jeudi 25 août 2022

Gravé dans le sable - Michel Bussi

En résumé.
 
Dans le bateau qui les mène vers les plages normandes, cent quarante quatre soldats américains s'apprêtent à combattre l'ennemi allemand. Nous sommes le 6 Juin 1944, tous sont terrorisés à l'idée de mourir au pied de ces falaises interminables, d'autant plus que c'est le hasard qui déterminera leur probabilité à s'exposer aux tirs allemands. Plus le numéro pioché sera petit, plus les chances de mourir seront grandes. A l'inverse, plus le numéro pioché sera grand, plus les soldats resteront à l'arrière du front et moins ils auront de chance de mourir. Oscar Arlington, fils d'une sénatrice américaine, embarqué dans cette histoire pour faire plaisir à sa mère, est transi de peur, une peur qui va croissante lorsqu'il pioche le numéro quatre. L'homme n'a pas de chance mais il a de l'argent, alors il va proposer un marché à Lucky, un des soldats les plus appréciés sur le bateau : échanger son numéro contre une très grosse somme d'argent. Lucky accepte, il mourra sur les plages normandes, mais sa fiancée Alice Queen sera à l'abri pour le restant de ses jours.

Puis les jours, les mois, les années passent, les soldats se perdent de vue, entre ceux qui sont morts et ceux qui ont voulu oublier les atrocités. Vingt ans plus tard, lors d'un hommage rendu aux héros du débarquement, Alice apprend le marché conclu par Lucky. N'ayant pas touché un seul centime de la somme promise, mais surtout pour honorer son fiancé et lui rendre justice, elle décide de retrouver Arlington, prête à déterrer les fantômes du passé.

Mon avis.

C'est désormais le rituel de l'été, lire un BUSSI. J'en avais deux dans ma bibliothèque, celui-ci et Nymphéas Noirs. A quelques jours d'une semaine de vacances en Normandie, mon choix s'est porté sur Gravé dans le sable pour me mettre un peu dans l'ambiance, même si je n'aurai pas l'occasion de fouler les plages du débarquement lors de mon séjour normand. Quoiqu'il en soit, les vastes plaines, qu'elles soient côtières ou plus retirées dans les terres restent un dénominateur commun à la région.

Cela n'échappera à personne, l'auteur l'annonce dès les toutes premières pages, Gravé dans le sable est le premier roman qu'il a écrit, à une époque où Internet n'existait pas, et ne permettait donc pas aux auteurs de vérifier les faits historiques, ou de se projeter dans des lieux éloignés pour les retranscrire le plus fidèlement possible. Michel BUSSI voit aussi dans ce premier roman beaucoup d'imperfections qu'il a tentées de rectifier au fur et à mesure des ré-éditions, pour finalement aboutir à cette dernière version dont il n'est d'ailleurs toujours pas satisfait. Certains lecteurs, habitués au style de l'auteur, ont pu en effet constater des différences avec ses romans ultérieurs. Pour ma part, je n'y ai vu que du feu. J'ai trouvé l'ensemble plutôt satisfaisant pour un premier roman. A ceci prêt qu'on nous annonce un thriller, ce qui me semble quand un peu exagéré, voire mensonger. Certes, quelques disparitions et quelques meurtres viennent émailler le récit mais l'ambiance du roman ne correspond pas du tout à celle du thriller. C'est plutôt un bouquin de style contemporain, prenant appui sur un fond historique. Le suspense est apporté par la démarche d'Alice de retrouver Arlington et de lever le voile sur ce contrat établi avec Lucky. Le roman est donc construit sur une enquête, mais une belle place est laissée aux différents personnages, à leurs sentiments, ainsi qu'au dépaysement. Des plages normandes aux paysages américains, l'auteur n'hésite pas à nous faire faire des allers-retours entre la France et les États-Unis. J'ai trouvé le point de départ de l'intrigue, ce marché, plutôt original et j'ai apprécié suivre Alice sur la piste des personnes que Lucky a pu croiser dans son passé. Les personnages secondaires sont assez nombreux, autant du côté français que du côté américain, et le début peut paraître un peu flou car l'auteur nous ballade entre les diverses époques, mais le tout s'agence finalement bien et je ne me suis pas du tout sentie perdue à la lecture du roman.

J'ai donc avalé les pages sans m'en rendre compte, complètement immergée dans les paysages, et dans cette période historique si particulière. Le seul reproche que je ferais à ce roman, outre le fait que quelques pans de l'intrigue sont cousus de fil blanc, est le travail sur les personnages. Le personnage d'Alice est tellement parfait qu'il en devient agaçant : une jeune fille à la beauté renversante, tant aimée de Lucky et appréciée de tous, car douce, restant fidèle peu importe les circonstances. Cela a quelques chose de caricatural. De même que sa volonté (et celle de Lison) de rester célibataires pour respecter à jamais la mémoire de leurs hommes disparus. Cela a un petit côté "too much" et apporte à l'ensemble un excès de sentimentalisme qui n'a pas lieu d'être. J'ai aussi été très agacée par le personnage de Nick, le détective embauché par Alice pour retrouver la trace d'Arlington. Grossier, ennuyeux et ennuyant, les passages qui lui sont consacrés ne sont pas du tout agréables à lire. D'autant plus qu'on a accès à toutes ses pensées, ce qui crée des longueurs inutiles. Le dénouement, lorsqu'il ouvre une agence sur une île brésilienne, est là aussi un peu disproportionnée, et entre en dissonance avec le reste de l'intrigue.

Outre ce bémol concernant les personnages, j'ai passé un agréable moment avec ce premier roman de Michel BUSSI. J'ai pu constater qu'il ne faisait pas l'unanimité chez les lecteurs, mais pour ma part, cela a fonctionné. Le point de départ est original, les différents personnages et les allers-retours entre présent et passé nous permettent de ne pas nous ennuyer. Un roman agréable à glisser dans sa valise pour quelques vacances !
Dernières infos.
 
Gravé dans le sable a été publié en 2007 et compte 478 pages.

Ma note.
Challenges.
 
Défi lecture 2022 : Consigne 76 - Livre qui contient une blague (écrite ou faite).  - 29/100

jeudi 11 août 2022

L'univers à portée de main - Christophe Galfard

En résumé.

Qui a dit que la compréhension - ou l'incompréhension - de l'univers était réservée à une poignée de scientifiques brillants ? Qui a dit que le commun des mortels ne pourrait jamais faire l'expérience de l'infiniment petit ou de l'infiniment grand ? Qui a dit que nous ne pourrions jamais voyager jusqu'aux confins de l'univers, remonter à son origine ? Pas Christophe GALFARD en tout cas. Ce physicien, spécialisé dans la physique quantique et disciple de Stephen HAWKING fait la promesse au lecteur de lui faire découvrir en toute simplicité les théories qui nous permettent actuellement d'appréhender l'univers. Dans ce roman scientifique, pas d'équation interminable, pas de phrases alambiquées au jargon incompréhensible, juste le désir de rendre la science accessible au plus grand nombre. L'auteur propose ainsi de partir à la découverte de ce qui compose notre univers (du moins de ce qu'on en sait), de remonter l'espace-temps pour imaginer ce qui a pu précéder le Big-Bang et de s'interroger sur la forme prise par notre univers, ou nos univers. Prêts à décoller ?

Mon avis.

Je ne sais pas vous, mais moi, l'univers, ça me fascine ! Face à la bêtise humaine, je me dis souvent qu'il est rassurant de n'être finalement pas grand chose dans l'immensité de ce qui nous entoure. Se dire aussi qu'il y a tellement de choses que nous ne comprenons pas, et que nous ne comprendrons jamais, se dire qu'il y a des réalités qui nous échappent, se dire que nous ne maîtrisons pas tout, alors que nous cherchons justement à tout maîtriser. Fan des documentaires sur l'espace, j'avais envie de découvrir l'univers par l'écrit. Ce roman scientifique m'a fait de l’œil, d'autant plus qu'on croise souvent Christophe GALFARD sur les plateaux TV ou sur les ondes radio. La question est la suivante : tient-il sa promesse d'un récit accessible à tous ?

J'attendais l'été, avoir une vue dégagée sur les étoiles, confortablement installée dans mon transat, pour faire l'expérience de ce livre. Dès les premières pages et pendant la totalité du livre, l'auteur s'adresse au lecteur à la seconde personne du pluriel. Il lui propose de s'imaginer sur une île déserte, prêt à voyager jusqu'aux confins de l'univers à la vitesse de la lumière. A la manière d'une séance d'hypnose, on se laisse totalement embarquer, les cinq sens en éveil pour appréhender l'infiniment grand, mais aussi l’infiniment petit. Si la visualisation est essentielle pour s’imaginer ces espaces démesurés, être ébloui par les couleurs des étoiles qui meurent, la sensation tactile devient primordiale lorsqu'il s'agit d'appréhender l'infiniment petit. A cette échelle, plus rien n'est visible, alors il faut s'imaginer ressentir les différents champs quantiques qui nous traversent. Christophe GALFARD nous parle, toujours, nous embarque complètement dans son histoire, prend le soin de nous faire rire, de nous rassurer mais aussi de nous ménager. Parce qu'on sent qu'on est acteur de notre lecture, on retient dix fois mieux les informations qu'il cherche à nous faire ressentir. 

Pour ce qui est du contenu, c'est là que les choses se corsent (un peu). L'auteur a l'intention de dresser le portrait le plus complet possible des connaissances actuelles dans ce domaine. Pour moi qui suis très entière, qui accepte seulement le tout ou le rien, cette démarche me convient parfaitement. Le hic, c'est qu'il est très compliqué de donner un aperçu vulgarisé de décennies de recherche, tout en mentionnant aussi les mystères qui ne sont à ce jour pas élucidés. Si toute la première partie est en effet très accessible, les choses se compliquent lorsque les théories de la physique quantique entrent en jeu. Comme l'auteur le dit si bien, on est à des échelles tellement petites qu'on ne parvient plus à visualiser cette réalité qui nous dépasse. Malgré ses efforts pour rendre accessibles les notions de quarks, anti-quarks, photons et j'en passe, j'avoue qu'on peut rapidement se sentir perdu. Lorsqu'on découvre ces concepts pour la première fois, c'est difficile d'en appréhender tous les tenants et les aboutissants. Ce livre aurait peut-être mérité deux tomes pour qu'il puisse encore mieux explorer ces connaissances complexes. J'ai cherché des vidéos de vulgarisation scientifique sur Youtube pour accompagner ma lecture, sans trop de succès. Finalement, je me suis dit que je devrais relire ce livre plusieurs fois, pour laisser décanter les informations nouvellement apprises, avant de les approfondir. Ainsi, même si nous ne sommes pas des experts en physique, je pense que l'on parviendra toujours à glaner de nouvelles connaissances à la lecture de ce roman. Ayant déjà entendu les termes de "physique quantique" par le passé, je ne savais pas vraiment de quoi il s'agissait. Désormais, je sais que ce domaine s'applique à l'infiniment petit et que les choses à comprendre et à découvrir sont encore colossales.

Dans un sens, Christophe GALFARD parvient à tenir la promesse d'un livre accessible au plus grand nombre. Sa forme, très immersive, nous rend acteur et nous conduit à appréhender des concepts inédits. Néanmoins, pour les moins avertis, certains concepts, certaines avancées scientifiques restent difficiles à concevoir pour une première approche. Quoiqu'il en soit, nous ressortons de cette lecture moins bêtes, et il n'y a pas à dire, tout cela reste encore plus mystérieux, et donc fascinant. Ce genre de livre est une pépite, rares sont les spécialistes qui écrivent des bouquins de vulgarisation pour le grand public, alors même que nous devrions tous avoir la possibilité d'avoir accès à ces connaissances, même si elles sont exposées de façon superficielles. Rien que pour ça, ce livre mériterait d'avoir sa place dans toutes les bibliothèques de France, et d'ailleurs. 
Dernières infos.

L'univers à portée de main a été publié en 2015 et compte 593 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 37 - Livre écrit à la deuxième personne.  - 27/100

mercredi 3 août 2022

Ecoute la pluie tomber - Olivia Ruiz

En résumé.
 
Comme pour rendre un dernier hommage à sa nièce morte en couches, Carmen prend la plume pour retracer le destin de cette famille espagnole arrivée en France en 1939 pour fuir le franquisme. Une famille essentiellement composée de femmes, des femmes qui en veulent, qui ne rechignent jamais à la tâche et qui font tout pour préserver leur identité tout en se faisant une place dans leur terre d'accueil. Carmen, la petite dernière de la fratrie, très vite séparée de ses parents, entame sa jeunesse dans le café de sa sœur Rita et de son beau-frère Alain à Marseillette (du côté de Carcassonne). Profitant de la bienveillance de ses sœurs et des habitués du café, elle désire néanmoins s'en émanciper. Comme si le destin frappait à sa porte, elle a un jour le coup de foudre pour un torero arrivé de Tolède. Voyant dans cet amour soudain l'occasion de prendre son envol, elle le suivra sur son domaine, en Espagne. L'oiseau, fier de quitter le nid, aura pourtant rapidement les ailes coupés.

Mon avis.

Ayant été agréablement surprise par le premier roman d'Olivia RUIZ, La commode aux tiroirs de couleurs, j'avais très envie de me lancer dans son second roman, Écoute la pluie tomber, dont le titre est tiré d'un des personnages du roman, Escota quand ploú et qui trimballe avec lui toute sa poésie.

Avec ce second roman, l'auteur nous embarque une fois de plus sur le chemin de ses origines. L'Espagne, bien sûr, mais aussi Narbonne et surtout Marseillette. Ses grands-parents tenaient l'unique café-bar-restaurant-hôtel du village. La vie qui emplissait ce lieu a souvent été une source d'inspiration au cours de sa carrière. C'est donc tout naturellement que l'action principale de ce second roman se déroule dans ce lieu si cher à son cœur. Olivia RUIZ a également fait le choix de personnages essentiellement féminins, aux caractères bien trempés. On ne peut pas s'y tromper, même si les hommes sont présents, tantôt violents, tantôt charmeurs, il s'agit bien là d'une histoire de femmes. Des femmes espagnoles qui ont connu l'exil, la séparation, et la reconstruction dans un pays qui n'était pas le leur. Une seule solution, l'entraide, et la transmission. L'esprit de famille, la transmission de génération en génération semblent être des thèmes de prédilection pour cette artiste complète. 

Comme lors de ma lecture du premier roman, j'ai été complètement embarquée par l'univers proposé par Olivia RUIZ. Autant je me fabrique toujours des images mentales de ce que je lis, autant j'ajoute rarement des sons à ces images. Ici, c'est tout le contraire. Naturellement, la voix si particulière de l'auteur est venue me raconter cette histoire, j'ai entendu Carmen, Rita, Léonor et leurs voix fortes aux tonalités espagnoles, j'ai capté les bruits du café, les verres qui tintent, les chaises qu'on racle sur le sol, les hommes qui demandent leurs verres et les plateaux qui se renversent. Me reviennent en tête des images baignées de soleil, dans les décors des années 70. 

Le début de ce roman peut être déroutant car on ne comprend pas tout de suite qui est Carmen, Cali ou encore Rita. Alors que c'est Carmen qui s'exprime pendant la totalité du roman, il me semble que certaines premières pages sont aussi rédigées par Cali sans que ce soit annoncé, cela a pour conséquence de semer un peu le trouble dans la tête du lecteur. Puis tout revient dans l'ordre et on comprend que l'on aura affaire à Carmen. Je me suis là aussi laissée totalement embarquer par son parcours. Une vie semée d'embûches qui nous ballade de l'Espagne au sud de la France. Le suspense est toujours ménagée pour apporter un peu de rythme à l'intrigue générale. J'ai beaucoup aimé la fin, très émouvante, le décès de Cali bien sûr, encore plus dur à accepter maintenant que son personnage a été exploité, mais aussi l'histoire d'Escota quand ploú, jeune homme écorché vif. Heureusement que la roue va enfin tourner pour lui.

Voici un second roman réussi, que j'ai pris plaisir à découvrir et que j'ai dévoré en quelques heures. L'occasion de côtoyer la petite et la grande Histoire grâce à une galerie de personnages hauts en couleurs et à des scènes à la fois visuelles et sonores. Un roman à glisser dans son sac de plage !
Dernières infos.

Écoute la pluie tomber a été publié en 2022 et compte 198 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 66 - Livre dont le titre a plus de voyelles que de consonnes.  - 25/100

dimanche 31 juillet 2022

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange - Elif Shafak

En résumé.

Tout juste assassinée, Leila Tequila est jetée dans la benne à ordures, comme un vulgaire déchet. N'est-ce pas ce qui la caractérise aux yeux de la société turque, un déchet ? Elle qui était prostituée dans un quartier défavorisé d'Istanbul. Son corps gît au milieu des immondices, mais son esprit continue à travailler. Selon certaines études scientifiques, notre cerveau continuerait à fonctionner pendant 10 minutes et 38 secondes après notre mort physique, le temps pour la jeune femme de retracer ses souvenirs, depuis l'enfance jusqu'à son présent. Un parcours semé de faits horribles, comme l'arrachement à sa mère biologique, les agressions sexuelles de son oncle ou encore le mariage forcé. Toujours le poids des traditions et des superstitions qui ne l'a jamais quittée. Heureusement, Leila Tequila pourra compter sur l'amitié indéfectible de cinq personnes qu'elle rencontre au fil de sa vie. Ce seront les seuls à vouloir sauver l'honneur de la jeune femme en refusant qu'elle soit enterrée dans le cimetière des Abandonnés - cimetière qui existe réellement et qui regroupe en son sein tous les indésirés de la société.

Mon avis.

Je sais, ce n'est pas très correct, mais dans les transports en commun j'aime bien regarder ce que lisent les gens. C'est comme ça que j'ai découvert ce roman, mes yeux complètement attirés par la jolie couverture dont le camaïeu de bleu, rehaussé par quelques touches dorées, est très réussi. J'ai alors retenu le nom de l'auteur : Elif SHAFAK. Puis je l'ai un peu oublié pour en ré-entendre parler quelques jours plus tard. A cette occasion, j'ai découvert que cet auteur écrivait beaucoup sur la Turquie, son pays d'origine, dont elle dénonce les travers grâce à des œuvres de fiction mais tout de même inspirées de faits réels. C'est d'ailleurs le cas pour 10 minutes et 38 secondes das ce monde étrange. Ayant peu l'habitude de lire sur la Turquie, je me suis dit que ce serait l'occasion de réparer cet impair pour en apprendre davantage sur les mœurs contrastées de ce pays.

Le roman est organisé en deux parties : l'esprit et le corps. Ainsi, de façon assez logique, la partie "esprit" revient sur la vie de Leila telle qu'elle se la remémore alors que son cœur a cessé de battre. Chaque minute raconte une période de sa vie, de son enfance à sa vie de femme. La deuxième partie, "le corps" se situe après la mort de son esprit et est consacrée aux amis de Leila, et à la façon dont ils s'y prennent pour sauver à tout prix son corps afin qu'il ne repose dans ce cimetière des Abandonnés. 
 
J'ai trouvé que la qualité de ces deux parties était un peu inégale. Si la première partie est très intéressante et captivante, la seconde partie m'a parue infiniment longue, même si elle ne manque pas de rebondissements ni d'émotion. En réalité, j'ai lu ce roman pour Leila, pour connaître son parcours et sa vie. Durant toute ma lecture, je ne me suis jamais vraiment attachée à ce personnage mais j'ai apprécié découvrir à travers ses yeux la Turquie contemporaine. C'est un roman qui rend hommage aux femmes, mais aussi aux personnes qui sont jugées comme faibles ou indignes par la société de part de leur condition (prostituée, transexuelle, etc). On voit à quel les traditions volent à ces femmes l'occasion d'exister. Leila n'est jamais crue et aucune de ses décisions ne lui appartient véritablement, elle doit avant tout plaire aux hommes de la famille. Cette première partie est très émouvante, de part l'injustice des faits mais aussi de part la présentation de ses personnages secondaires. Binaz, la mère biologique de Leila, à qui on enlève sa fille, le frère handicapé de Leila, Sinan, son premier ami qui n'a rien de la virilité attendu par une société patriarcale, ses autres amies qui sont venues tenter leur chance dans ce pays, séduits par ce qu'on leur faisait miroiter, mais qui ont fini par se prostituer pour pouvoir continuer à vivre, aucun ne cadre avec le système, en cela ils sont reniés.

Je me suis tellement concentrée sur Leila et sur ces enjeux sociétaux que j'en ai un peu oublié ses amis. Si leurs parcours sont poignants à lire dans la première partie, je me suis un peu mélangée les pinceaux dans la seconde partie, lorsque l'intrigue se concentre sur eux. Ainsi, je pense que je suis passée à côté de leurs personnalités et cela a eu pour conséquence de moins me faire apprécier cette deuxième partie. Malgré les valeurs d'amitié défendues et qui éclairent le côté très sombre de ce roman, sa lecture m'a semblé interminable et un peu glauque, je dois le dire. On imagine la misère ambiante, ces personnages éclectiques qui se débattent avec ce qu'ils ont, la mort qui rôde et ce corps qu'ils déterrent. Ainsi, j'aurais préféré que la première partie empiète davantage sur cette seconde partie qui tient une place un peu disproportionnée par rapport au reste de l'intrigue. 

Voilà un roman poignant, sérieux et parfois ardu à lire de part la noirceur de certains passages. Il nous permet néanmoins de découvrir une partie de la Turquie qui tranche avec ses stations balnéaires à touristes. La beauté de certains personnages secondaires, tout comme les valeurs des amis de Leila viennent apporter quelques touches à un tableau très sombre dans l'ensemble, quelques notes d'espoir dans un monde inhumain.
Dernières infos.

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange a été publié en 2019 pour la version originale et compte 385 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 31 - Livre dans lequel l'amitié tient une grande place.  - 24/100

dimanche 24 juillet 2022

Une vraie mère... ou presque - Didier van Cauwelaert

En résumé.
 
Pierre, écrivain de métier, hérite de la voiture et de l'appartement niçois de sa mère lorsque celle-ci décède. Enchaînant les allers-retours entre son domicile et cet appartement secondaire au volant de la vieille Renault, il multiplie les occasions de retrait de points pour excès de vitesse. Tellement qu'un courrier, adressé à sa défunte mère, l'informe que cette dernière est conviée à un stage de récupération de points puisque la carte grise de la voiture était toujours à son nom. Que faire ? Avouer la vérité auprès des autorités ? Lucie Castagnol, voisine de chambre de la tante de Pierre dans son EHPAD et comédienne à la retraite, lui propose une autre solution : se mettre dans la peau de Simone, la défunte, et se présenter ainsi au stage. Séduit par cette proposition, Pierre accepte, sans imaginer qu'un simple jeu de rôle pourra complètement le dépasser.

Mon avis.

En panne de livres (bon, pas vraiment, mais je n'avais pas envie de piocher dans ma PAL...), j'ai demandé à mon amoureux de me choisir un bouquin au hasard à la médiathèque. Après des recherches intenses, animées par la peur de se tromper, il me tendait fébrilement le dernier van Cauwelaert, Une vraie mère... ou presque. Pour être honnête, je ne me serais pas spontanément dirigée vers ce genre de livre. Ce type d'intrigue n'est pas ce qui m'intéresse en général, mais je reste fidèle à mon credo : rester ouverte à tout type de littérature. C'est donc avec curiosité que je me lançais dans ce roman.

A première vue, ce livre a tout d'une comédie sympathique qui pourrait être tout à fait adaptée en téléfilm à la sauce TF1 ou M6. L'intrigue peut paraître déjantée : une mère qui meurt d'un coup de bière aux obsèques de son cancérologue, un fils qui se retrouve dans le pétrin après avoir "usurpé" l'identité de sa mère pour ne pas perdre de points suite à ses multiples excès de vitesse et une comédienne à la retraite qui parvient à  incarner trait pour trait la défunte... Avouez que ce n'est pas tous les jours que ce scénario se produit ! Ce n'est pas le genre d'humour auquel je suis sensible d'habitude, je trouve que c'est souvent trop en faire que d'extrapoler les situations pour faire rire à tout prix. Je n'ai donc pas été une bonne candidate mais je suis sûre que l'enchaînement de ces situations rocambolesques peut faire sourire, ou rire d'autres lecteurs.

En revanche, j'ai été plus sensible à la toile de fond du roman ainsi qu'aux personnages de Pierre et de Lucie. Il est avant tout question du deuil dans ce roman, comment faire son deuil, comment raconter la personne qui n'est plus, comment raviver les souvenirs. C'est un peu ce que Pierre a du mal à faire, surtout qu'il souhaite écrire un roman sur sa mère mais ne trouve pas les mots pour lui rendre hommage. Lucie, en la faisant revivre, va l'accompagner sur ce chemin, notamment en lui rappelant des souvenirs qu'il a pu vivre avec elle. Seulement, est-ce une bonne façon de faire son deuil, que de se conforter dans l'illusion que le défunt existe toujours ? On sent que Pierre est complètement happé, comme un aimant, vers ce double maternel. Même s'il est convaincu que la situation est malsaine, il n'arrive pas à se libérer de Lucie et de ce qu'elle représente pour lui. En vérité, elle l'empêche de sombrer dans les regrets et le chagrin, premières étapes du deuil pourtant. Il faut dire que Lucie n'est pas très saine non plus dans ce jeu-là. On ne sait finalement pas grand chose sur elle, mis à part le fait qu'elle est extravertie et qu'elle aime être au centre de l'attention. Elle aime tellement ça que ça cache quelque chose, comme si prendre la place d'une autre lui permettait de se guérir. On peut aussi parfois faire l'hypothèse qu'elle a un côté malade, au sens psychiatrique du terme, tellement elle non plus ne peut plus se dégager du personnage de Simone, comme si cela lui permettait de s'imaginer vivre une seconde vie. Ainsi, avec ces deux personnages, on flirte toujours sur la corde sensible, qui se brise à plusieurs reprises, mais qui finit toujours par se renouer tant le jeu permet de masquer des blessures à vif. Si je trouve ces deux personnages intéressants, je n'ai pas été séduite par la compagne de Pierre, même si elle se révèle être quelqu'un de très humain en fin de livre.

Voilà donc un roman aux deux visages, un plutôt superficiel avec ses traits d'humour, et un autre plutôt profond qui interroge le lecteur sur le deuil. Si la trame narrative a quelques côtés intéressants, je pense que ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable, et qu'il aura vite fait de rejoindre les dizaines d'autres que j'ai apprécié découvrir sur le coup mais que j'ai complètement oublié avec le temps. Un dernier mot pour dire que ce roman est le premier que je lis et qui fait mention de la COVID et de la période du confinement. Cela méritait d'être souligné !
 Dernières infos.

Une vraie mère... ou presque a été publié en 2022 et compte 208 pages.

Ma note.
Challenges.

Défi lecture 2022 : Consigne 11 - Titre avec un lien de parenté.  - 23/100

mercredi 20 juillet 2022

Les rois maudits - Maurice Druon

TOME 1 : Le roi de fer
 
En résumé :  Début du XIVème siècle, Philippe le Bel règne d'une main de fer sur le territoire qui composait alors la France. Père de quatre enfants, trois garçons et une fille - cette dernière étant marié au roi d'Angleterre - Philippe IV est certain que ses efforts pour réformer le royaume de France ne seront pas vains et que ses héritiers auront à cœur de poursuivre les luttes engagées pour centraliser le pouvoir. En attendant, le royaume est à sec, les caisses sont vides. Soutenu par ses plus proches conseillers, Philippe le Bel décide de mettre fin à l'organisation des Templiers, détentrice d'une fortune colossale, afin de faire main basse sur leurs biens financiers et immobiliers pour renflouer le Trésor. Après plusieurs années de procès dont l'objectif est de faire tomber un à un les Templiers, les quatre plus hauts dignitaires sont emmenés sur le bûcher. Au milieu d'une foule friande de ces événements, alors que les flammes commencent à s'emparer de lui et afin de se venger de l'injustice de la sanction, Jacques de Molay jette une malédiction sur le royaume de France : dans l'année, mourront le pape Clément, le Garde des Sceaux Guillaume de Nogaret et le roi, Philippe IV. Jacques de Molay appelle également à ce que leur dynastie soit maudite jusqu'à la septième génération.

Dans le même temps, des conflits d'héritage agitent l'Artois. Robert III d'Artois ne digère pas que Philippe le Bel ait confié les terres d'Artois à sa tante Mahaut suite aux décès de son père Philippe d'Artois, puis de son grand-père Robert II d'Artois. Afin de se venger, et de faire en sorte que son dû lui revienne, Robert d'Artois décide de faire tomber Mahaut dont les deux filles et la nièce ont été mariées aux fils de Philippe le Bel. Seulement ces jeunes filles ont des amants, et Robert d'Artois compte bien porter le scandale à la connaissance de tous, aidé par Isabelle, la fille de Philippe le Bel qui n'a jamais porté ses belles-sœurs dans son cœur.

Les petites histoires s'entremêlent, les chemins se croisent, le tout convergeant vers la grande Histoire, marquée par des années de tragédie, selon le souhait de Jacques de Molay.

Mon avis : Qu'il est difficile d'entamer les grands classiques, dont on connaît la renommée. On a toujours peu d'être déçu ou de passer à côté de quelque chose. Autant dire que l'enjeu étant grand lorsque j'ai tourné les premières pages de ce premier tome. Même si je prends plaisir à lire des romans historiques dont les connaissances restent toujours accessibles grâce à leur forme romancée, l'Histoire n'a jamais été ma tasse de thé. A mon plus grand regret, je confonds les dates, les personnages historiques, et les faits historiques ont bien du mal à s'inscrire dans ma mémoire. Ainsi, l'entrée dans cette intrigue fut un peu compliquée, heureusement que mon amoureux l'a lu en même temps que moi pour m'éclairer sur l'époque et les événements historiques qui ont marqué ce siècle de tourments. Comme vous avez pu le constater à la lecture du résumé, les personnages sont très nombreux (et encore, je ne les ai pas tous mentionnés !), tout comme les intrigues. Les coutumes et le système politique de l'époque sont également très différents des nôtres. Ainsi, si l'on n'a pas de connaissances au préalable, je trouve qu'il est difficile d'appréhender tous les tenants et les aboutissants à la simple lecture de ce roman de Maurice DRUON. Néanmoins, une fois que l'on a compris dans les grandes lignes les objectifs de chaque personnage, il est facile de s'immerger dans l'intrigue générale. J'ai apprécié en apprendre davantage sur cette période. L'auteur a fourni un travail important pour restituer de façon la plus fidèle possible les enjeux qui agitent le royaume de France, sans oublier les intérêts et sentiments de chacun des personnages qui ont des répercussions cruciales sur l'avenir de la France. Par définition, cette période de l'histoire de France est passionnante et promet plein de rebondissements. Le côté mystique, avec cette malédiction lancée par Jacques de Molay ne peut que nous interpeler puisqu'elle va se vérifier. Ce début de saga est prometteur pour la suite. Le style de Maurice DRUON est soutenu, difficile parfois d'avoir accès à tout ce qu'il écrit, mais l'ensemble reste quand même abordable. Je dirais qu'il faut un peu de patience et quelques efforts pour débuter puis ça roule tout seul une fois que la machine est lancée !

Ma note : 3/5

Challenges : 
Défi lecture 2022 : Consigne 20 - Livre où un personnage fait partie d'une guilde, une confrérie, une société secrète.  - 22/100

TOME 2 : La reine étranglée

En résumé :  Le roi Philippe Le Bel est mort, et c'est son fils, Louis X dit Louis le Hutin, qui monte sur le trône. Déjà son prestige est affaibli. Trompé par sa femme, désormais enfermée dans la tour de Nesle, il est moqué par les sujets du royaume. Malgré la famine qui sévit, sa priorité sera de se remarier afin d'améliorer son charisme et prouver qu'il peut apporter une descendance au royaume. Aveuglé par ce souhait, il s'intéresse peu aux autres affaires et se laisse manipulé tantôt par le clan de Valois, son oncle, tantôt par le clan de Marigny, homme de confiance qui a servi le royaume avec fidélité et honnêteté durant le règle de Philippe Le Bel. Charles de Valois et Enguerrand de Marigny se livrent une guerre sans merci au nom du pouvoir malsain ou de la volonté sincère de gouverner le royaume. Dans leurs jeux puérils, ils entraîneront le banquier Tolomei, influenceront la reine Marguerite de Navarre, et quantité d'autres personnages qui engageront, à leur manière, leur responsabilité dans la conduite des affaires du royaume.

Mon avis : J'attendais d'être en vacances pour me plonger dans ce second tome des Rois Maudits, car il faut quand même se l'avouer, il faut être concentré pour suivre tous les rebondissements que connaît le royaume de France au cours de ce XIVème siècle. Se replonger dans le style de Maurice DRUON demande un petit temps d'adaptation car la tournure des phrases ou le lexique sont parfois ardus, mais l'avantage est que l'on connaît déjà, grâce au premier tome, la majeure partie des personnages. Le seul qui est davantage exploré est Louis X. Très effacé pendant le règne de Philippe le Bel, voire moqué par son père qui trouve que son fils manque de virilité, on découvre un homme qui manque effectivement de poigne et de recul, qui se laisse aveugler par la trahison de son épouse et qui n'a qu'une idée en tête, se remarier, pour retrouver l'honneur perdu et effacer l'humiliation qu'il a dû endurer. Ce manque d'autorité, cette fragilité à gouverner vont laisser la place aux manigances politiques. Dans ce deuxième tome, il n'est pratiquement question que de cela, des joutes verbales, des complots, des coups fourrés entre le clan de Charles de Valois et le clan d'Enguerrand de Marigny. Dans l'ombre, les deux hommes s'activent pour accélérer ou ralentir le remariage de Louis X avec Clémence de Hongrie. Heureusement, on respire un peu lorsque Bouville et Guccio sont envoyés à Naples pour convaincre Clémence et sa mère de cette union à la couronne de France. Malgré la proximité géographique, on découvre une autre façon de vivre, dont la luminosité et la chaleur contrastent avec l'obscurité et la froideur de la tour de Nesle ou des appartements royaux. Ce voyage à Naples est synonyme de luxure, d'abondance (alors que le royaume de France est ruiné) mais aussi d'art, avec ce portrait de Clémence de Hongrie dont on suit quelques étapes. Au retour en France, c'est une autre réalité qui attend les deux voyageurs, puisque la famine s'abat sur la population et est aggravée par les manigances des prévôts. Le dénouement sera le point final d'un tome plein de tensions et de rivalité. Seule la mort apparaissait comme le dernier recours pour apaiser les conflits et accéder à la volonté du souverain. Voilà encore une fois un récit complet proposé par Maurice DRUON, qui explore avec précision et exhaustivité les arcanes du pouvoir. En tant que profane, j'ai plaisir à lire cette saga historique qui est à la fois divertissante mais aussi instructive. J'ai hâte d'entamer le troisième tome ! 

Ma note : 3/5

Challenges : 
Défi lecture 2022 : Consigne 23 - Livre avec des chapitres qui portent des titres - 38/100

lundi 18 juillet 2022

Matilda - Roald Dahl

En résumé.

Du haut de ses cinq ans, Matilda est une petite fille curieuse et vive d'esprit, passionnée par les livres. A son âge, elle sait déjà lire, ayant appris toute seule, et a déjà découvert les plus grands classiques de la littérature anglaise. Jolie, intelligente, agréable, elle a tout pour faire la fierté de ses parents. Pour autant, sa famille ne lui accorde aucune attention. La mère de Matilda est une femme vulgaire, ayant pour principale occupation la télévision et les plateaux repas devant la télévision. Le père de Matilda est à la tête d'un garage dont l'activité principale est d'escroquer les clients en leur revendant des voitures d'occasion pourries mais trafiquées au préalable pour qu'elles paraissent neuves. Dans cet environnement délétère, Matilda a dû mal à trouver sa place et ne rêve que d'une chose : aller à l'école. Mais là aussi, les déceptions seront nombreuses. Ses journées seront gâchées par l'horrible Mademoiselle Legourdin, directrice à l'allure militaire, odieuse avec les enfants, et toujours à l'initiative de punitions inhumaines. Heureusement, Matilda pourra compter sur son enseignante, Mademoiselle Candy, jeune femme douce et sensible qui s'aperçoit rapidement de l'intelligence hors-norme de son élève. Ensemble, elles vont prouver que l'intelligence peut vaincre l'idiotie et la cruauté.

Mon avis.

J'ai découvert Matilda lorsque j'étais en 6ème, et je me souviens avoir apprécié ce roman jeunesse malicieux et ingénieux, comme la plupart des romans de Roald DAHL. J'étais curieuse de le relire avec mes yeux d'adulte, c'est désormais chose faite ! 

Comme bien souvent dans les romans jeunesse, il y a deux niveaux de lecture : celui pour les enfants et celui pour les adultes. Parlons d'abord de celui des enfants. Roman conseillé à partir de 9 ans par les éditions Gallimard Jeunesse, Matilda est construit comme un conte. Elle joue le rôle de Cendrillon, petite fille jolie, sensible et vive mais dont le potentiel est gâché par un environnement maltraitant. Sur sa route, elle va avoir affaire à d'autres personnages malfaisants. Néanmoins et comme dans la plupart des contes, elle triomphera et tout se terminera dans l'allégresse. Une trame narrative plutôt banale, des personnages caricaturaux, et pourtant cette histoire a tout pour plaire au jeune public, grâce aux petites notes d'humour dont fait preuve l'auteur. J'ai notamment beaucoup apprécié les coups pendables qu'elle prépare pour se venger du manque de considération de ses parents. Matilda a également tout de l'héroïne parfaite à laquelle chaque enfant aimerait s'identifier.

A présent, passons du côté des adultes. Comme dans tout bon conte qui se respecte, les personnages et l'intrigue sont en réalité au service d'un message de fond, d'une morale, de valeurs portées par l'auteur. Ici, plusieurs thématiques sont abordées : le danger des écrans vus comme un moyen d'abrutir les téléspectateurs, et leur retentissement dans la vie de famille (et dire que ce roman a été publié en 1988...), le machisme et plus généralement la supériorité masculine mais aussi la maltraitance infantile. Afin de bien marquer les lecteurs, Roald DAHL n'y est pas allé par quatre chemins tant les travers dénoncés sont exagérés, impossible de passer à côté. La morale de l'histoire est plutôt claire : ce sont finalement l'intelligence, la sensibilité et la douceur - qualités portées par une petite fille et par une jeune femme - qui finissent par l'emporter sur la cruauté et la bêtise.

J'ai apprécié de relire ce classique de la littérature jeunesse. C'est une lecture agréable, rapide et qui nous fait retomber en enfance. J'avoue que je suis friande des passages de "vengeance" de la part de Matilda, des tours toujours ingénieux que l'on aimerait parfois reproduire dans la réalité pour solutionner des situations qui peuvent nous paraître injustes. Néanmoins, j'ai un peu moins apprécié l'exagération générale du bouquin. Des personnages caricaturaux à l'extrême, ainsi que les talents exagérés de Matilda (qui a le pouvoir de déplacer des objets par la pensée tout de même !) n'ont pas plu à mon regard d'adulte qui aime bien le terre à terre.

Quoiqu'il en soit, une lecture plaisante à glisser dans sa poche, à partager avec les jeunes de son entourage, ou pas ! 
 Dernières infos.

Matilda a été publié en 1988 pour la version originale et compte 257 pages (avec beaucoup d'illustrations).

Ma note.
Challenges.