l'acceptation du handicap mental, de la déficience intellectuelle par la société. Je pense que les mentalités ont heureusement évolué depuis ces quarante dernières années mais c'est intéressant de se rappeler d'où on partait. Charlie était considéré comme un moins que rien, un animal presque, quelqu'un dont on pouvait rire, et plutôt que de s'accommoder de cette différence, et de partir de là pour encourager d'autres performances, la logique était celle de la réparation, qui atteint son apogée avec l'intervention chirurgicale des deux médecins.
Je n'ai pas de réponses à ces divers questionnements et d'ailleurs je pense que ce n'est pas le lieu pour en débattre, mais j'ai apprécié que cette lecture me pousse à réfléchir à ces sujets-là. Ce n'est pas un texte moralisateur, juste une histoire qui nous donne à penser, au-delà du divertissement premier.

Comme on l'a fait pour moi il y a quelques années, je vous conseille à mon tour cette lecture, très intéressante à plusieurs niveaux : thèmes abordés, choix narratif, émotions suscitées. Qui plus est, l'histoire est très vite lue, accessible, et elle est devenue un incontournable de la littérature anglo-saxonne, alors il n'y a vraiment plus d'excuses pour ne pas vite se la procurer !
Dernières infos.

Des fleurs pour Algernon a été publié en 1972 et compte 252 pages. Ce livre a été adapté à plusieurs reprises et a inspiré plusieurs oeuvres. Je vous laisse faire quelques recherches si cela vous intéresse, tout citer ici serait trop long !

Ma note.
Challenges.

lundi 30 décembre 2019

Tokyo Vice - Jake Adelstein

En résumé.

Âgé de 24 ans, Jake ADELSTEIN, originaire du Missouri mais étudiant au Japon, est le premier "gaijin" - étranger - à faire ses débuts en tant que journaliste au sein du Yomiuri Shinbun, le premier quotidien du pays. Très vite, il est envoyé dans l'arrière-pays afin de couvrir des affaires de moeurs. Rien de palpitant pour un journaliste mais cela lui permet de se construire progressivement un réseau et surtout de nouer des relations étroites avec les services de police dont les informations sont précieuses pour pouvoir sortir des articles de qualité et espérer avoir la primauté de l'information sur les concurrents. Au fil des mois, des années, le jeune américain fait son trou dans ce milieu très dur où on ne compte pas les heures, pour finalement attérir à Tokyo. Sa carrière prend alors un véritable tournant puisqu'il est de plus en plus amené à se pencher sur le côté très sombre de la société nippone : yakuzas - la mafia japonaise - crimes, esclavagisme sexuel, corruption, extorsion de fonds, et j'en passe et des meilleures. Des enquêtes qui vont le prendre aux tripes, parfois au risque de perdre les siens et sa propre vie.

Mon avis.

J'ai découvert cette autobiographie/fiction/documentaire sur ce blog que je cite très souvent tant il est inspirant : Horizon des mots. Je ne suis pas une fan du Japon, ni de sa culture, mais je suis toujours intéressée par ce genre de récit à la croisée des genres, qui mêle faits réels et enquêtes policières. Ce mélange des styles est visiblement la marque de fabrique des éditions Marchialy, que j'ai découvertes à cette occasion et dont je ne manquerai pas de me procurer dans un futur proche un autre de leurs ouvrages tant le projet me plaît. Pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, Tokyo Vice ne fut pas le coup de coeur que j'espérais, mais j'en ressors quand même satisfaite car j'en ai appris un peu plus sur cette société japonaise que je qualifierais d'ambivalente et parce qu'il s'agit d'un témoignage rare.

Tokyo Vice est une lecture dense à plusieurs égards : son nombre de pages (près de 500 pages), son rythme (les enquêtes se multiplient), son contenu (il est souvent question de crimes) et l'ambiance est oppressante, sans moment de répit. En même temps, il a dû être compliqué pour l'auteur de résumer ce travail de longue haleine et qui a duré une dizaine d'années en un récit qui ne dépasse pas les 500 pages. Même si j'ai toujours pu suivre les affaires qu'il narrait, je me suis souvent sentie un peu perdue, comme semée par quelqu'un qui marcherait trop vite, tant les informations à intégrer sont nombreuses. Entre le système législatif, les différentes strates de la police, les noms japonais de toutes les personnes qu'il rencontre et qui sont impliquées dans plusieurs affaires, je dois avouer que j'ai parfois lâché des bribes, surtout lorsque j'ai lu certains passages en pointillés. Je pense que c'est cet aspect-là du récit qui m'a le plus gêné, le fait de me noyer au milieu des faits et des dizaines de personnes qui sont évoquées, de ne pas comprendre tous les tenants et les aboutissants, de ne pas être bien repéré dans le temps et le déroulé de la vie de l'auteur.

De part le thème du livre, le côté "enquête policière" est présent, mais on ne perd jamais de vue qu'il s'agit avant tout d'un documentaire dont l'objectif est de nous donner une vision la plus exhaustive possible des dessous sombres du Japon. D'ailleurs, les éléments autobiographiques sont peu nombreux et surtout axés sur la vie professionnelle de Jake ADELSTEIN. Da sa vie privée, on ne sait presque rien, à part qu'il se met en couple avec une japonaise et qu'ils ont deux enfants. Ce peu d'informations sur lui, en tant qu'homme, et non en tant que journaliste, nous donne une image assez froide de ce personnage qui trempe dans un milieu lui-même très dur, même si ce qui le pousse à flirter avec la pire espèce est son obsession de justice et surtout de rendre justice à certains de ses amis qui ont été floués par les yakuzas. Je pense qu'il faut être un homme courageux et intelligent pour prendre autant de risques, manier la chèvre et le chou, les yakuzas d'un côté, les policiers de l'autre et aussi bien s'intégrer dans cette société aux moeurs particuliers mais la façon dont il se met en scène ne rend pas hommage à ces qualités indéniables, au contraire elle dresse de lui un portrait plutôt négatif. Cela va d'ailleurs avec l'ambiance du récit qui n'a rien de bien réjouissant. Je ne peux pas dire que j'ai été étonnée par ce qu'il raconte, maintenant que les travers de cette société sont de plus en plus évoqués ici et là. Le récit commence à dater (début des années 2000), et ce qui pouvait être original à l'époque ne l'est peut-être plus aujourd'hui. Espérons d'ailleurs que le système qu'il s'emploie à montrer du doigt a changé depuis.

En bref, une lecture que je conseille à toute personne qui aime ce style où fiction et réalité s'entremêlent. Bien que ce soit un récit très dense, parfois un peu compliqué à suivre, il n'en reste pas moins qu'il est riche en informations et qu'il tend vers une description exhaustive du côté peu connu de ce pays au charme souvent vanté. 
Dernières infos.

Tokyo Vice a été publié en 2016 aux éditions Marchialy et compte 475 pages.

Ma note.

mardi 24 décembre 2019

Le plus bel endroit du monde est ici - Francesc Miralles et Care Santos

En résumé.

Employée dans une compagnie d'assurances, la vie d'Iris n'a rien d'enthousiasmant. Pas d'ami, pas de compagnon, et ses parents qui viennent de mourir. Alors la jeune femme décide de mettre fin à ses jours. La voilà positionnée au bord d'une voie ferrée, prête à faire le grand saut, lorsque son œil est attiré par une enseigne de café qu'elle n'avait jamais remarquée jusqu'ici : Le plus bel endroit du monde est ici. Elle pousse la porte de ce lieu prometteur et plonge dans une ambiance magique et réconfortante. Après s'être assise à l'une des tables et avoir commandé une boisson chaude, un beau jeune homme, Lucas, la rejoint. Ensemble, et pendant six semaines, il vont refaire le monde et ce nouvel ami, dont Iris ne connaît que peu de choses, va l'aider à panser ses blessures et à aller de l'avant, avant de disparaître mystérieusement...

Mon avis.

Cela faisait très longtemps que j'avais envie de me plonger dans ce très court roman, dont j'avais entendu beaucoup parlé sur la toile. Toujours emprunté, j'ai fini par me le procurer il y a quelques semaines, alors que les arbres commençaient à perdre leurs feuilles. Une lecture idéale pour l'automne, accompagnée d'un thé aux saveurs réconfortantes ou d'un bon chocolat chaud, mais qui m'a laissée perplexe, tant cette lecture fut en décalage avec mes attentes.

Chose rare, il a fallu que je m'y prenne à trois fois pour commencer ce livre et pour entrer pleinement dans l'histoire. Invoquant d'abord ma fatigue qui m'empêchait de garder le fil de l'histoire, puis ma mémoire défaillante trop accaparée par les choses du quotidien, ou enfin un défaut d'imagination et de compréhension de ma part, j'ai finalement compris que ce qui me gênait dans les premières pages de ce livre était son côté surréaliste. Moi qui m'attendais à un roman feel-good des plus banals et bien ancré dans la réalité, je me suis retrouvé face à ce café et à ses personnages grotesques. Vraiment, j'ai eu beaucoup de difficultés à comprendre (moi et mon éternel besoin de TOUT comprendre) où voulaient en venir les auteurs. Ainsi, certains concepts, comme le psychanalyste de poche ou le fait que chaque table du café est dédiée à une "leçon de vie" (savoir pardonner, savourer l'instant présent...), m'ont paru complètement tirés par les cheveux.

Malgré ces déconvenues de premiers chapitres, j'ai tout de même choisi de poursuivre ma lecture. Heureusement que la deuxième partie du roman est uniquement consacrée à la vie d'Iris, puisque le café et tout ce qui va avec, a disparu. J'ai un plus apprécié cette nouvelle étape dans le récit, même si certains événements sont eux aussi tirés par les cheveux et amenés avec peu de délicatesse. Ainsi, Iris retrouve comme par magie son amour de jeunesse qu'elle avait perdu de vue depuis des dizaines d'années, son agent immobilier devient en quelques jours sa nouvelle meilleure amie, et j'en passe et des meilleures. Cette accumulation de clichés que l'on voit venir à des kilomètres avec leurs gros sabots, ainsi que des personnages plutôt plats m'ont empêchée de savourer pleinement cette histoire qui aurait pu être une bonne idée si elle n'avait pas autant trempée dans la guimauve. Je n'ai pas non plus adhéré à l'aspect développement personnel du livre, contrairement à beaucoup de lecteurs. Là aussi, j'y ai simplement trouvé une accumulation de poncifs que l'on a l'habitude d'entendre ou de lire dans toute émission ou magazine qui vend de la psychologie de comptoir.

En deux mots, j'ai le sentiment d'être passée à côté de ce roman qui a tout de même le mérite de se lire extrêmement vite, et de présenter quelques bonnes idées. Dommage qu'elles ne soient pas plus abouties pour éviter l'écueil de la niaiserie. Un autre point positif, l'immense et fabuleux artiste Léonard COHEN est cité dans les toutes premières pages avec sa chanson I'm your man (pas la meilleure, mais je suis quand même preneuse) !
Dernières infos.

Le plus endroit du monde est ici a été publié en 2010 et compte 197 pages.

Ma note.

samedi 16 novembre 2019

Tous tes enfants dispersés - Beata Umubyeyi Mairesse

En résumé.

Blanche, née d'une mère rwandaise et d'un père belge, fuit Butare, petite ville du Rwanda limitrophe du Burundi, en 1994, alors que le tristement célèbre génocide des Tutsi débute. Elle rejoint Bordeaux et y démarre une nouvelle vie : un nouveau travail, un mari puis un fils, Stokely. Depuis cette date fatidique, et à plusieurs reprises, elle revient sur ces terres qui l'ont vu naître, cotoyer les fleurs majestueuses des jaracandas et renouer avec le passé. Elle se confronte à sa mère, qui a vu le génocide de prés mais qui y a réchappé, par miracle, et à son frère Bosco, guerrier né qui a participé à la lutte contre les Hutu puis aux autres combats qui ont vu le jour par la suite au Zaïre. Reconstruire une histoire à trois, quand tout a volé en éclat, sa confiance en l'autre, son amour de l'autre, son identité, sa légitimité à occuper ces terres détruites jusqu'à la moëlle. Un travail de longue haleine où le petit Stokely, bien que né à des milliers de kilomètres de là, pourrait bien avoir un rôle à jouer...

Mon avis.

Après le fabuleux Avant que j'oublie d'Anne PAULY, voici une deuxième lecture issue de la rentrée littéraire 2019, tout aussi riche et puissante et que j'ai dévorée en quelques jours, saisie par l'émotion.

Du génocide rwandais, je ne connaissais presque rien. Bien sûr, j'en avais entendu parlé, plusieurs fois, comme tout le monde je pense. Mais de là à en connaître les tenants et les aboutissants... J'ai donc tourné les premières pages de ce livre sans aucun a priori, avec toute ma naïveté et prête à me laisser surprendre. On entre dans ce livre au même rythme que Blanche nous dévoile son histoire, c'est-à-dire avec une certaine lenteur portée par toute la pudeur nécessaire dans ces circonstances. Page après page, ce ne sont pas ces trois mois de génocide que nous découvrons, mais une histoire familiale, de la grand-mère de Blanche à son fils, ces années de colonisation belge, et l'impact que la vie à l'européenne a eu sur ceux qui n'avaient toujours connu que les vallées fertiles de ce pays enclavé dans l'Afrique des grands lacs. Pour retracer cette histoire familiale complexe, les voix se succèdent, celle de Blanche, bien sûr, rivée sur le visage assombrie de sa mère, puis celle d'Immaculata, la mère donc, entièrement préoccupée par Bosco, ce fils et ce frère abreuvé par toutes les horreurs de la guerre, et enfin celle de Stokely qui porte en lui l'espoir de la nouvelle génération. Trois générations donc qui portent un regard différent sur les faits, et toujours comme point de repère la plume délicate et poétique de l'auteur. Les mots sont à ce point précis qu'ils me donnent à penser que ce récit contient peut-être une part autobiographique puisque Beata UMUBYEYI MAIRESSE a elle-même fui le génocide rwandais en 1994.

Ces regards multiples portent en eux toute la richesse de cet écrit de haute voltige. Les problématiques soulevées sont nombreuses et tout aussi pertinentes les unes que les autres. Déjà, la question de l'identité, lorsqu'on est le fruit d'un métissage. A celà, s'ajoute le rôle de l'Histoire vécue et partagée. Si l'on n'a pas vécu de près le génocide, peut-on quand même se considérer comme rwandais ? Ce sont à ces questions que Blanche se heurte à chaque fois qu'elle rend visite aux siens, elle qui est partie, elle qui s'est absentée pendant de longues années alors que son frère et sa mère sont restés, eux, à vivre ce moment historique si tragique. A côté de cela, il y a tout le panel de sentiments que l'on éprouve et avec lesquels il faut avancer : la culpabilité de ne pas avoir été là, la légitimité de  se placer dans un pays ou dans l'autre, la peur pour les siens, la tristesse d'être séparé, la détresse devant ce passé si complexe. Par ailleurs, se pose également la question du rôle du père. Blanche et Bosco n'ont pas le même père, un qui a été choisi par Immaculata par opportunisme et par rancoeur, l'autre par amour et passion. Quoiqu'il en soit, deux pères absents et pourtant toujours présents dans le regard que porte la mère sur ses enfants. Et puis bien sûr, comment avancer dans la vie, en portant sur son dos cet héritage complexe, quoi transmettre à Stokely de ses origines, de la langue maternelle. Toutes ses questions sont abordées de façon subtile, sans qu'aucune réponse ne soit donnée, d'ailleurs il n'y en a pas, à part le temps, qui, seul, peut panser les blessures.

Un livre qui n'est absolument pas larmoyant, mais qui est fort, précis et pertinent. Une histoire humaine, de transmission entre diverses générations qui ont chacune leur fardeau à porter. Vraiment, je conseille ce livre à tous !
Dernières infos.

Tous tes enfants dispersés a été publié en 2019 aux éditions Autrement et compte 256 pages. Si vous souhaitez en savoir plus sur le génocide du Rwanda, vous trouverez pléthore d'informations sur la toile. Toutefois, je vous conseille particulièrement ces deux épisodes très bien faits du Dessous des cartes, un consacré au génocide, ici et l'autre à ce qu'est le Rwanda aujourd'hui, ici, ainsi que cet épisode d'Affaires sensibles sur France Inter, consacré lui aussi au génocide, ici.

Ma note.

dimanche 3 novembre 2019

Swap - Embarquement pour les vacances d'été

Bonjour à tous !

Je rédige aujourd'hui un article un peu spécial puisqu'il sera consacré au Swap - Embarquement pour les vacances d'été qui vient de s'achever ! Il était temps, alors que nous sommes bien installés dans les intempéries automnales... Cela faisait très longtemps que je n'avais pas participé à un swap, par manque de temps. Cet été, j'ai donc été tentée par ce thème proposé par Ellalecrivain sur Livraddict. (j'aime beaucoup les swaps sur les saisons). N'ayant pas de binôme, Fannyreads a été tirée au sort pour être ma correspondante. 

Voici quelques photos du déballage :

























Le colis devait contenir :
* Deux livres : Fannyreads et moi avons fait le choix d'envoyer un livre extrait de la WL de son binôme, et un autre livre que nous avions beaucoup aimé et que nous voulions faire découvrir à l'autre. Ainsi, Fannyreads m'a offert Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie GRIMALDI, qui figurait sur ma WL, et Jardins secrets de Helen WARNER, qu'elle a beaucoup aimé. J'ai hâte de découvrir ces deux livres que je me réserve pour l'été prochain. De mon côté, je lui ai envoyé Deux petits pas sur le sable mouillé d'Anne-Dauphine JULLIAND, qui venait de sa WL et L'île des oubliés de Victoria HISLOP, qui m'avait vraiment marqué.
* Deux gourmandises : Fannyreads m'a fait parvenir une boîte de thé vert parfumé à l'orange sanguine et au pamplemousse. Je l'ai déjà goûté et il est vraiment très bon ! En plus, la boîte est toute mignonne et je la garderai pour y ranger du thé que j'ai en vrac. Le colis était également parsemé de Chocobons. De mon côté, je lui ai envoyé une plaque de chocolat et une plaque de nougat, tout deux fabriqués non loin de chez moi. 
* Une carte postale représentant notre destination de voyage souhaitée : nous avons un peu contourné la règle et nous nous sommes envoyé une carte postale de l'endroit où nous sommes parties en vacances cet été.
* Deux marque-pages : Fannyreads m'a envoyé deux photos de son lieu de vacances et de sa ville, qu'elle a plastifiées, cela fera office de marque-page. De mon côté, je lui ai offert un marque-page que l'on peut clipser sur le livre avec un petit oiseau trop mignon, et deux autres petits marque-pages  magnétiques qui s'aimantent à travers les pages, ornés de petites fleurs toutes mignonnes elles aussi.
* Deux goodies : J'aurais dû recevoir une trousse mais je ne l'ai point trouvée dans le colis... Je n'ai donc pas eu de goodies. Pour ma part, j'ai envoyé à Fannyreads un savon et un gel douche aux senteurs estivales fabriqués dans une savonnerie artisanale non loin de chez moi. 

Voilà pour ce petit résumé swapesque. Je remercie Fannyreads pour ce colis, en espérant que le mien lui aura plu également. Et surtout, je remercie vivement Ellalecrivain pour l'organisation, je me doute à quel point ce doit être chronophage. 

A bientôt, je l'espère, pour d'autres swaps ! 

samedi 2 novembre 2019

Avant que j'oublie - Anne Pauly

En résumé.

Carrières-sous-Poissy - banlieue parisienne - sous un soleil automnal, le cœur d'Anne PAULY n'est plus à la fête, gelée par le deuil et les souvenirs. Elle vient de perdre son père, cet homme au double visage, homme alcoolique et brutal avec sa femme d'une part, amateur de poésie et collectionneur minutieux de piles usagées d'autre part. Anne PAULY part en pèlerinage émotionnel, sur les traces de ce père dont l'absence lui creuse une boule de chagrin dans sa gorge de femme épanouie. Après avoir affronter l'hôpital, il faut aller sur sa tombe, l'honorer une dernière fois puis rejoindre la vieille baraque, musée d'un quotidien de personne âgée, regorgeant d'objets à la fois insolites et banals, remplis de souvenirs douloureux. Trier les affaires, mettre sa tristesse de côté, faire preuve de courage face à un frère peu concerné par le départ du géniteur. Une tranche de vie, dans son côté sombre.

Mon avis.

Voici le premier roman, prometteur, d'une toute nouvelle écrivaine, Anne PAULY, sorti dans le cadre de la rentrée littéraire 2019. D'habitude, je ne participe pas à ces rentrées littéraires, par manque de temps pour choisir méticuleusement et patiemment les titres qu'il me plairait de découvrir, et puis par manque de budget car on le sait, les livres grand format, bien que revêtant un confort de lecture, coûtent cher. Cette année fait donc figure d'exception, grâce à mon amoureux, qui, dans le cadre de ses études, doit lire des romans de la rentrée littéraire. Je fais donc office de second dans ses lectures qui sont déjà sélectionnées (cela m'évite de faire des choix) et fournis par son école (pas de budget à prévoir donc). 

C'est donc avec beaucoup de joie, de plaisir mais aussi d'émotion que j'ai découvert Avant que j'oublie. Difficile d'écrire un énième roman sur le deuil, quand tant d'autres l'ont fait avant vous. Quoi dire de plus ? Quoi de dire de moins ? Quoi dire de différent ? Comment se démarquer pour frapper le lecteur ? Je pense que l'auteur ne s'est justement pas posée toutes ses questions, elle s'est juste contentée de nous livrer son propre deuil, sa façon à elle de vivre ce moment si particulier qu'est la perte d'un père, et c'est en ça que réside, à mon sens, la force de se livre. Une histoire écrite avec beaucoup d'humilité, de simplicité, qui va droit à l'essentiel et qui ne s'encombre pas de phrases larmoyantes ou déjà vues. Cette narration de scènes que chacun est amenée à vivre un jour, l'hôpital, la confrontation avec les pompes funèbres puis avec la maison, témoin de notre jeunesse perdue et de nos parents perdus, tout cela servi sous la plume d'une personne comme vous et moi, qui rend un dernier hommage, à travers cette écriture si précise et délicate, à ce père qui n'a pas fait l’unanimité de son vivant. Ce sont des mots de la fille au père, qui retracent un deuil mais aussi la vie d'un homme secret, aux multiples facettes, un homme qui n'avait rien d'extraordinaire, un homme fragile comme vous et moi. La mère, qui elle, a fait l'unanimité de son vivant n'est quasiment pas présente et c'est tant mieux, on se concentre sur l'essentiel, on se forge notre propre avis sur le héros de ces quelques pages.

De ces 138 pages, peu nombreuses mais ô combien percutantes, j'ai tout aimé. J'ai aimé le ton employé, oscillant entre mélancolie, tristesse, et humour lors de la narration de certaines scènes. J'ai aimé la simplicité des faits rapportés, me projetant lorsque je serai malheureusement à la place de la narratrice. J'ai aimé le portrait qu'elle dresse de son père, pas de blanc ou noir, juste un portrait plein de nuances et d'affection. J'ai aimé toute l'émotion que j'ai ressentie. Certains passages ont même déclenché quelques envies de larmes, même lorsque je rédige cet article. J'ai particulièrement été émue par la lettre de Juliette, amie amante du père, qui écrit et décrit à Anne la vraie personnalité de son père, une lettre, toujours simple mais gorgée d'une tendresse si pudique qu'elle nous décroche quelques soupirs accompagnés de larmes. Dans ces quelques pages, j'ai vu la fragilité humaine, qui vacille lorsque de tels événements nous frappent et qui se débarrasse enfin du patchwork social pour se laisser aller à des émotions primaires. 

Je crois que je ne peux pas être plus claire dans mes propos, je vous conseille vraiment ce premier roman d'Anne PAULY. Malgré ce thème du deuil, le livre n'est pas triste, mais plutôt émouvant et authentique. Et parfois, ça fait du bien de se plonger dans une certaine mélancolie, qui va de pair avec la saison automnale qui plus est !
Dernières infos.

Avant que j'oublie a été publié en 2019 aux éditions Verdier. Il compte 138 pages.

Ma note.